jeudi 22 septembre 2016

Le Sud ensoleillé








Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences)





La Toute-puissance
Est abandonnée
Douce tendre
Émerveillée
Elle rayonne d'un grand Cœur

Elle est l'intelligence
Intuitive et
Émue
Des Hommes et
Du Monde

La Toute-puissance
Enfant
Sans pouvoir parler
Vous avez pu la posséder

Aujourd'hui
Dans le beau cri
Déchirant d'amour
De tout votre être
Explandi et dilaté
Et dans le reflux
Après
De cette immense énergie
Tendre vous pouvez
La retrouver
Elle ne vous a jamais quitté

Enfant votre regard
Voyait
Vous étiez la puissance
Et aussi
La clairvoyance
L'intuition absolue

Seul de la violence du temps
L'incessant mouvement a pu vous
Faire perdre ce calme et
Cette lucidité
Et cet émerveillement
Enthousiaste et illuminé

Aujourd'hui vous êtes
De retour aux sources
Du Monde 
— La grâce l'extase
La clairvoyance
La puissance
Abandonnée

La Toute-puissance
Est tendre aimante
Empathique
Elle ne connaît aucun excès
Aucune violence
C'est l'humanité non encore sacrifiée ou
Plus tard dans la vie
Retrouvée

C'est le Sud ensoleillé

Ne jamais perdre
Le Sud
Ensoleillé.





Le 19 juillet 2003.



R.C. Vaudey  Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2003  




(Première mise en ligne 17 mai 2012)






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samedi 17 septembre 2016

In pace, in idipsum








Tandis que nous unissent nos baisers
J'aspire sans y penser
L'air que vous expirez
Et vous celui que j'exhale
Dans ce moment de l'amour pré-
Ou post- verbal…

Et là…
Boum !

Envolés les grands usuriers, les shogouns, les tycoons
Qui mangent des loukoums
Allongés dans le shantung
Et tous leurs miséreux clowns
Qui lisent des cartoons
Et font du schproum
En doudoune
Chez les bougnes
Avant de retourner dans leurs guitounes…

Pulvérisée la société de l'injouissance et son barnum…



Emportés comme dans un merveilleux simoun
Nous sommes enlevés tout vifs
Comme dans un bloom
Dans le merveilleux saloon

Mais ce mouvement-là
Est si puissant et si délicat
Que même la poésie n'en parle pas…
On peut seulement écouter (clic)
Ce sur quoi il déboucha…
Votre sommeil Ma Dame
Tandis que réveillé j'écris
Et que mon âme vous chante ceci
Dont je corrige la fin ainsi :

Gloire à vous
Gloire à moi
Et à l'Immémorial et Merveilleux Maelström
De puissance, de délicatesse et de Joie
Qui nous créa
Qui fait de vous une femme
Qui fait de moi un homme
Et qui nous enleva…



Et maintenant, je vais vous rejoindre
Et  
In pace, in idipsum 
Dormiam et resquiescam

Près de vous… Ma Dame…







 Le 18 septembre 2016, à deux heures trente du matin







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jeudi 15 septembre 2016

Paume ouverte… Soleil au creux






Paume ouverte
Soleil au creux
Entre mes doigts
Éclairs merveilleux


Allongé sur la Terre
— Qui vogue dans l'Infini, l'Éther
Adossé sur son talus herbeux
Caressé par son silence somptueux
Que rythme seulement
De ses branches, de ses herbes, de ses cimes le bruissement heureux
Je joue dans 
Et avec un soleil 
Vaguement venteux
Chaud
Qui me rend bienheureux


Grand souffle d'aise
Dans brise caressante
Quand brusquement
(Alors que je quitte le petit ballet des yeux 
Que me font sur leurs longues tiges élégantes
En avalanche de petites fleurs blanches)
Je me perds 
Grâce plus qu'insigne
Dans le vert
Intense de la vigne
Vierge de moi-même
Je renais soudain au monde
 


Plus tard, après la beauté suprême,
C'est la musique sacrée qui m'inonde








Le 15 septembre 2016








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lundi 12 septembre 2016

Un ciel si bleu…









Des draps blancs
Qui flottent dans le vent

Un ciel si bleu

Allongé
À l'ombre vénitienne
Le souvenir saisissant de notre émoi

Et soudain
Je ne distingue plus le moins du monde
Mon moi du monde 

Le monde et moi
Je ne suis plus moi
Il n'y a plus de monde
Dont il ne reste que l'intangible vénusté
Où j'ai été abrogé

Ne suis-je plus qu'immémoriale Beauté ?!

Les chaudes larmes
À cet instant-là
Pure joie 







Le 11 septembre
2016







vendredi 9 septembre 2016

De l'amour










Sur la plage du ciel
Acrylique sur toile
1993






Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non


Nous sommes, particulièrement dans les sociétés occidentalisées, dans ce moment où est reprise par les masses la destruction des anciens carcans de la morale bourgeoise et féodale — destruction qu'avaient déjà effectuée les libertins à la fin du XVIIIe siècle —, dans le moment de la reprise, sur une plus grande échelle, planétaire, des activités de cette avant-garde, très élitiste et numériquement limitée, des libertins d'il y a deux cents ans, continuée par les artistes tout d'abord, dans tout le cours du XXe siècle, et puis, de plus en plus, par les masses, depuis les trente-cinq dernières années.

Ce que cette époque comprend comme le plus avant-gardiste est donc bien dépassé. Théoriquement.

Comme toujours quelques générations font exactement ce que leur position dans le monde et dans le mouvement du monde leur commande de faire, et comme toujours elles le font très fièrement en croyant improviser : mais leurs luttes sont réelles et leurs difficultés aussi, même si le mouvement de dissolution de l'ordre ancien implique la réussite de leur projet, dans un premier temps, avec les réactions contraires, que nous voyons aussi, que cette réussite implique tout aussi nécessairement.

Dans les zones dites avancées de la société mondiale de l'Injouissance beaucoup sont dans une phase plus ou moins violemment perverse-polymorphe qui correspond bien à la chute de l'ordre hétérosexuel monogame imposé qui avait accompagné, en Occident, le monde de la morale et de la religion monothéiste — puis de la religion scientiste — lui-même dernier mouvement de l'ère patriarcale qui était elle-même depuis toujours le monde de la nécessité, continuée.

Lorsque tombe le masque de la fausse maturité sentimentale et sexuelle, apparaît l'Homme inachevé qu'est l'injouissant, l'Homme du patriarcat : l'enfant pervers polymorphe fixé, par la souffrance, sur une ou plusieurs de ses pulsions pré-génitales ou dans une pseudo-génitalité, phallique-narcissique, elle-même utilisée à des fins auto-érotiques.

Dans l'ère patriarcale, dans le monde de la nécessité et de la division du travail, de la division sociale des tâches, dans le monde où dominent soit la vision religieuse monothéiste, soit la vision marchande, mécaniste-idéaliste, soit une combinaison des deux, les relations entre les hommes et les femmes sont déterminées d'une part par cette victoire — qui remonte à quelques milliers d'années — des puissances du masculin sur le vieil ordre du féminin, la victoire de ce qui aboutira à l'unique dieu patriarcal — avec son double métaphysique — sur les vieilles divinités féminines, et, d'autre part et consécutivement, par l'ordre marchand, scientiste, ce dernier représentant l'élément de dissolution tant de la vision métaphysique et religieuse monothéiste de l'Histoire que de l'ère patriarcale qui la contient —, tout autant qu’il en est le produit.

Dans ce mouvement général de l'humanité les hommes et les femmes, totalement enclanisés et soumis à ces forces, ne se sont encore jamais rencontrés : seuls ceux qui sont libres, sortis de la vie de famille et du monde, sans affaire, qui arrêtent l'Histoire à leur porte pour lui faire rendre compte, peuvent se rencontrer. Au XIXe siècle, Nietzsche, qui satisfaisait à ces critères, n'a rencontré vraiment personne.

Cette détermination absolue des rencontres entre les hommes et les femmes par toutes ces forces coalisées, et le plus souvent inconscientes, de la nécessité, de la religion, de la famille, de la reproduction biologique de l'ordre familial ou social, de la marchandise et de sa logique économiste s'autonomisant, ainsi que par les forces produites par l'écroulement des valeurs religieuses et morales, coercitives et imposées, et plus globalement encore par celles nées de la vieille haine et de la vieille lutte entre les puissances et les mythologies patriarcales et matriarcales toujours à l'œuvre dans les esprits des vivants d'aujourd'hui — toutes forces coalisées qui ont produit cette jobardise masculine brutale et cette vieille duplicité féminine telles que le monde se plaît constamment à nous les rappeler —, cette détermination absolue par l’ensemble de ces forces donc, a rendu jusqu'à présent la rencontre entre les hommes et les femmes impossible réellement. Par leur rabougrissement et leur assujettissement.

De sorte qu'il s'agit de réinventer, ou d’inventer, ce que l’on croit si bien connaître et dont ceux qui sont vivants aujourd'hui sont — encore en quasi-totalité — les produits, quand ils ne s'en considèrent pas comme les victimes : la rencontre charnelle, amoureuse de l’homme et de la femme.
Et alors même que tous ces vivants d’aujourd'hui en sont, d’une façon ou d’une autre, en très grande majorité, dégoûtés, et bien que beaucoup ne sachent et ne puissent échapper à la spirale infernale du préprogrammé qui les y attire irrésistiblement.

Il n’y a, bien sûr, aucun autre danger menaçant l’espèce — qu’il s’agisse des technologies du nucléaire, de la manipulation du vivant, du clonage, ou de toute autre forme des résultats de la connaissance — que cette haine que se vouent les hommes et les femmes — aux uns et aux autres et à eux-mêmes —, et que leur donne un monde où l’amour, la poésie et la délectation sensuelle du monde leur a été et leur sera pour la plupart et la plupart du temps refusés.

Aujourd’hui, on le sait, les uns, enlevés en bas âge au contrôle de "leurs parents, déjà leurs rivaux, n'écoutent plus du tout les opinions informes de ces parents, sourient de leur échec flagrant”, “méprisant non sans raison leur origine, et se sentant bien davantage les fils du spectacle régnant que de ceux de ses domestiques qui les ont par hasard engendré : ils se rêvent les métis de ces nègres-là.” Ils savent que "derrière la façade du ravissement simulée, dans ces couples comme entre eux et leur progéniture, on n’échange que des regards de haine”. Et cependant ils y vont quand même.
Pourtant ce mépris et cette haine ils les connaissent bien pour les avoir vécus dans les déchirements, qu'ils ont subi, de ceux qui, par hasard et par toutes les nécessités que j'ai dites plus haut, les avaient engendrés, ou pour les vivre ou les avoir vécus dans leur(s) propre(s) couple(s).

Et les autres — terrorisés par la violence du monde et celle que ce monde a produite en eux —, ils tentent d'imposer à ce monde et à eux-mêmes une chape de plomb morale et religieuse absolue qui puisse les protéger de cette tentation de la violence, et trouvent dans cette tentative furieuse l'occasion de libérer ce mal destructeur et autodestructeur qui les ronge et qu'ils prétendent vouloir combattre mais qui finalement vainc toujours les mal-heureux. Et le plus souvent justement de cette façon-là. Dans la rage purificatrice.

Faire l'éloge dans ces conditions de l'hétérosexualité flamboyante, jouissante, illuminée et mystique, quand elle n'a jamais été et ne peut être, dans la presque totalité des cas, que tout ce que j'ai décrit précédemment, et alors qu’elle paraît ainsi immédiatement responsable de toute la souffrance des unes et des autres — bien que tant d'autres forces se soient appliquées et s'appliquent à la reproduction de cette souffrance —, faire cet éloge-là dans ce moment particulier du monde et pour le public d'aujourd'hui, composé en majorité des chiens de guerre, plus ou moins bien dressés, plus ou moins féroces, du Spectacle mondial et de ses multiples factions rivales — économiques, religieuses, ethniques, politiques etc... — et, pour le reste, de ses victimes, semble une tâche inutile.

Il faut donc considérer que les poètes font ce qu'ils ont à faire et qui s'impose à eux, spontanément, sans aucune considération pour aucun public, et que, plus généralement, une avant-garde n'a pas à s'intéresser, pour les approuver ou les critiquer, aux modes superficielles qui s'agitent, selon la nécessité, à la surface du temps pseudo-cyclique contemplé.

Par exemple, les sensualistes n'ont pas à critiquer ou à approuver l'époque qui joue au libertin, tel qu’on pouvait l’entendre il y a deux cents ans, et même s'ils connaissent les dangers qui, in fine, guettent cette figure maintenant dépassée du libertin, et qui sont ceux de la destruction et de l'autodestruction déchaînées. Ceux de la barbarie. Les sensualistes éclairent le mouvement du temps.

Ils n'apportent aucun "Tu dois" : il faut suivre sa pente et puis son caractère : si l'on aime boire, il faut se soûler, si l'on aime les psychotropes, il faut en abuser, si on a l’âme d’un chien, il faut suivre son maître, si l'on aime la guerre, il faut aller se battre, si l’on aime la débauche, il faut s'y livrer, mais si on aime la médecine, il faut l'exercer. Et si l'on comprend l'histoire comme nous la comprenons, il faut aller, sur sa scène, y jouer.

Bien sûr les sensualistes savent, parce que Breton l'avait déjà fait remarquer, que la question de l’amour est celle qui détermine toutes les fâcheries.

Ils se moquent parfaitement d'influencer qui que ce soit parmi ceux dont les goûts sont déjà formés et que les existences qu’ils ont acceptées renforcent encore.
Ils interviennent dans le cours du temps, pour ce qui vient, et, pour le reste, ils souhaitent seulement connaître toujours ce qu'ils aiment tant.
Ils lancent seulement le disque brillant de leur expérience dans le mouvement du temps : s'il éclaire ce mouvement, tant mieux ; mais si eux-mêmes devaient rester une simple exception, ils sont parfaitement heureux d'être cette exception.

Les Libertins-Idylliques ne souhaitent pas non plus être leur propre “Tu dois” : ce qu’ils sont et ce qu’ils soutiennent leur vient de leur vie ; c’est tout. Contrairement à d’autres qui soutiennent des idées ou des systèmes de pensée qui en fait leur servent de tuteurs, et qui donc, en fait, les soutiennent, eux, ce qu’ils déploient théoriquement ou poétiquement n’est que la traduction — sous ces formes de l’art et de la théorie — de leur propre déploiement. Certains parmi les Libertins-Idylliques ont d'abord été des libertins : aucun n’exclut de devoir — par usure, par nécessité, par goût — le redevenir. D'autres, pour avoir fait le tour de l'enfer, connaissent tout ce qu'il peut receler.
Surfant une vague neuve et puissante, ils savent seulement qu'à ce qu'on en dit, on surfe éternellement.

Cela dit pour ceux que l’usure et la misère mèneraient simplement à attendre les sensualistes au tournant : il n’y en aura pas.

Le bien est déjà fait.

Ce qui importe avec les chercheurs d’or c'est, au-delà de leur destin personnel, l’or et les mines qu’ils ont trouvés...
Et les bonnes cartes qu’ils laissent.



R.C. Vaudey

Avant-garde sensualiste 1
Juillet/Décembre 2003



(Première mise en ligne 7 mars 2014)



dimanche 4 septembre 2016

RÉMANENCE DE L'EXTASE







Ma conscience
Enfin ce qu'il en reste
S'éteint avec ceci :

« Vous distillez dans tout mon être
Depuis toujours
Un élixir de jeunesse
Qui me donne une ivresse
Qui me dissout dans une félicité inimaginée »

Ce qui n'est pas
Une phrase de réveil de sommeil d'amour
Mais tout l'opposé :
Une phrase de pâmoison extasiée…

En quelque sorte la transcription
De ce qui m'a traversé
L'esprit, le cœur et le corps
Après que la dernière des dernières
Ravageantes vagues cloniques
De notre longue
Puissante
Profonde
Miraculeuse
Catalepsie orgasmique
M'eut laissé sans force
Sur la plage de votre corps


On dira
Que je fais bien des phrases
Avant que de m'évanouir d'amour

Parmi tous ceux
De toutes les époques
Que je connais pour les avoir lus
Ces phrases nul ne les avait vécues
Ou
Dans le cas contraire
N'avait pris le plaisir de les noter
Ou n'avait estimé bon qu'on les évoque
Et tous auraient donc ainsi choisi de les taire

À défaut d'être le maître de son destin
Il est loisible à chacun
D’être
Selon le mot d'un écrivain
Le secrétaire de ses émotions
(À condition d'en avoir
Et de ne pas se mépriser)
Et de ne pas être
Ce qu'un autre appelait
Un benêt :
Une conscience terne
Pour laquelle toute splendeur
Toutes jouissances sont pauvres…
À jamais

J'ajouterai donc ceci
— En invite majestueuse —  :

« Amants
Autant que vous le pouvez —
Ne laissez pas l'injouissance de la société du spectacle
Et le spectacle de la société de l'injouissance
Vous divertir de votre éternité… »


« Amants jouissez de concert toujours davantage »
Qui me vient à l'instant
Est elle une phrase détournée
C'est-à-dire poétiquement améliorée
Et précisée par le feu de l'expérience renouvelée


Puisque ces phrases me viennent en
« écrivant »
Dans la rémanence de l'extase
Comment devrais-je encore les qualifier ?

Mais à ce moment je suis sans forces
Pour chercher davantage

Aujourd'hui
Lorsque je ne les chuchote pas à ce petit écran 
Je jouis du Temps
Je respire
Et
Allongé à vos côtés
Je regarde le monde à l'envers
Les yeux dans le vague
Alangui
Comme un chat sans projet qui s'étire












Le 4 septembre 2016
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016





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jeudi 1 septembre 2016

Et ce monde musicien…








Dans l'onde des canicules
Loin d'où gesticulent
Les morts-vivants et les crapules
S'éploie sans calcul
Et sans aucun scrupule
Notre amour qui ondule
Et nous voit doux et forts comme des hercules
Dans cette merveilleuse aise
De l'amour charnel dans la fournaise

Le lendemain
Nous allons un peu au loin
Dans un vieux palais qui surplombe un canal
Où Vivaldi
Ses virtuosités, sa mezzo-soprano et ses chœurs
De l'introduction jusqu'au final
Le soir et même l'après-midi
Nous fait pleurer dans sa splendeur
(Penser
Avant de se laisser submerger par la beauté jubilatoire
À mettre des lunettes noires… )

Passer notre vie à
nous aimer
À bander et à jouir
Menés par notre cœur
En s'immergeant
Le reste du temps
Dans la musique baroque
Et sa grandeur
Nous paraît sans équivoque
Une vie selon notre cœur

Finir dans l'un ou l'autre cas
En larmes de joie
Rester ensuite longtemps tous deux
Sans voix
Dans la jouissance du Temps et du merveilleux
Et en goûter dans les jours qui suivent
Et en silence
Longtemps la rémanence lascive
Semble à nos yeux
La définition même de la chance

De toute façon c'est tout à fait certain
Nous n'aimons rien…
Que l'amour charnel…
La galanterie…
La contemplation
Et ce monde musicien










Le 29 août 2016
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016







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samedi 27 août 2016

Sensualistes de tous les pays, aimez-vous !







Ce serait une grave erreur que d'imaginer la naissance comme nécessairement douloureuse pour l'enfant.
Il n'y a aucune fatalité de la douleur.
Ici, pas plus que pour l'accouchement.
Tout comme "donner le jour" peut être pour la femme, libérée de la peur, une expérience enivrante, à laquelle rien ne se peut comparer,
La naissance peut être, pour le bébé, la plus extraordinaire, la plus forte, la plus profonde des aventures.
Son cri n'est alors que protestation passionnée de ce qu'un plaisir si intense vient, brusquement, de cesser.
J'ai dit comment, justement, il fallait, à la naissance, tenir l'enfant, le masser .
En prolongeant, ainsi, la sensation puissante, lente, rythmée, en la faisant mourir lentement,
On évite la cassure brutale, cause de souffrance et de refus.
Alors il semble à l'enfant que la contraction l'accompagne sur la berge pour ne l'abandonner qu'une fois bien établi dans cette nouvelle et grisante liberté.
Frédérick Leboyer. Shantala








 Jacques Sterchi, qui a écrit le 25 mai 2002, dans La Liberté de Fribourg, un papier intitulé : « Sensualiste de tous les pays, aimez-vous ! », est quelqu'un qui n'aura vraisemblablement pas besoin de ces Précisions, puisqu'il peut se vanter, certainement, d'avoir le mieux compris la signification du Manifeste sensualiste, et sa portée, sa longue portée, et de l'avoir écrit, et aussi vite.

 Analysant parfaitement ce que fut l'esprit des libertins dont il dit : « Qu'on a quelque peu oublié que le fondement du libertinage est global, qu'il vise à un affranchissement de l'homme par l'homme », après avoir rappelé que je pensais que le XXe siècle n'avait pas seulement été le champ de toutes les horreurs et de toutes les aliénations mais qu'il avait été en même temps celui d'un grand nombres de découvertes — de la pensée analytique, de l'ethnologie, de la sociologie, de la critique sociale, et de la science et de la technologie, bien sûr —, et qu'ainsi il avait armé et éclairé le projet du XVIIIe siècle de l'émancipation des hommes, repris au XIXe dans cet autre projet de finir la préhistoire, il continue, après avoir titré d'un courageux « Vive l'angélisme amoureux » — courageux puisqu'il reprend le caractère positif que je donnais, pour la première fois, à ce mot d’ « angélisme » qui est toujours utilisé en mauvaise part — en déclarant que les libertins du XXIe siècle se voient qualifiés par les sensualistes, de Libertins-Idylliques, qui annoncent « sous la violence de la névrose, l'innocence, l'angélisme amoureux, humain retrouvés ».

 P
arfaitement sensible, il me semble, à ce qu'est aujourd'hui, le plus souvent, l'amour — qui paraît toujours quelque chose de simple et se comprenant de soi-même alors qu'il est tout au contraire si complexe et si rempli de subtilités métaphysiques, et surtout névrotiques, culturelles et sociales —, il sent parfaitement que s'il y a quelque chose d'important dans ce texte — et j'ajouterai dans les existences qui l'ont produit — c'est cette tentative d'exploration, post-analytique, post-économiste, d'un au-delà la rencontre amoureuse, comprise non plus comme lieu de déploiement de toutes les pré-programmations individuelles et sociales, ou encore comme arme sociale, technique sociale de combat et de survie, lieu de défoulement de toutes les misères, de toutes les souffrances, de tous les désespoirs, de toutes les humiliations, vécus et refoulés ailleurs — et bien sûr là aussi — mais comme but et moyen de l'humanisation des êtres humains ; il voit donc bien, et il l'écrit, que cette tentative — dont j'ai dit qu'elle était essentiellement le propos de l'Avant-garde sensualiste — de découvrir, par delà l'enfer de la souffrance sociale et de la souffrance névrotique, individuelle, dans leur dépassement, et dans la rencontre raffinée, poétique et vraiment amoureuse, le raffinement et l'humanisation possibles des êtres, des situations et du monde — est ce qui marque — par le sauvetage par transfert du meilleur de la critique situationniste et, tout aussi bien, du meilleur de la pensée surréaliste, comme des résultats des explorations de l'inconscient et du refoulé — la théorie et, avant tout, la vie des Libertins-Idylliques.


 J'avoue — et je dois m'en excuser — ne pas avoir rendu la tâche facile à ceux qui auront voulu défendre ce Manifeste, en n'y allant pas de main morte (mais comment aurais-je pu ?) et en utilisant, mais uniquement dans cet intermezzo poétique et dithyrambique que constitue l'Éloge de l'insouciance, qui va de la page 97 à la page 111 — et dont on sent, par le ton même de la page 113, qu'il se termine là, bien que cela ne soit pas indiqué clairement dans le texte —, j'avoue, donc, ne pas leur avoir rendu la tâche facile en utilisant, mais là seulement, ce genre de termes que Debord prenait, lui, la précaution de mettre entre guillemets (au diable les précautions... ), tels que : « gentils seigneurs » ou « gentes dames », « belle assemblée », (« tout un poème », en quelque sorte... totalement inspiré : on a les inspirations que la vie vous autorise...), dont je disais dans l'Avant-propos pourquoi les malheureux qui les reçoivent, et qui se sentent si peu de chose, ne peuvent les recevoir sans beaucoup rire — c'est nerveux, comme le note parfaitement Jacques Sterchi —, et en reprenant aussi de la page 109 à 111, dans ce même Éloge, beaucoup du ton — et aussi en en détournant des passages — de « L'Abbaye de Thélème » de Rabelais ; mais il m'avait semblé, tout simplement, qu'alors que le premier salarié, de l'Industrie, de l'Éducation nationale ou des médias, venu n'hésitait pas à faire part au pauvre monde de ses visions grandioses, ou désespérées, de l'avenir, il n'était pas inutile de rappeler que nous avions dans l'histoire de notre pensée et dans notre littérature, ou dans celle de nos voisins, chez Castiglione ou chez Rabelais, chez Colonna ou d'autres encore, un projet pour ce que pourrait être l'esprit et le goût du futur qui, habilement corrigé aux Lumières du XXe siècle, et combiné avec d'autres de par le monde, donne un résultat sans commune mesure, à mon sens, qu'on ne peut même pas mettre sur le même plan, d'avec ceux tirés de la vie et de l'esprit fatigués, et sans habitude de la noblesse (encore...) et de la poésie vécues, des salariés de telle ou telle branche de l'Industrie (ceux qui en ont déjà croisés me comprendront...) dont on sait que l'enfance, la vie, les conditions mêmes de la naissance, les fréquentations, l'emploi du temps etc. n'ont pu produire chez eux qu'une humeur maussade ou mauvaise, et des fantaisies qui ne peuvent intéresser qu'eux-mêmes et leurs analystes, ou leurs thérapeutes, et dont le seul intérêt serait, pour eux, de pouvoir les ramener à ressentir un peu, peut-être pour pouvoir la dépasser — pour beaucoup c'est trop tard et sans importance : ils ne s'aiment pas, mais le pauvre monde, qui s'y reconnaît, les aime — la misère qui les a produits. Il y a des gens qui peuvent se passionner pour les visions du futur que peuvent élaborer les starlettes d'un jour ou les servants, volatiles, comme certains capitaux, de basse-cour, du monde esclavagiste- spectaculaire-marchand : moi, non.


 Pour ce qui est du « bon ton de la noirceur et de la névrose », on verra un peu plus loin tout le bien que j'en pense, et tout le bien que je dis qu'il faut en penser, et ce jugement, qui ne quittera plus ceux qui se réclament de ce bon ton-là, en marque la fin théorique (c'est le sens même de l'Avant-garde sensualiste : leur disparition) même si, bien sûr, le monde les produisant et les reproduisant à l'infini et à si grande échelle, et le Marché s'en nourrissant, dans le même temps que les spectateurs s'y reconnaissent, dans leur misère, comme agrandis, ils n'ont pas fini de nous polluer. Mais seraient-ils six cents milliards d'ânes braillards, même techniquement suréquipés et surmédiatisés, à partager ces illusions tristes et perdues, le jugement d'un seul homme vrai et sans affaire suffirait encore à les réfuter.

 P
our revenir à cet article, si juste, son auteur continue, en parlant, à propos du Manifeste, de « leçon de bonheur », et il ajoute même un « pourquoi pas », dont on sent bien qu'il voudrait excuser tant de grossièreté de ma part, même si cela, bien sûr, ne se peut pas ; décidément la tâche de ceux qui voudront soutenir les sensualistes face aux rieurs avinés, aux cyniques, aux mondains, aux chaisières indignées, aux mollahs fanatisés, aux esthètes exsangues, aux sectateurs des arts et des lettres de consolation, aux barbares glamourisés, et aux autres, ne sera pas facile ; on peut leur souhaiter seulement d'être de beaux et bons amants et, avec leurs belles, de toujours jouir davantage, pour parler comme André Breton (« Amants faites-vous de plus en plus jouir »), puisque la poésie vécue (dont la jouissance amoureuse est une des plus belles facettes) — dont l'auteur de cet article, rapportant véridiquement ce que j'ai écrit, dit, par ailleurs, qu'elle est seule capable d'éclairer, par la beauté, et de raffiner l'homme, « pour sortir de la spirale de l'horreur et du dogme » — est également la seule qui permette de regarder de haut, mais sans mépris, et juste avec la raillerie nécessaire, tous les petits hommes gris qui se percent, se scarifient, se roulent dans la boue, dans l'horreur, se tapent contre les murs, se balancent comme des autistes, implorent à genoux et se tordent les mains, tournent et brûlent dans la nuit, consumés par le feu, s'appliquent la pénitence et le cilice, se fouettent jusqu'au sang, s'abrutissent de tous les produits qu'ils trouvent, s'éclatent, se défoncent, se déchirent, s'explosent à qui mieux mieux, s'enflamment pour des broutilles, se passionnent pour des jouets d'enfants, aiment les voitures qui brillent, collectionnent les poupées ou les barbaries, mais, toujours, redeviennent bien fiers et bien méchants dès qu'il s'agit de leurs malheurs et de leurs « visions du monde » malheureuses, auxquels ils ne veulent pas qu'on touche, et qui retrouvent tout leur sang et toute leur verdeur, tout à coup très bravaches et plus malheureux du tout (nous les sauvons de leur chronique dépression...), dès lors qu'on leur parle de bonheur. Quand ils entendent les mots bonheur, amour, jouissance abandonnée, extase, plaisirs, raffinements... ils sortent leurs petits revolvers, ou pire encore, et, visiblement, ça les revigore.

Monsieur Sterchi, si vous voulez continuer à nous comprendre si bien, et à nous défendre, tout ce qui souffre fièrement, et qui ne tient pas à ce que cela change, se rira de vous, également.

L
a vérité c'est que l'on ne doit pas écrire pour ces gens-là : ils passeront ; ils ne sont pas au monde : ils y sont si mal venus ! Beaucoup de ceux-là, en Europe, ont été abandonnés en bas âge, dans des crèches, par leurs parents qui ne pouvaient pas faire davantage. Leurs mères mises, dès leur propre naissance, au rythme de la production industrielle, ont souvent été piquées d'une drogue ou d'une autre pour qu'ils naissent plus vite, ou au contraire seulement à l'arrivée de la deuxième équipe, de sorte que déjà le dérèglement des rythmes profonds et naturels, si profondément perturbés chez les femmes, dans un monde qui leur est si terrifiant, a été encore accru, pour des raisons de planning — ce sera le mot de leurs vies —, et l'on sait que les produits déclencheurs de contractions, en intensifiant celles-ci les rendent douloureuses, ce qui entraîne souvent cette demande volontaire de paralysie du bas du corps, qui prive tout le monde, mère et enfant — mais la raideur caractérielle et musculaire des premières aurait de toute façon rendu cela, le plus souvent, impossible —, d'éprouver ces rythmes lents et puissants, prototypiques des rythmes puissants de la jouissance, que je désignais dans le Manifeste. On peut se demander pourquoi je parle de cela : je veux seulement dire que c'est déjà à leur naissance, et bien entendu aussi avant, au travers du bruit et de la fureur du monde qu'ils ont ressentis et dont ils ont été imprégnés in utero que commence la mauvaise vie de tous ces gens. Nourris à la farine animale et au lait en poudre des vacheries modernes, comme tout bon bétail qui se respecte, ils ont été abandonnés très tôt aux crèches et jamais, quasiment, les rythmes physiologiques et émotionnels personnels des uns et des autres n'ont pu être respectés, et c'est bien arrangé, en quelque sorte, car pourquoi leur aurait-on donné, nourrissons, ce à quoi ils ne devaient pas s'attendre plus tard : on ne les a pas respectés alors, et on ne les a jamais respectés non plus, après. Traumatisme oral, fixation anale, manque de contacts physiques, ou jamais dans le tempo, ou à l'inverse manipulation excessive, la cuirasse musculaire s'est aussitôt mise en place, et je ne vais pas refaire le plan de leur si petite carrière; tout le monde le connaît, et d'autres l'ont analysé avec plus de temps et plus de place que je n'ai envie ici d'y consacrer.

 M
al embrigadés et mal enrégimentés (trop ou pas assez) par leurs aînés, tout aussi malheureux — qui ont eu le même parcours, mais qui n'ont même plus le peu d'attention qu'on prête, parfois, encore, à ces enfants, et leur solitude est souvent plus grande, ce qui n'est pas peu dire —, ils ont été laissés ensuite devant des postes de télévision, le plus bête et le plus archaïque de tous les robots — par ceux qui s'y agitent —, ils ont grandis dans la violence et n'attendent qu'une chose : c'est cette liberté que leur procurera l'adolescence, et quoique aujourd’hui, certains, dans les zones les plus barbares des sociétés dites avancées, et ailleurs aussi, n'hésitent pas à se procurer des fusils d'assaut, bien avant l'âge. Quelle peut donc bien être la sexualité, « la vie amoureuse », de tous ces mal-aimés, de tous ces abandonnés, abandonnés à la terreur et à la fureur du monde, à laquelle avaient déjà été sacrifiés ceux qui les avaient engendrés ? Quelle peut donc être la vision de l'amour et la capacité d'abandon à la volupté de ces gens-là ? On pourra seulement dire : « La violence n'est que l'indice du désert des cœurs » ; et le XXe siècle nous a appris comment progresse ce désert-là.

 L
'impuissance orgastique, dont parlait Reich, comment ne pourrait-elle pas les frapper, et comment pourraient-ils dépasser la sexualisation polymorphe de tout cela, à l'adolescence et après, et trouver jamais la voie de la maturité amoureuse, dont je parlais, quand à peine sortis, dans les meilleurs des cas, de cette zone relativement protégée de la post-adolescence — qu'ils peuvent connaître encore, à l'université —, tous les « Tu Dois » du monde, leur tombent sur les reins ; tous les plans quinquennaux, toutes les avanies pré-programmées ? Et l'horreur des carrières, et leurs avatars.

 P
ersonnellement, je leur souhaite bien du courage ; je sais pour en connaître certains (non, les sensualistes ne vivent pas tout à fait sans aucun contact avec le monde...) qu'une part d'amour, de jouissance, de tendresse et de poésie leur reste acquise, et c'est cette part-là — évidemment pas par ce genre de considérations, mais que l'on ne peut pas toujours éviter — que les sensualistes, par le reste de leurs œuvres, espèrent exalter chez chacun, même chez ceux-là, mais qui dans l'ensemble, je le sais, ne devraient pas trop nous aimer ; c'est pour cela qu'il ne faut pas être trop méchant avec tous les petits humains gris et souffreteux qui viennent, bravement et méchamment, avec leur malheureuse ironie et leur mépris poignant, défendre leurs misères, ni se moquer trop fort d'eux : le monde s'en est chargé et s'en charge bien assez lui-même, et il ne finira pas ; il faut juste rester railleur (prêtez l'oreille), et puis se dire qu'ils compensent par l'agitation, la fureur, le bruit, la consommation boulimique de tout, la perte de ce qu'ils n'ont pas connu, ne connaîtront pas, et qui leur manque tant, sans même qu'ils y pensent. Vauvenargues l'avait écrit :  « Ceux que nous plaignons de leurs embarras, méprisent notre repos. »

 P
our finir son article, Jacques Sterchi compare ces moments de poésie vécue dont je parle dans le Manifeste avec la description que Jorge Luis Borges fait, dans L'art de poésie, de sa première expérience poétique, une expérience de la totalité de l'être, et c'est bien entendu de cela dont il s'agit. Borges cite Keats, et avec eux, nous sommes, cette fois, en bonne compagnie.

 Enfin, il termine tout en évoquant la fin de l'histoire, le désabusement, l'agressivité et la consommation culturelle, auxquels selon moi il ne faut même pas prêter attention puisque ce ne sont que des modes d'un moment — il faut tout de même accepter que ce qui souffre, délire, gémisse — et que, on le sait bien,  sous les modes apparentes qui s’annulent et se recomposent à la surface futile du temps pseudo-cyclique contemplé, le grand style de l'époque est toujours dans ce qui est orienté par la nécessité évidente et secrète de la “révolution” poétique, amoureuse du monde et des situations.

 N
'écoutez pas ceux qui parlent de ces banalités de la misère, ne lisez pas ceux qui les rabâchent : toutes ces muscades passeront, rien n'en restera que le mauvais goût d'une époque; et pour l'instant, et puisqu'il faut se battre, d'une certaine façon, parfois, aussi, dans le maelström de l'Histoire, avant la fin de vos vies (et « la mort viendra bien assez tôt » comme dit Sterchi), laissez donc un beau panache à ces vies, et que ce soit pour l'amour, la poésie, l'égalité des amants, les sentiments océaniques qui suivent l'extase, et l'humanisation des hommes et du monde par tout cela. Au moins pour vos arrières etc. petits enfants.

 “Nous voici quelques-uns épris du plaisir d'aimer sans réserve, assez passionnément pour offrir à l'amour le lit somptueux d'une révolution” écrivait, en 1967, justement lyriquement, Vaneigem, mais qui voyait un peu court, et nous avons rajouté, ayant plus que lui la « longue vue », que cette révolution soit celle de l'idée même que l'on se fait de l'amour et de la vie, dans le cours du millénaire qui s'ouvre, et pour tous les Hommes. Ceux qui ont un peu parcouru le vaste monde, ayant vu à quoi ressemblent, aujourd'hui, ces Hommes, se diront qu'il va y avoir du sport — qui pourrait en douter ?


 S'il y a lieu, les sensualistes proposeront que l'on -ouvre le Cabaret Voltaire, toujours en Suisse, c'est plus sûr, mais à Fribourg cette fois.


R.C. Vaudey 


Septembre 2002


Précisions ; in SENSUALISME PRINCEPS  




Ci-après, le texte de Jacques Sterchi








 
Sensualistes de tous les pays, aimez-vous !



Bel amour. Les Libertins-Idylliques contre-attaquent ! Critique de la critique situationniste et surréaliste, un « Manifeste sensualiste» défend la poésie et l'amour courtois comme seul moyen pour humaniser l'humain. C'est beau.



Jacques Sterchi.




« Sous la violence de la névrose, la plage de l'irradiance amoureuse. » R.C. Vaudey publie Manifeste sensualiste et l'on ne s'étonnera pas qu'il soit édité par Philippe Sollers, dans sa collection L'Infini chez Gallimard, tant le propos est une défense du libertinage comme affranchissement de tout dogme et de toute lourdeur névrotique. Des thèmes qui abondent dans l’œuvre de Sollers.

Le libertin fut d'abord ce libre-penseur du XVIIe siècle, qui allait s'affranchir des normes sociales, morales et sexuelles au siècle suivant. La connotation sexuelle est restée déterminante pour l'usage du mot libertin jusqu'à nos jours. Mais on a quelque peu oublié que le fondement du libertinage est global, qu'il vise à un affranchissement de l'homme par l'homme.

Le XXe siècle, constate Vaudey, aura été le champ de toutes les horreurs, de toutes les aliénations mais en même temps l'époque qui aura montré qu'il serait possible de se défaire de celles-ci. Or, pour lui, ni l'utopie surréaliste, ni la critique du Spectacle intégré des situationnistes emmenés par Guy Debord, n'auront su échapper à la récupération par le Spectacle lui-même. Pire, dit Vaudey, l'humain n'est plus seulement aliéné par l’Économie au sens de la victoire globale du capital et du marché mais par lui-même, totalement absorbé dans la logique d'une aliénation volontaire. Il est donc temps de réagir promptement. Mais sur un autre tableau.


Vive l'angélisme amoureux !


Le libertin du XXIe siècle se voit donc qualifié d'idyllique « qui caractérise ainsi l'innocence, l'angélisme amoureux, humain, retrouvés ». L'amour est donc placé au centre de toute préoccupation et de toute possibilité de désaliénation de l'individu. À la source, il y a l'amour courtois, exalté. « Le concept de sensualiste de Libertin-Idyllique ne va qu'avec une idée particulièrement sentimentale abandonnée de l'amour, là où se déploie la rencontre particulièrement tendre et puissante de deux individus ». « Conscience solaire », qui ne vivrait pas la relation amoureuse comme une vengeance, comme une névrose, comme un repli et un pouvoir sur l'autre, mais comme l'état de poésie même. Car « Retrouvant leur vertu primitive, la force, l'énergie, la beauté convulsive intégrante, émouvante de leur cœur et de leur corps, dans l'amour, dans la volupté, les humains peuvent enfin se raffiner ».


Galants chevaliers...


On pourrait rire du retour dans ce Manifeste sensualiste des « galants chevaliers » et des « belles dames », ricaner à l'évocation de l'utopie comme seul territoire de l'individu retrouvé, pouffer nerveusement devant l'insistance à parler d'amour, de douceur, de vérité, d'égalité entre les sexes, et précisément de sexe heureux, épanoui. Mais parler de bonheur rend souvent nerveux et cause le malaise... Il est de bon ton d'évoquer plutôt la noirceur et la névrose.



Comme disait Borges...


Leçon de bonheur, donc, et pourquoi pas, mais apologie de la poésie, également. Seuls les moments de poésie vécue, écrit Vaudey, sont capables d'éclairer par la beauté et de raffiner l'homme pour espérer sortir de la spirale de l'horreur, du dogme et de la misère spirituelle. Jorge Luis Borges ne disait finalement pas autre chose. Dans L'art de poésie, republié par Gallimard dans sa collection Arcades, l'écrivain argentin confiait sa première expérience poétique, enfant : « À cet instant où j'ai eu la révélation du fait que la poésie, le langage, n'était pas seulement un moyen de communiquer, mais pouvait être passion et joie, je ne crois pas que j'aie compris les mots de Keats, mais j'ai eu le sentiment que quelque chose m'arrivait, se produisait en moi. Se produisait non dans ma seule intelligence, mais dans tout mon être, dans ma chair et mon sang. »

La totalité de l'expérience poétique, donc amoureuse, est au centre de cette réflexion iconoclaste et provocante, le sensualisme. Fin de l'histoire, désabusement, agressivité et consommation culturelle sans passion sont renvoyés dos à dos. La mort viendra bien assez tôt. Alors que l'amour resplendisse sur le monde des vivants. C'est beau, non ?! 


Jacques Sterchi.


R. C. Vaudey, Manifeste sensualiste, ed Gallimard, col l'infini, 125 pp.








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