vendredi 8 février 2019

La communauté du dialogue et le jeu avec le temps







R. C. Vaudey
« Sans titre »
Acrylique sur bois ; 64x54cm
Le 26 mars 2006










Cher ami,






Debord avait déjà insisté justement sur la séparation et sur la perte de tout langage commun, perte marquée dans l’art par les dadaïstes (Hausmann : « De la suite rythmique des consonnes, diphtongues, et comme contre-mouvement de leur complément de voyelles, résulte le poème »), puis par les lettristes (qui finiraient dans la « poésie aphonique ») ; lui-même voulait achever le cinéma : lorsque les Hommes en sont réduits à grogner des voyelles ou à contempler un écran vide pour communiquer (Hurlements en faveur de Sade) c'est que la séparation qui est maîtresse du jeu et qui découle des eaux glacées du calcul égoïste qu'implique la domination de la religion marchande a fait son œuvre.

Aujourd’hui, la pornographie et les relations calculées par les algorithmes signifient plus clairement que jamais que la faculté de rencontre s'est perdue ; ce que montre assez bien une jeune humoriste française, Blanche Gardin, en racontant les éléments de cette pseudo-rencontre charnelle qu’est la sexualité prégénitale basique que subissent le plus souvent les jeunes filles et les jeunes femmes, aujourd’hui, qui leur glace le cœur avant que les violences obstétricales et gynécologiques ne les brisent physiquement encore davantage et ne rendent leur accès à la jouissance galante encore un peu plus improbable. (Nous qui ne jurions que par Leboyer, il semble que, là comme ailleurs, nos justes rêves utopiques n’aient pas trouvé d’écho )

Donc, au moins entre gens de qualité, un langage commun doit être retrouvé, et un nouvel un art de la rencontre élaboré. L'art des contemplatifs — galants c'est cela : cet art dit en plus que la faculté d'immersion océanique dans le pur présent s'est perdue (Nietzsche le disait déjà à propos des facultés étouffées de l’enfance, dans Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement) et que ce sont donc ce langage commun, cette faculté de rencontre et cette disposition à rencontrer mystiquement le monde qui doivent être cherchés — ou plutôt, pour cette dernière, favorisée — et trouvés. C’est en quelque sorte ça, la définition du sensualisme contemplatif — galant.

La société du spectacle, au sens de Debord, c'est, à l’inverse, l’exploitation mercantile de cette séparation, de cette injouissance : c’est bien sûr l’exploitation de la force de travail — ce qui est classique de tout système de domination depuis la disparition des chasseurs-cueilleurs — mais c’est surtout l’exploitation de la mine de l’or noir des souffrances refoulées, inconscientes, et le gavage consumériste de cette nouvelle variété d’oies (ce que j’ai appelé l’injouissant moderne) qui ne voient pas qu’elles ne sont si bien gavées que pour étouffer chez elles toute possibilité de rencontrer la vie —, et, aussi, pour satisfaire les pulsions brutales des morts-vivants qui les élèvent, pulsions de destruction qui coulent de la même source : l’injouissance poétique, amoureuse, mystique.

La Folie, la séparation, la névrose, l’injouissance : ce sont différentes façons de nommer la même chose, — ou presque.


Notre tentative poético-philosophique de proposer à nos contemporains d'abandonner une sexualité masturbatoire — non pas sentimentale mais revancharde (Sartre écrivant : je ne suis pas un coïteur, je suis un masturbateur) — pour une génitalité transcendantale, extatique, mystique, poétique et sentimentale, a échoué : les esprits forts et les autres, s'ils en ont entendu parler, il y a dix ou quinze ans, se sont plutôt laissé pousser la barbe, façon hipster (et pourquoi pas) : comme quoi, esprits forts ou pas, c'est toujours la puissance coercitive du troupeau qui domine. On peut dire aussi qu'elle est apparue sur la scène du monde au plus mauvais moment : au début de ce siècle, alors que s'offrait à la multitude (avec le développement d'Internet) l'opportunité d’explorer, comme jamais peut-être auparavant dans l'Histoire, les pulsions destructrices et auto-destructrices de la pré-génitalité. Enfin, plus généralement, cet échec est dû au simple fait que, dans ce domaine, on ne choisit pas : l'existence (passée et présente) détermine l'inconscient et la « conscience », aussi.


Donc, toutes nos œuvres poétiques, littéraires, philosophiques sensualistes précédentes sont à réserver aux happy few à celles et ceux qui connaissent déjà ce dont elles parlent. 



Je pense que cette étude des causes de la gynophobie — si visible dans la sexualité pornographisée de nos contemporains où se côtoient des femmes et des hommes qui paraissent ne pas avoir la moindre idée de l’amour, soit qu’ils demeurent à ce degré zéro, qu’illustrent les humoristes, de la rencontre et de l’abandon à la puissance extatique de la vie jouissant, soit qu’ils raffinent cette impuissance orgastique en la scénarisant, en distribuant les rôles et en feignant d’aimer ce qu’ils subissent, leur névrose (et je ne minimise pas les fièvres du masochisme ou du sadisme en actes) —, je pense que cette étude des causes de la gynophobie, disais-je, ramènera nécessairement aux problèmes que traitent nos recherches sur l'amour et le merveilleux : c’est-à-dire à l’origine, dans l’histoire tant individuelle que collective, des pulsions destructrices et auto-destructrices chez les femmes et chez les hommes, et, de là, à leur dépassement dans l'amour contemplatif — galant.

Pour le moment, une génération ou deux, sacrifiées et enfumées par le Spectacle depuis un demi siècle, passent, avec leurs illusions, et s'aperçoivent peut-être qu'on s'est joué d'elles : elles ont pris pour modèle ou pour référence des êtres sortis de la pop-culture (romans, bandes dessinées, cinéma, télévision, internet etc.), en oubliant une culture plus raffinée, qu'elles ne connaissent pas et qui ne les a pas influencées. D’où l’importance des recherches savantes, comme celles que mène Madame Ganofsky qui nous a fait, par parenthèse, une réponse charmante —, qui sauvent de l’oubli des formes de relations entre les femmes et les hommes, qui sont déjà inimaginables pour les jeunes générations, avec ou sans gilet jaune.


Les femmes les plus révoltées proposent simplement de supprimer les mâles : on peut les comprendre mais il faut vraiment n’avoir jamais rien connu des délices fabuleuses, indicibles et incomparables de l’accord charnel entre les femmes et les hommes pour en arriver là. Les mânes de Madame de Beauvoir doivent en être révulsés, elle que sa lucidité sur la condition de la femme n’avait pas empêchée d’accepter la beauté convulsive, dans l’amour charnel, avec un homme, et qui écrivait : « Je suis encore toute [illisible]. Je ne me sens ni arrivée ni partie, je ne sais pas où je suis, je ne suis nulle part. En tout cas, pas loin de toi, ça, c’est impossible. Je ne sais pas comment le dire : je n’ai pas encore réussi à être séparée de toi. Je sais que ça m’arrivera ce soir, ou demain, quand je serai tout à fait réveillée et que le temps se mettra de nouveau à couler. Depuis hier, je suis vraiment hors du temps [… ]. Mon amour, je ne savais pas que ça pouvait être comme ça l’amour » (clic)

 

Que ce continent encore peu exploré (malgré Ovide, malgré les courtois et tous ceux qui les ont suivis) de la relation sentimentale et mystique entre les hommes et les femmes devienne le terrain du jeu d’une humanité future, post-analytique et post-économiste, pourrait paraître comme une utopie délicieuse à un moment où la disparition du travail de la classe moyenne, et des autres aussi, semble programmée (voir le texte sur Rome, l’esclavage, la fin du travail etc.), si, dans le même temps, la considération de l’état du monde et des peuples, dans ce moment de l'anthropocène, n’incitait plutôt à voir venir des chaos collapsologiques que fleurir de délicates sociétés de thélémites.


Cela dit, notre propos est de faire comme si, demain, nos recherches pouvaient être utiles. De sorte qu’il faut voir notre « réserve naturelle » comme une nouvelle œuvre d’art sensualiste totale — dans l’esprit de ce qu’avait initié Yves Klein —, et le dépassement de l’ère duchampienne : plutôt que de consacrer un urinoir industriel en œuvre d’art, il s’agit de faire voir, soudainement, la beauté naturelle encore sauvage, — préservée pour un monde encore à venir ; de sorte que dans cette œuvre d’art sensualiste totale : ce n’est plus le regardeur qui fait l’œuvre ou le tableau mais le tableau (de cette nature sauvage) qui défait (mystiquement) le regardeur.


Même si elle soulève des objections, gageons que cette partie-là de notre art sensualiste pourra être plus facilement acceptée que tout le reste.

Acceptée ou non, elle constitue, pour nous, l’œuvre et l’écrin, et complète, comme il nous plaît, le tableau de nos vies.


À vous, 



Vaudey




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samedi 2 février 2019

Moi, qui suis l'amant







La Carpinese



Prends la pelle et ravive le feu,
Va chez ton amoureux passe deux heures dans les jeux.

Si ta mère se fâche pour ton jeu,
Dis lui que ton visage est rouge à cause du feu.

Dis lui ce que tu veux, toute femme fait ce qu'elle veut.

Le soleil brille lorsqu'il fait beau, tes seins resplendissent,
Femme galante, ta poitrine abrite deux poignards en argent.
Celui qui les touche, ma belle, devient un saint.
Et je les touche, moi, qui suis l'amant.


Nous irons sans doute au Paradis.


Dis-lui ce que tu veux, toute femme fait ce qu'elle veut.





(Tarentelle du XVIIe siècle ; anonyme)










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mercredi 30 janvier 2019

Luxe d'amour








Chaque jour qui passe
Et puis le miracle
D'où vient cette phrase ?
D'où vient ce tableau galant ?


On se découvre
On découvre ce que ça offre
On reste interdit
On remercie la Providence
Qui n'est rien
Sinon ce que le vieux Lin-tsi
Aurait appelé un koan
Une énigme qui vous fait soudain lâcher l'affaire
Et hop !
Entrer d'un coup
Dans l’absolu de l'immanence :
Silence de la pensée…
Présence…
Un dans la beauté
Jouissance…


Trop penser est une maladie


Mais il y a aussi une autre voie d’accès :
L’Un-Deux dans la beauté…

Ainsi
Aujourd'hui
Dans notre amour de grand amour
Luxueux
Luxueux de délicatesse
Luxueux d'intensité sentimentale
Luxueux de douceur intense
Luxueux d'abandon —
Comme à un moment
Où il serait devenu indécent
De ne pas s'abandonner
Corps et âme —
Où cacher ses grands sentiments
Serait une insulte que l'on se ferait à soi-même
Et aussi à la vie elle-même…
Comme à un moment
Que l'on aurait repoussé toute sa vie
Et que l'on ne devrait plus craindre :
Je t'aime…


Tout ça simplement en s'embrassant
Juste avec des caresses et de grands baisers
Et des grands sentiments
Immodérément… —
La jouissance charnelle au dernier degré…


Enfin… un dernier degré qui n'aura été que le premier…
Bien sûr…
Tout le profond mouvement du déploiement
Ayant suivi
À l'identique


S'aimer enfin
Sans réserve
S'en abandonner à l'Infini


Dans un transport de volupté irrépressible
Sentimental au dernier degré
Qui vous fait oublier toute l’affaire
Et entrer d'un coup
Dans l’absolu de l'immanence :
Beauté convulsive totale…
Un-Deux dans cette beauté
Jouissance phénoménale…


Au réveil
Silence…
Silence de la pensée…
Présence…
Un-Deux dans la Présence…
Élation mystique
Hors du temps
Or du Temps et de sa jouissance


Tout cela sans rien chercher
Sans avoir rien demandé
Juste avec des caresses et des grands baisers
Et des grands sentiments
Immodérément…






Le 30 janvier 2019
Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019





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mercredi 16 janvier 2019

L'art d'aimer & Correspondance






Friand-frétillant
Comme l'amour


Dans la jungle
La clairière
Dans le désert
L’oasis


Miracle
Direction Éternité
Aller-simple
Sans arrêt


Cris épanouis
Excès
Douceur duvetée
Puissance emportée
Félicité démesurée


Monde absent
Conflit mondialisé
Accaparements obsesseurs
Trivialités démesurées-désirées
Tempêtes d’ors et déjà déclenchées


Origine du monde actuel :
Guerre de religieux fanatisés
Usuriers
Petits-libertins roués
Petits-boutiquiers
Tous d’or assoiffés
Cause :
Injouissance généralisée
C’est-à-dire : Art d'aimer et Jouissance du Temps totalement ignorés


Antidote trouvé :
Amour aristocratique-sauvage
Via
Orientalisme ultra-marin

Résultats de nos recherches sur l’amour et le merveilleux :
 
L'Homme est beau
Primitif avec élégance et avec cœur
L'Homme est un dieu
C'est une histoire d'amour



Amour :
Monde parallèle
Ignoré
Sans indicateur de voie d'accès


Voie d'accès :
Matérialiste ?
Panthéiste ?
Panenthéiste ?
Ne pas tenter de saisir le Sans-Nom…
Basculer dans le Silence
La Nescience
L’Ineffable
Et s'abandonner à la complétude de l’amour
Et à son Miracle 
Direction Éternité
Aller-simple
Sans arrêt


La jouissance contemplative galante
Qui est la jouissance de la puissance et de la joie à leur apogée
Est une passion affirmative de maître sans esclave 



Le 12 janvier 2019
Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019



Héloïse Angilbert
Exhibition résolue
2002
Plumes et taies d’oreiller qui volent
(Où l’on peut lire, entre autres « À notre pure délectation du Temps »)




 Correspondance





À Madame Ganofsky*

University of St Andrews



Manifeste sensualiste





Madame,


Un de nos lecteurs nous fait découvrir votre très belle et très juste étude :

La suspension du temps dans Point de lendemain : lecture sensualiste d’un nocturne libertin


Puisque vous y renvoyez, entre autres, à Le Cavalier du Louvre de Philippe Sollers, dans la collection duquel est paru le Manifeste sensualiste, nous imaginons que vous n’ignorez pas — sinon nous sommes heureux de vous le faire connaître, à titre de curiosité — que les sensualistes n’ont pas disparu : ils se portent mieux que jamais, dans une époque qui ne peut certes pas en dire autant.


Leur « bureau d’esprit » a pour nom Bureau des recherches sur l’amour et le merveilleux, et il est pour le moment encore ouvert à tous.
Ils sont certainement moins « machines » que leurs inspirateurs du XVIIIe siècle (une certaine psychanalyse est passée par là), et également plus contemplatifs qu’eux — et donc peut-être moins charmants puisque moins dans le siècle.


Devenus dans un premier mouvement « Libertins-Idylliques » — où l’on entend, comme dans un écho détourné, un peu de l’esprit qui animait peut-être les « Libertins-Spirituels » que condamnait Calvin, et, plus lointainement encore, un peu aussi de celui des partisans du Libre-Esprit, qui inspirèrent la mystique rhénane et Maître Eckhart —, ils ont abandonné quelque peu ce terme de « libertin » — que l’époque a galvaudé dans sa pratique spectaculaire et marchande de la désublimation répressive — pour devenir des « contemplatifs — galants ».


Sans doute plus panenthéistes que panthéistes, ils pensent surtout que la vérité est un état — au delà des mots —, que les mots ne peuvent traduire, que la pensée ne peut saisir, et qui n’appartient qu’à l’immersion dans la « sensation », mystique, océanique : celle que procure la jouissance — poétique ou post-orgastique — du Temps.


Pour conclure, permettez-moi de détourner la très belle fin de votre étude : chez ces nouveaux sensualistes, le corps sensible est représenté comme le lieu d’un contact avec l’éternel. La suspension du temps dans le plaisir contemplatif — galant correspond ainsi à une transsubstantiation de l’infini en la chair de l’homme ou de la femme à plaisirs.

Connaissant l’origine sensible des arrière-mondes philosophiques ou religieux, ils savent que, si les hommes ont inventé l’Enfer en projetant leurs démons intérieurs plus ou moins refoulés et occultés dans un au-delà imaginaire, ils ont donc dû aussi inventer le Paradis selon ce même mécanisme, mais en projetant cette fois les délices, les grâces et les béatitudes oubliées (par exemple, celles de leur petite enfance), ou entr’aperçues et plus ou moins avortées (celles de leur vie d’adulte).

Loin des repères angoissants de la tradition abrahamique, les Libertins-Idylliques savourent donc la jouissance du Temps, — cette certitude voluptueuse et poétique vécue d’avoir désormais en eux les clefs du Paradis


Avec mes très respectueux hommages, je vous prie de recevoir, Madame, l’assurance de ma parfaite et sincère considération.


R.C. Vaudey



Post-scriptum : Nous publierons ce courrier — sur notre Bureau, comme nous en avons l’habitude — et vos éventuelles réflexions, — si vous le souhaitez.




Correspondance
Le 15 janvier 2019
 
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lundi 7 janvier 2019

L'amour en ribambelle & Les Sauvages








Veste de smoking de l’année où je suis né
Celle de Charles Vaudey —
Alpaga léger
Satin pas même élimé

Parfum Héritage
On s’en doutait —

Sonates pour violon de Schmelzer
Jeans déchiré
Champagne rosé
Boots noires vernies de bottier
Celles que m’avait faites Thomas – au siècle dernier… –
Cuir par endroits craquelé —


L’amour et des baisers en ribambelle
Ma vie ne pourrait pas être plus belle




Le 1er janvier 2019
Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019




Les « Sauvages »


I


Bien que l'esprit de notre amour
Soit celui que peint le livret des Sauvages
Qui est devenu notre hymne « royal » —
J'ai peu envie de l'afficher


Cette actrice est une ancienne junkie
Cet auteur, un enfant battu
Celui-là fut abandonné
Cet autre fut honteux de ses origines toute sa vie


Le monde tout entier
Exploiteurs et exploités mélangés
Semble une réunion de mal-aimés
Plus ou moins malfaisants ou enragés
— Et il l'est


Seuls, les musiciens et la musique baroques
Paraissent y échapper


On peut interpréter Rameau
Jouer les Indes Galantes
Mais l'esprit qui animait la poésie des Sauvages
Son « carpe diem * » paisible et innocent
Il semble honteux
Inconvenant
Voire scandaleux —
Qu'il anime votre vie
La philosophie de votre vie
Et la réalité de vos amours



* Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, quem tibi
finem di dederint, Leuconoe, nec Babylonios
temptaris numeros. ut melius, quidquid erit, pati.
seu pluris hiemes seu tribuit Iuppiter ultimam,
quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare
Tyrrhenum. Sapias, vina liques et spatio brevi
spem longam reseces. dum loquimur, fugerit invida
aetas: carpe diem, quam minimum credula postero. 



II


Émoi de petits fruits rouges pelucheux
En vous
Je sens venir le printemps


III


Il faut écrire sur l'amour
Et sur ses « illuminescences »
Parce qu'on le peut










Le 6 janvier 2019
Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019




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dimanche 23 décembre 2018

Amants… Heureux amants*






Tourbillon de bonheur


Quel étrange Éther
S’illumine ici
Dans ce monde
Absolument gris
Dans cette misère ?
Quel étrange Éther
Magnifie notre vie ?


En suspension dans les vagues
Je goûte le miracle de l'aspiration
Au bonheur extasié
Où vous êtes emportée


Pourquoi devrais-je tout précipiter ?


Tandis que vous vous déroulez
À l'infini
Dans l'immensité
Sur un tapis d'étoiles velouté
Je savoure sans mémoire
La beauté insensée de l'abandon
À la vie déployée


Pourquoi devrais-je faire cesser
« L'Amplitude-tellement » qui nous a emportés ?


Dans une délicatesse de paradis
J'ai depuis longtemps abandonné tout souci
Et je jouis de la pluie
D'étoiles filantes dans les beaux cris
Qui accompagne votre dissolution-vertige
Dont le ressac immodéré toujours vous entraîne
De nouveau vers ce mât de misaine
Qui à la proue de notre voilier
Irrésistiblement m'emmène
Mais au rythme calme de son imperium
De gentilhomme
Lent et aimant
De bel amant
Parfaitement médusé
Éperdument émerveillé —
Vers vos fonds marins
Où — je le sais bien —
Se trouve le paradis retrouvé
Que je rejoins finalement
En grande plongée
Toujours en ange-dauphin


Vous rejoindre en grande plongée
Vers la fin de ce qui semblait
Une série de vagues infinie
C'est relancer immodérément
Notre immersion éperdue vers des confins
Dont nous ne savions encore rien


Découvrir ainsi enfin l'amour à mon âge
C'est comme pour un enfant
Découvrir un merveilleux coquillage
Sur une plage de sable blanc
Formant le rivage
D'un immense océan
Sous un soleil de diamant
Une beauté sans nom
Un miracle un émerveillement
Un rire de joie le silence
La renaissance du monde
Une allégresse une félicité
Une transe un transport un ravissement
Une extase, enfin,
Qui, elle, ne peut se comparer à rien
Et nous laisse pantelants


Au réveil
De nos aventures
Silencieux
Tendrement caressants
Nous sommes — sans raison — heureux
Probablement parce que nous avons trouvé
Le secret de la jouissance du Temps


La grande santé
Affirmative
Contemplative —
Ne se trouve que là :
Dans cet abandon complet
À ce qui nous est donné
Lorsque nous osons accepter
Les délices non-contrôlées
De la puissance
De la délicatesse
De la volupté
Dans l'étreinte charnelle
(Qui
Il est facile de le constater —
Semble plus généralement
Plutôt rendre fous
De rage spectaculairement stéréotypée
Sadique
Masochiste —
De fétichismes
Loufoques ou monstrueux et inquiétants —
Nos contemporains
Qui tout aussi bien
Partout ailleurs
Peuvent être des gens plutôt avenants
Voire rieurs…
Quand de l'amour l'Eldorado
Se trouve seulement dans ce langoureux et merveilleux tempo
Où s'accordent les corps
Dans le plus aimant
Et le plus caressant des slows)


Heureux ceux qui aujourd’hui — enfin ou encore… —
Ont pu se rencontrer
Se reconnaître
Pour à la vie renaître
Et qui trouvent l'amour, la beauté et l'extase
Dans leur art d'aimer


Sinon, où les trouver ? —


À ceux qui s'aiment !
Aux jouisseurs de paradis !
Aux beaux amants
Contemplatifs — galants !
Et tutti quanti !






 
(*Amants, heureux amants, voulez-vous voyager?
            Que ce soit aux rives prochaines;
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
            Toujours divers, toujours nouveau;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. 

J'ai quelque fois aimé : je n'aurais pas alors
            Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
            Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
            De l'aimable et jeune bergère
            Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.)







Le 22 décembre 2018


R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018




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