samedi 23 juin 2018

La plus perdue de toutes les journées est celle où l'on n'a pas vécu un poème









R.C. Vaudey
Le 23 juin 2018
Encre sur papier







L’inimaginable c'est l'amour
Somptueux rythme de velours
Caressée tendre et profonde de toujours
Et comme pour toujours —
Ample et cavalière présence
D’elle-même oubliée—
Folle aisance
Bienheureux enveloppement endivinisé
De grand cœur donné


L’inimaginable c'est l'amour


Le plus bel âge de l'amour
C'est quand au réveil d’aimer
Vous chantez une chanson improvisée
À la minuscule chatte Neige
Qui du coup vous fait comme une petite danse très animée
Tout autour


Le plus bel âge de l'amour
C'est la douceur émerveillée avec laquelle vous me le racontez


Le privilège de l'amour contemplatif — galant
C'est de pouvoir s'abandonner à la puissance du désir
Dans la chance
De se sentir et de se savoir aimé(e) —
C'est d'être embrasé par l'incendie irrésistible
De la libido désarrimée
Dans cette forme sentimentale de l’art d'aimer
Où elle est non pas méprisée mais magnifiée
Et où l'on sait que son explosion volcanique
Va déboucher sur de longues plages de Temps
De contemplation poétique
Mystique
Émerveillée



Le privilège de l'amour contemplatif — galant
C’est aussi
Par un après-midi d'été —
De tournoyer en s’élevant dans et vers la lumière
Que l'on sait
Que l'on sent
Que l’on laisse
Impétueusement
Insoucieusement
Flâneusement —
Venir nous anéantir
Absolument consumés par le feu du désir


Le privilège de cet art d'aimer sensualiste
C'est de transmuer l'irrépressible incendie du désir
Qui terrorise tant l’injouissant
Qui ne sait qu’en souffrir, le brutaliser, ou pire —
En tsunami amoureux
(Voluptueux — galant)
En déflagration sentimentale
 (Atomique — harmonique)
Puis en contemplation 
(Bienheureuse — poétique)
Enfin, en chant
(Ébloui à la vie
Reconnaissant)

Bref, en amour
Véritablement


Le privilège de l'art d'aimer sensualiste
C’est encore dans la nuit
Après avoir soupé simplement aux chandelles —
D'écouter Corelli
En sachant que l’on vit un poème
Que cette vie est belle
Bref, en sentant que l'on aime






Ayant écrit cela, j’ouvre un livre  :
En le paraphrasant, il faudrait écrire ceci:
Est perdu celui qui — sec ou morose — se dissocie de la Création...
Qui pour l’amour lui-même 
Qui lui semble une rumeur insipide —
N’a qu’un ricanement 
Triomphe sardonique du principe subjectif
Qui l’apparente au Diable —
Et qui n'a plus de larmes dans la jouissance amoureuse
Ne vivant encore que du souvenir de celles qu'il a versées :
L’injouissance stérile aura eu raison de son extase 
D'où surgissait le Monde...


Que la vie nous préserve toujours
Ainsi que ceux qui nous lisent… —
De cette injouissance poétiquement inféconde






Le 22 juin 2018
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018 







dimanche 17 juin 2018

SENSUALISME CONTEMPLATIF — GALANT OU BARBARIE suivi de RENAISSANCE SENSUALISTE (suite)










Chère amie,


J’ai pris connaissance du message — que vous avez eu l’amabilité de me transmettre — que vous a adressé un lecteur du Bureau, et l’importance des questions qu’il soulève me pousse à publier ma réponse par le biais de ce même Bureau.


Vous m’écrivez qu’il note — sur un ton où vous distinguez cependant de la révérence — que : « [notre] projet est élitiste et inapproprié au monde réel » ; « qu’il ne concerne que les amants », — et il rappelle avec raison que l’amour courtois, historiquement, fut toujours celui qui liait l’amant à sa Dame, et non le mari à sa femme ; il fait valoir, de surcroît, que les femmes qu’il concernait n’étaient pas des mères de famille telles qu’on les connaît aujourd’hui, devant assurer l’intendance d’un foyer, leur vie professionnelle, et une partie de l’éducation de leurs enfants, le plus souvent dans des lieux confinés — que mine ordinairement la promiscuité.


Les « Dames du temps jadis », dit-il, « ne s’occupaient pas de l’intendance de leur maison, pas plus qu’elles ne s’occupaient de l’éducation de leurs enfants, confiée à des précepteurs ; quant à travailler, n’en parlons même pas. »



Mais ce qui m’a le plus intéressé dans sa critique, c’est sa remarque sur le « déficit de femmes » (deux cent millions, rien que pour l’Asie), qui lui fait dire qu’il faut soutenir le programme initié, selon lui, par les universités et les fondations américaines, s’appuyant sur le « prestige français » des penseurs d’élevage de la « French Theory », auxquels elles avaient au préalable donné le crédit (dans tous les sens du terme) fourni par les moyens de l’ « Office of war information » américain (ou de son équivalent du temps de la Guerre Froide) crédit auquel sont si sensibles les intellectuels des provinces européennes , programme qui veut, toujours selon lui, faire passer le « mouvement du genre » pour avant-gardiste, ou rebelle, ou révolutionnaire, bref, pour attirant, car, vous écrit-il, « seule une pratique décomplexée, et même glorifiée, d’un infantilisme sexuel pervers-polymorphe, de surcroît décérébré par les attrape-nigauds (nigauds qu’il définit par ailleurs comme « kékés balnéaires, et planétaires, modernes ») que produisent les industries de la fête, de la mode, de l’art contemporain et du reste,  permettra à ces masses de vivre non pas des « extases poétiques ou mystiques hors-du-commun » mais d’être abruties « extatiquement » et « volontairement » de spectacles, de musiques, de transes, d’alcools, de drogues diverses, d’activités masturbatoires désinhibées, décomplexées et anesthésiantes (dans lesquelles il inclut, ironiquement mais justement, les « activités conflictuelles philosophiques liées à la glorification de ces pratiques ») qui, à défaut de produire un mode de vie « contemplatif galant », éviteront peut-être la guerre. »

Cela paraphrase quelque peu Napoléon, qui écrivait : « Il faut des fêtes bruyantes aux populations, les sots aiment le bruit, et la multitude c'est les sots. », mais Napoléon, lui, destinait les sots également à la guerre.


Votre correspondant explique encore que la jeunesse occidentale, qui sert toujours de modèle à une partie de celle de l’ancien Tiers-Monde, (au moins à ceux qui, parmi elle, sont les plus riches, et qui eux-mêmes influencent à leur tour les plus pauvres de leurs coreligionnaires ou de leurs compatriotes), que la jeunesse occidentale, donc, doit être sacrifiée à cela, — elle qui ne demande rien d’autre, et à laquelle on n’a pas mieux à offrir.


Il poursuit : « L’éloge de la fluidité des genres et de leur consommation dans les jeux pervers-polymorphes de la pré-génitalité ne doit pas être critiqué mais encouragé, et cet éloge doit être relayé : il permettra peut-être à deux cent millions de mâles (qui ne risquent pas, déjà faute de femmes, de connaître les joies de la « complétude amoureuse » et de « l’amour — contemplatif galant ») de défouler et d’abrutir une libido qui, enfermée dans les carcans de la morale patriarcale (confucéenne, hindouiste, mahométane etc.) et les logements sordides des célibataires pauvres, d’Asie et d’ailleurs, explosera sans cela dans des guerres inévitables », alors qu’il y a « tout à gagner » à la « détourner » dans des Fêtes, des Fiertés, des Raves, des Clubs, des Marches, et tout ce que l’on voudra du même tonneau — qu’on prendra bien soin de promouvoir et d’encourager, partout et tout le temps. 

« Leur vie vie, dit-il encore, doit être une Fête, une Party, une Rave, sauvages, officielles, géantes, continuelles, un Burning-Man, un Spring-Break, un Endless-Summer, permanents, festifs comme jamais, dans un monde devenu un San Francisco, un Goa, un Ibiza, une Miami Beach Art Fair planétarisés, pour « kékés balnéaires planétaires » totalement hallucinés, artistiquement plastiqués et hormonés, pour se bodybuilder ou se féminiser, ou les deux. »


Ses considérations — qui ne vont ni dans le sens de la « décroissance » ni dans celui la « sensualisation » qui vous sont chères — sur les profits immenses que l’on peut attendre d’investissements judicieux dans la production des stupéfiants légaux ou illégaux, dans l’industrie de la chirurgie plastique, dans celle de l’art-contemporain, de la production pharmaceutique, ou dans celle, encore balbutiante, des sex-dolls, me paraissent pertinentes mais ne me concernent pas, pas plus que ses remarques sur les profits géo-politiques que l’on peut espérer tirer de ces pratiques d’enrégimentement festiviste — pour l’organisation industrielle desquelles la France possède un « savoir-faire » acquis dès le début des années quatre-vingt du siècle dernier.


Je note cependant que la France possède également un savoir-faire remarqué dans la production d’armes, et que, intelligemment, elle mise sur ces deux tableaux, sûre ainsi de ne pas perdre : d’un côté le Louvre Abou Dhabi, de l’autre les corvettes et les Rafales.




C’est une approche critique de notre poésie, de notre philosophie et de notre art (de vivre et d’aimer) que nous avions envisagée. Et, vous me pardonnerez de devoir me citer, j’écrivais déjà dans le premier numéro d’Avant-garde sensualiste, en juillet 2003 : « Qui devrons nous sensualiser — puisque d'une façon ou d'une autre nous serons toujours là —, que restera-t-il, en fin de compte, des riches ou des pauvres, des puissants ou des exclus, des Mahométans furibonds, des Talmudistes fanatisés, des Protestants froidement surexcités, des Catholiques réveillés, des Confucéens assurés, des Orthodoxes déchaînés, des Hindous exaltés, des Animistes aujourd'hui réanimés, des Verts vidés, décolorés, des Altermondialistes confusionnistes plus ou moins spontanés, des « gauches illusionnistes » déprimées, des Bleus galvanisés, des Bruns forcenés, des membres des sectes, hallucinés, des consommateurs idolâtres, hystériques ou extasiés, ravis, gavés, de ceux qui meurent de trop manger de nourriture frelatée ou des autres qui meurent de faim, oubliés, ou des étonnants et à coup sûr détonants mélanges que tout cela donnera dans la suite du mouvement du temps ?
Une chose est sûre : il faudra sensualiser pour humaniser et raffiner.

Pour le moment l'affrontement est général. » (clic)


J’entends donc parfaitement cette critique mais je vous fais remarquer que nous avions intitulé notre première sortie dans le monde, en 2001 : Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non.


Un millénaire, c’est long. On peut comprendre que ces considérations — qui concernent l’Homme portefaix, et donc la plèbe, celle d’en-haut comme celle d’en-bas, soumise ou dominante — ne concerneront pas les « maîtres sans esclaves », de demain ou d’après-demain, dont nous parlons, — s’il y en a jamais.


Enfin, on peut aussi penser que notre poésie, notre philosophie et de notre art (de vivre et d’aimer) sont d’une trempe très particulière, — unique, et appelée à le rester.


Et qu’ils ne devraient jamais embarrasser personne.


Avec mes respectueux hommages,




R.C. Vaudey, le 18 juin 2018




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Terreur et fureur masochistes
(Avant-garde sensualiste 1 ; Juillet/Décembre 2003)

On découvre souvent ces derniers temps, et toujours davantage, ça et là dans les médias, de jeunes idolâtres plus ou moins fanatisés, exemplaires de cette jeunesse qui joue au dur et à l’affranchi mais en fait prosternée par sa terreur masochiste, vraisemblablement motivée, du monde, et que l'on sent prête à tout pour défendre, si les occasions l'y conduisent encore un peu plus qu'aujourd'hui, sa soif inextinguible d'un garde-fou et d'un maître à la fois terrible et bon que lui provoque sa si grande détresse infantile et existentielle que lui donne le monde tel qu’il est.
Et cependant, à d'autres moments on sent bien, malgré tout, qu'une autre partie de cette jeunesse, si l'Histoire et les situations voulaient bien le lui permettre, pourrait tout aussi bien, éveillée en cela par les trésors poétiques, la belle liberté de parole et de mœurs que certains, acteurs de ce mouvement de la liberté issu des années soixante et soixante-dix -– en fait issu de 68 –- déploient aujourd'hui devant elle, et excitée de surcroît par les sensualistes, être la génération la plus intelligemment sensuelle, la plus sensuellement intelligente et la plus humainement consciente de l'ensemble des problèmes du monde, que l'on ait jamais vue.



Sensualisme contemplatif — galant ou Barbarie


« La question de savoir si l'Homme est bon ou non est un passe-temps philosophique. L'Homme est un être social ou une masse de protoplasme réagissant irrationnellement dans la mesure où ses besoins biologiques fondamentaux sont en harmonie ou en conflit avec les institutions qu'il a créées. » affirmait, impérial, le docteur Reich, très supérieur en cela au docteur Destouches puisqu'il envisageait ainsi l'Homme tel qu'il peut et doit être, et non tel qu'il est, et même si l'on peut imaginer en souriant le style de ce qu'aurait pu être la réaction de Céline à cette proposition reichienne et aussi à cette autre de Guy Debord : « Une science des situations est à faire, qui empruntera des éléments à la psychologie, aux statistiques, à l'urbanisme et à la morale. Ces éléments devront concourir à un but absolument nouveau : une création consciente de situations. »

Sensualiser le monde et les situations, et libérer l'enfance d'un même mouvement — des versions savamment améliorées du ghotul des Murias et de l'Abbaye de Thélème de Rabelais pourraient nous y aider —, c'est-à-dire enfin masculiniser véritablement les hommes et féminiser réellement les femmes en supprimant la fixation collante des enfants sur leurs parents — et celle des parents sur leurs enfants — et donc, aussi, celle des hommes et des femmes entre eux et sur eux-mêmes et qui est du même ordre —, et leur permettre ainsi de se sexensualiser, pour ainsi dire ; et, de fait, éliminer du même coup la puissance hypnotique du Spectacle en libérant la puissance créatrice, poétique, individuelle des uns, des unes et des autres, puissance que les tristes psychologues d'aujourd'hui disent être mauvaise — et de leur point de vue, et puisqu'il s'agit pour eux d'adapter les pauvres Hommes au pauvre monde, ils ont raison — puissance dont on n'a vu le plus souvent que des formes contournées par cette misère des mœurs, des caractères et de la division du travail, qui se perpétuent les unes les autres, puissance qu'il s'agit, à l'inverse, de favoriser et dont il faut attendre bien au contraire le raffinement et l'humanisation des Hommes, et à laquelle il faudra adapter le monde.

Qui devrons nous sensualiser — puisque d'une façon ou d'une autre nous serons toujours là —, que restera-t-il, en fin de compte, des riches ou des pauvres, des puissants ou des exclus, des Mahométans furibonds, des Talmudistes fanatisés, des Protestants froidement surexcités, des Catholiques réveillés, des Confucéens assurés, des Orthodoxes déchaînés, des Hindous exaltés, des Animistes aujourd'hui réanimés, des Verts vidés, décolorés, des Altermondialistes confusionnistes plus ou moins spontanés, des « gauches illusionnistes » déprimées, des Bleus galvanisés, des Bruns forcenés, des membres des sectes, hallucinés, des consommateurs idolâtres, hystériques ou extasiés, ravis, gavés, de ceux qui meurent de trop manger de nourriture frelatée ou des autres qui meurent de faim, oubliés, ou des étonnants et à coup sûr détonants mélanges que tout cela donnera dans la suite du mouvement du temps ?
Une chose est sûre : il faudra sensualiser pour humaniser et raffiner.
Pour le moment l'affrontement est général.

On voit aussi dans cette mêlée le vieux matriarcat hystérique, sorcière et vaudou, mégère et gourou — qui avait profité, lui aussi, de cette disparition du carcan moral petit-bourgeois —, revanchard, tenter de regagner le maximum de terrain ; il provoque en retour, avec d'autres facteurs plus pragmatiques, cette réactivation fanatique du vieux patriarcat qui du coup ressort — habitué qu'il est à traiter les adorateurs et adoratrices du Veau d'or, et leurs transes, tous plus ou moins sectateurs de la Déesse-Mère nourricière, et surtout castratrice — là où elle avait disparu, la camisole (burka ou, à tout le moins, voile) qu'il sait être un remède, certes précaire, mais dont il espère qu'il pourra contrecarrer cette résurgence du féminin autonomisé, donc égaré, qu'il connaît déjà, et aussi ce surgissement historique possible de la sensualité et de la volupté alliées à la raison, qu'il ignore ne l'ayant que rarement rencontré, et pour cause, mais qu'il pressent peut-être intuitivement dans certaines attitudes neuves des femmes et des hommes d'aujourd'hui, et qui le terrorise encore davantage, comme il terrorise également toutes les autres sortes d'idolâtres.


 
Renaissance sensualiste


Et c'est aussi cela la future Renaissance sensualiste que nous envisageons : le dépassement dialectique de la vieille opposition entre le patriarcat et le matriarcat qui, chacun à sa façon, auront préparé ainsi l'avènement de cette ère sensualiste qui vient : le patriarcat — dans ses versions monothéistes — en imposant la Loi et le Livre, et en posant ainsi les prémices du déploiement de la Raison (mais en provoquant, par son organisation rigide et castratrice, la peste émotionnelle, les malformations et la détresse caractérielles, émotionnelles, poétiques, sentimentales, amoureuses, avec les réactions religieuses, guerrières, idolâtres, “économiques” qu'elles impliquent et que le XXe siècle a parfaitement analysées) contre le matriarcat, ses transes paganistes et son univers halluciné — qu'ont ressuscités massivement depuis les années soixante les gens du courant “new-age”, tous sectateurs de la transe sous stupéfiants, de Gaïa, des puissances féminines “occultes”, etc. — matriarcat dont l'apport à cette nouvelle ère qui pourrait s'ouvrir pour l'humanité, après les luttes religieuses, culturelles et économiques qui nous occupent, consistera en l'accent indispensable que ce courant met sur la reconnaissance et l'acceptation des rythmes biologiques primaires, impétueux, impérieux, et sur la célébration de la puissance vibrante, palpitante, ondulante, péristaltique et extatique du vivant.

La volupté et la sensualité alliées à la raison, l'humanisation de l'amour, c'est aujourd'hui pour quelques happy few, le plus souvent, et pour tous demain — éventuellement. Mais pour les masses aujourd'hui ce sont le kitsch sirupeux ou le désabusement ou la violence sexuelle que les derniers aristocrates libertins ont rendue depuis deux siècles “chic” aux yeux de tous ceux qui, aujourd’hui, partis de rien et arrivés très vite à la misère poétique, sensuelle, sentimentale, sexuelle, s'empressent de l'exercer dès qu'ils atteignent au moindre pouvoir sur autrui leurs “partenaires”, ou les enfants pauvres de leur province ou de quelque région du monde que ce soit , violence sexuelle que des gens comme le jeune Montesquieu ou Madame de Scudéry pensaient à juste titre être le fait des miséreux puisqu'ils pensaient que “l'amour” était toujours “plus grossier, plus brutal et plus criminel parmi les gens qui n'ont aucune politesse et qui sont tout à fait ignorants de la belle galanterie” et il revient à chacun de reconnaître sur ce point le miséreux en lui-même , violence sexuelle dont on voit bien qu'à un autre niveau, celui de la phylopsychogénèse, elle est irriguée d'un côté par toute la mythologie et l'histoire de la violence dominatrice patriarcale avec sa terreur, au fond, de la jouissance, et sa rage concomitante de tout soumettre — et surtout les femmes — et, d'un autre côté, par celles de la violence hystérique et extasiée du vieux matriarcat préhistorique enfermé dans cette forme particulière de la non-réalisation de l'humain et de la folie.

En attendant cette subsomption raffinée et délicate, dont nous parlons, de ces courants historiques mêlés et opposés, c'est donc la guerre, et la bêtise des générations d'imbéciles morts pèse lourd dans le cerveau des crétins vivants ; la préhistoire ne nous lâche pas ; le troupeau bêle à la mort ses vieilles pleurnicheries enragées, et nous, tranquillement, nous ensemençons l'avenir.
Pour qu'y brille un jour de tout son éclat l'or du Temps dont nous parlait André Breton.

Partir, agir, aimer, jouir, créer. Nager, jouer, danser, marcher, voyager, dormir. Ne rien faire, mais ébloui. Lâcher tout, si nécessaire.
Avant tout organiser la vie dans le sens de la vie, vibrante, vivante : voilà, nous semble-t-il, quelques-unes des voies qui mènent à trouver l'or du Temps dont on trouvera peut-être quelques traces dans cette ébauche de “Programme Hors du commun”, dans lequel Breton, justement, définit les buts et les moyens de l'Avant-garde sensualiste, où Duchamp commente la position de Breton vis-à-vis de l'amour — qui est aussi la nôtre — et où Nietzsche, très en forme, rappelle le type de regard que nous portons sur les Hommes et l'Histoire, donne le sens de “l'opéra fabuleux” et le but du “Coup du monde.”






LE PROGRAMME HORS DU COMMUN






Nietzsche :


Qu'un homme résiste à toute son époque, qu'il l'arrête à sa porte et lui fasse rendre compte, cela exerce forcément de l'influence ! Qu'il le veuille, peu importe, qu'il le puisse voilà le point.


Breton :


Le Dieu qui nous habite n'est pas près d'observer le repos du septième jour.


Le Chœur des Libertins-Idylliques :


Dans l'émouvant mouvement
Du sable mouvant
Aspirant
De votre corps aimant
De mon corps aimant
La dérive heureuse
Océane
L'exploration tendre
Profonde
Détachée du Temps
Des méandres voluptueux
De la sensitive
Explosive-fixe


Chaque mouvement, chaque retrait, chaque pénétration, chaque constriction aspirante
Nous découvre les terres fermes
Les grottes sous-marines du Grand Cœur du Temps
La main dans la main nous découvrons les enchantements de vos Palais
Idéaux
Aquatiques


Je suis le plongeur qui dérive
Vers votre cœur
Sans hâte
Amplement
Vous êtes l'océan


La houle tous les deux
Nous prend.


Breton :


L'idée de l'amour allait droit devant elle sans rien voir; elle était vêtue de petits miroirs isocèles dont l'assemblement étonnait par sa perfection. C'étaient autant d'images de la queue des poissons, quand, de par leur nature angélique, ceux-ci répondent à la promesse qu'on peut se faire de toujours se retrouver 


Le Chœur des Libertins-Idylliques :


Notre aura bleue
Liserée d'or
Cette vapeur bleutée
Entourant nos corps
Au paroxysme
-– Savouré puissamment dans le ravissement étonné -–
Du plus ardent du plus doux du plus pénétrant
Du plus éblouissant du plus irradiant
Mouvement
De leur corps à corps
Si loin de tout
De mes yeux si lointains
Je l'ai vue


Puissance altière
La vôtre la mienne
Sensations en excès délicieux
Extraordinaire ardeur printanière
En renouveau d'excès voluptueux
Délices débordés sentimentaux
Tout concourait
Il est vrai
-– Ton con court et
Ardent
De feu et d'eau
Mon sexe turgescent
Long et lent
Vif et ardent
Parfaitement
Et tous leurs emportements -–
Tout concourait excessivement
À cette palpitation de bleu et d'or
Irisant
En brume divine
Nos corps


Éternité du Temps
Rien ne passera
Et souvent des amants
Dans la suite du Temps
Relisant cela
S'embrasseront
S'embraseront.


Pour l'heure
Tout à notre gloire
Tout alanguis de ces rayonnements
Après avoir traversé la terre
De notre sommeil si lourd et si bon
Excessivement
Nous restons sans paroles et sans force
Dans la langueur attendrie du soir


L'amour est le feu ardent
La vie même
Son éblouissement


Y demeurer
Décidément.


Breton :


L'aurore boréale en chambre, voilà un pas de fait ; ce n'est pas tout. L'amour sera. Nous réduirons l'art à sa plus simple expression qui est l'amour…


Marcel Duchamp (s'adressant au public…) :


Je n'ai pas connu d'homme qui ait une plus grande capacité d'amour. Un plus grand pouvoir d'aimer la grandeur de la vie et l'on ne comprend rien à ses haines si l'on ne sait pas qu'il s'agissait pour lui de protéger la qualité même de son amour de la vie, du merveilleux de la vie. Breton aimait comme un cœur bat. Il était l'amant de l'amour dans un monde qui croit à la prostitution. C'est là son signe.
...
La grande source d'inspiration surréaliste, c'est l'amour. L'exaltation de l'amour électif, et Breton n'a jamais accepté que quiconque du groupe, par libertinage, démérite de cette idée transcendante. Il l'a écrit : “J'ai opté en amour pour la forme passionnelle et exclusive, contre l'accommodement, le caprice et l'égarement...”
...
Qui plus que lui a médité sur la dérision du bonheur humain, a médité sur les causes de conflit et d'antagonisme qui pourraient surgir, même lorsque la société sans classes sera instaurée ; qui mieux que lui a frôlé la grande explication surréelle de la vie; cette prise de conscience totale d'une vérité sans frontières, qui a plus aimé que lui, ce monde en dérive ?




Le Chœur des Libertins-Idylliques entame alors ce discours à leur propre gloire :



L'opéra fabuleux de l'extrême et joyeuse fécondité de l'Homme.


Le Manifeste sensualiste scelle définitivement la fin du premier acte de cet opéra fabuleux de l'apparition du Je, de l'individu, sur la scène du monde et de l'Histoire, premier acte marqué –- après l'apparition de l'individu sur les ruines de la famille clanique et de l'ordre féodal et divin -– par l'exploration que l'individu, l'humain dans son unicité, a faite de lui-même par les moyens de l'art, de la littérature, de la réflexion philosophique et aussi, bien sûr, de la pensée et des techniques exploratoires analytiques, et qui selon nous s'est terminé au tournant des années soixante et soixante-dix ; il était difficile de se servir, dans ce but, de l'écriture, de la langue, et même du corps, plus intensément que ne l'avait fait Artaud après la guerre ou dans un autre domaine de l'art, et pour ne citer qu'eux, les actionnistes viennois dans les années soixante.


Bien sûr, certains viendront encore longtemps, et de plus en plus, se faire hara-kiri, sur scène ou dans des livres ou se livreront à d'autres délicatesses du même genre : c'est un filon rentable ; mais dans cette apparition de l'humain dans l'Histoire que traduisent, tout en les rendant possibles, à la fois l'art, la philosophie et la littérature, le moment était arrivé où il fallait sauter le pas, où il n'était plus possible de tourner autour du gouffre du "noyau de nuit sexuel" et du reste, dont parlait Breton -– gouffre qu'il pensait infracassable alors que la suite a montré qu'il ne l'était pas –- où il n'était plus possible donc, de tourner ainsi, dévoré par le feu, même gavé de laudanum, de LSD ou de mescaline (Michaux, Huxley etc.) scandant, avec "la boule à cris" et le marteau d'Artaud, la peur d'entrer dans le véritable labyrinthe infernal de la souffrance infantile et existentielle, le tout esthétisé par des littérateurs et des spectateurs tout à fait pénétrés du sentiment de leur indignité devant un si beau martyr, et qui –- comme Gide l'avait dit, textuellement, au sortir de la conférence au Vieux-Colombier en 1947 où il avait dû relever Artaud effondré –- se sentaient, devant cela, devant une si grande détresse, des jean-foutre ; il fallait –- au moins pour ceux qui tournaient autour de ce pot, pourri de chagrin et de souffrance –- pour retrouver les grâces infinies, la puissance infinie de la poésie vécue, réaliser, et sans art ni spectateurs, ces plongées verbales et non verbales dans les profondeurs de l'histoire individuelle, à la recherche de ce qui avait pu entraîner, provoquer le déclenchement, le refoulement, l'accumulation de cette violence et de cette souffrance. Non plus esthétiser mais revivre, nommer, comprendre ; ramifier, et, finalement, raffiner la conscience. Et il fallait, dans le même temps, redéfinir l'Histoire et son intelligence.


Bien entendu, le "bon ton de la noirceur et de la névrose" ne passera pas de sitôt puisque les conditions mêmes de la vie, et tout le reste que nous connaissons bien maintenant, le produisent et le reproduisent sans cesse. Cependant, le Manifeste sensualiste en marque, pour ceux que l'histoire des idées et des avant-gardes intéresse, le terme théorique, poétique et artistique.


Évidemment, le résultat théorique, poétique et artistique de cette confrontation individuelle –- et non médiatisée par les moyens de l'art –- avec l'enfer personnel marque seulement un saut qualitatif dans l'histoire de ce courant particulier des arts, de la philosophie et de la poésie qui, d'une façon ou d'une autre, avait été concerné par les puissances du nihilisme dans l'Homme (Sade en ayant été, avec les moyens de la littérature, un de ses premiers explorateurs) ; un autre courant, lui, ne s'était jamais laissé séduire ou impressionner par le désespoir et la souffrance et leur pauvre rejeton qu'est le nihilisme, vraisemblablement parce que ceux qui le représentaient étaient de plus belles et de meilleures natures.


Aujourd'hui, et c'est ce que l'on constate avec les Libertins-Idylliques, il y a une convergence entre ces deux courants : celui de ceux qui n'avaient jamais perdu le goût de "l'amour du merveilleux et du merveilleux de l'amour" et celui de ces autres qui, tourmentés dans un premier temps par leur souffrance et leurs misères, mais revenus de cette confrontation directe avec l'enfer de la névrose individuelle –- aux causes sociales, familiales, historiques que nous connaissons -– ont retrouvé, eux aussi, le goût du gai savoir et du bel amour.


Nous constatons partout que tout ce qui souffre a pris un goût masochiste -– que la fureur du monde encourage -– pour sa souffrance, et même s'en est fait une raison de vivre et un fonds de commerce, et que la société de l'Injouissance (note de 2006) dont nous parlons, non seulement produit cette perception-là de la vie et du monde, mais encore qu'elle en favorise largement l'expression ; qu'elle est construite en partie sur et par cette misère. Mais ce goût spectaculaire, marchand et finalement esclavagiste -– et ne tendant nullement à la fin de l'esclave moderne, au contraire –- pour la noirceur et la névrose, si habilement médiatiquement exploitées, a fini par lasser les plus vivants.


La Renaissance sensualiste qu'annonce le Manifeste sensualiste est donc bien, dans ce sens, le deuxième acte de cet opéra fabuleux, même si l'on sait aussi que l'on s'affronte dans la salle et sur la scène, que cette scène et cette salle elles-mêmes sont menacées par ces affrontements, bref que rien n'est encore joué.


Pour exemple de ceux qui ne s'étaient jamais laissés impressionner par la souffrance et la misère citons La Mettrie :
"La volupté a son échelle, comme la nature ; soit qu'elle la monte ou la descende, elle n'en saute pas un degré ; mais parvenue au sommet, elle se change en une vraie et longue extase, espèce de catalepsie d'amour qui fuit les débauchés et n'enchaîne que les voluptueux." L'art de jouir.


Ajoutons enfin que l'attachement des autres aux aspects méphitiques de l'âme humaine a finalement amené à leur compréhension, et donc à un déploiement essentiel de la raison dans ces régions désolées du monde.




Nietzsche, très en forme et tout à fait au fait des choses, pour finir par la belle utopie, conclut ainsi :


L'arbre de l'humanité et la raison.


"Ce surpeuplement de la terre que vous redoutez avec votre myopie sénile fournit justement leur grande tâche aux plus optimistes : il faut qu'un jour l'humanité devienne un arbre qui couvre tout le globe de son ombre, avec des milliards et des milliards de fleurs qui, l'une à côté de l'autre, donneront toutes des fruits, et il faut préparer la terre elle-même pour nourrir cet arbre. Faire que l'ébauche actuelle, encore modeste, grandisse en sève et en force, que la sève circule à flot dans d'innombrables canaux pour alimenter l'ensemble et le détail, c'est de ces tâches et d'autres semblables que l'on déduira le critère selon lequel un homme d'aujourd'hui est utile ou inutile. Cette tâche est indiciblement grande et hardie ; nous en prendrons tous notre part, afin que l'arbre ne pourrisse pas avant le temps. Un esprit historique réussira sans doute à se mettre sous les yeux la nature et l'activité humaine dans toute la suite des temps, comme nous avons tous sous les yeux le monde des fourmis, avec ses fourmilières artistement édifiées. À en juger superficiellement, l'Humanité aussi donnerait lieu dans son ensemble, comme les fourmis, à parler "d'instinct". Nous nous apercevons, à un examen plus serré, que des peuples, des siècles entiers s'évertuent à découvrir et expérimenter de nouveaux moyens par lesquels on pourrait faire prospérer un vaste groupement humain et en définitive le grand arbre fruitier de l'humanité dans sa totalité ; et quelques dommages que les individus, les peuples et les époques puissent subir lors de ces expériences, c'est chaque fois pour certains individus le dommage qui rend sage, et leur sagesse se répand lentement sur les mesures prises par des peuples, des siècles tout entiers. Les fourmis aussi se trompent et se méprennent ; l'humanité peut très bien dépérir et se dessécher par la stupidité des moyens, avant le temps ; ni pour celle-là ni pour celles-ci il n'y a d'instinct qui les guide sûrement. Ce qu'il faut, c'est plutôt regarder en face cette grande tâche de préparer la terre à recevoir cette plante d'une extrême et joyeuse fécondité –- tâche de raison pour la raison !"







R.C. Vaudey. Décembre 2002.


In Avant-garde sensualiste 1. Juillet-Décembre 2003.







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lundi 11 juin 2018

Le fleuve d’or ; — l’ébat des anges…








L’or sucré de l’amour
Son incroyable séjour
[… ]



Lire la suite ici (clic)









Le 11 juin 2018
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018





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mardi 5 juin 2018

La Vie — et le bel art amoureux










Héloïse Angilbert
Croquis préparatoire à La Vie
2001







Chère amie,




Voici, comme promis, le texte que j’écrivais, le 10 février 2001, en forme de Présentation de La Vie, pour l'exposition Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non… ; j’y joins la description de cette exposition, où il est question de labyrinthe et de beaux-arts amoureux. Et de quelques autres choses.


Avec mes respectueux hommages,






À propos d'Héloïse Angilbert et de son art…


Héloïse Angilbert a un parcours atypique dans l'art du moment. Se situant elle-même dans la lignée de ceux qui de Marcel Duchamp à Arthur Cravan, et quelques autres, ont fait « en passant » de la vie le « huitième art » (selon l'expression des lettristes internationaux), elle ne croit pas que l'activité de l'artiste doive être nécessairement toujours publique. [… ]

Aujourd'hui cependant, au tournant d'un millénaire et à l'achèvement d'un siècle dont tout le monde peut mesurer aisément tout ce qu'ils n'en finissent pas d'apporter de monstrueux à l'histoire des Hommes, elle se décide, forte de quelques amitiés à travers le monde et d'une dizaine d'années de vie consacrée à absolument rien d'autre qu'aux aventures théorico-poétiques liées à la tentative qui est la sienne de définition de la richesse (c'est-à-dire du sens même de l'existence) et liées également à cette volonté compréhensible chez cette jeune femme de dégager de la barbarie du siècle écoulé les éléments qui pourraient servir à une humanisation éventuelle des Hommes et de leur histoire, elle se décide, dis-je, à se connecter ou à se reconnecter avec les réseaux de la communication publique de l'art, nonobstant les discours sur la prééminence des réseaux, pour y faire résonner quelques pertinentes questions et quelques belles réponses qui, selon elle, seules resteront quand tout aura été oublié des conditions présentes faites à l'art et à la vie.

Se plaçant très au-delà des conditions présentes de la misère et de l'inhumanité, elle envisage la question de la richesse c'est-à-dire, encore une fois, la question du sens de l'existence en supposant résolues les questions liées à la juste répartition des ressources, aux conditions matérielles de la survie des Hommes, et même celles liées à leur réduction à ce presque-rien statistique par l'économisme déchaîné.

Très clairement, alors que l'Histoire engloutit les Hommes dans les charniers des guerres (religieuses, secrètes, économiques, militaires…), leurs ruines et leurs décombres, tout en en préparant sous nos yeux toujours de nouvelles et de plus barbares encore, alors que les famines emportent les plus pauvres d'entre eux (comme elle a pu le constater au cours de ses voyages à travers le monde) pendant qu’une abondance frelatée et mortifère en menace d'autres ailleurs (c'est ici…), et tandis que toute la violence et la haine héritées de la barbarie des siècles précédents et que le chaos du temps présent ne manque pas d'exciter encore davantage s'insinuent et se débondent dans toutes les relations sociales, familiales, amoureuses ou ce qu'il en reste, et que les conditions mêmes de la poursuite d'une si misérable inhumanité sont plus généralement remises en question, Héloïse Angilbert, à l'avant-garde d'un temps qui pourrait tout aussi bien ne jamais voir le jour, refusant de réduire le sens de la richesse à la résolution de ces problèmes, qui ressortissent plus à la barbarie qu’à l'humanité, redéfinit la richesse comme pratique tendre, puissante, élégante et raffiné de l'humanité. Pas moins.

Parmi toutes les conditions préalables à cette exploration éventuelle et à venir de l'Humanité par elle-même, qu'elle appelle de tout son art, et outre bien entendu la résolution des si difficiles questions que j'évoquais précédemment, et à laquelle elle essaie comme tout un chacun de participer, je sais qu'elle est particulièrement sensible à la question de l'établissement d'un rapport également raffiné, tendre, élégant, intelligent, poétique et déclanisé entre les hommes et les femmes, et que, plus généralement, elle comprend son travail comme devant participer à cette indispensable amélioration des mœurs partout où elle est nécessaire. On peut être certain qu'elle utilisera tous les moyens à sa disposition pour que, par-delà les nécessaires connexions encore à créer entre les êtres, s'impose l'idée de la belle, délicate et raffinée rencontre (celle de l'intelligence, de l'amitié ou de l'amour) dont elle parle. Et elle aura raison. 

C'est à la lumière de ces étranges considérations mais qui sont pourtant bien dans la lignée de celles d'un certain nombre d'aventuriers de l'art et de la vie du siècle écoulé qu'il faut considérer cette installation intitulée La Vie qu'elle déploie ici.


R.C. Vaudey. Le 10 février 2001.









Description de : LA VIE
et de l'installation-vidéo-théorique :  Manifeste sensualiste


(Exposition : Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non. Juin 2001.)

 



L’Avant-garde Sensualiste, qui redéploie le genre du manifeste et ceux de la théorie et de la poésie, redéploie également celui des arts qui doivent chanter les très riches et très “grandes heures de l'Homme”, pour parler comme Nietzsche

Ainsi le Manifeste sensualiste n'a-t-il pas attendu plusieurs années après avoir été écrit pour se retrouver au centre d'une nouvelle forme d'art. À peine avait-il été rédigé qu'aussitôt nous en fîmes, dans l'esprit de celui de qui avait fait Critique de la séparation, un montage vidéo qui se présentait  ainsi :  un écran noir avec une voix off, celle d'Héloïse Angilbert, lisant le Manifeste avec, de temps en temps, apparaissant sur cet écran, des cartons (“Pour en finir avec la Séparation” etc.), quelque chose entre Hurlements en faveur de Sade (que, cette fois, l'on aurait pu nommer Feulements d'amour en défaveur de Sade), et le film La société du spectacle, ce qui était une façon, avec le titre de l'exposition — pour Breton —, de saluer ceux à qui nous devions en quelque sorte ce beau voyage.


Mais cette installation vidéo théorique — puisqu'il faut la nommer ainsi — qui était jouée dans une salle sombre était elle-même partie d'un tout — qui est la vraie, et absolument inédite, réalité du Manifeste sensualiste — qu'elle composait avec une autre forme d'installation réalisée, elle, d'un cube de lin écru de 3 m de côté, dans une pièce contiguë, sombre elle aussi, cube à l'intérieur duquel on apercevait — par un œilleton — le lit et les draps blancs défaits d'amour, éclatant de  l'extraordinaire  blancheur que leur donnait la lumière, noire, et les lettres :LA VIE (en rose, fluorescent, bien sûr) qui montaient et descendaient et qui semblaient être responsables du grincement significatif — de ce lit — que l'on entendait, installation qui est un poème, (comme le Manifeste) mais en trois dimensions, d'une jeune femme, à l'amour, et aussi à l'amour charnel, et à leurs émerveillements ; et ce sont ces deux éléments : l'humour et la poésie du lit qui grince et de LA VIE qui danse, associés aux propos que je tiens dans le Manifeste et avec, pour y accéder (ce qui dans la réalité n'avait pas pu être vraiment réalisé), un long labyrinthe composé de draps blancs, qui constituaient une situation tout à fait neuve et poétique — au-delà des bêlements sur la fin de tout — et qui, pour ceux qui auraient pu en comprendre la portée, manifestait, chargée d'un tout nouveau sens, et tout à fait inédite par la  forme de vie et d'association qui avait présidée à son inspiration, cet art neuf — après tant d'années de famine poétique — où s'allient le très personnel et l'impersonnel dont je parlais dans les Précisions, où se déploie le style de chacun pour célébrer ce qui en même temps dépasse l'un et l'autre, et qui est — en même temps qu'un hymne à l'amour — un appel à la vie, à l'amour, et à leur belle révolution historique nécessaire. Un art de la longue vue. Un art de la longue vie.


Je peux décrire facilement ce à quoi ressemble l'art des sensualistes puisqu'il n'a été montré que très rarement au public.  Mais, puisque je l'ai décrit, on ne pourra pas dire plus tard qu'il était impossible de faire en ce début de troisième millénaire une forme d'art vraiment neuve, puisqu'on a vu qu'en reprenant des éléments de l'ancienne avant-garde du cinéma, ou de sa destruction, du milieu du siècle dernier, la vieille image familière et poétique du labyrinthe, le principe de l'installation — qui n'est rien si l'on n'y met pas un sens historique et personnel — et aussi, tout simplement, l'écriture, bref en combinant quelques éléments que l'on connaissait déjà, et seulement par l'interaction de ces éléments placés dans cette perspective personnelle, historique et philosophique-là, et évidemment grâce à la conjonction particulière de ceux qui les avaient réunis (conjonction qui avait d'ailleurs présidé à la création de ces éléments), on pouvait faire quelque chose d'aussi poétique qu'un koan ou qu’une calligraphie zen — que l'on devait faire, également, au sortir d'un moment de grâce ; et beaucoup dans ce que j'ai décrit de ces combinaisons d'éléments théoriques et visuels avait été fait au sortir d'un instant de grâce amoureuse —, mais placés là aussi dans un esprit de bouleversement tendre du monde.


Ceux qui voudront de leur côté s'essayer à l'existence des Libertins-Idylliques telle que je l'ai décrite dans les Précisions (“Jeunes gens, jeunes filles, quelque aptitude à l'amour abandonné et à la poésie, si beaux ou intelligents, vous pouvez donner un sens à l'Histoire, avec les sensualistes… Vivez, aimez, écrivez, créez !”), si la chance des rencontres leur sourit, et s'ils parviennent à s'en donner les moyens, trouveront eux aussi, très facilement, ces phrases de réveil d'un genre particulier dont  je parlais, dont ils pourront faire une très nouvelle et  très ancienne poésie, et aussi l'inspiration de nouvelles formes d'art pour marquer les très riches et très grandes heures de leur propre humanité et de leur propre histoire, en combinant ou non les éléments de l'ancien art du XXe siècle, qui avait commencé avec Dada sur la base du : Rien n'est vrai tout est permis (qui sous-entendait quelque chose de violent et de négatif), XXe siècle dont nous avons marqué le terme en retournant cette proposition en un : Rien n'est vrai tout est possible, où le possible est chargé cette fois de toute notre puissance et de tout notre désir poétiques créateurs positifs, XXe siècle enfin qui a donné à l'art la plus grande liberté. 


Ils pourront ainsi enrichir l'histoire encore balbutiante de l'individu et faire en sorte que l'on ne puisse plus dire que ce qui aura été important dans leur vie n'aura pas laissé de traces, et qu'elle aura été marquée, uniquement, par le Spectacle régnant; et ainsi, de proche en proche, il est possible que l'intelligence de l'Histoire et le feu de la passion et des beaux sentiments, les beaux-arts amoureux, qui améliorent si bien les mœurs, gagnent.



R.C. Vaudey. Le 12 mars 2002.






Héloïse Angilbert
Croquis préparatoire à La Vie
2001







I



Un labyrinthe de lourds draps de lin blancs
Brodés de votre monogramme
Oscillant dans un vent léger
En haut d’une colline
Qui surplombe la plaine
Un labyrinthe qui débouche sur La Vie
Tandis que l'on entend celui de Marin Marais
Et le grincement
Significatif
D’un lit
Que l'on connaît :
Il aura fallu 17 ans
Pour que ces deux labyrinthes se rencontrent
Enfin
Que séparent près de 300 ans




L'art sensualiste est la négation de l'art contemporain
Non pas techniquement mais sensiblement —  :
Contrairement à ceux qui le dénigrent pour des raisons de savoir-faire
Nous le révoquons pour des raisons de savoir-vivre


L'art sensualiste diffère en ceci qu'il est contemplatif — galant 
Tout le restant l’indiffère  :
Toutes les formes de la Figuration
De l’Abstraction
Du Minimalisme
Du Réalisme
De l’Hyper-Réalisme
Et cætera


L’art sensualiste est, et sera, l’appropriation
Des moyens de l’art
Par ceux que Nietzsche appelait les aristocrates-nés de l’esprit 


(Nietzsche qui écrivait  :


Fécondité tranquille


Les aristocrates-nés de l’esprit ne sont pas trop pressés 
Leurs créations paraissent et tombent de l’arbre par un tranquille soir d’automne
Sans qu’ils soient hâtivement désirés
Sollicités
Pressés par la nouveauté


Le désir incessant de créer est vulgaire
Et témoigne de jalousie
D’envie
D’ambition


Si l’on est quelque chose
On n’a réellement besoin de faire rien
Et pourtant l’on agit beaucoup
Il y a au-dessus des hommes « productifs » une espèce encore supérieure.)






Le 31 mai 2018





II



(Le jour suivant)


Sous la pluie, l’Etna
Le magma en fusion
Le jaillissement plasmatique



R.C. Vaudey
Le 1er juin 2018
Encre sur papier





III



(Le jour suivant ce jour suivant)



Seul
Sous la voûte du tilleul
Qui bruisse des abeilles
Illuminée du dernier rayon de soleil
Que nous offre ce jour d'été
Je ressens l'ivresse fébrile
Que traduit cet immense
Et beau bourdonnement
L'exubérance
La joie de se plonger
Corps et âme
Dans le nectar
Loin des passions
Bibliophiles
La fusion
À perdre haleine
Dans la propolis et le pollen
L'extase du coquillard
Comme au temps de Villon
Le velours de délice
Des calices
La corolle
Qui affole
L’androcée et le gynécée
Mêlés
La frénésie des ardeurs
Des senteurs


Le bonheur





Le 2 juin 2018
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018 




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