lundi 18 novembre 2019

Suite française et merveilleuse & L'amour absolu







I


Suite française et merveilleuse




Dehors, la neige tombe
Lorsque l'on sort
On entend
Pour la première fois de sa vie
Dans l'absolu silence de la nuit
Les branches qui craquent
Qui cassent
Qui tombent
Ainsi




Tout ploie
Ou cède
Sous cette neige de glace
Et son poids


Dans le petit jardin
Des branches
De vingt centimètres
Longues de plusieurs mètres
Gisent au sol
Plus loin
La route
— Elle aussi
En est jonchée
Le chasse-neige ne peut plus rien
Un bulldozer fraie un étroit chemin
En vain


Dans cette tempête qui n'en finit pas
Vous parlez d'une ambiance apocalyptique
Bien sûr, nous en sommes loin


Je repense à cette nuit d'hiver
Où j'étais seul
Dans les Vosges
Avec l'Unimog qui patinait des quatre roues
Les deux ponts crabotés
Dans le même froid
Et dans la même nuit
Et dans une même ambiance
De fin du monde


Dans les bourrasques
Je n'avais chaîné qu'une roue
À l'arrière
Déjà épuisé d'avoir à le faire


J'avais finalement réussi à monter
Le kilomètre de chemin
Qui me séparait de ma propriété
Mais le lendemain
Dans un mètre de neige
Le pont arrière
Ainsi fragilisé
Avait cassé
Me décidant enfin à quitter définitivement cet endroit
Pour Paris 
  D'abord
Et puis
Une fois la vente réalisée
Pour Goa


Eussé-je pris le temps
De chaîner les quatre roues
Dont chaque chaîne devait peser une trentaine de kilos
Que rien n'aurait cassé
Je serais resté encore quelque temps
Avant de quitter ce lieu
Devenu inhospitalier
Tout le cours de ma vie en eût été changé
Et je ne vous eusse ainsi jamais rencontrée


Je vous avais souvent raconté cette anecdote
Pas si idiote
Mais là
Dans cet épisode
Cataclysmique et glaciaire
Pour la première fois
Vous la comprenez


Les épisodes cataclysmique et glaciaires
Peuvent avoir des suites merveilleuses
On le voit
Pourtant
Craignant pour nos toits
J'aimerais que celui-ci
Cessât
Et que la neige la mît en veilleuse


J'écris ceci à la bougie
Dans le calme sans pareil
Que procure l'absence d'électricité
Dont seule la coupure permet de mesurer
Combien le reste du temps
Nous vivons dans une atmosphère délétère
Électro-polluée

(Note du 18 Novembre : je retire le mal que j'ai dit de la « Fée Électricité » , ici revenue)






Le 14 novembre 2019
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019








II



L'amour absolu




Une jeunesse et un bonheur insensés
Voilà ce que l'amour apporte
Qu'accompagne une douceur d'âme
Sans égale


La campagne est hachée
D'arbres et de branches brisés
Les chemins ne sont plus que des chablis
Où l'on ne peut qu'avec peine avancer
Dans une neige dure et gelée


Je relève des bambous géants le bosquet :
Eux ont plié leurs trois ou quatre mètres
Quand les frênes et les chênes se sont brisés


Sur ce point comme sur d'autres
J'aurais préféré ne jamais avoir à approuver Pascal
Tant ce spectacle est désolant
Et ce n'est pas non plus qu'une façon de parler :
Une vraie peine envahit le cœur
Et l'on éprouve
Pour cette tempête de neige stupide
De la rancœur


Au retour, je me retrouve nez à nez avec deux chevreuils :
Tout leur monde en une nuit s'est écroulé
Ils ont cependant été épargnés


Ils me regardent un instant
Et disparaissent
Élégamment
Malgré leur détresse


C'est dans ce monde désolant
Que nous nous aimions
Si ardemment


En batifolant
On parlait de parfums
Certains, disiez-vous, doivent avoir le nez absolu
Comme d'autres ont l'oreille absolue
J'en déduisais d'aimables conclusions
Qui éclairaient enfin ces extases phénoménales
Suivies de ces éblouissements mystiques ineffables
Qui s'emparent de tout mon être
Par elles et par eux redevenu virginal
Que je connais depuis que je vous ai rencontrée


Toutes ces amabilités nous faisaient rire à n'en plus finir
Si ce n'est qu'à nous embrasser


S'embrasser dans cette joie
— Caressé par la douceur de ces sentiments sous-jacents
Est déjà une pure félicité en soi


Mais c'est par l'exubérance et la puissance
L'outrance et la concordance
En touchant souvent le Ciel
Et en voulant toujours le repousser
En dilatant toujours plus avant nos cœurs
En laissant dans le même temps
Le soliste solaire
Jouer ses solos extraordinaires
Qui font comme un écrin de divinité
Que l'on peut seulement laisser pleinement
S'exprimer
Se rassasier
S'extasier
Cette joie d'amour pleine
Et son appétit éperdu de se déployer


Emportés par de tels élans
Et de tels présupposés
Nous ne pouvions que réduire à néant
Notre passé d'amants :
Comparativement, nous ne nous étions encore jamais aimés


C'est du moins la dernière pensée que j'eus
Une fois que le mirifique déferlement de l'amour
Nous eut soulevés emportés éblouis
Ravagés transcendés fait rugir et pleurer
Et infiniment dans la Beauté nous convulser
Bref, sitôt que mon âme
Redevenue
Par tant d'amour illuminé
Virginale
Se fut à l'univers tout entier
Refusionnée
— Me faisant perdre ainsi connaissance
Dans un sommeil digne d'un nouveau-né


Une jeunesse et un bonheur insensés
Voilà ce que l'amour apporte
Qu'accompagne une douceur d'âme
Sans égale
Disais-je pour commencer


Je peux ajouter
Que dans un monde si parfaitement
Et depuis si longtemps
Partout par la haine et le ressentiment
Ou les éléments
Martyrisé
Une chance incommensurable
Voilà ce qu'est la chance d'aimer
Et d'être — de surcroît —
Aimé
D'en avoir le loisir et l'endroit
Et de pouvoir ainsi posséder 
Par surplus
L'amour absolu










Le 16 novembre 2019 
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019






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samedi 2 novembre 2019

L'amour — dans son unicité








Tunnel d'effroi
Légèreté dégagée
Attente anxieuse
Décontraction insoucieuse
Assurance insouciante
Suspense angoissant
Fin douloureuse
Ou résultat heureux


Envisager le pire ne fait pas rire
Pourtant, on le connaît :
Ce qui a touché notre ami
Et sa famille
Nous le connaissons aussi


Jeudi, nous le retrouvons
Pour lui offrir des fleurs
Dans sa nouvelle et dernière demeure
À notre goût mal orientée
Et trop exiguë pour lui
Lui, cet homme de grands espaces
Et de grand air


Pour moi
J'aimerais reposer face au soleil
Au pied des vignes
Ou au sommet de notre colline…
Je vous le dis


Voilà les discours auxquels vous vous exposez
À aimer un homme de collection…


Vingt ans plus tôt
Cette idée ne m'aurait certainement pas effleuré l'esprit


À tort ou à raison


Mettre de l'ordre dans sa vie
Savoir ce que l'on laissera…
Quels textes
Quelles images
Avec qui —
Quels tableaux
Quel fatras !




C'est étrange
Mais voilà les considérations
Graves et sérieuses
Qui voilent nos ris
Cet après-midi
Toutes ces choses qu'il faut dire
Lorsque se produit le pire
Car le malheur
Lui non plus
N'attend point le nombre des années


Notre ami vient de nous le rappeler


Au bout de ces considérations
Dignes de notaires —
On se caresse et on s'embrasse pourtant
Délicatement…
Éperdument…
Comme des amants
Que le destin épargne encore


Et on s'aime comme de vrais vivants…
De tout notre cœur et de tout notre corps




On s'aime
Tout simplement…
Intensément…


Montaigne aimait-il l'amitié ?
En écrivant à propos de La Boétie :
« Parce que c'était lui ; parce que c'était moi »
Il a parlé d'autre chose
Que de son goût pour les amitiés viriles
Je crois


J'ai écrit que nous faisions l'éloge
D'une forme flamboyante de l'hétérosexualité :
C'était une erreur
L'hétérosexualité n'est finalement qu'un goût particulier
De consommateur


Nous faisons l'éloge d'autre chose


Comprenne qui pourra


L'amour qui suit ces réflexions-là
Est comme une bénédiction insensée de la vie
Une caresse somptueuse
Du miracle et de l’exquisité d'exister


Au réveil
Je ne sais plus rien :
Ni où ni quand ni qui je suis…


Revenu du Paradis
Je sais seulement qu'il est cette vie bénie


Maintenant
Tard dans la nuit
Je mesure les pauvres et miraculeux privilèges
Qui nous permettent de nous tenir
Hors de la guerre du temps
Et je mesure aussi toute leur précarité


Et pourtant je sais qu’il y a toujours eu des gens
Qui ont eu lieu
Dans tous les sens du terme —
Pyrrhon, Montaigne, La Boétie, Debord
Aussi différents qu’ils eussent été —
Avant nous avaient été de ceux-là


Et pourtant je sais qu'il faut des amants
Pour voir se dérouler
Implacablement
Les logiques du monde injouissant


Et pour se fondre dans l'Amour, l’Univers et le Temps









Le 2 novembre 2019
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019







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jeudi 31 octobre 2019

Les Libertins-Idylliques ou l’amour oblatif, contemplatif — galant










Cher ami,




En général, la question est très vie résolue, particulièrement avec les auteurs qui ressortissent à ce que j'appellerai le petit libertinage : celui des libertins (avec un petit l) : en effet, ce qui réjouit ceux qui pratiquent ce petit libertinage est ce qui permet précisément de savoir ce dont ils souffrent, à quel stade de leur développement libidinal ils sont restés fixés, quelle structure caractérielle est la leur…

Pour qualifier le petit libertinage, et en détournant Hugo, on pourrait dire : Ce qu’on appelle passion, volupté, libertinage, débauche, n’est pas autre chose que la résurgence « sexualisée » d’une violence qui a été faite par la vie.

Le petit libertinage se satisfait de peu: tout lui convient : n'importe quel type de transgression, même — ou surtout — furtive, lui procure excitation, emballement et, éventuellement — s'il ne le repousse pas indéfiniment —, une forme certes incomplète de spasme mais qui amène tout de même à un épuisement — que suivent malheureusement souvent la tristesse, ou le dégoût.

Le petit libertin est le plus souvent resté fixé au stade anal : ses partenaires de débauche sont des objets de transfert sur lesquels il projette ses sentiments refoulés : ce sont des choses, différentes mais interchangeables, qu’il veut posséder en despote, et sur lesquelles, idéalement, il voudrait avoir droit de vie ou de mort ; dominé, il a souffert de l'oppression, et c’est cela qui le meut : par exemple, la mort de Louis XIV, très bigot sur la fin de sa vie, libère avec la Régence les pulsions destructrices, nées de la soumission à Dieu et au Roi, chez les jeunes babouins de l'aristocratie ainsi castrés : ainsi commence le XVIIIe siècle, qui sera essentiellement celui du petit libertinage (le quiétisme, qui relève de ce que j’appellerai le grand libertinage, appartient au siècle précédent). Toujours, lorsque les jeunes mâles se libèrent du Père, ils boivent, et, toujours, ce sont les femmes qui en pâtissent. Mme de Gacé, et d’autres, en font les frais.

Le petit libertinage va de pair avec les pulsions féminicides et avec l’esprit de lucre : la fixation sadique-anale, la passion de dominer et de détruire mariée avec le goût de l’accumulation, sont constitutifs et du petit libertinage et du déploiement du capitalisme, — le capitalisme, ce fruit de cette injouissance poético-voluptueuse décorsetée : au même moment, le système de Law emballe toutes les têtes du royaume.

Le petit libertin est comme un petit singe qui a volé un instrument de musique : il tape sur le clavier comme un sourd : plus il fait de bruit, plus il est content. Il aime la montre et l’épate : il l'aimait au XVIIIe siècle, il l'aime toujours aujourd'hui : piscines hollywoodiennes, limousines sans fin, tapis rouges à n'en plus finir, « villas » plus somptueuses les unes que les autres : mais, comme l'écrit Schopenhauer à propos de la joie:

« Ce qui augmente particulièrement la difficulté [… ], c’est cette hypocrisie du monde dont j’ai parlé plus haut, et rien ne serait utile comme de la dévoiler de bonne heure à la jeunesse. Les magnificences sont pour la plupart de pures apparences, comme des décors de théâtre, et l’essence de la chose manque. Ainsi des vaisseaux pavoisés et fleuris, des coups de canon, des illuminations, des timbales et des trompettes, des cris d’allégresse, etc., tout cela est l’enseigne, l’indication, le hiéroglyphe de la joie ; mais le plus souvent la joie n’y est pas : elle seule s’est excusée de venir à la fête. »

et, plus loin :

« Mais aussi, dans toutes ces manifestations dont nous avons parlé, le seul but est de faire accroire aux autres que la joie est de la fête ; l’intention, c’est de produire l’illusion dans la tête d’autrui. […] Chamfort dit d’une manière charmante : « La société, les cercles, les salons, ce qu’on appelle le monde est une pièce misérable, un mauvais opéra, sans intérêt, qui se soutient un peu par les machines, les costumes et les décorations. » Les académies et les chaires de philosophie sont également l’enseigne, le simulacre extérieur de la sagesse ; mais elle aussi s’abstient le plus souvent d’être de la fête, et c’est ailleurs qu’on la trouverait. Les sonneries de cloches, les vêtements sacerdotaux, le maintien pieux, les simagrées, sont l’enseigne, le faux semblant de la dévotion, et ainsi de suite. C’est ainsi que presque toutes choses en ce monde peuvent être dites des noisettes creuses ; le noyau est rare par lui-même, et plus rarement encore est-il logé dans la coque. Il faut le chercher tout autre part, et on ne le rencontre d’ordinaire que par un hasard. »

Le petit libertinage est une noisette creuse, qui surjoue une jouissance impossible, dans un décor de rêve — qui est un cauchemar et un enfer.

Si les petits libertins partent de — et demeurent dans — la souffrance, les Libertins, mystiques (comme Marguerite Porete) ou poétiques, partent d’une épiphanie et d'une joie.

Les mystiques ecclésiastiques ont toujours été contraints par les textes religieux, l'idée d'un Dieu incarné etc. mais leur expérience est identique : c'est celle d’un éblouissement poétique, d’un ravissement qui laissent bouche bée.

Les mystiques laïcs, dans le genre des Libertins Spirituels, n'ont pas connu cette contrainte (c’est pourquoi certains comme Marguerite Porete ont fini sur le bûcher), mais on sait assez peu de choses d'eux.

En Asie, le Bouddha partait lui aussi de la souffrance pour arriver à une sorte d’anéantissement, quand les taoïstes ou les adeptes du Tch’an paraissent avoir été des drôles qui acceptaient l’impermanence sans sourciller (on connaît l’attitude de Tchouang-tseu à la mort de sa femme) ; ils ont laissé le souvenir de vrais gaillards, parfois ivrognes, toujours poètes, excessifs en tout, le plus souvent rustres et énigmatiques, et même, parfois, amoureux transis (Ikkyu).

Je les préfère aux mystiques ecclésiastiques européens. Le : « Où était-il lorsqu'il arrêtait de moudre le gain ? : perdu dans la source profonde. », de Lin-tsi, me paraît plus direct que les discours de Sainte Thérèse d’Avila, des extases de laquelle les manifestations physiologiques me paraissent inquiétantes.

Le grand libertinage, celui des Libertins, a évidemment toujours cherché à se créer les situations favorables à l'éclosion de ce qu'il recherche : cette jouissance du Temps dont nous parlons.

Il a toujours su que : « La jeunesse est trop ardente pour avoir du goût ; pour avoir du goût, il ne suffit pas d'avoir en soi la faculté de goûter les belles et douces choses de l'esprit, il faut encore du loisir, une âme libre et vacante, redevenue comme innocente, non livrée aux passions, non affairée, non bourrelée d'âpres soins et d'inquiétudes positives ; une âme désintéressée et même exempte du feu trop ardent de la composition, non en proie à sa propre veine insolente ; il faut du repos, de l'oubli, du silence, de l'espace autour de soi. Que de conditions, même quand on a en soi la faculté de les trouver, pour jouir des choses délicates !”

Ainsi le grand libertinage, le libertinage mystique, n’aime, et n’a jamais aimé, que le loisir et l'insouciance du monde, et si le luxe et la beauté font aussi son bonheur, il peut s'en passer : le Libertin est peut être un singe comme les autres mais il connaît la musique : taper comme un sourd sur un clavier ne lui suffit pas : non seulement il veut savoir pourquoi il cherche à taper comme cela plutôt qu'autrement, toujours de la même façon, comme un disque rayé qui, abîmé à tel endroit, n'aboutit jamais à la fin du morceau, au grand final (chose que ne cherche jamais à comprendre le petit libertin), mais plus encore ce qui le distingue du petit libertin c'est qu'il recherche, en amour, l'harmonie, mieux, l'extase harmonique, et les chatoiements béatifiques qui longtemps la suivent et la prolongent.

À propos de cette jouissance du Temps dont nous parlons, on pourrait encore reprendre ce que dit Schopenhauer (bien sûr, il écrit cela à propos de tout autre chose : il parle de la joie), pour décrire véridiquement la façon dont cette jouissance du Temps apparaît, — lorsqu'elle n'est pas le fruit parfait et attendu d'un rendez-vous galant accompli.

« Là où réellement elle se présente, là elle arrive d’ordinaire sans se faire inviter ni annoncer, elle vient d’elle-même et sans façon, s’introduisant en silence, souvent pour les motifs les plus insignifiants et les plus futiles, dans les occasions les plus journalières, parfois même dans des circonstances qui ne sont rien moins que brillantes ou glorieuses. Comme l’or en Australie, elle se trouve éparpillée, çà et là, selon le caprice du hasard, sans règle ni loi, le plus souvent en poudre fine, très rarement en grosses masses. »

On peut s’étonner de cette persistance à travers le temps de cette forme particulière de l’amour, de la jouissance et de la poésie, — considérant ce qu’est et ce qu’a été le monde.

Reich écrivait ceci :

« Il était facile de voir que la majorité des gens devenaient névrosés. La question était plutôt de savoir comment les individus — étant donné l’éducation actuelle — pouvaient demeurer sains ! Il fallait avant tout examiner les rapports entre l’éducation de la famille autoritaire et le refoulement sexuel.
Les parents — inconsciemment, sur l’ordre de la société mécanisée et autoritaire — répriment la sexualité chez les enfants et les adolescents. Comme les enfants trouvent leur voie à l’activité vitale bloquée par l’ascétisme et, en partie, par le désœuvrement, il se développe chez eux une espèce « collante » de fixation parentale caractérisée par l’impuissance et les sentiments de culpabilité. Cette fixation les empêche de grandir et de quitter la situation infantile avec toutes ses angoisses et ses inhibitions sexuelles. Ainsi élevés, les enfants deviennent plus tard des adultes affligés d’une névrose caractérielle et recréent leur maladie chez leurs propres enfants. Il en va ainsi de génération en génération. La tradition conservatrice se perpétue de la sorte, — une tradition qui a peur de la vie. Comment, dès lors, peut-il se trouver encore des êtres humains qui soient sains et qui le demeurent ?
La théorie de l’orgasme donnait la réponse : des circonstances fortuites, ou socialement bien conditionnées, permettent d’atteindre parfois la satisfaction génitale. Celle-ci à son tour retire à la névrose sa source d’énergie et soulage la fixation dans la situation infantile. Ainsi, malgré la situation familiale, rencontre-t-on des individus sains. Le jeune individu de 1940 a une vie sexuelle foncièrement plus libre que le jeune individu de 1900, mais aussi plus chargée de conflits. La différence entre un individu sain et un malade ne réside pas dans le fait que le premier fut dispensé de vivre les conflits typiques de la famille ou de subir le refoulement sexuel. Mais une combinaison de circonstances particulières et, dans notre société, inhabituelles (en premier lieu la collectivisation industrielle du travail), lui permet d’échapper à leur étreinte, s’il est aidé par une façon de vivre conforme à l’économie sexuelle. Il est intéressant de suivre le destin de ces individus. Assurément, ils n’ont pas une existence facile. En tout cas, l’organothérapie spontanée de la névrose (c’est ainsi que j’ai appelé la libération orgastique de la tension) leur donne le moyen de supporter les liens pathologiques de la famille, et tout autant les effets du refoulement sexuel imposé par la société. Il est des êtres humains d’une certaine espèce qui vivent et travaillent ici et là, discrètement, et qui sont pourvus d’une sexualité naturelle. Ce sont les caractères génitaux. On les rencontre fréquemment parmi les travailleurs industriels. »




Le petit film qui suit — que je ne connaissais pas il y a huit jours — montre qu’il y a, dans tous les milieux et dans toutes les époques, quelques individus qui trouvent la voie de ce que j’ai appelé l’extase harmonique. Il montre aussi comment les Libertins-Idylliques  ou les Contemplatifs — Galants, comme on voudra, sont le fruit de leur temps : il y a beaucoup d’avantages à avoir commencé sa vie amoureuse à celle époque-là car ce dont parle cet homme compte pour beaucoup ; cette époque nous a malgré tout offert les moyens de la poésie que nous vivons et que nous célébrons.








Porte-toi bien,

R.C. 



Le 21 décembre 2017












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samedi 26 octobre 2019

Élévation





Heureux celui qui connaît l'amour
Initié aux béatitude extrêmes
Inconcevables
Indicibles
Qu'on ne peut que ressentir
Et dont le ressouvenir
Dans les heures et les jours qui les suivent
Nous fait longtemps encore frémir




Revenu dont on ne sait encore quelle noirceur
Je me déploie comme jamais
Je crois —
Et je m'émerveille
Sans trêve
Des splendeurs
Des volutes
De la Vie
Fastueuse
Serpentine
Ondoyeuse —
Qui de vous [… ]
Que je caresse de tout l'amour
Qui souverainement vous échoit


Puis, je traverse le Ciel
D'être dans vos bras


Et je pénètre lentement l’Éden
Dans ce phaëton d'or et de lumière
Dont j'ai déjà parlé
Je crois —
Qui a remplacé mon moi


Heureux celui qui connaît l'amour
Initié aux béatitude extrêmes


Heureux celui qui aime


Vous m'offrez votre cœur
En m’enserrant dans le mouvement
Primal
Ondoyant —
Du Vivant


Je vous offre le mien
Dans la poussée de cette Énergie vitale
Primordiale
Flexueuse
Improvisée
Savante
Abandonnée
Jusqu'à en être torrentueuse —
Qui s'est emparée de moi


Quelle joie !


Nous parcourons l’Éden
— Guivrement
Amoureusement
Langoureusement
Nonchalamment
Ardemment
Sans plus chercher quoi que ce soit
Dans un éblouissement qui n'a pas de nom
Je crois —


Tout cela ne finirait pas
Si quelque entraînement profond
Ne nous précipitait lentement
Vers les épanchements les plus incandescents
Qui soient


Et qui nous pulvérisent dans les cris de la joie


Heureux celui qui connaît l'amour
Initié aux béatitude extrêmes


Heureux celui qui aime


Ce luxe suprême
L'amour la poésie
Écrire ainsi
Tard
Dans la nuit
Tout chargé des splendeurs voluptueuses
Des après-midi somptueuses
Où le monde ne s'est fait ni entendre
Ni connaître
Sauf peut-être du ronronnement gracieux
D'un félin royalement voluptueux –
Dans un temps où ni la paix ni la grâce
N'ont tout simplement pas leur place —
Ce luxe suprême
L'amour la poésie
Écrire ainsi à vos côtés
Tandis que vous dormez
Tard dans la nuit
Moi qui suis mort il y a plus de neuf ans déjà —
J'en sais et j'en savoure intensément
Tout le merveilleux




Et sans plus de mots pour bénir la vie
Je prie seulement le Ciel
De me permettre d'être longtemps ainsi :
Un vrai vivant
Heureux










Plus tard, repensant à ce cher, jeune et malheureux Baudelaire,
je détourne ce très bel air






Élévation


Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,


Nos esprits, se meuvent avec agilité,
Et, comme deux bons nageurs qui se pâment dans l’onde,
Ils sillonnent gaiement l’immensité profonde
Avec leur féminine et mâle volupté.
Mêlées.


Envolez-vous bien loin de ces miasmes morbides ;
Allez vous purifier dans l’air supérieur,
Et buvez, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.


Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux ceux qui peuvent d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;


Ceux dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
Qui planent sur la vie, et comprennent sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !





Le 26 octobre 2019
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019





(À la splendeur des déserts et à leurs aubes — et aux choses — muettes)




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