samedi 15 décembre 2018

L’ELDORADO suivi de Documents relatifs à la fondation de l’Avant-garde sensualiste











L’Eldorado !



La venue de l’extase
Ce à quoi l’humain contemporain
J’en suis un —
Est, par sa vie, le moins préparé
Il est si facile
Quand bien même il n’est pas obligatoire —
De se couper de sa sensibilité
Tout y engage
Et tout semble plus facile que de rester
L’âme ouverte au monde


L’attirance de la dureté


J’ouvre mon âme étonnée
Riante de bonheur retrouvé —
En ouvrant votre cœur de baisers


Mes yeux se ferment :
M’envahit
Mon sourire extasié
Comme un qui reconnaît
Dans sa transe —
Un air tant aimé


Pavane…
Groove
Tempo serré…
On entre dans le mouvement
Comme deux jazzmen
Emportés par le feeling
Dans une longue impro
Qui n’en finit pas de durer
On varie et échange les solos
On s’épuise de beautés inattendues
Qui finalement nous exténuent


Être exténué
En vrai —
Par le Bon …
Le Beau…
Le Vrai…
Voilà ce à quoi mes études de philosophie ne m’avaient pas préparé
(À bas la métaphysique platonicienne !
Vive l’ultraphysique héloïséenne !)
La Sorbonne a des limites…
Nous les avons outrepassées  :
Nous sommes dans le génie
On en gémit
C’est trop sensible
Trop bon !
Trop beau !
Trop frais !


Miracle de l’irradiance de la vie
Qui nous a saisis !

Le mouvement se poursuit
Tout semble inédit
Tout paraît inouï
Aimer la vie !
Aimer la fusion magmatique des désirs
Qui s’empirent
Dans une spire
Qui étend son empire
Au plus intimes de nos cris
De nos soupirs

Le vieil air
Le bel air
Le grand air nous a ressaisis :
« "Inventeurs" bien autrement méritants
Que tous ceux qui nous ont précédés
Musiciens même, qui avons trouvé quelque chose comme la clef de l’amour »

Ou plutôt : qui en sommes possédés !

Être possédés par l’amour et sa clef
Par le fabuleux
Le prodigieux
Le merveilleux de la vie
Se déployant
Sans souci
Vertigineux
Incroyable
Confondant
Bouleversant
Annihilant

Aimer la vie
La sentir palpiter
Avec une sensitivité infinie
Se sentir s’y accorder
Dans une harmonie de Paradis
Le rythme dans la peau :

L’Eldorado !

Jusques aux Chutes du Niagara…

Plongeon absolu
Dispersion
Interminable fusion-beauté-convulsion…

Puis
Néant épanoui…
Sommeil angélique…
Éveil séraphique



À part ça, je voudrais n'avoir jamais rien dit  :
Je ne suis que là…
Je ne suis que ça…
Cet amour de la vie
Cet éloge vivant de la joie

Voilà ! 

C’est dit !

Merci !



Le 15 décembre 2018


R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018







 Documents relatifs à la fondation de l’Avant-garde sensualiste









SUR LA PLAGE DU CIEL
L'ÂME ÉTOILÉE...


Celle qui ouvre ton cœur
Que tu aimes de toute ton âme
Sans ombre
L'esprit clair
Et tendre
La femme que tu aimes
Sans penser 
Puissamment 
Profondément
Sans arrière-pensées
Avec cette passion sincère
Dans le jeu, les rires
Et l'immense sérieux du plaisir, sans rire, en riant,
Celle qui ne t'a pas blessé
Que tu n'as pas blessée
Celle qui ouvre ton cœur, ton corps, mon âme, celle qui efface tout le reste, ramène le vrai, l'être, belle beauté convulsive, tendre et puissant abandon
Celle qui éclaire tout le reste
Explique sans rien dire le faux
du reste
Celle que tu aimes corps et âme
Bavard mais étoilé
Celle qui parsème ton âme dans les étoiles
Tu y es !
Celle qui vibre longtemps en toi
La femme qui te respire avec son ventre de femme, de fée
Celle dont tu irrigues le cœur de ton âme
Fleur ouverte après l'ondée
La femme au ventre source ruisseau fleuve océan houle marine vague raz-de-marée
Celle qui te laisse sur la plage du ciel l'âme étoilée
Celle que tu peux aimer, que tu n'as pas blessée, qui ne t'a pas blessé
Celle qui t'accueille, t'aspire, te fond, que tu accueilles remplis que tu fonds
La femme de ton âme
Celle avec qui tu découvres la vérité de la vie jeu sentiment désir puissant beauté torride
Flamme feu passions désir désir don abandon innocence des sentiments des sensations
Pure délectation
Celle avec laquelle tu goûtes la vie, la vraie vie
HA ! La belle vie !
Celle que tu enivres, qui t'enivre tous deux chevauchant la belle vie
Tous deux se fondant dans la belle vie
Laisse la vague, suis la houle, suis mon cœur, mon cœur, je suis ton cœur, laisse parler ton âme, je laisse parler mon âme, toi qui ne crains rien de moi, moi qui ne crains rien de toi
Ouvre le monde, suis ma route terre profonde, je remplis ton âme, tu emportes la mienne
Ô mon âme !
Nul n'y résiste source ruisselante fleuve vague marée raz-de-marée, emporte nos âmes
Nos âmes maintenant étoilées, beauté convulsive totale, corps et âme sans pensée
Sans arrière-pensée
C'est la vie !
C'est la vie !
Mon âme extase pleine éparpillée mêlée sublime semblable
Reste sur la plage du ciel
Mon âme étoilée !
La belle, la puissante, la tendre unité, et même des corps l'étonnante synchronisation dans les vagues
Mouvements de la langueur...
Il faudra encore bien du temps, du temps de temps, du temps de rêve, du temps de vie, de vraie vie pour que ce qui s'est si puissamment uni peu à peu retrouve sa propre unité

L'innocence de ton âme, de son âme dans l'extase emporte à l'unité du monde et des amants, et puis, peu à peu, suit le retour à la singularité, mais à la singularité éclairée épanouie ravie émerveillée attendrie
Suis ton âme, mon âme, aime de ton eau pure, de ton cœur tendre, puissant, bel animal raffiné
Aime de ton âme claire tendre sans pensée, sans arrière-pensée
Aime comme on doit aimer
Puissant et bel animal
Raffiné diamant du monde
Amant du monde
Aimant la vie
Aimant ta femme
Aime de ton âme claire
Bel et tendre, raffiné, animal
L'amour la beauté la poésie
Et tout ce qui s'ensuit...

À celle que j'aime avec mon âme sans arrière-pensée tout feu tout flamme bavard étoilé
À toi Héloïse




Le 15 décembre 1992
R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 1992






Sur la plage du ciel l'âme étoilée

 15 décembre 1992
acrylique sur toile
130 x 50 cm






CANDOLIM


Sur la mer
Having played
Sur la mer
Aux larges épaules
Torse ample
Sur la mer
Le regard posé
Sur la mer
De la tête aux pieds
Sur la mer
Au sable de grillons
Sur la mer
Aux caresses dans les mains du sable écoulé
Sur la mer au petit puits d'enfant
Sur la mer au rivage d'infini
Sur la mer aux rivages au lointain profond
Sur la mer au sentiment d'océan
Sur la mer
Aux larges épaules au torse gonflé
Sur la mer toutes voiles gonflées
Sur la mer puissant tendre aimé
Aimant
Sur la mer le regard posé
Tendre aimant aimé
Sur la mer
Force inimitable
Sur la mer
Couleur d'or
Sur la mer
Amant d'or
Pénétrant caressant glissant gonflé dressé tendrement caressant pénétrant glissant
Sur la mer
Amant d'or
Prend l'or du Temps
Prend l'air du Temps
Bel amant




Le 21 février 1993

R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 1993





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dimanche 9 décembre 2018

Des illuminations aux illuminescences










Historique de l’expédition :
 (La carte du tendre)






Nous sommes partis de là...




Sensation


Dans les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.


Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.




Mars 1870.










Des fleuves de sensations...
(Aurore...)


Je suis revenu mais je n'oublierai pas
Des piliers plus que d'or
Juste devant moi
Un village de conte
Des voiles d'ouate
Qui s'en arrachent
De grands oiseaux sur des pierres
Lisses et miroirs à la fois
Tous ensemble qui s'envolent
Et se détachent sur un incendie de ciel,
Une forêt, noire,
D'un autre âge qui veille


4 h et demie je ne suis plus là


La Lorelei juste devant moi
Ne saura pas
Jamais
Et les reflets hallucinogènes du monde dans son dos
Dans ses mille cheveux
Et le poids de son corps sur moi


Des fleuves de sensations
Nouvelles
De la mer
Se déversent
En moi.


Juste retour.






(Binz. Plage de la “Freikörperkultur”;
à l’aurore
... )






Des illuminations aux illuminescences.


Nous sommes donc partis de là... avec cette capacité intacte à l’illumination qu’ont parfois encore les adolescents (à quinze ans et demi...) que n’ont abîmés ni l’alcool, ni les drogues, ni les orgies ordurières, ni les “romances” kitschs et délétères ; et que les routines obsédantes du monde n’ont pas encore saisis. Ni les identifications sociales.


Nous sommes partis de là... et, pour au moins l’un d’entre nous, exactement au même âge que celui qui avait écrit ces vers – presque jour pour jour.
Ni plus ni moins.


Nous sommes partis de là... du mirifique éveil au monde où l’on ne parle pas, où l’on ne pense rien mais dans lequel l’amour infini vous monte dans l’âme ; et, grâce à Rimbaud, en toute connaissance de cause – privilège des poètes français...


Cet éveil miraculeux au monde nous lui avons été, nous lui sommes, toujours, fidèles ; il ne nous a jamais abandonnés ; nous ne l’avons jamais perdu.


C’est la base de notre aventure ; et si l’on ne comprend pas cela, on ne comprendra rien à ce que déploient les sensualistes – aujourd’hui. Ni à leur désaveu des sociétés, de leurs “penseurs” et de leurs “histoires”.


Dès ce départ, nous voulions, nous aussi, aller bien loin, “comme un bohémien” – ce qu’il nous a fallu imposer au monde qui avait d’autres projets pour nous, et qui ne l’entend jamais de cette oreille (mais a-t-il seulement des oreilles ce pauvre monde ? Est-il seulement ?)


Toutefois, ce que nous voulions, par-dessus tout, vraiment connaître, c’étaient cette union et cette jouissance amoureuses de l’homme et de la femme, que Rimbaud dans ce poème présentait intuitivement, mais avec raison, comme le lieu et la formule suprêmes où se révèle l’amour infini qui vous monte dans l’âme, lorsque l’on ne pense plus rien et que l’on va, dans ce monde, libre et sans buts ; le lieu et la formule étalons, à l’aune desquels se jugent toutes les autres illuminations poétiques (“heureux comme avec une femme”).


Il s'agissait de trouver cette jouissance avec l'autre sexe ; pour nous, la femme.


Il s'agissait donc de trouver ce qui est par-delà l’éveil, au-delà des mots ; par-delà l'éveil à la beauté sans âge du monde qu’offre la nature – qui nous possédait déjà, par éclairs ; par-delà ce qu’avait noté, par exemple, le haïku. Dont l’auteur d’une “anthologie-promenade”, en français, signalait, bien avant nous, la pauvreté amoureuse-voluptueuse.
La rencontre, l'appariement des sexes opposés, et la divine ardeur des sens, loin, bien loin, comme des bohémiens, par la Nature, voilà ce qui fut, dès l’origine, notre Graal. Au-delà  du satori “naturaliste...”


Mais ce qui fait des sensualistes – et pour parler comme Lin-tsi – des “pionniers d’avant-garde” contre, d’une part, la folie rageuse du caprice névrotique souffreteux de l’injouissant contemporain, pervers polymorphe qui s’emporte dans la pensée techniciste et que la pensée techniciste emporte avec elle encore davantage, et, d’autre part, contre les réactions passéistes “spiritualistes”, y compris celle que peut représenter la fuite dans “l'éveil”, plus ou moins schizoïde, à la nature, c’est ce que nous avions appris également de Rimbaud qui écrivait encore :


La Poésie ne rythmera plus l’action ; elle sera en avant.
Ces poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, – jusqu’ici abominable, – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi !”


Le mouvement, l’expansion, la création, le jeu, la rencontre et la reconnaissance des êtres avec, par-dessus tout, l'amour, l’amour charnel, comme forme supérieure d’accession à l'ouverture du Temps poétique et à la contemplation, voilà ce que nous recherchions. Ce que nous avons trouvé. Ce que nous offrons au monde.


Mais, à bien considérer les choses et le mouvement du monde, on s'aperçoit sans trop de peine que c'est aussi ce que recherche l'époque tout entière, ce qui est au programme “musical” de cette saison-ci, en quelque sorte : “percer à jour le drame de la conscience humaine afin d'apprendre à reconnaître pour les détruire tous ses ennemis intérieurs” pour pouvoir trouver, enfin, par-delà l'ancestrale Séparation et l'ancestrale guerre des sexes, la jouissance du Temps et de la vie ; ce qui correspond, dans le même mouvement, à trouver la clef des champs et des chants possibles d'un déploiement poétique.
La lumière.
L'aurore pour de nouveaux siècles de Lumières.
À venir.


De toute façon, c’est à la pensée occidentale, celle qui a produit le XVIIIe siècle français, que revenait le privilège de poser et de résoudre la question du rapport voluptueux et égalitaire entre les hommes et les femmes, et du  dépassement de l’éternelle guerre des sexes ; de liquider cette question du dépassement, d’une part, du néo-matriarcat — qui progresse régulièrement depuis quelques décennies et tente de nous préparer le même monde absurde et “désenchanté” mais “fonctionnel” et régenté cette fois – “en douceur” ou “en violence” bien castratrices – par des pondeuses, le plus souvent anciennes agitées de la misère sado-masochistement sexualisée... — dominé par cette vieille folie des femmes du patriarcat — résultat de leur assujettissement à la folie des hommes ; et donc de leur castration à la volupté et de leur injouissance consécutives — faite de manipulation narcissique de l’enfance, de régression dans l’analité sadique, de masochisme pleurard et vengeur, d’hystérie spirite, et, d’autre part, du patriarcat — résultat de la folie des fils, des frères et des maris des premières – rendus fous par, entre autres choses, la folie de leurs femmes, de leurs sœurs et de leurs mères – et faite de manipulation narcissique de l’enfance et du reste, de régression dans l’analité sadique, de masochisme théâtral et vengeur, et donc de leur castration à la volupté et de leur injouissance consécutives —, patriarcat qui, lui, a bientôt fini de transformer cette planète en un charnier et une poubelle invivables : la fameuse “poubelle de l’Histoire”...


Supériorité française selon Céline : “... le marivaudage, croyez-moi, est notre bien ultime aimable clef !... Amérique, Asie, Centre-Europe ont jamais eu leurs Marivaux... regardez ce qu'ils pèsent, éléphantins ! balourds maniéreux !....” (D’un château l’autre).




Avant-garde Sensualiste 3. (Janvier 2005-Juin 2006)




(Première mise en ligne : 19 janvier 2012)



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vendredi 16 novembre 2018

Mâtins de Naples





Chère amie,






Lire ici



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Ce que je veux dire c’est que certains  ne sentant pas la terrible haine sous-jacente qui de tous côtés anime les protagonistes n’ayant pas directement ou indirectement mais par famille interposée eu l’occasion de vivre les ravages auxquels conduisent ces exécrations — s’en trouveront soulagés, tant on sent qu’ils pensent au fond d’eux-mêmes que l’on force la farce. 

Les autres savent qu’il faut être le maître de l’imposture, — aussi grossière soit-elle.

Enfin, l’injouissance cette impuissance, cette défaillance profonde des facultés poétiques, mystiques, sentimentales et amoureuses mène le monde, et ce ne sont pas ces luttes qui m’effraient mais cette misère contemplative des Hommes.

 




Seule l’extase harmonique

Elle seule m’importe

La misère de la sexualité pré-génitale me sidère
Me consterne

Je tiens invariablement que si un Homme est un contemplatif — galant
Il en sait toujours assez long
Et que s'il ne l'est pas, il peut bien savoir tout ce qu'il veut
Cela ne peut que lui nuire

Autant dire que je vis comme dans un monde de zombies


La seule vraie noblesse est celle de la contemplation galante :
Il ne sert à rien de le dire
Il faut la vivre
Et prier le ciel de la connaître toujours
Puisqu’elle n’est elle-même qu’un heureux concours de circonstances

Peindre
Photographier
Filmer
Peut-être

La théorie me semble assez vaine

La poésie devrait rester secrète



À vous,



R. C.



Le 12 novembre 2018





vendredi 9 novembre 2018

Deuxième Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux






Il existe un deuxième Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux (clic).
Merci d’en prendre note.


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Perdre terre — dans le ciel — avec les dames...








Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 








« La fidélité affermit les grandes passions », a écrit, justement, Porter.


 *


La plus fausse de toutes les philosophies est celle qui, sous prétexte d’affranchir les hommes des dangers de l’amour, leur conseille la légèreté, le cynisme et l’oubli de leur cœur.


*


Monsieur V. faisait remarquer à madame de F. que l’on connaissait déjà du temps de Chamfort le rapport qui existe entre l’abandon à la jouissance amoureuse, le divin sentiment océanique et le sentiment amoureux puisqu’il a rapporté ce qui suit — dans ses Caractères et anecdotes :


« Une femme disait à M.... qu’elle le soupçonnait de n’avoir jamais perdu terre avec les femmes : "Jamais, lui dit-il, si ce n’est dans le ciel". En effet, son amour s’accroissait toujours par la jouissance, après avoir commencé assez tranquillement.


Quel homme, aujourd’hui, oserait évoquer le ciel à propos de ses jouissances ! disait monsieur V., en conclusion.


La ruine d’un monde encore contemplatif et pastoral, son remplacement par la guerre permanente menée par les moyens de la Banque, de la Technique, de l’Industrie et du Commerce — telle qu’elle s’est, et qu’elle a été, embrasée au 19e siècle —, deux conflits militaires mondiaux — au XXe siècle — sont passés par là ! » lui répondait-elle.






Le 30 août 2012



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jeudi 1 novembre 2018

La jouissance du Temps









Humeur


Il n’y a, selon la théorie sensualiste, qu’une vraie jouissance : celle du Temps, ou quand l’homme n’est riche que de l’extase amoureuse. Celle qui rejette la passion hystérique pour poétiser « l’union accomplie ». Celle qui « a fait disparaître la nécessité de la compensation du manque par l’éternisation du désir dans le poème : l’amour lance la parole dans une infinie spirale où elle semble perpétuellement posséder ce qui ne lui échappe jamais ». Ainsi se lit la poésie du Journal d’un Libertin-Idyllique, rédigé entre 2006 et 2009 par R.C. Vaudey. Ainsi s’interpose, avant la curée de la rentrée littéraire et contre la poésie excitée du manque, cet étrange calme avec retour à la ligne rythmé, cette évocation de Venise où l’amour se goûte sur le quai et dans le palais caché, où l’étreinte est ondulée, ductile et profonde, pas mise en scène. L’extase derrière le verrou.
C’est donc un plaisir discret, ondulé, ductile et profond que cette poésie.


[… ]


Ces deux poétiques n’ont en fait rien à voir entre elles. Toujours est-il qu’elles savent mettre leur lecteur d’humeur apaisée. Ce qui est sans doute la quête du plaisir. À défaut de l’obligatoire bonheur dont les pédagogues du bien nous rebattent les oreilles. Lisez, dans le silence habité


Jacques Sterchi

La Liberté (Fribourg)
Le 27 août 2011




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dimanche 21 octobre 2018

Shanghai






Chère amie,


Notre exploration des confins de ces terres tout à fait ignorées de l'amour et de la contemplation réunis suit des voies différentes de ce dont vous me parlez : la griserie, l'action, les entreprises hardies, l'ivresse qui les accompagne, ont, elles aussi, leurs charmes, qui ne sont pas du tout ceux du retrait du siècle, du silence, du tsunami orgastique et de l'intense état contemplatif qui le suit : l'importance qu'a pris cette intensité poétique et vraiment mystique au sens d'identité fusionnelle et muette avec le monde dans notre vie, d'abord, et dans mes écrits qui semblent tant vous plaire —, ensuite, ne doit pas vous gâcher les plaisirs des belles entreprises et des amitiés plus ou moins amoureuses qui les accompagnent : autant il est bon de connaître l'existence des états que l'art d'aimer dont nous parlons peut amener à connaître, autant il serait mauvais de vouloir s'y conformer : ce qui serait sans doute la meilleure façon de les ignorer à jamais : gardez-les à l'esprit, et si la chance des rencontres et des situations heureuses s'y prête, ils apparaîtront pour ainsi dire d'eux-mêmes dans votre vie.



J'avoue que mon style parfois tranchant peut prêter à confusion, mais j'écris pour moi, et, n'ayant que peu de vrais lecteurs (je compte pour rien les statistiques de fréquentation probablement alimentées par les robots des moteurs de recherches), je n'en changerai vraisemblablement pas ; écrivant au gré de mes humeurs, voulant rester le plus souvent « le simple secrétaire de mes sensations », pour le dire comme Cioran (Cioran dont je ferais bien mienne cette autre affirmation : « Tout chez moi commence par les entrailles et finit par la formule »), ce sera donc à vous de corriger l’imprécateur que vous me pensez être, mais le suis-je vraiment ?

Ni prosélyte ni inquisiteur, moraliste, dans le sens où j’étudie les mœurs de mon temps, je ne suis pas non plus moralisateur car je comprends que ce temps ne peut être différent même si cela peut me mettre de mauvaise humeur mais la mauvaise humeur n’a de charme que chez les jeunes gens —, et je repense souvent à ce qu’écrivait Freud, dans Malaise dans la civilisation, se demandant : « Quant à l'application thérapeutique de nos connaissances... à quoi servirait donc l'analyse la plus pénétrante de la névrose sociale, puisque personne n'aurait l'autorité nécessaire pour imposer à la collectivité la thérapeutique voulue ? En dépit de toutes ces difficultés, on peut s'attendre à ce qu'un jour quelqu'un s'enhardisse à entreprendre dans ce sens la pathologie des sociétés civilisées », et j’ai la sensation d’être celui qui s’est enhardi à entreprendre cette pathologie des « sociétés civilisées » ; d’avoir découvert ce « premier principe », ce principe de jouissance, que j’ai nommé ; d’avoir compris que, basées sur l’esclavagisme, et donc sur l’injouissance, elles sont toutes malades de n’avoir jamais pu que le contrecarrer, chacune à sa façon ; d’avoir saisi, dans le même mouvement, que le seul avenir de l’Homme est dans la contemplation, mais dans une forme de la contemplation qui se devrait d’être galante, également, l’égalité, entre les hommes et les femmes, dans l’extase contemplative galante (qui est l’or du Temps que cherchait Breton, or du Temps que nous avons fini par trouver, en nous tenant hors du temps, justement), l’extase contemplative galante, donc, pouvant seule résoudre cette guerre plurimillénaire des sexes, cause et conséquence de leur rustre et disgracieuse incapacité d'aimer, guerre dont les retombées pourraient bien les anéantir avant qu'ils aient eu le temps de se raffiner et de se réconcilier


Quoi qu'il en soit, en attendant, comme promis voici Shanghai :




L'amour
Cette veine de délicatesse
Cette joie enveloppante

L'amour
Ce miracle entretenu
Entouré de soins et de précautions


À combien de violences potentielles
Contre soi-même ou contre l'être aimé
A-t-il fallu échapper
Qui menaçaient ?
Les malfaisants
L'alcool
Les drogues
Les pulsions perverses qui auraient voulu se manifester


Le soin tout particulier qu’un gentilhomme se doit
Dans un monde où tout vous dit
Que les pulsions destructrices ou auto-destructrices
Seules —
Sinon vous guérissent
Dont nul ne sait plus de quel mal —
Du moins satisfont vos vices
Et vous donnent une diversion consolatrice




Arrêter le monde à sa porte
Pour lui faire rendre compte
Disait Nietzsche


Mais aussi :
Dissoudre l'immonde que l'on a acquis
En traversant l'enfer sadien de l'inconscient
Pour retrouver
Sous les pavés de la névrose
La plage de l'irradiance amoureuse
Son âme primitive d'enfant


Pouvoir offrir à cet enfant au regard de merveille
Les situations qui lui permettront de reprendre
Son développement et son exploration interrompus
Sa jouissance contemplative —
Du Paradis sur Terre
Le tout entre deux guerres
Civiles ou mondiales
Quelques révolutions
D'un genre ou d'un autre —
Le viol constant des foules de zombies
Par d'autres morts-vivants
Mais plus pervers seulement —
Tandis qu'elles se convulsent
Dans leurs mille bigoteries
Se roulent dans leur fange
En redemandent
Se répandent en nuées de vermine
Détruisant toute beauté sur leur passage
Profitant sans vergogne de tous les esclavages
— Nouvelles plaies d'Égypte
Le tout sur fond d'apocalypse
C'est-à-dire d’anéantissement
Prévisible ou probable
D'ici quelques générations —
De toute forme de vie sur cette Terre


S'il n'y a un jour plus personne pour dire
Que les belles façons du seul grand art
L’art des Contemplatifs — Galants —
N'auront pas paru comme les tous premiers prémices
D'une Renaissance sensualiste
Au moins pourra-t-il confirmer qu’il fut une conclusion apothéotique


Que ce grand art nous ait choisis, nous, pour être
La condamnation vécue et pratique
De ces millénaires de misère sentimentale, poétique et mystique
C'est chic —


Au réveil
Au sortir de ce grand cauchemar de terminal apocalyptique
Depuis Shanghai —
J'attendais l'avion pour la Bourgondie
Nous plongeons dans les vagues
Des délices matinales


Que peut la misère du monde contre une caresse ?
Sa liesse et sa tendresse ?
Sa beauté phénoménale ?


Enfin, le lendemain
On boit du vin dans le petit train
On se lie avec des Indiens
(I have the jacket with the yellow button)
Dans la somptuosité de l’automne
On s’étonne
Dans un anglais oxfordien
On parle de terroirs
Et on loue cette sensibilité qui nous fait distinguer deux vins
Selon la parcelle sur laquelle la vigne a poussé


Quoique solitaire
Et même si cela étonne —
Je suis le plus aimable des hommes
Et, à cet instant, j’aime mes contemporains


Et quand ces Indiens me demandent pourquoi je ne bois plus que rarement
Je leur réponds sans même y penser
Qu’il y a déjà longtemps
J’ai remplacé le tabac, l’alcool et le reste par les sentiments

En écrivant cela, enfin je le comprends







Le 21 octobre 2018


R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018




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