lundi 22 mai 2017

Le chœur des arbres — Vair et velours — Souveraineté






Le chœur des arbres




Le petit vent joueur
Se croit bien à l'abri
Dans son invisibilité
Eh non ! C'est bien lui
Que je vois jouer
Au loin dans les prés
Avec les grandes herbes folles
Qu'il entraîne dans une incessante farandole


Le chœur des arbres qui ondulent
Le mugissement qui balaie les collines
C'est encore lui qui caresse ou bouscule
La beauté du monde qu'ainsi il câline




Le 17 mai 2017






Vair et velours 



Mes mains irradiantes
Comme décuplées de mon sang battant
Comme il bat dans la plante de mes pieds
Le []épais
Le vôtre gaînant merveilleusement
Comme une sublime bouche de vair
Ou un majestueux gant de velours
Nous avançons au milieu des Vertes Prairies de la volupté
Auprès desquelles le Paradis des Chrétiens est moyen
Celui des Juifs ou des Mahométans du flan
Le DevaChan des Bouddhistes et autres Taoïstes triste
Et le Walhalla des Norvégiens rien


Et le lendemain :
La sublime sérénité 
Et le diagnostic détaché
Assuré
Insoucieux
Noble
Orgueilleux


Nous sommes des inventeurs bien autrement méritants
Que tous ceux qui nous ont précédés
Des musiciens même
Qui avons trouvé quelque chose comme la clef de l'amour


L'amour était une énigme…
L'amour contemplatif — galant en est la clef…







Le 19 Mai 2017










Souveraineté





Le monde ramassé à quelques collines
Aux chants de quelques oiseaux sauvages
Et aux facéties de deux autres — domestiques
(À l'instant même où j’écris ceci
Leur “attaque” taquine d’un chat alangui
Délicatement ouvert au soleil
Et qui doit bondir pour éviter leurs becs)
Le monde ramené à Monteverdi
Ou — comme hier soir — à Haendel
La vie comme jouissance de la plus intense volupté
Et je regarde la misère
Considérée sous ses aspects
Sentimental
Poétique
Sexuel
Voluptueux
Environnemental
Musical
Intellectuel
Caractériel
Et j’en passe
J’observe les ravages
Des hommes et de leurs paysages —
Dus à la perte de la souveraineté individuelle
Donc à l’injouissance
Et le monde qui en découlent


Heureux ceux qui ont pu arrêter ce monde
À leur porte
Pour lui faire rendre compte






Le 21 mai 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






mercredi 17 mai 2017

Miscellanées contemplatives — galantes







J'ouvre le salon-atelier de peinture :
Ma vie s'offre à moi
En ses couleurs successives
Je sors : les rosiers balancent leurs premières fleurs
Dans un petit air de beauté bienheureuse
Silencieuse


Étonnamment onctueuse et tendre
Dans un merveilleux mouvement
Absolument virginal
Ainsi va notre extase amoureuse sentimentale
(Ce qui se trouve le plus dans l'amour contemplatif galant
C'est la jouissance
Puissante
Paisible
De la sensation
Du sentiment
Du mouvement
De l'arrêt du mouvement
De l'extase sensorielle
Dans une variété de nuances
Qui semblent infinies
Et toujours stupéfiantes
Ce qui se trouve le plus dans l'amour contemplatif galant
C'est l'amour
Et l'émerveillement )


Je vous en dirais tant
Mais je dois m'arrêter de peindre
Saisi par la paix du couchant




Post-scriptum :


Plus tard
Au loin
La chaîne bleue des Alpes
Couronnées de blanc
L'infinité
Le firmament
Ouverts aux doux amants
Le pivert et le coucou
Qui ne lâchent pas l'affaire
Et une trobairitz et un troubadour portugais
Qui nous sauvent des fous
(Quand ni la philosophie, ni l'art, ni la poésie
N'ont encore été sauvés par nous)


Mais est-ce bien tout ?


Vous et moi dans la beauté d'un soir
De jour de gloire
Pour nous seuls amants





Le 14 mai 2017 
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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vendredi 12 mai 2017

Les idées s'améliorent...








R.C. Vaudey. Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 










Il est injuste d’exiger d’une âme maintenue dans un infantilisme amoureux incurable qu’elle ait la même vigueur que d’autres arrivées à la complétude. Est-on surpris qu’un enfant ne puisse ni penser, ni chanter, ni prôner les plaisirs de la vie comme un homme fait ? Ne serait-il pas plus étrange qu’il fût comme un adulte formé et en pleine santé ? Et, puisqu’il n’a jamais goûté que des fruits verts, on ne saurait lui reprocher de ne pas connaître les délices des fruits mûrs et gorgés, et personne ne peut lui en vouloir de ne pouvoir les encenser : refuserons-nous à un homme qui n’a jamais connu — seul, à deux, ou en groupe — que les plaisirs infantiles — et plus ou moins envenimés — de l’auto-érotisme « à prétexte », où se limitent les pulsions partielles, le privilège que nous accordons à un enfant ? Et oserons-nous assurer qu’il n’a jamais eu le courage d’aller à la plénitude charnelle et sentimentale celui qui — formé par Georges Bataille, le marquis de Sade ou Marc D’Aurcelle — aura manqué à en entendre parler, dans une société où elle ne présente aucun intérêt — comme tout ce qui est poétique et sentimental ?


*


Il est faux que les sensualistes, possédant de bonnes qualités, très utiles aux autres, ne sont à eux-mêmes d’aucune utilité; comme un cadran solaire qui, placé sur la façade d’une maison, est utile aux voisins et aux passants, mais pas au propriétaire qui est chez lui : ils ne doivent qu’à eux-mêmes, et à leurs bonnes lectures, d’être là où ils sont — et où ils se plaisent tant à être.


*


L’expérience de la complétude amoureuse est ce qui donne de l’autorité aux réflexions sur l’amour ; tandis que les jeux de la prégénitalité énervent toujours la personnalité et le discours.


*


Ceux qui ne peuvent comprendre la vie amoureuse que comme le coït reproductif — ou analgésique —,  et ceux qui la comprennent comme « jeux érotiques », et qui, les uns et les autres, veulent limiter cette « vie amoureuse », ainsi diversement comprise, au seul sexe opposé, le font sur la base de préceptes moraux ou religieux — et ignorent eux-mêmes ce dont ils parlent. Pour une individualité dont le mouvement vers la maturité sexuelle et sentimentale a été bloqué, et qui reste dominée par les pulsions partielles, il n’y a finalement aucune autre raison que morale ou religieuse à préférer le sexe opposé puisque, de fait, tout se prête à ces jeux.


*


C’est parce qu’elle, seule, offre « l'abandon en absolu simultané à la gloire orgastique et à l'extase qui la suit [qui] signifie tout à la fois la réalisation puissante, totale, incontrôlée de ce principe même du vivant, et l'accession à cette forme particulière de béatitude qui est le cœur même de l'humanité, puisqu'elle n'appartient qu'à l'humain et que seuls les humains peuvent connaître la rencontre élégante, belle, puissante, extasiée, amoureuse qui aboutit à cette jouissance et à cette extase-là ; que seul sur la terre parmi toutes les créatures l'Homme peut jouir ainsi ; de sorte que la conscience extasiée que cette jouissance amoureuse des amants — telle que je l'ai définie — permet d'atteindre est vraiment ce qui est typiquement et uniquement humain. » qu’il faut préférer — lorsque la vie vous fait la grâce de vous l’offrir — la génitalité telle que, après Ovide et W. Reich, nous la définissons. Et pour aucune autre raison.
Et c’est ce point qui nous oppose, nous autres moralistes sensualistes, à toutes les sortes de moralisateurs.


*


Une personnalité dominée par les pulsions partielles est trop tourmentée et trop ardente — mais d’une ardeur mauvaise — pour avoir du goût pour le libertinage idyllique. Pour avoir du goût pour le libertinage idyllique, il ne suffit pas d'avoir en soi la faculté de goûter les belles et douces choses de la complétude amoureuse — faculté qui déjà est si rare —, il faut encore du loisir, une âme libre et vacante, redevenue comme innocente, non livrée aux fixations infantiles, non affairée, non bourrelée d'âpres fantasmes sadomasochistes et d'inquiétudes et de divagations prégénitales ; une âme désintéressée et même exempte du feu trop ardent du désir exacerbé — tel que le façonne la sexualisation de la souffrance passée ou présente —, non en proie à sa propre veine insolente ; il faut du repos, de l'oubli, du silence, de l'espace autour de soi. Que de conditions, même quand on a en soi la faculté de les trouver, pour jouir des choses délicates de l’amour accompli. !


*


François de La Rochefoucauld a exposé les raisons de la prospérité de la négativité : « Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n'en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation, et les mauvaises par la malignité de notre nature que la honte retenait prisonnière, et que l'exemple met en liberté. »
Rendre la malignité encore plus maligne, en la livrant fièrement à la publicité — et la honte, honteuse — est donc le programme de toute domination moderne, c’est-à-dire s’appuyant sur la dissolution — tandis que les formes anciennes ordonnaient de combattre la première, et d’accentuer la seconde.
Plus généralement, c’est aujourd’hui le moyen qu’il conviendra de préférer à tout autre pour dissoudre les peuples — qu’unissent toujours de mauvaises et belliqueuses raisons — et les individus, dans le même mouvement ; — ce qui permettra de s’en assurer le meilleur contrôle et d’en tirer le meilleur profit.


*


La beauté de l'amour consiste à aimer un être honnête et délicat — en l’étant soi-même.


*


La galanterie suprême de l'amour est de nous faire vivre des choses miraculeuses d'une manière habituelle.


*


C’est un homme très averti de la malice humaine qui a pourtant écrit — le plus exquisément et le plus justement — sur la constance en amour : « La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet. »


*


Je ne suis pas l'un des prophètes pour ces temps présents bien que le silence m'enveloppe. Ce que j’ai à dire à quoi serait-il bon au monde d’aujourd’hui de l’apprendre. Il a déjà les procédés de la mode, ses martyrs et ses morts-vivants, et dix mille sortes de partisans de dix mille mouvements, tous plus fanatiques les uns que les autres : qu’il s’en contente. Je ne viendrai pas en grossir les rangs.
Je persévère dans la voie que je me trace et cette voie est désormais ouverte ; nous y serons longtemps seuls à marcher à deux — et c’est tant mieux —, mes idées manqueront à ce monde et à ceux qui l’adopteront : hommes d'ordre ou transgressifs.
Je ne suis pas davantage un transgressif qu’un homme d’ordre, les deux me font pareillement horreur, et je m'établis au-dessus de leur querelle, je romps d'avec l'alternative en assignant un nouvel axe à l’art de vivre et d’aimer : je veux que le sensualisme princeps, dépassement dialectique de la vieille opposition entre le patriarcat esclavagiste-marchand — qui a, et aura, façonné l’Histoire — et l’ancestral matriarcat préhistorique, préside — s’il le faut sur les ruines de ce qui aura été l’Histoire — à l'établissement de la Cité future, et je déplace tous les signes : ce qui fut négligé ne doit plus l'être et ce qui ne l'est pas encore le deviendra sans faute ; ma révolution la voilà toute, elle s'amorce sous nos yeux et mes idées la réfléchissent.
Ce n'est pas l'utopie que je professe, c'est une vérité que j'entrevois.




R.C. Vaudey




Juillet 2012





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mardi 9 mai 2017

L'amour contemplatif — galant ? Le vrai chic français !










Que je mime un combat sans pitié
Tandis que vous chantez
Coquillages et crustacés
Nous fait rire au dernier degré
Sur le ton du Cave se rebiffe
Vous me conseillez tout de même de me calmer


De rires en caresses
Nous glissons sans y penser
Sur la pente qui mène à l'Incontrôlé
Tandis que je []
Et que vous []
Que je fais savamment glisser
Le long de []


Après avoir longtemps ainsi joué
Tandis que l'on se baise
Vous []
[… ]
Je caresse alors []
Dont []
Ce qui a le don de vous pâmer
Avant de []
[]
[] :


Les amants savent déclencher
Des réactions en chaîne
Qui sans qu'ils y puissent rien
Les entraînent dans des tsunamis
Qu'ils déchaînent
Mais ne peuvent contrôler


Je joue longtemps avec cette vague
Déferlante
Souvent vive
Parfois lente
Toujours surpuissante
Jusqu'à ce que n'y tenant plus
Vous []
[]
Qui []
[]
[]
[]
Pour ainsi dire pas à pas




[]
Chaude
[]
Qui s'empare []
[]
Bienheureuse
Dans une danse qui vous possède
Et me fait m'étirer au ciel
Tel l'Homme heureux



Entraîné dans cette course folle
Par les ondes qui m'enlèvent
Et enroulent mon corps et mon bassin
[]
Caressant ainsi []
Ce qui nous fait tout à fait nous exalter
Tant et si bien qu'il nous faut
Tout arrêter :
Subito
[]
Et que
[]
[]
[]
[]
Tandis que je gronde et exulte comme un bien-aimé


Nous nous aimons tant
À cet instant
Sans y penser
Vous avez mon cœur
J'ai le vôtre et votre confiance
Et toute la puissance du monde peut donc nous emporter


Ce qu'elle fait
Après une longue traversée
Qui finit dans les longues vagues spasmées
Où je replonge sans arrêt
Dans votre étreinte toujours renouvelée
Tandis que nous hurlons comme deux beaux loups
Au ciel du monde
Notre Joie et notre puissance d'exister


Les amants savent déclencher
Des réactions en chaîne
Qui sans qu'ils y puissent rien
Les entraînent dans des tsunamis
Qu'ils déchaînent
Mais ne peuvent contrôler


Les amants contemplatifs — galants
Telluriques —
Ont le pouvoir de déclencher l'Impensé
De s'y abandonner
Et ensuite de longtemps y demeurer

Voilà le vrai chic français




Le 9 mai 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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vendredi 5 mai 2017

De l'or du Temps et des genêts…









À midi, sortir le pain du four…
Et puis manger des œufs à la coque


Plus tard 
Au sortir du bain —
Rire et s'aimer
Dans une pénombre moirée
Et
Dans ce ciel ouvert —
Jaillir
En longues vagues convulsées
De suprême volupté —
Dans ce qui ne peut être nommé


Au réveil
Assis sous l'or des genêts —
Dans le soleil du soir
Qui ne cesse de goûter le jour
Regarder deux gallinacés
Se régaler du monde…
Mi-Pan au repos
Qui « rêve, les yeux mi-clos
Avec un air de joie »
Après avoir aimé l'Oréade
En sa demeure de lui seul connue… —
Mi-très-mystique-pâtre-grec
De poulettes…
De la rumeur humaine et du monde oublieux
Qui regarde « les bois et les collines
Laissant couler sa vie et les heures divines
Savourant en paix la lumière des cieux »


 Et
Tandis que le brocard aboie tout au près
Là, dans le pré —
Désirer ainsi toujours demeurer
De l'Estre le Berger…
Ou le Héros
Mais un héraut muet… —
De l'Amour et de sa divine Danse
Donc de la jouissance
De l'or du Temps et des genêts…
Et de l'Immanence


Comme il plaira à chacun de le penser…










Le 5 mai 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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jeudi 4 mai 2017

La varappe à l'envers









D'abord on rit
En imaginant la varappe à l'envers
Un sport de téméraires… —
Au milieu de nos rires nos bouches se trouvent :
Et nos baisers nous basculent dans l'Infini…


Dans nos caresses
Je découvre votre grand appétit
[]
Doux comme un enfant
Mais avide et puissant
Comme une maharani


Dans les ondulations et les reptations voluptueuses
De vos merveilleuses []
Je m'abandonne à la vie soyeuse…


D'abord j'entrevois
Longuement —
Le paradis
Ondulant
Pour vous et moi
Entre excès et ébahissement…
Et puis nous y plongeons
Dans de hauts cris…
De tout notre cœur
De toute notre puissance
Et de toute notre joie


Le soir
Nous sommes dans l'infinie tendresse
Les gestes sans voix…


Le lendemain, l'été est là


Tandis que nous sommes allongés
Comme des chats au soleil
Je regarde
Dans le bleu du ciel
S'ouvrir les bourgeons
Sur la ramure de fusain
Du grand tilleul qui se dilate de sève
Comme nous nous dilatons dans ce rêve


Ce pourrait être une plage déserte du Kerala
Et
En un instant
Nous y sommes comme des rois






Le 14 avril 2015
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2015




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mardi 2 mai 2017

Symphonie des plaisirs








Sous la beauté de Lully
De son divertissement royal
De sa symphonie des plaisirs
Dans la paix du printemps
La douceur du Temps
Tout en silences
En caressements
Après l'amour
Ce jour de surlendemain
Les tendresses du matin
Dans nos réendormissements
Nos délicats enlovements
Et nos soupirs d'exaucement


Comment rendre la douceur de toutes ces heures
Quand le monde partout s'enflamme
Tandis que je passe du parc et du jardin
Dans un minuscule crachin
Dans un soleil et une lumière déjà d'été
À notre salon
Où les pièces de viole
Du Deuxième Livre
De Marin Marais
Sarabandent et s'envolent ?


Pourquoi tant de Beauté ?
Que puis-je y apporter ?
Comment l'intemporaliser ?

 



Le 1er mai 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017



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dimanche 30 avril 2017

Société de l'injouissance et spectacle








Monsieur de B. disait :

« Quand je pense que nous risquons un renversement du Régime et, dans la suite des affrontements qui en découleraient, une situation potentiellement révolutionnaire, et que je vois que tout cela tient dans le vote d'un bande de gueux  « insoumis » et fiers de l'être, qui plus est , j'en tremble.


Et Monsieur V. lui répondait :

Calmez-vous, mon Cher. Remarquez tout d'abord qu'il ne s'agit que d'une simple dénégation : ceux qui se proclament insoumis ne le crient si fort que parce que, tout à l'inverse, ils se savent l'être : soumis. 

Imaginez-vous Louis XIV allant par les rues, proclamant partout :  « Je suis le Roi-Insoumis. » ? Non Monsieur : ne naît pas esclave qui veut. Et il laissait dire par d'autres ce qu'il pensait être : le Roi-Soleil.

Ne craignez rien : ces gens qui se croient savants et glosent tant sur la servitude volontaire qu'ils pensent, après La Boétie, être le fin mot du mécanisme secret de la domination, y voyant le pus suintant de l'âme servile des philistins et des bonnes femmes, et l'expression de leur nature, foncière ou acquise, de chien couchant –- seront, comme toujours, au dernier moment, prisonniers de leur inhibition involontaire, dont toute la force repose sur des mécanismes pavloviens et des techniques de suggestion qui ressortissent à l'hypnose, hypnose dont les différents instances et agents du Spectacle, actuellement en ébullition, sont là pour assurer la distillation permanente et in-vue qui fait du monde tel qu'il convient à vos amis de le peindre le monde « réel » dans lequel ceux qu'ils dominent évoluent ; et rassurez-vous : vos « insoumis », au dernier instant, quelque image bien choisie ou quelque formule rituelle de ce Spectacle les paralysera.

Alors, comme dans ces scènes où l'on voit le personnage principal marcher sur ses ennemis, supérieurs en force et en nombre mais tétanisés, totalement inhibés et incapables de réagir ou de lever la main sur lui, votre champion que nous avons déjà vu le même soir, et d'un même mouvement, twister (bien sûr pour mieux l'ubériser) l'organisation politique de ce pays, foulant, d'un pied, le dragon de la Droite, de l'autre celui du « Socialisme », tandis que, d'une main, il revisitait les fondements de la France insoumise tout en faisant, de l'autre, le V de la victoire, votre champion, donc, pourra bientôt finir son mouvement d’intronisation à coups d’ordonnances, et il restera à ceux dont vous avez parlé à descendre dans la rue pour s'y faire bastonner (le masochisme est un tout) ; et la coolitude du libéralisme en trottinette triomphera.


Monsieur de B., frétillant et rassuré, répondait :


« Ah ! Mon Cher V., vous connaissez ce que vous appelez ma malheureuse fixation anale. Et, oui, plus jeune, j'ai aimé forcer les unes et les autres, filles ou garçons, dans ce qui était alors leurs derniers retranchements qui les horrifiaient. Aujourd'hui, alors que l'âge a réduit mes ardeurs physiques, et que, filles ou garçons, tous s'avancent tatoués, percés, marqués au fer rouge comme des bagnards qu'ils sont , et que de plus tous s'enfilent dans le gosier et jusque dans l'estomac, et partout ailleurs de la même façon, des sex-toys gros et longs comme le bras (clic), tandis que moi ce n'est pas jouer que je veux, bref, maintenant que plus rien ne satisfait mes pulsions anales destructrices dans le viol des vierges effarouché(e)s qui ne sont plus ni l'un ni l'autre —, et alors que ma seconde nature la seule que j'aie jamais connue ou dont je me souvienne m'a toujours refusé ces extases harmoniques sublimes des jouissances génitales que vous célébrez, j'avoue que le viol des foules ce forçage (à passer sous les fourches caudines de nos projets économiques, politiques et religieux grandioses) de malheureux et de malheureuses que l'on a si habilement programmés et inhibés et, bien sûr, l'art des hardeurs politiques machiavéliens qui le pratiquent, m'offrent des plaisirs du même ordre certes de vieillard ou de mort-vivant, ainsi que vous le dites mais que je trouve infiniment plus raffinés que ceux, simplistes, que m'avaient inspirés et ma malheureuse enfance et la lecture de cet autre bagnard, par ailleurs tout aussi borné que les autres, de Sade.


Et Madame la princesse de Bavière ordonnait :


Finissez, Monsieur, avec vos considérations sur le sadisme de la plèbe d'en haut et le masochisme, dénié ou pas, de la plèbe d'en-bas : l’évocation même de la démocratie — cette instrumentalisation des masses contre ce que nous sommes et ce que nous aimons —, vous le savez, m'indispose

Un Américain, qui assistait par hasard à la scène et qui avait lu son Manifeste tout en connaissant les misères qu'il avait faites à un maspérisateur lusitanien, se tournant vers monsieur V., lui chuchota:

De grâce, Monsieur, donnez-nous vite un écrit sur cette Inhibition involontaire, avant que Dany Robert n'en fasse encore une fois la découverte le premier. », ce qui faisait sourire monsieur V.




Le 30 avril 2017





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