jeudi 28 juin 2012

Poésies III (suite)




POÉSIES III, R.C. Vaudey


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 






La noblesse humaine est ce que l’ouverture au Temps cisèle parfois dans l’ignominie quotidienne.

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De nos jours, ceux qui aiment l’amour sont accusés d’être romanesques.

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Quand on veut devenir un Libertin-Idyllique, il ne faut pas se rebuter des premières découvertes affligeantes qu’on fait dans la connaissance des hommes et de soi-même. Il faut, pour les connaître et les dépasser, triompher des défenses qui mènent aux souffrances qui sont leurs causes — comme l’anatomiste triomphe de son dégoût, pour devenir habile dans son art.

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L’injouissant contemporain ne croit pas à la pureté de certaines vertus et de certains sentiments ; et, en général, il ne peut guère s’élever qu’à des idées basses : comme ceux qui s'appliquent trop aux petits sentiments, il est devenu ordinairement incapable des grands. 

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Le bel amour est le besoin des âmes nobles, l’amour-propre des cœurs généreux, et, en quelque sorte, l’égoïsme des beaux caractères.

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Vu les inéluctables conditions de leur activité particulière, les hommes ne peuvent être qu’à moitié. 

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L’imbécile croit découvrir la « misère radicale  de notre condition » même quand il n’est ni malade, ni pauvre, ni vieux. 

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Le plaisir peut s’appuyer sur les pulsions partielles, mais le bonheur repose sur la complétude. Il n’y a qu’elle qui puisse nous donner celui dont la nature humaine est susceptible.

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« Libération sexuelle » — telle que l’entend l’époque —, est l’euphémisme pour carnage. Regardez.

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Nous n’arrivons à comprendre ce que n’est pas l’amour charnel qu’en expérimentant dans un seul grand abandon ce qu’il est.

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La présence d’amants est la condition ultime de la perfection de toute chose. 

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La sincérité est une ouverture de cœur. C’est elle qui convient dans le libertinage idyllique.

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Ce qui suit  le réveil du sommeil d’amour est une paresse voluptueuse.

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La jouissance naît d’une puissance ardente; la paresse qui la suit, d’une impuissance paisible.

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La jouissance, lorsqu’elle naît d’une ardeur inaltérable et pleine de délicatesse, éloigne toujours des grands vices.

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La  contemplation est l’état d’une âme qui se possède, et avec elle le monde ; elle naît spontanément de la plénitude qui suit l’expression et la satisfaction du désir, — et éloigne des pensées civiles.

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Je conseillerais à quelqu’un qui veut obtenir les faveurs du public d’arborer un air triste, plutôt qu’un air riant. On n’aime pas à voir plus heureux que soi. 

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Le premier pas de la sagesse consiste à admettre que notre poésie ne peut intéresser personne. Considérant l’époque.






Le 27 juin 2012.