jeudi 24 juin 2021

PARCE QUE C’EST VOUS — PARCE QUE C’EST MOI

 

 

 

Trouver son âme sœur

Au plan de l'amour 

Et de la communion charnelle

Est le miracle suprême

Mais trouver dans cet être aimé

La — ou le — complice

De l’extase créatrice

Donne à cette chance inespérée

Un caractère d'improbabilité



C'est pourtant ce qui nous est arrivé

Depuis cette première toile peinte à quatre mains

Avec les pigments et la toile que nous avions achetée

À Mapsa

Au marché

Il y a vingt neuf ans de cela



Neuf ans plus tard

Nous composions les Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non

Le montage du film

Avec votre voix

Et la typographie du livre devenu le Manifeste sensualiste —

Tantôt riant

Comme des enfants

Tantôt sérieux

Comme des Papes du sensualisme !



Je passe sur les années

Passées à jouer au land-art au Jardin



Neuf ans plus tard

Après les six numéros de la revue Avant garde sensualiste

Paraissait le Journal d'un Libertin-Idyllique

Qui est la trace de nos amours mystiques

Complices –

Et de notre jouissance du Temps



Sept ans plus tard

Encore —

Le berceau et l'écrin

De l'amour contemplatif — galant

Devenait

Enfin

Notre Domaine Idéal

Une œuvre d'art total :

Conceptuelle

Immatérielle

Naturaliste

Sensualiste

 

Les tomes suivant du Journal

Les Tableaux galants

Les Poésies III

L’extravagance L’âme exquise

Et le Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux

Ayant occupé l'entre-deux

Comment être un amant plus heureux !



 

 

 

Le 23 juin 2021
Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences)




 

 

 

 

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lundi 24 mai 2021

Océanisés dans la Beauté

 

 

 

 

 


 

 

 

Remerciements : 

 

Les Arts Florissants



Lea Desandre : mezzo-soprano

Théotime Langlois de Swarte : violon

Thomas Dunford : théorbe

William Christie : clavecin

Lambert, Couperin, d'Ambruys, Matteis, Eccles @ La Grange



Soutenez Les Arts Florissants http://bit.ly/3r1Hwkn

 

 

 

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jeudi 6 mai 2021

La nef des fous et « l’île enchantée » de l’amour, mystique — bourdivin

 

 

 

 

Chère amie,



J’avoue que je n’avais pas lu La domination masculine (clic) de Bourdieu, et que je ne connaissais donc pas ce texte, Post-scriptum sur la domination et l’amour, tout à fait sensualiste.

L’auteur de Pensée du Neutre l’écarte d’emblée, comme irrecevable parce que « loin des grandes théories de l’amour proposées par Lacan, Derrida ou Barthes » (sic !), c’est-à-dire par ces injouissants de première grandeur dont l’indigeste bouillie terminologique a seulement fini par être piratée et dévoyée sans vergogne pour épaissir un peu le clairet brouet des studies des campus américains, qui ont balayé du pont de la nef des fous où ils trônaient les transgressifs de la French Theory, désormais traqués, emportés par la vague perverse-puritaine.

« Fleur bleue », Post-scriptum sur la domination et l’amour offusque, par son sentimentalisme de midinet, notre affranchi professeur, auquel il ne reste dès lors qu’à entreprendre de fouiller ce qu’il fait de façon très instructive les poubelles de l’Histoire.

Bourdieu ne s’est pas risqué à explorer « l’île enchantée » de l’amour , ou, s’il l’a fait, il s’est bien gardé d’en parler. Ce qui m’étonne ce n’est pas cela, c’est plutôt qu’il ait même pu seulement si bien l’évoquer, tant c’est un domaine puisque l’existence détermine la conscience qui me paraît ne pouvoir appartenir qu’aux déserteurs, aux poètes, aux aventurières et aux aventuriers que la vie a placés, un moment, dans des situations favorables, et tant, pour le reste, le monde me semble appartenir aux têtes de mort.

J’avoue que sa lecture m’a tout à la fois surpris et presque rassuré. Puisse-t-il vous faire le même effet.

À vous,

R. C. Vaudey







Post-scriptum sur la domination et l’amour, in La domination masculine





« S’arrêter à ce point, ce serait s’abandonner au « plaisir de désillusionner », qu’évoquait Virginia Woolf (et qui fait sans doute partie des satisfactions parfois subrepticement poursuivies par la sociologie), et tenir à l’écart de la recherche tout l’univers enchanté des relations amoureuses. Tentation d’autant plus forte qu’il n’est pas facile, sans s’exposer à tomber dans le « comique pédant », de parler d’amour dans le langage de l’analyse et, plus précisément, d’échapper à l’alternative du lyrisme et du cynisme, du conte merveilleux et de la fable ou du fabliau. L’amour est-il une exception, la seule, mais de première grandeur, à la loi de la domination masculine, une mise en suspens de la violence symbolique, ou la forme suprême, parce que la plus subtile, la plus invisible, de cette violence ?

Lorsqu’il prend la forme de l’amour du destin, amor fati, dans l’une ou l’autre de ses variantes, qu’il s’agisse par exemple de l’adhésion à l’inévitable qui conduisait nombre de femmes, au moins dans la Kabylie ancienne ou dans le Béarn d’autrefois, et sans doute bien au-delà (ainsi que l’attestent les statistiques de l’homogamie), à trouver aimable et à aimer celui que le destin social leur assignait, l’amour est domination acceptée, méconnue comme telle et pratiquement reconnue, dans la passion, heureuse ou malheureuse. Et que dire de l’investissement, imposé par la nécessité et l’accoutumance, dans les conditions d’existence les plus odieuses ou dans les professions les plus dangereuses ?

Mais le nez de Cléopâtre est là pour rappeler, avec toute la mythologie de la puissance maléfique, terrifiante et fascinante, de la femme de toutes les mythologies – Ève tentatrice, enjôleuse Omphale, Circé ensorceleuse ou sorcière jeteuse de sorts –, que l’emprise mystérieuse de l’amour peut aussi s’exercer sur les hommes. Les forces que l’on soupçonne d’agir dans l’obscurité et le secret des relations intimes (« sur l’oreiller ») et de tenir les hommes par la magie des attachements de la passion, leur faisant oublier les obligations liées à leur dignité sociale, déterminent un renversement du rapport de domination qui, rupture fatale de l’ordre ordinaire, normal, naturel, est condamné comme un manquement contre nature, bien fait pour renforcer la mythologie androcentrique.

Mais c’est rester dans la perspective de la lutte, ou de la guerre. Et exclure la possibilité même de la mise en suspens de la force et des rapports de force qui semble constitutive de l’expérience de l’amour ou de l’amitié. Or, dans cette sorte de trêve miraculeuse où la domination semble dominée ou, mieux, annulée, et la violence virile apaisée (les femmes, on l’a maintes fois établi, civilisent en dépouillant les rapports sociaux de leur grossièreté et de leur brutalité), c’en est fini de la vision masculine, toujours cynégétique ou guerrière, des rapports entre les sexes ; fini du même coup des stratégies de domination qui visent à attacher, à enchaîner, à soumettre, à abaisser ou à asservir en suscitant des inquiétudes, des incertitudes, des attentes, des frustrations, des blessures, des humiliations, réintroduisant ainsi la dissymétrie d’un échange inégal.

Mais, comme le dit bien Sasha Weitman, la coupure avec l’ordre ordinaire ne s’accomplit pas d’un coup et une fois pour toutes. C’est seulement par un travail de tous les instants, sans cesse recommencé, que peut être arrachée aux eaux froides du calcul, de la violence et de l’intérêt « l’île enchantée » de l’amour, ce monde clos et parfaitement autarcique qui est le lieu d’une série continuée de miracles : celui de la non-violence, que rend possible l’instauration de relations fondées sur la pleine réciprocité et autorisant l’abandon et la remise de soi ; celui de la reconnaissance mutuelle, qui permet, comme dit Sartre, de se sentir « justifié d’exister », assumé, jusque dans ses particularités les plus contingentes ou les plus négatives, dans et par une sorte d’absolutisation arbitraire de l’arbitraire d’une rencontre (« parce que c’était lui, parce que c’était moi ») ; celui du désintéressement qui rend possibles des relations désinstrumentalisées, fondées sur le bonheur de donner du bonheur, de trouver dans l’émerveillement de l’autre, notamment devant l’émerveillement qu’il suscite, des raisons inépuisables de s’émerveiller. Autant de traits, portés à leur plus haute puissance, de l’économie des échanges symboliques, dont la forme suprême est le don de soi, et de son corps, objet sacré, exclu de la circulation marchande, et qui, parce qu’ils supposent et produisent des relations durables et non instrumentales, s’opposent diamétralement, comme l’a montré David Schneider, aux échanges du marché du travail, transactions temporaires et strictement instrumentales entre des agents quelconques, c’est-à-dire indifférents et interchangeables – dont l’amour vénal ou mercenaire, véritable contradiction dans les termes, représente la limite universellement reconnue comme sacrilège.

L’« amour pur », cet art pour l’art de l’amour, est une invention historique relativement récente, comme l’art pour l’art, amour pur de l’art avec qui il a partie liée, historiquement et structuralement. Il ne se rencontre sans doute que très rarement dans sa forme la plus accomplie et, limite presque jamais atteinte – on parle alors d’« amour fou » –, il est intrinsèquement fragile, parce que toujours associé à des exigences excessives, des « folies » (n’est-ce pas parce qu’on y investit tant que le « mariage d’amour » s’est révélé si fortement exposé au divorce ?) et sans cesse menacé par la crise que suscite le retour du calcul égoïste ou le simple effet de la routinisation. Mais il existe assez, malgré tout, surtout chez les femmes, pour être institué en norme, ou en idéal pratique, digne d’être poursuivi pour lui-même et pour les expériences d’exception qu’il procure. L’aura de mystère dont il est entouré, notamment dans la tradition littéraire, peut se comprendre aisément d’un point de vue strictement anthropologique : fondée sur la mise en suspens de la lutte pour le pouvoir symbolique que suscitent la quête de la reconnaissance et la tentation corrélative de dominer, la reconnaissance mutuelle par laquelle chacun se reconnaît dans un autre qu’il reconnaît comme un autre lui-même et qui le reconnaît aussi comme tel peut conduire, dans sa parfaite réflexivité, au-delà de l’alternative de l’égoïsme et de l’altruisme et même de la distinction du sujet et de l’objet, jusqu’à l’état de fusion et de communion, souvent évoqué dans des métaphores proches de celles de la mystique, où deux êtres peuvent « se perdre l’un dans l’autre » sans se perdre. S’arrachant à l’instabilité et à l’insécurité caractéristiques de la dialectique de l’honneur qui, bien que fondée sur une postulation d’égalité, est toujours exposée à l’emballement dominateur de la surenchère, le sujet amoureux ne peut obtenir la reconnaissance que d’un autre sujet, mais qui abdique, comme lui-même, l’intention de dominer. Il remet librement sa liberté à un maître qui lui remet lui-même la sienne, coïncidant avec lui dans un acte de libre aliénation indéfiniment affirmé (à travers la répétition sans redondance du « je t’aime »). Il s’éprouve comme un créateur quasi divin qui fait, ex nihilo, la personne aimée à travers le pouvoir que celle-ci lui accorde (notamment le pouvoir de nomination, manifesté dans tous les noms uniques et connus d’eux seuls que se donnent mutuellement les amoureux et qui, comme dans un rituel initiatique, marquent une nouvelle naissance, un premier commencement absolu, un changement de statut ontologique) ; mais un créateur qui, en retour et simultanément, se vit, à la différence d’un Pygmalion égocentrique et dominateur, comme la créature de sa créature.

Reconnaissance mutuelle, échange de justifications d’exister et de raisons d’être, témoignages mutuels de confiance, autant de signes de la réciprocité parfaite qui confère au cercle dans lequel s’enferme la dyade amoureuse, unité sociale élémentaire, insécable et dotée d’une puissante autarcie symbolique, le pouvoir de rivaliser victorieusement avec toutes les consécrations que l’on demande d’ordinaire aux institutions et aux rites de la « Société », ce substitut mondain de Dieu. »



Pierre Bourdieu

 

 

jeudi 29 avril 2021

La poésie se fait dans un lit comme l’amour. Ses draps défaits sont l’aurore des choses. La poésie se fait dans les bois. L’acte d’amour et l’acte de poésie sont incompatibles avec la lecture du journal. L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair, tant qu'elle dure, défend toute échappée sur la misère du monde.





Héloïse Angilbert

L'extase totale
(Labyrinthe)

2003






Les choses que je fais avec vous sont si fortes et si douces
J'eusse aimé
À vingt ans
Pouvoir aimer
Ainsi que je le fais
Aujourd'hui
Avec cette ardeur et cette douceur-là
Je vous eusse alors écrit
Des choses sans importance
Mais que j'eusse pensées
Comme celles-ci :




Suprême


L'amour est une fête
Qui s'empare de nous
Sitôt que nous nous y abandonnons
Après nous être bien assurés
Que rien ne viendra déranger
Pendant quelques journées —
D'abord
Le désordre céleste de nos envolées
Ensuite
L'ordre — mystique-illuminé —
De nos sublimes tendresses

À peine les rideaux tirés
Tandis que les journées vont à la peine
Ou à la futilité —
Nous rions et nous nous caressons
Jusqu'à être peu à peu entraînés
Par nos merveilleux baisers et nos délicieuses caresses
Dans la spirale enchanteresse
De la volupté
Et tandis que j'écris ceci
Je revis encore nos derniers accords
[]
[]
N'avait de cesse
De s'épanouir et de danser
[]
[]
Sans rien faire
À l'envi —
[]
Davantage
[]
[]
Onctueux-merveilleux
Divin
Ce qui vous mettait encore plus aux anges —
Comment
Finalement
D'une merveilleuse douceur
[]
[]
Et puis vous disais
L'heur arrivé
À mots feutrés
« Mon amour, s'il vous plaît »
Et comment, alors, il vous plaisait ! —
Avant de me liquéfier
Dans le chant infini
De nos cris de joie et de vie

L'amour, la poésie
Se suffisent à eux-mêmes :
Jeu voluptueux
Jouissance du Temps
Extase suprême

Cette nuit encore
Nos enlacements
Ces bouleversements d'amour
Cet or du Temps
Hors du temps
Tandis que l'on dort —
Eux aussi
Trésor suprême

Depuis le grand salon
De jet-setter  « sensy-bohème »
Ainsi que vous le disiez, pour vous moquer
Que vous nous avez donné
Un mot encore :
Héloïse, je vous aime


[]


Demain
Nous fêterons notre amour
Tous les deux
Et il y aura certainement aussi Al green
Qui chantera pour nous Let's stay together
Dans la nuit et sous la pleine lune
Mais cette nuit je veux remercier Max et Dorothea
Dont j'ai dit ce que je leur devais
Et Breton
Qui dans la famille « psychanalystes »
N'eut pas la chance de connaître le bon —
Mais qui trouva la voie
Ainsi qu'il le chanta :







La poésie se fait dans un lit comme l’amour
Ses draps défaits sont l’aurore des choses
La poésie se fait dans les bois

Elle a l’espace qu’il lui faut
Pas celui-ci mais l’autre que conditionnent

L’œil du milan
La rosée sur une prèle
Le souvenir d’une bouteille de Traminer embuée sur un plateau d’argent
Une haute verge de tourmaline sur la mer
Et la route de l’aventure mentale
Qui monte à pic
Une halte elle s’embroussaille aussitôt.
Cela ne se crie pas sur les toits
Il est inconvenant de laisser la porte ouverte
Ou d’appeler des témoins

Les bancs de poissons les haies de mésanges
Les rails à l’entrée d’une grande gare
Les reflets des deux rives
Les sillons dans le pain
Les bulles du ruisseau
Les jours du calendrier
Le millepertuis
L’acte d’amour et l’acte de poésie
Sont incompatibles
Avec la lecture du journal à haute voix

Le sens du rayon de soleil
La lueur bleue qui relie les coups de hache du bûcheron
Le fil du cerf-volant en forme de cœur ou de nasse
Le battement en mesure de la queue des castors
La diligence de l'éclair
Le jet de dragées du haut des vieilles marches
L'avalanche
La chambre aux prestiges
Non messieurs ce n'est pas la huitième Chambre
Ni les vapeurs de la chambrée un dimanche soir

Les figures de danse exécutée en transparence au-dessus des mares
La délimitation contre un mur d'un corps de femme au lancer de poignards
Les volutes claires de la fumée
Les boucles de tes cheveux
La courbe de l'éponge des Philippines
Les lacets du serpent corail
L'entrée du lierre dans les ruines
Elle a tout le temps devant elle
L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair
Tant qu'elle dure
Défend toute échappée sur la misère du monde


(Breton. Sur la route de San Romano. 1948)






Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2015






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dimanche 24 janvier 2021

L'autre dimension du monde

 

 

 

 


 

 

 

Chants taoïstes (2)



Un luth et un poème suffisent à mon bonheur.

Errer au loin est un trésor,

Empli de la Voie que je parcours seul

Vers la fin du savoir et du moi.



Tranquille et sans-souci,

Pourquoi chercher autrui ?

Je suis un habitant des montagnes magiques

Qui réjouit sa pensée et nourrit son esprit.



XI K’ANG

(Bianu/Carré)

 

 

 

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samedi 31 octobre 2020

Éclair de Paradis

 

 

 

Dans la nuit

La lune pleine

Comme une merveille

Dans laquelle tout resplendit



Un éclair d’illumination…

De nouveau le Paradis —



 

 

Le 30 octobre 2020

Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020



 

lundi 26 octobre 2020

Joie et silence — Œuvre mystique

 

 

JOIE ET SILENCE

 

Au réveil

Je vous trouve

Fraîche et aérienne comme un ange



À nos baisers et à nos caresses

Seuls

Et à cet amour qui nous unit

Nous devons cette ouverture

De nos âmes

À la beauté de la vie

Non comme Idée

Ou comme théorie

Mais comme sentiment intense

Qui s'impose dans le silence



Dieu sait pourtant si





Le 25 octobre 2020



Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020






ŒUVRE MYSTIQUE

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Cette fois, il faudra comprendre mystique au sens de caché.

Fruit d'une expérience incommunicable, voilà une œuvre qui doit disparaître de la scène du monde. Tel qu'il est. 

 

 C'est la lecture de quelques pages de Trois filles et leur mère de Pierre Louÿs qui m'a fait comprendre à quel point l'expérience contemplative — galante est inaccessible, même intellectuellement, à l'injouissant, puisqu'on y lit et qu'on y découvre ce qui rend l'imbécile heureux.



Il faut admettre qu'une expérience particulière de l'existence et de la sensibilité vous ait rendu étranger à la vulgarité et à l'insensibilité du monde de ceux qui sont étrangers au monde, mais parfaitement adaptés au réel, tel que la névrose des êtres l'a fait, — et qu'il la reconduit en retour.



Je crois aussi qu'il ne faut pas chercher à déstabiliser des représentations intellectuelles qui reposent sur une telle misère vécue, qu'on la considère sous ses aspects caractériel, culturel, sentimental ou autre.



L'existence a déterminé la conscience et la sensibilité des êtres qui font cette époque : leur milieu d'origine, la lutte qu'ils ont menée et qu'ils mènent pour être ce qu'ils sont, leur avenir prévisible ou non : tout concourt à faire d'eux ce qu'ils sont.



Mais il est vrai que j'aurais pu tout aussi bien lire quelques pages de L'amant de lady Chatterley, et me sentir peut-être moins singulier.



 

 

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