lundi 19 août 2019

L'heureux soupir du monde







Je n'en reviens pas
Pourquoi d'ailleurs devrais-je en revenir ?
La poule qui picore
L'oiseau-bille qui volette à raz du sol
L'avancée élégante des deux autres gallinacés
Les carpes qui plongent dans l'air
Ne devrais-je pas
Moi aussi
Aller me baigner ?


Mais est-ce que je ne me baigne pas déjà ?


Et dans quoi ?


Maharadjah


L'Homme le plus heureux du monde
(Avec toi,
Si douce
Si rêveuse
Si tendrement rieuse
)
Cette impression m'a traversé l'esprit
Encore une fois
Dans le souffle
Par rares moments
Léger du vent
Comme un heureux soupir du monde
Qui ici se repose
Se recueille
Et s'explandit 


Comme nous le faisons
Un avec lui


Ici
Gourmandement
Délicatement
Extrêmement sentimentalement
Nous avons découvert
La Paix et l'amour






Le 17 août 2019
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019












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vendredi 16 août 2019

Grâce






Ce soir,
Le soleil brille dans un miroir
Et m’illumine


Dans la Splendeur et dans ses moires
Et dans sa Grâce divine
Se seoir —





Le 15 août 2019
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019





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dimanche 11 août 2019

Les beaux jours — Les heures heureuses — L'enivrement de silence









Les beaux jours




Le 5 août 2019
R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019




Les heures heureuses




Les heures heureuses
Sous le charme indicible des Bergeries
De Couperin
— Dans la douceur des soirées
D'Anna Magdanela et de Johann Sébastian




Le 8 août 2019
R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019





 L'enivrement de silence



[Au lever de l'amour

Où comme « deux êtres dont les destinées complices 
Ont élevé l’âme à un égal diapason »

(Baudelaire)

Nous nous fondions en chœur

Dans l'Éternité et la Lumière]


I


L'enivrement de silence


Le saisissement soudain


Du monde la brillance
J'y suis
J'en reviens


La jungle bienfaisante
Après l'osmose
Et la possession ultime
Et bienheureuse
D'un comme-Un à corps
Par le flux tout-puissant
Absolument convulsifiant
Onduleux-éblouissant
Du Monde


L'extase de la Présence


Le retour dans la Permanence


Avec tout, l'in-différence






Puis, en en revenant


La chance


Le souvenir de la joie baroque


Les beaux jours


Les heures heureuses


Les belles émotions intenses



II



Avant


Au détour des esclaffements
Les soieries enchanteresses
Des caresses
Puis nos baisers
Dans cette liesse


Ces baisers ?
Deux petits cœurs
Qui se poursuivent de leurs ardeurs
Qui initient
L'appel des grandes vagues
Et comme l'éveil de la houle primordiale
L'emballement du vivant
Le rayonnement miraculeux
Qui emportent tout le temps
Et nous font flamboyer
De nouveau dans le Temps
Qui réveillent 
L'aspiration céleste
La voie sans parole
Tout en mouvements archangéliques
En circonvolutions divines
Serpentines
De l'éternelle Splendeur
Jusqu'au point où
Passés une première révolution cosmique
Un premier Big Bang inaugural
On entre dans la fusion des éléments
Comme on pénètre dans le rêve ultime
Alors que l'on n'entame que le prélude
De cette voie royale de la béatitude
Qui nous enlève
Plus que nous la parcourons


Je déploie dans cette exploration
Un grand talent
Et beaucoup d'improvisation
Qui me porte plus que je ne la maîtrise
Qui ont le don de provoquer votre émerveillement
Et vous me rendez dans une eurythmie
Également déprise
Au centuple les éclats sublimes
Qui naissent de ces ravissements
Dans la pulsion amoureuse toujours s'amplifiant
Qui nous emporte
Jusqu'au jaillissement du Sans-Nom
Qui nous convulse dans la Beauté
Semble-t-il indéfiniment


Reposant enfin sur le sable fin du lin de notre grand lit blanc
Où nous nous sommes évanouis
Dans nos beaux cris
Nous nous endormons ainsi
Au Paradis
Annihilés de force
De jeunesse
Et d'abandon


Quel miracle
Que l'amour des amants !




(da capo)




Le 10 août 2019
R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019






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lundi 5 août 2019

Extase — Idylle — Mystère









Chère amie,



Pour Nietzsche comme pour Schopenhauer, une force pulsionnelle primordiale universelle anime tout ce qui est : pour Schopenhauer, cette Volonté (pour lui, immuable, comme les Idées) est souffrance ; la souffrance, le manque sont ce qui la meut. Seul l’arrêt de cette Volonté, dans la contemplation, par exemple, apporte la paix, — temporairement.


Pour Nietzsche, cette puissance pulsionnelle originelle et universelle (diverse, fluctuante, changeante, ((Nietzsche ruine l’idéalisme en laid — de Schopenhauer))) est « une passion affirmative », une puissance débordante d'elle-même : elle donne, elle ne demande pas. Et si elle cherche à satisfaire un manque, c'est déjà qu’elle est souffreteuse, malade. Et c’est son expression agressive, dominatrice, qui, seule, marque sa plénitude et la manifeste authentiquement.

Dans ce sens, Nietzsche est sadien.

Pour moi, si on me demandait de m’exprimer sur le terrain de la philosophie, pour y peindre ma Weltanschauung — mais une Weltanschauung élaborée non pas théoriquement mais expérimentalement, d’après ce que je vis et ce que j’ai vécu —, je dirais que cette Pulsion originelle primordiale est une puissance affirmative qui ne trouve son expression la plus complète et la plus aboutie ni dans le repos ni dans le déploiement martial ou conquérant  mais dans son jeu harmonique avec elle-même, — lorsqu’une manifestation de cette pulsion primordiale affirmative en rencontre une autre, agissant sur ce même mode de l’affirmation la plus absolue et de l’abandon et de l’harmonie les plus complets : comme dans l'acte d'amour accompli, par exemple, où cette affirmation la plus absolue, la plus involontaire et la plus harmonique des Je dans le Jeu amoureux abolit les sujets, et leur permet d'atteindre un état de grâce, unitif et non plus contemplatif, où même l’affirmation de la Pulsion en Jeu et en Désir disparaît, dans son acmé, et où, en étant annihilés, les sujets de sa manifestation deviennent enfin eux-mêmes : c’est-à-dire Dieu, — pour le dire de façon provocante, — étant alors dans cette dimension de l’au-delà même de la force pulsionnelle primordiale universelle — même comprise comme Jeu harmonique —, dans la Présence et le Silence absolus.


Ce qui dévoile alors, dans l’histoire de l’Homme — l’Homme ce pont jeté vers le futur, disait Nietzsche —, cette dimension à la fois primale et neuve qui s'ouvre à Lui à l'instant historique où en S'affirmant harmoniquement, passionnément et sans plus rien en contrôler, Il Se dissout et accède enfin à Son être suprême, dans cette gloire et ce silence sans pareils. Divins.



Dans ce cas la force pulsionnelle primordiale universelle, dans sa vérité ultime, est désir, harmonie cataclysmique, jouissance et extase unitive, post-orgastique. Mais son affirmation est sa négation : la négation de l'univers réflexif, où elle existe seulement.


Ainsi se manifeste-t-elle dans la génitalité accomplie, mais pas seulement : dans une période compliquée de ma vie sentimentale, je l’ai aussi trouvée dans le frisbee pratiqué à près de 100 m de distance, comme une sorte de danse extrême et harmonique, sur des plages tropicales désertes, sous le soleil au zénith, en jouant pendant des heures, pour finir épuisé mais débordant, perdu dans le ciel ; — ou encore en glissant, nu, dans les vagues qui venaient s’enrouler sur ces mêmes plages.

Et si, paradoxalement, cet état unitif qui est son but et sa vérité n’exige pas nécessairement une expression paroxystique de soi — puisqu’on l’atteint aussi bien dans le repos, la pérégrination, la contemplation etc. —, l’abandon harmonique et paroxysmique à cette pulsion originelle primordiale semble, au moins pour la jeunesse, la voie royale et triomphale qui mène à cet au-delà de la conscience et de la présence, que j’évoquais précédemment.

La Volonté de Schopenhauer (la force pulsionnelle primordiale et immuable universelle qui constitue ou meut tout ce qui est) a le caractère d'un nourrisson mal-aimé et affamé — pareil à un malheureux petit enfant chétif, avide et angoissé —, comme le fut vraisemblablement Schopenhauer lui-même, enfant mal-aimé, — si l'on se réfère à la façon dont sa mère le traitait encore, jeune homme.

La Volonté de puissance de Nietzsche est pareil à un rejeton tyrannique et heureux d’éprouver son pouvoir sur ceux qui s’occupent de lui. C’est un jeune chien despotique et destructeur ; et, qui plus est, heureux de l’être — qui va à la mort au comble extatique de sa vitalité, en attaquant un sanglier dix fois plus gros que lui.

Pour moi, ce Jeu harmonique (je vous l’accorde : souvent désaccordé) a l'âme d'un putto jouisseur, qui se déploie comme une fleur ; c'est un petit éros fou et joueur que rien n'arrête, ou encore, un chat en zazen, les yeux clos, bienheureux dans le soir.

Il y a des enfants mal-aimés, affamés, que leurs mères auraient préféré voir disparaître avant terme, dont la conception a été douloureuse, et la naissance une souffrance cataclysmique, pour eux et pour elles, — naissance qui elle-même suivait les traumatismes pré-nataux que ce genre de grossesses leur inflige. Ces enfants, ils se font encore haïr davantage par leur cris et leurs pleurs incessants, — qui n’expriment pourtant que leur détresse. Le tout dans un cercle vicieux.

D’autres enfants font souffrir leur mère non seulement lors de leur conception, mais encore à la naissance, et toujours après, par exemple en leur déchirant les seins lorsqu’ils les tètent, et en les tyrannisant de mille façons ; mais leurs mères acceptent de devenir leurs victimes consentantes, heureuses par exemple de leur voracité, signe pour elles de la bonne santé de leur bébé.

D’autres, enfin, font jouir leur mère, lors de leur conception, durant la grossesse, à la naissance — la psychanalyse Hélène Deutsch a soutenu cette thèse que le point culminant de la satisfaction sexuelle chez la femme se trouve dans l'acte d'enfanter — et puis ensuite encore lors des tétées (c’est une expérience fréquente mais souvent tue et encore culpabilisante, au moins pour les mères de l’aire abrahamique). Ces expériences sensuelles partagées en font des enfants choyés : choyés, ils n’en sont que plus aimables : ils sourient aux anges. Rieurs, on ne les en aime que davantage. Dans le cercle de famille, leur « doux regard qui brille fait briller tous les yeux. » (clic)

Lorsque le Père apparaît dans leur vie, la crainte qu’il leur inspire n’étant pas surdéterminée par les terreurs infligées par la Mère archaïque, il civilise, sans pouvoir être totalement castrateur ; son enseignement, les limites qu’il impose, utiles socialement, ne sont rien en comparaison des extases primitives : avec un peu de chance, de bonnes lectures et une rencontre amoureuse favorable, et si la vie s’y prête, la violence phallique, qu’il aura pu transmettre, pourra plus tard se fondre dans une génitalité abandonnée, affirmative, extatique, qui pourra se déployer finalement dans le cadre d’une vie poétique, illuminée mais aimable, civilisée.


Évidemment, personne n’est absolument l’un ou l’autre de ces enfants mais seulement un cocktail de tous ceux-là, et chacun choisira d’être schopenhauerien, nietzschéen ou vaudéen en fonction de la composition son imprégnation primale, — même si, pour les deux premiers cas de figure, rien, sinon une analyse réussie et une existence propice, ne pourra jamais faire démorde le sujet de sa Weltanschauung.


À travers l’Homme le souffle du monde cherche ses aises, cherche à se créer les conditions d’un apogée aisé, et on doit aussi vouloir créer des situations historiques et sociales, une civilisation, post-analytiques, qui favoriseraient le dernier cas de figure que j’ai évoqué, plutôt que, dans un esprit techniciste, marqué et guidé par l’injouissance, vouloir construire une machinerie technique insensée pour faire naître des enfants en laboratoire, pour qu’ils se développent ensuite dans des utérus artificiels.

Mais l’injouissance domine.




Enfin, voilà ce que je dirais si je devais m’exprimer sur le terrain de la philosophie. Mais on peut aussi bien dire, ainsi que le fait Heidegger, qu’en définissant ainsi la force pulsionnelle primordiale universelle (comme Volonté, comme Volonté de puissance, ou même comme Jeu d’Harmonie extatique se dissolvant dans le Ciel de la Présence) on ne fait que parler de l’étant sans jamais rien dire de l’Estre ; et penser que, pour ce qui me concerne, je me préoccupe plus de l’ouverture, affirmative-abandonnée et fusionnelle, « au Ciel de la Présence » que d’autre chose, et que cela n’est rien d’autre que l’ouverture — heideggérienne — à la lumière de l’Estre. Qui sait ?




Mais qu’importent les mots, pourvu qu’on ait l’ivresse, et vous me faites parler et parler encore, retardant toujours davantage l’opportunité, pour vous comme pour moi, d’être saisi, par l’extase et le silence, et tout cela, qui plus est pour instruire une espèce d’espèce peut-être en voie d’extinction !


Car, Nietzsche l’avait déjà écrit :

« Ce surpeuplement de la terre que vous redoutez avec votre myopie sénile fournit justement leur grande tâche aux plus optimistes : il faut qu'un jour l'humanité devienne un arbre qui couvre tout le globe de son ombre, avec des milliards et des milliards de fleurs qui, l'une à côté de l'autre, donneront toutes des fruits, et il faut préparer la terre elle-même pour nourrir cet arbre. Faire que l'ébauche actuelle, encore modeste, grandisse en sève et en force, que la sève circule à flot dans d'innombrables canaux pour alimenter l'ensemble et le détail, c'est de ces tâches et d'autres semblables que l'on déduira le critère selon lequel un homme d'aujourd'hui est utile ou inutile. Cette tâche est indiciblement grande et hardie ; nous en prendrons tous notre part, afin que l'arbre ne pourrisse pas avant le temps. Un esprit historique réussira sans doute à se mettre sous les yeux la nature et l'activité humaine dans toute la suite des temps, comme nous avons tous sous les yeux le monde des fourmis, avec ses fourmilières artistement édifiées. À en juger superficiellement, l'Humanité aussi donnerait lieu dans son ensemble, comme les fourmis, à parler "d'instinct". Nous nous apercevons, à un examen plus serré, que des peuples, des siècles entiers s'évertuent à découvrir et expérimenter de nouveaux moyens par lesquels on pourrait faire prospérer un vaste groupement humain et en définitive le grand arbre fruitier de l'humanité dans sa totalité ; et quelques dommages que les individus, les peuples et les époques puissent subir lors de ces expériences, c'est chaque fois pour certains individus le dommage qui rend sage, et leur sagesse se répand lentement sur les mesures prises par des peuples, des siècles tout entiers. Les fourmis aussi se trompent et se méprennent ; l'humanité peut très bien dépérir et se dessécher par la stupidité des moyens, avant le temps ; ni pour celle-là ni pour celles-ci il n'y a d'instinct qui les guide sûrement. Ce qu'il faut, c'est plutôt regarder en face cette grande tâche de préparer la terre à recevoir cette plante d'une extrême et joyeuse fécondité — tâche de raison pour la raison ! »


J’avais noté :


« J’aime ce texte de Nietzsche qui définit le héros, le poète post-nihiliste comme celui qui sait que le « grand arbre de l'humanité » se développe porté par — mais, aussi, seulement manifesté par — les innombrables bourgeons, fleurs, feuilles, branches, cellules, racines, radicelles — qui apparaissent, bourgeonnent, se déploient, meurent, tombent, sont remplacés par d'autres — que le vent, les saisons, le cycle de la vie, la grêle, les orages, la foudre frappent, emportent.


Qui sait qu'il est lui-même un élément transitoire de ce grand mouvement. Qui peut seulement aspirer à se hisser — et à hisser l'ensemble — vers la lumière ; tout en sachant, comme le dit encore très justement ce texte, que ce grand arbre peut très bien lui-même dépérir et se dessécher, par la stupidité des moyens, avant le temps : ce qui est une double acceptation du grand mouvement de la vie — que nous incarnons, et qui nous fait apparaître...


Il faut être mort au moins une fois pour savoir que l'expression carpe diem est très optimiste car qui sait si dans l'instant qui suit quelque catastrophe, d'un genre ou d'un autre, ne nous aura pas frappé, nous rejetant, d'une façon ou d'une autre, hors du puissant mouvement de la vie [enfin, sous notre forme actuellenote de 2019], rendu incapable de faire prospérer le « grand arbre fruitier de l'humanité », de la seule façon qui vaille vraiment : en déployant notre sensualisme contemplatif — galant. »


Donc, place aux poèmes 




Idylle




Dans la cour du cloître
On flotte encore dans le soir
Toujours portés dans les airs
De Pergolèse —
Par cet ensemble
Sublime de précision
Sensible et émotionnelle —
Où brillaient
Comme deux étoiles —
Magali et Paulin
Divins


Voilà ce qui est inestimable :
Cette intensité fantastique
Cette émotion en mille nuances
Toujours virevoltantes
Entre le drame et l'exultation
Menée comme une même vague millimétrée
Par ceux qui ont dédié leur vie
À toujours ressusciter le génie
Par leur propre génie
Le tout ici
Loin des fastes du monde
Dans une intimité
Que tout l'or du monde
Ne saurait acheter


C'est d'ailleurs ce que l'on se disait :
Fussions-nous à l'instant les plus riches de la Terre
Que nous ne changerions rien à notre vie


Des toits à nos palais
Ça oui !
Mais pour le reste
Rien ne vaut cette douceur dans la nuit
Et de rentrer
L'âme encore toute bouleversée
D'avoir ri et pleuré —
Rejoindre la douceur de nos asiles
De nos forêts
Que chantait Magali
Interprétant Rameau —
Où la grandeur est sans valeur
Et que le Ciel a faits
Pour notre innocence et pour notre paix.


Moins émus nous aurions chanté à notre tour
Nous aidant au besoin
D’un cornet à bouquin
Comme celui qui nous émouvait il y a deux jours —
Dans la nuit du retour
En chœur et rieurs
Au plus profond de notre cœur
Les paroles de notre hymne :


« Jouissons dans nos asiles,
Jouissons des biens tranquilles !
Ah ! Peut-on être heureux,
Quand on forme d’autres vœux ? »


Idylle !




Le 2 août 2019
R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019





L’archaïque Un


Tandis que le monde s'écoule
Merveilleusement.
Sur l'air cristallin
Des molécules d'eau
Qui coulent au bassin
Le soleil me choisit
Lui dont le resplendissement
Vespéral
Se réverbère dans un carreau
Et éblouit
Exactement là ou je suis
Allongé négligemment
Dans le nonchaloir
Qui s'ouvre comme dans un éventail de gloire
Végétale
Qui au lever de l'amour
Me tient en lévitation sur un lit de repos
Posé dans le Beau
Reposant dans le Bonheur
Fait de laine et de lin
Et d'une sorte de douceur
Transcendantale
Bref, dans l'archaïque Un


Quel angle fantastique
Quelle combinaison magique
Et quelle merveilleuse coïncidence
Pour qu'à cet instant précis de l'histoire du monde
Se croisent ainsi et s'illuminent
Nos deux ondes
Et que l'astre du Monde
M'éclaire ainsi
De sa lumière
Dans le Silence
Où je m'abîme et me régénère
Mystère





Le 3 août 2019
R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019







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vendredi 2 août 2019

Vita contemplativa et ars amatoria







Chère amie,


Schopenhauer — qui fut un des philosophes que je découvris à quinze ans, avec Nietzsche — a expliqué pourquoi ni le sage contemplatif ni le génie n'ont à craindre la douleur ou le temps, et il expose cela, entre autres pages, dans le long extrait qui suit : c'est une leçon que j'ai retenue, même s'il m'a fallu un peu de temps — celui de lire Nietzsche — pour la dégager de ses oripeaux kanto-platoniciens.


Bien sûr, lorsque l'on connaît la vie de Schopenhauer, on pourra penser que le costume emprunté à « l’Oupanischad » était trop grand pour lui, — surtout si l'on se remémore ses tentatives de « concurrence universitaire » avec Hegel.


Il est certain en tout cas que cette « sagesse » supérieure qu'il expose là (l'Homme identique au Tout, ici compris comme volonté ((« le monde n'est-il pas Moi ? », semble dire Byron, qu'il cite)) a été un costume trop grand pour beaucoup de ses lecteurs, qui se sont plutôt attachés à ses limites et aux sublimations « philosophiques » — dans le pessimisme — de ses frustrations, plutôt que de s’essayer à vivre cette sagesse contemplative ou ce génie créateur qu’en excellent professeur il donnait pourtant comme seules formes possibles d'une vie authentique et libre.


Je me rend bien compte, aujourd'hui, que nous étions à l'époque nous-mêmes, jeunes adolescents, terriblement poétiques et philosophiques, et dans une période de l'histoire qui l'était aussi. Nos amis étaient tous ces gens : Nietzsche, Schopenhauer, Rimbaud, Baudelaire, La Rochefoucauld, Montaigne, Goethe, auxquels vinrent se joindre rapidement Lin-tsi, Khayyam, Freud, Reich, Debord et tant d’autres.

Le génie et la vie contemplative ne nous faisaient pas peur, pas plus que le fait de nous y consacrer totalement et de ne travailler jamais à rien d'autre : au contraire, nous ne pouvions pas imaginer quel autre genre de vie nous aurions pu mener, ayant les affinités électives théoriques et poétiques que nous avions.



Alors, oui, en y repensant, je peux dire que je dois d'être ce que je suis, et de vivre ainsi que je vis depuis cette époque, en partie à Schopenhauer et à son éloge de la vie contemplative et du génie, et on peut même dire que j'ai scrupuleusement suivi la voie qu'il traçait comme seule possible pour celui que Lin-tsi de son côté appelait l'Homme vrai sans situation.

Bien sûr, Nietzsche vint ruiner l'idéalisme et donc aussi ce qu'il appelait justement l'idéalisme en laid de Schopenhauer, auquel je n’avais jamais été sensible : ce qui m’avait touché c’est que les éblouissements poétiques que je vivais alors, à Rügen ou ailleurs — et dont je retrouvais des exemples chez Rimbaud —, Schopenhauer les présentait comme étant le fait du « sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps » : en quelque sorte, un vieux philosophe allemand du siècle passé me rassurait et me confortait, philosophiquement, et m’engageait à négliger l’opinion des philistins (et, à ce moment, mes expériences contemplatives étant encore incertaines, presque inquiétantes, la philosophie était pour moi une source respectée et rassurante de connaissance supérieure, plus que ne l’était, par exemple, la poésie de Rimbaud, avec son « dérèglement de tous les sens », puisque, comme tous les adolescents, j’étais fier de mes « prouesses » alcooliques et que je savais fort bien qu’elles ne me menaient pas à l’étonnement muet devant (ou dans) l’existence, qui seul me fascinait, et m’intimidait, aussi.

Lin-tsi vint finalement ruiner Nietzsche, et toute forme de philosophie, en ruinant tout ce qui n'était pas le silence plein, perdu dans la source profonde
Et c'est son point de vue que je partage aujourd'hui, — perdu dans la même source profonde.



Donc, la critique du platonisme s'applique ici pleinement : la forme de la contemplation envisagée est encore « pensive », comme chez Platon. On peut se demander si Schopenhauer rapportait une expérience qui était bien la sienne, ou s'il essayait de sauver cette expérience du mépris des philistins en lui donnant cet habillage kanto-platonicien, propre à les impressionner ; à moins qu'il n'ait fait que saboter, post festum, cette expérience par ce charabia kanto-platonicien.


Mais ce sabotage post festum, c'est celui auquel, nous autres contemplatifs, nous nous livrons tous — poétiquement, philosophiquement —, et ce charabia kanto-platonicien c'est justement là son œuvre d'artœuvre d'art, même s'il la présente comme une théorie… j'allais dire scientifique… : mais c'est justement cela la misère de la philosophie, la misère des discours sur le monde — que Lin tsi balayait en secouant ses manches ou en vous aboyant dessus.



Pourtant, débarrassée de ces scories, quelle leçon, pour le jeune homme que j'étais alors — comme elle pourrait l'être aujourd'hui pour tous ceux qui constituent la masse de perdition, emportés par leur « injouissance », ainsi que je l'ai nommée, d'eux-mêmes comme « sujet pur », et donc torturés par cette injouissance et livrés à ses caprices.


Bien sûr, quelque chose s'élève dans le monde, et nous en apportons la preuve, l'ayant souhaité mais sans le vouloir, sans rien y pouvoir, et sans savoir ni comment ça vient ni quand et comment cela va s'arrêter. 
Le problème n'est pas de savoir si quelque chose s'élève dans le monde mais plutôt de savoir ce qu'il restera du monde livré à l’injouissance.

Découvrir par le mouvement même de l’amour charnel, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps (la volonté envenimée par la souffrance refoulée et prisonnière du temps passé), l’illumination contemplative, la vivre et la revivre encore, comme un miracle sans nom, pouvoir écrire (In Avant-garde sensualiste 3. Janvier 2005/juin 2006) :


Dans l’amour charnel, la non-intentionnalité,
Source de toute vraie joie,
De tout vrai déploiement du Je et du Jeu,
Apparaît, enfin, comme
La voie royale à l'illumination. 




est évidemment un déploiement de l’état mystique, dont on ne peut que se réjouir d’être ce par quoi ce déploiement se manifeste.


Une vie contemplative et galante est supérieure à une vie philosophique, (et déjà parce qu'elle fait de la vie un miracle, ce qui n'est pas le cas de la vie philosophique), et Schopenhauer, qui admirait le génie et qui aimait la contemplation, l'eût admis sans problème.


Cela dit, il faut dire aussi ce que cette forme particulière et neuve de la vita contemplativa et de l'ars amatoria réunis, que nous avons offerte à ceux que l'on pourrait appeler les happy few d’aujourd’hui et de demain, doit à deux Allemands du XIXe siècle, vieux garçons et professeurs d'université en rupture de banc.


Voici l'extrait :


« Lorsque, s’élevant par la force de l’intelligence, on renonce à considérer les choses de la façon vulgaire; lorsqu’on cesse de rechercher à la lumière des différentes expressions du principe de raison les seules relations des objets entre eux, relations qui se réduisent toujours, en dernière analyse, à la relation des objets avec notre volonté propre, c’est-à-dire lorsqu’on ne considère plus ni le lieu, ni le temps, ni le pourquoi, ni l’à-quoi-bon des choses, mais purement et simplement leur nature; lorsqu’en outre on ne permet plus ni à la pensée abstraite, ni aux principes de la raison, d’occuper la conscience, mais qu’au lieu de tout cela, on tourne toute la puissance de son esprit vers l’intuition; lorsqu’on s’y engloutit tout entier et que l’on remplit toute sa conscience de la contemplation paisible d’un objet naturel actuellement présent, paysage, arbre, rocher, édifice ou tout autre; du moment qu’on se perd (verlieren) dans cet objet, comme disent avec profondeur les Allemands, c’est-à-dire du moment qu’on oublie son individu, sa volonté et qu’on ne subsiste que comme sujet pur, comme clair miroir de l’objet, de telle façon que tout se passe comme si l’objet existait seul, sans personne qui le perçoive, qu’il soit impossible de distinguer le sujet de l’intuition elle-même et que celle-ci comme celui-là se confondent en un seul être, en une seule conscience entièrement occupée et remplie par une vision unique et intuitive; lorsque enfin l’objet s’affranchit de toute relation avec ce qui n’est pas lui et le sujet, de toute relation avec la volonté: alors, ce qui est ainsi connu, ce n’est plus la chose particulière en tant que particulière, c’est l’Idée, la forme éternelle, l’objectité immédiate de la volonté; à ce degré par suite, celui qui est ravi dans cette contemplation n’est plus un individu (car l’individu s’est anéanti dans cette contemplation même), c’est le sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps. Cette proposition, qui semble surprenante, confirme, je le sais fort bien, l’aphorisme qui provient de Thomas Payne: « du sublime au ridicule il n’y a qu’un pas; » mais, grâce à ce qui suit, elle va devenir plus claire et paraître moins étrange. C’était aussi ce que, petit à petit, Spinoza découvrait, lorsqu’il écrivait: « mens aeterna est, quatenus res sub aeternitatis specie concipit. » [L’esprit est éternel dans la mesure où il conçoit les choses du point de vue de l’éternité.] (Eth., V, pr. 31, sch.) Dans une telle contemplation, la chose particulière devient d’un seul coup l’idée de son espèce, l’individu devient sujet connaissant pur. L’individu considéré comme individu ne connaît que des choses particulières; le sujet connaissant pur ne connaît que des idées. Car l’individu constitue le sujet connaissant dans son rapport avec une manifestation définie, particulière de la volonté, et il demeure au service de cette dernière. Cette manifestation particulière de la volonté est soumise, comme telle, au principe de raison, considéré dans toutes ses expressions: toute connaissance prise de ce point de vue se conforme, par cela seul, au principe de raison; d’ailleurs, pour le service de la volonté, il n’y a qu’une seule connaissance qui ait de la valeur: c’est celle qui n’a pour objet que des relations. L’individu connaissant, considéré comme tel, et la chose particulière connue par lui sont toujours situés en des points définis de l’espace et de la durée; ce sont des anneaux de la chaîne des causes et des effets. Le sujet connaissant pur et son corrélatif, l’idée, sont affranchis de toutes ces formes du principe de raison: le temps, le lieu, l’individu qui connaît, celui qui est connu, ne signifient rien pour eux. C’est seulement lorsque l’individu connaissant s’élève de la manière ci-dessus mentionnée, se transforme en sujet connaissant et transforme par le fait l’objet considéré comme représentation, se dégage pur et entier, c’est alors seulement que se produit la parfaite objectivation de la volonté, puisque l’idée n’est autre chose que son objectité adéquate. Celle-ci résume en elle, et au même titre, objet et sujet (car ils constituent sa forme unique); mais elle maintient entre eux un parfait équilibre: d’une part, en effet, l’objet n’est autre chose que la représentation du sujet; d’autre part, le sujet qui s’absorbe dans l’objet de l’intuition devient cet objet même, attendu que la conscience n’en est désormais que la plus claire image. Cette conscience constitue, à proprement parler, la totalité du monde considéré comme représentation, si nous concevons que nous parcourons successivement avec son flambeau la série complète des idées, autrement dit les degrés d’objectité de la volonté. Les choses particulières, à quelque point du temps ou de l’espace qu’on les place, ne sont pas autre chose que les idées soumises à la multiplicité par le principe de raison (qui est la forme de la connaissance" individuelle considérée comme telle); or les idées se trouvent, par ce fait même, déchues, de leur pure objectité. De même que dans l’idée, lorsqu’elle se dégage, le sujet et l’objet sont inséparables, parce que c’est en se remplissant et se pénétrant avec une égale perfection de part et d’autre qu’ils font naître l’idée, l’objectité adéquate de la volonté, le monde considéré comme représentation, de même aussi, dans la connaissance particulière, l’individu connaissant et l’individu connu demeurent inséparables, en tant que choses en soi. Car si nous faisons complète abstraction du monde considéré proprement comme représentation, il ne nous reste plus rien, si ce n’est le monde considéré comme volonté; la volonté constitue l’« en soi » de l’idée, laquelle est l’objectité parfaite de la volonté; la volonté constitue aussi 1’« en soi » de la chose particulière et de l’individu qui la connaît, lesquelles ne sont que l’objectité imparfaite de la volonté. Considérée en tant que volonté, indépendamment de la représentation et de toutes ses formes, la volonté est une et identique dans l’objet contemplé et dans l’individu qui en s’élevant à cette contemplation prend conscience de lui-même comme pur sujet; tous deux par suite se confondent ensemble: car ils ne sont en soi que la volonté qui se connaît elle-même; quant à la pluralité et à la différenciation, elles n’existent qu’à titre de modalités de la connaissance, c’est-à-dire seulement dans le phénomène et en vertu de sa forme, le principe de raison. De même que sans objet ni représentation je ne suis pas sujet connaissant, mais simple volonté aveugle; de même, sans moi, sans sujet connaissant, la chose connue ne peut être objet et demeure simple volonté, aveugle effort. Cette volonté est en soi, c’est-à-dire en dehors de la représentation, une et identique avec la mienne: c’est seulement dans le monde considéré comme représentation, soumis en tous cas à sa forme la plus générale qui est la distinction du sujet et de l’objet, c’est seulement dans le monde ainsi considéré que s’opère la distinction entre l’individu connu et l’individu connaissant. Dès qu’on supprime la connaissance, le monde considéré comme représentation, il ne reste plus en définitive que simple volonté, effort aveugle. Que la volonté s’objective et qu’elle devienne représentation elle pose du même coup le sujet et l’objet; qu’en outre cette objectité devienne une pure, parfaite et adéquate objectité de la volonté, elle pose l’objet à titre d’idée, affranchie des formes du principe de raison, elle pose le sujet à titre de pur sujet connaissant » affranchi de son individualité et de sa servitude à l’égard de la volonté. Absorbons-nous donc et plongeons-nous dans la contemplation de la nature, si profondément que nous n’existions plus qu’à titre de pur sujet connaissant: nous sentirons immédiatement par là même que nous sommes en cette qualité la condition, pour ainsi dire le support du monde et de toute existence objective; car l’existence objective ne se présente désormais qu’à titre de corrélatif de notre propre existence. Nous tirons ainsi toute la nature à nous, si bien qu’elle ne nous semble plus être qu’un accident de notre substance. C’est dans ce sens que Byron dit:

Are not the mountains, waves and skies, a part
Of me and of my soul, as I of them ?

Et celui qui sent tout cela, comment pourrait-il, en contradiction avec l’immortelle nature, se croire absolument périssable ? Non : mais il sera vivement pénétré de cette parole de l’Oupanischad, dans les Védas: « Hœ omnes creaturee, totum ego sum, et prœter me aliud ens non est. » [C’est moi qui suis toutes ces créatures dans leur totalité, et il n’y a pas d’autre être en dehors de moi.] Oupnek’hat, I, 122 »


Le monde comme volonté et comme représentation
Livre troisième  
Le monde comme représentation.


Belle vacance, donc,


R.C. Vaudey




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