samedi 31 décembre 2016

L’art des sensualistes et “L’air de lendemain”









L'Indolente
Pierre Bonnard
1899











Ceux qui cherchent la pensée libre dans le respect craintif de tel ou tel du passé ne savent pas ce que c'est qu'un marteau et ne sont pas assez légers pour danser, pour danser la pensée : ils devraient plutôt aller faire de la … (inaudible) ou quelque chose du même genre, tout juste bon à impressionner les paysans.

Vous qui voulez tant étudier auprès d'autrui, vous agitant comme les vagues de la mer, vous ne finirez ainsi, au bout de périodes cosmiques incalculables, qu'à retourner aux naissances et aux morts. Mieux vaut être sans affaire et rester assis au coin de votre ermitage, les pieds croisés au coin de votre banquette !

Loin de tout, seul, dégagé, je ne suis pas gêné par les choses ; dussent le ciel et la terre se renverser, je ne douterais pas ! Dussent tous les théoriciens des cent mille formes de l’arriération et de la fausse modernité ou post-(etc.)modernité etc. se manifester devant moi, je n'aurais pas une pensée de joie moqueuse ; dussent les trois voies de l'enfer apparaître soudain devant moi, pas une pensée de crainte ! Et pourquoi tout cela ? Parce que je vois le caractère vide de toute chose : rien n'existe que par transformation, sans transformation il n'y a rien. Le monde n'est qu'esprit ; les choses ne sont que produits de notre faculté de connaissance. C'est pourquoi :

“Fantasmes de rêve, fleurs dans l'air :

Pourquoi se fatiguer à vouloir les saisir ?” … ainsi aurait parlé Lin-tsi…

Lorsque je fais référence aux taoïstes, aux “tantristes” etc. et, de l'autre côté, à Madame de Scudéry ou au jeune Montesquieu, ce sont tout au plus des indications sans importance réelle.

Le bavardage sur l'amour ne vaut pas l'état de plénitude alanguie (j'arrive à peine à me défaire de l'éblouissement que me procure dans le soir couchant un ciel d'un bleu tendre tournant vers le blanc, que j'aperçois au travers d'une petite fenêtre dont les deux battants peints en blancs sont ouverts et dont un seul masque un tiers environ du petit tableau qui se forme ainsi, et qu'occupe pour le reste le feuillage dense vert et lavé par la pluie cet après-midi tombée dense, après ces journées et ces semaines de canicule, dans un ciel gris et sombre dans le tonnerre de l'orage sur les collines de l'ermitage — la brume envahissant tout, plus tard, à sa cessation —, j'arrive à peine à m'extraire — alors que je parle ce texte que note aussi scrupuleusement qu'il le peut le robot qui me sert de secrétaire particulier — de cette vision céleste de ces nuages poudrés d'or rose qui défilent dans le petit tableau de la fenêtre — comme dans un tableau mobile... (long silence)... — dans une grâce que ne saurait vraisemblablement jamais m'offrir aucun tableau, du moins si je ne lui avais donné avant la puissance de grâce de ces jours totalement dédiés à l'amour... une béatitude...

Il n'y aura pas de controverse des sensualistes avec qui que ce soit sur la questionde l'amour ; notre art consiste essentiellement à en jouir... (long silence) ... Pas à en controverser…

Je reviens sur la question de la phrase de réveil de sommeil d'amour qu'il faudrait combiner avec cet air de lendemain dont on parlait au XVIIIe siècle, et dont Michel Delon dit dans Le savoir-vivre libertin que, dans un texte (de l'an IX), cette expression en était venue à ne plus signifier un air particulier que les jeunes gens recherchaient aux jeunes filles après une nuit d'amour, ou, mieux encore, après leur première nuit d'amour, et dont ils étaient fiers, mais plus particulièrement l'état d'alanguissement amoureux particulier des deux amants au lendemain de l'amour.

Les surréalistes, tout à la découverte de l'inconscient et du continent noir qui s'ouvraient ainsi à eux, avaient mis en avant l'écriture automatique en s'inspirant de la pratique psychanalytique : cette forme d'écriture traduisait elle-même l'état de la recherche poétique à ce moment du monde. Une écriture souvent énervée, douloureuse, solitaire également, onaniste — qui correspondait bien à l'état du “chantier” poético-amoureux, à l'époque — même si elle garde ses pouvoirs d'enchantements.

Les sensualistes mettent en avant une autre forme d'écriture : celle qui suit l'extase et ses illuminations (ses “illuminescences”…) , et qui correspond également à l'état de la question poétique et amoureuse après un siècle d'exploration, de découvertes littéraires, artistiques, d'expériences individuelles et de vies dédiées à l'exploration profonde de ce qu'est l'Homme une fois qu'on l'a libéré du carcan de la famille clanique, de la métaphysique et de la religion, du travail et de l’hypnose technologique et, également, débarrassé — dansant dans une totale indépendance — de la rage destructrice et autodestructrice résultant à la fois du monde, de cette dissolution, des scories du monde précédent, et des scories de cette dissolution elle-même.

Phrases de réveil d'amour et, plus particulièrement, inspirations de réveil d'amour, de réveil du sommeil d'amour — qui, on le sait, à quatre heures du matin, l’été, dure encore — ces phrases et ces textes qui portent cet “air de lendemain”, ces phrases et ces textes de lendemain, seront la marque des sensualistes et correspondront pour eux à ce que fut l'écriture automatique pour les surréalistes.



R.C. Vaudey.

Avant-garde sensualiste 2 (janvier/décembre 2004)



Post-scriptum du 15 décembre 2012



À propos de cette heureuse lassitude et de ces noces avec le monde, on pourrait dire ce qui suit :

Bien que les avis s’opposent sur l’origine de la violente négativité humaine, exprimée sexuellement ou autrement, constitutive de l’Homme et de l’Être (ou du Devenir), suivant certains qui, selon nous, “idéalisent — en laid”, relative, selon d’autres ayant été pourtant passablement échaudés : “Toutes les discussions sur la question de savoir si l’Homme est bon ou mauvais, s’il est un être social ou antisocial, sont autant de passe-temps philosophiques. L’homme est un être social ou une masse de protoplasme réagissant irrationnellement dans la mesure où ses besoins fondamentaux sont en harmonie ou en conflit avec les institutions qu’il a créées.”, malgré ces avis divergents, donc, que les lecteurs se rassurent : si rien ne prouve que le libertinage idyllique — et, par notre voix, l’apparition-définition, poétique, philosophique et littéraire, affirmative et passionnée, de cette troisième forme du libertinage en Europe — marquent le début d’un commencement de l’ébauche de l’esquisse de l’amorce d’un dépassement de l’ère sadienne ouverte dès la survenue du patriarcat, et débondée avec sa dissolution-intensification que représente la pensée nihiliste libérale, dès le XVIIe siècle, tout confirme, à l’inverse, que, si l’abus des jouissances poétiques et amoureuses n’améliore peut-être pas le sort de notre espèce — que certains jugeront heureusement condamnée à disparaître rapidement —, ces jouissances poétiques ne nuisent en rien aux individus qui les éprouvent.

Que les lecteurs ne se restreignent donc en aucune façon, dans ce domaine, si la chance des rencontres et des situations veut bien les caresser de ses grâces, et qu’ils sachent que le Temps retrouvé, contre l’esprit sadien — le leur, et celui du moment historique qui les contient et les formate — ne leur sera jamais ni volé, ni enlevé ; pas plus que ne disparaîtront les délicates affirmations poétiques que ces noces avec le Temps leur auront inspirées — et qu’ils en auront laissées…

Pour le dire autrement :

Les mondes et les êtres passent — la Joie, créatrice du monde, demeure…



R.C. Vaudey



À Héloïse Angilbert, sans la délicatesse, la puissance, l’amour, la grâce, et les œuvres de laquelle ce « Bureau » et ces « Recherches » n’existeraient pas.


L'Amour sublime
R.C. Vaudey
1993





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lundi 26 décembre 2016

SOLI INVICTO COMITI suivi de AVANT LES VOLUPTÉS CALMES






SOLI INVICTO COMITI



Cœur fortuné
Sur un de nos toits
Je me bats avec le terreau
Qu'ont fait les feuilles tombées
Toutes ces années
Et laissées là


Le soleil invaincu
Qui rayonne sur le monde 
À l'aube de sa Renaissance
M'encourage de la joie qu'il irradie




Tant de beauté
Et Lully – plus tard… —
Me font pleurer

Tant de beauté…
Tant de beauté…
Pourquoi tant de beauté ?
Ne fais-je que me demander


Au soleil invaincu
Qui toujours nous accompagne
En remerciement pour la vie






Le 24 décembre 2016








AVANT LES VOLUPTÉS CALMES




Nous avons passé le plus beau Noël de notre vie :
Champagne rosé 
Baisers osés
Parfums poudrés
Élégance racée 
Dîner aux chandelles
 — En tête-à-tête — 
Silence
 — Privilège de ceux qui sont seuls au monde —
Seuls à le rompre :
 — Son Fandango avec castagnettes
Et une sublime féminité, racée – elle aussi —

L'accomplissement de tout ceci en étant ce jour-ci :

Cavalcade dans vos plaines
Vous devant
Jouissant —

Vos hourras de houri
Moi suivant —
Et puis
Mes grands vivats
De grand vivant
Et ce qui semblait l’Éternel Retour
Convulsif —
De notre jouïssement

Sublime corolle
Jeunesse folle
Perpétuel printemps








R.C. Vaudey 
Le 27 décembre 2016 
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016








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samedi 24 décembre 2016

 Soli Invicto Comiti








Cœur fortuné
Sur un de nos toits
Je me bats avec le terreau
Qu'ont fait les feuilles tombées
Toutes ces années
Et laissées là

Le soleil invaincu
Qui rayonne sur le monde 
À l'aube de sa Renaissance
M'encourage de la joie qu'il irradie


Tant de beauté
Et Lully plus tard… —
Me font pleurer

Tant de beauté…
Tant de beauté…

Pourquoi tant de beauté ?


Au soleil invaincu
Qui toujours nous accompagne
En remerciement pour la vie








R.C. Vaudey

Le 24 décembre 2016

Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016




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jeudi 22 décembre 2016

Principes de délicatesse et de noblesse









François Boucher
Marie-Louise O'Murphy





Shitao ne décapitait pas des rats vivants avec ses dents, Wang Wei ne cultivait pas un goût particulier pour le vomi ; la déambulation triste dans les rires hébétés de l'alcool mélangé aux autres stupéfiants, réveillée à coups de boursouflures cocaïnées, ni l'un ni l'autre ne la pratiquait ; le goût pour le monstrueux et pour la fange, la misère et la poésie désespérée de tout cela, qui, dans leurs époques, l'exploitait comme il l'est aujourd'hui ?

Le massacre du monde, de sa beauté et des êtres encore libres qui le peuplent, ou la production, par le massacre du vivant, de ce qui devra nourrir la mort soi-disant vivante du nouveau lumpenprolétariat mondialisé dont les contremaîtres, immensément argentés, travaillent sans relâche à flatter et à exploiter les fantaisies mégalomaniaques de bas étage et le goût immémorial pour le kitsch et la quincaillerie, ou (comme versant opposé d'une même montagne de misère) celui pour l'autodestruction et la destruction, vont parfaitement de pair avec l'interminable vogue pour le trash et la “transgression” (devenue aujourd'hui la norme) dans les mœurs, en “art”, en “littérature” etc., quoi qu'en pensent les chiens de guerre, c'est-à-dire les employés encore en formation, parfaitement surexploités, ou déjà mis au rebut des internationales du crime spectaculaire-marchand, lorsqu'ils se piquent d'avoir une opinion sur ces questions, et qui voudraient y voir l'antidote au clinquant et au toc d'un certain art actuel utilisé comme savonnette à vilains pour ces contremaîtres, parvenus et autres néo-rastaquouères.

Le divertissement “artistique”, “littéraire” etc. de “luxe” ou de masse utilise et va utiliser ce filon de la décomposition, du trash et de la “transgression” tant que pourra perdurer, pratiquement, ce massacre de la beauté et du monde, et du vivant. Ils sont de la même veine. C'est une même insensibilité et un même goût profond, mauvais, qui se manifestent identiquement dans le domaine de l'exploitation du monde et du vivant et dans son divertissement “artistique” ou “littéraire”.

L'avant-garde (et pour paraphraser Debord), elle, “sous les modes apparentes qui s'annulent et se recomposent à la surface futile du temps pseudo-cyclique contemplé”, en grand style de l'époque, “est toujours dans ce qui est orienté par la nécessité évidente et secrète de la révolution” poétique et sensualiste du monde.

Pour le moment, elle est encore élitiste c'est-à-dire numériquement très inférieure —, consciente, libertine-idyllique, sensualiste, délicate, raffinée, profondément immergée dans la jouissance pleine, sans peine et sans haine, du Temps.

Contrairement à ce qu'elle retrouve, dans le passé, de ressemblant à ce qu'elle peut être, elle n'ignore rien de la décomposition et de la volonté farouche de destruction du nihilisme actif tel qu'il se déploie depuis plus de deux siècles avec une rage, une insensibilité et une efficacité technique jamais égalées dans le cours précédent de l'histoire de l'Homme.

Quoiqu'elle soit cela également, elle n'est pas une sorte de pureté qui ignorerait le crime : elle est le moi idéal, à venir de l'humanité, qui ne s'oppose pas à, mais se dégage de l'enfer (et surtout de la rage, de la souffrance et du désespoir qui le sous-tendent) exploré.

C'est un monde tout entier, une époque nouvelle qui vont devoir aimer la profondeur, le respect et la beauté, la délicatesse, la noblesse, dans leurs mœurs et dans leurs goûts, dans le rapport à soi-même, à l'autre et au monde. Au vivant et à la nature.

Ou disparaître.

C'est tout une poésie du dérèglement des sens, de la déstructuration, avec sa tendresse désespérée aussi, qui doit passer comme elle est venue. Un mauvais goût des miséreux jouant contre leurs maîtres et dans un monde sans maîtres mais sous la férule de leurs contremaîtres à se détruire, et la beauté du monde avec.

Et cette disparition et ce dépassement devront se faire tant par la transcription littéraire ou artistique de l'expérience puissante et saisissante de cette beauté du monde retrouvée (mais soutenue, oui, pour la première fois dans l'Histoire, par ce mouvement de dépassement-compréhension du nihilisme, enfin analysé et réalisé) que dans la production et la reproduction des moyens mêmes du développement de la beauté et du vivant.

La plus belle jeunesse (clic), aujourd'hui, dans tous les pays de cette planète maintenant interconnectée, s'attache le plus souvent sans pouvoir très exactement définir ce qu'elle fait à cette même application de ce principe de délicatesse dans tous les domaines de la “production et de la reproduction” de la beauté et du vivant, et elle possède outre le goût et la volonté la maîtrise des moyens pratiques lui permettant de réaliser cela ; et une belle créativité.

Elle ne comprend pas forcément complètement la misère des hommes et ne s'attend vraisemblablement pas à tout ce qui pourra lui arriver. Elle doute beaucoup, ne vit pas loin du monde, hors du monde, élaborant les jeux délicats, raffinés, puissants, extasiés de l'humanité accomplie, post-analytique, post-économique.

Elle travaille au milieu du champ de mines que constituent les intérêts de ceux qui possèdent aujourd'hui le monde, intérêts violemment contradictoires qui tendent considérés les masses humaines, les intérêts et les moyens technologiques engagés dans cet immense processus de restructuration ou de mise à sac du monde définitive (l'avenir nous le dira ) plutôt à sa destruction.

Cette jeunesse, qui ne vit pas hors du monde, se débrouille comme elle peut avec cette violente négativité du monde autour d'elle et en elle, parfois, aussi.

Comme toutes celles qui l'ont précédée, elle construit aujourd'hui le monde dans lequel elle vivra demain ; et ses enfants avec elle. Et comme beaucoup de celles qui l'ont précédée également, à l'ombre manipulatrice, le plus souvent haineuse et venimeuse, de ses aînés qui la gouvernent.

Elle hérite de toute la misère qu'aura produite cette période d'infamie qui s'est encore intensifiée au début des années 70 du siècle dernier avec la “modernisation” de la société spectaculaire-marchande : de l'amiantage consciemment cancérigène des bâtiments publics et privés, à la fabrication “hors sol” de cadavres de bétail destinés à nourrir le bétail humain ambulant et décorseté, en passant par l'empoisonnement des sols et des nappes phréatiques, et de l'air tout aussi bien, à tout le reste qui se révèle à elle chaque jour davantage, plus complètement et plus terriblement.

Elle découvre, avec horreur et indignation, cet héritage et surtout l'esprit qui l'a fondé : le principe de cruauté et de prédation, armé par la technique et nourri à la haine et au mépris : de sexe, de race, de classe, de caste, de religion ; et aux folies diverses : ethniques, politiques, religieuses, “économiques”, idéologiques etc. et de surcroît toujours alimenté par les sources abyssales (sans lesquelles le reste tarirait) des malédictions et des rancœurs familiales individuelles, responsables de cette insensibilité, de cette anesthésie sensualiste, voluptueuse, poétique de ses aînés dont elle découvre ainsi, sans pouvoir la nommer, la fondamentale et séculaire injouissance.

Comprenant les mobiles de leurs crimes, elle comprend également que toutes ces forces pernicieuses que je viens de nommer sont aussi celles qui la menacent. De l'extérieur ; ou à l'intérieur d'elle-même.

Hors d'elle, elle voit que sous la guerre qui fait rage, il s'en prépare de plus terribles encore dont l'horreur, si elles éclataient, pourrait être encore aggravée par la difficile question du “partage des ressources” (allant en se raréfiant toujours davantage...) laissée aux bons soins d'un affrontement des gangs planétarisé, gangs eux-mêmes plus ou moins organisés autour des clans, des ethnies, des groupes raciaux, nationaux, idéologiques ou religieux et chauffés à blanc par des furies historiques revanchardes.

En elle, elle sent bien que, dans un tel climat, ce qui l'anime c'est, le plus souvent, le très nihiliste : “Détruis ton prochain comme toi-même” (ce qu'elle fait assez alternativement), plutôt que le très christique et finalement éthique et “socialiste” : “Aime ton prochain comme toi-même” ou, pire encore, l'idyllique et aujourd'hui ahurissant : “Peace and love” universels puisque le nouveau slogan de l'époque pourrait bien être, tout à l'inverse : “War and Hate” universels.

Mais cette très particulière injouissance, et sa violence, qu'elle voit partout, se présente, maintenant massivement, habilement et ironiquement, dans le domaine des arts et des lettres ou des mœurs sous les traits très “hip”, très “avant-gardistes” de l'hédonisme libérateur des pulsions “libertaires” violemment destructrices ou autodestructrices. Du trash et du punk, donc.

Le trash et le punk ont été à la littérature, aux arts et aux mœurs et dans cette période d'infamie intensifiée dont on voit aujourd'hui (d'une façon ou d'une autre...) l'ombre de l'ombre de la fin ce que l'alimentation “cannibalique” du bétail par la farine de ce même bétail a été à l'histoire de la gastronomie : une période de vaches folles.

Il est étonnant de voir des jeunes gens qui combattent sur tous les fronts les résultats de cette période infâme de l'histoire (et qui tentent de prévenir les catastrophes qui en découlent et qui se profilent), accepter sans réfléchir ces mêmes résultats lorsqu'ils se présentent sous une forme littéraire ou artistique, ou dans les mœurs, et croire encore que le trash et le punk représentent l'avant-garde de ce temps, par exemple l’antidote à son goût pour le clinquant ou le kitsch, même si l'on peut comprendre qu'ils y trouvent, faute de mieux, une sorte de posture critique contre la réaction dans les mœurs ou en art, et, encore plus évidemment, les moyens de défouler l'angoisse et la haine que leur a données et que leur donne un monde qui leur est si angoissant.

Le trash et le punk ont été “élaborés” par des gens qui ne voulaient pas de futur (parce qu'ils pensaient que l'ignominie de l'exploitation marchande de tout n'aurait jamais de fin). Les jeunes gens d'aujourd'hui, à l'inverse, savent qu'il leur faut, et veulent (parce qu'ils savent que l'ignominie de l'exploitation marchande de tout n'a pas d'avenir) reconstruire les situations et le monde, et donc le futur, selon ces principes de délicatesse et de noblesse qu'ils pressentent sans pouvoir les nommer encore.

On pourrait, sarcastiquement, remarquer que pour des gens qui voulaient passer vite, les initiateurs du trash et du punk ont duré et durent bien longtemps ; et que pour des gens qui voulaient détruire “le système” ils sont, et sur tous les fronts de la mode à la littérature en passant par la philosophie et l'art contemporains d'avant-hier , ce qui reproduit et ce que vend encore ce “système”, le plus massivement.

Le trash et le punk, que l'on a vu, que l'on voit et que l'on verra encore fleurir dans tous les domaines que je viens d'évoquer, comme manifestation de masse d'un long processus de dévoilement du méphitique, trahissent ce fait que pour la première fois une société nouvelle qui à chaque époque antérieure était élaborée pour la satisfaction des classes dominantes se trouve avoir été conçue pour et par les pauvres (qu'ils soient en haut ou en bas de l'échelle sociale...) qui peuvent ainsi expérimenter les plaisirs de la destruction et de l'auto-destruction, et du caprice vengeur, réservés naguère à leurs élites. Ils sont, aussi, la matérialisation de ce que le même Debord avait parfaitement énoncé avant moi : “À l'acceptation béate de ce qui existe peut aussi se joindre comme une même chose la révolte purement spectaculaire : ceci traduit ce simple fait que l'insatisfaction elle-même est devenue une marchandise dès que l'abondance économique s'est trouvée capable d'étendre sa production jusqu'au traitement d'une telle matière première.”

Venus avec une certaine forme de l'“abondance économique” (c'est-à-dire de nuisances et de malfaisants dus à la domination du règne sans partage de l'esprit économiste) et (par l'exploitation de la mine d'or noir des perversions, des pulsions et des caprices sado-masochistes, voyeuristes, exhibitionnistes et des haines ressentimentales des masses et non plus des maîtres ou de leur besoin de consolations) comme expression ultime du dévoilement de l'injouissance plurimillénaire de l'humain, ils ne disparaîtront qu'avec l'intelligence et le dépassement de l'une et de l'autre dont il fallait au préalable poser et c'est l'objet d'un certain nombre de nos écrits le nécessaire diagnostic

Il reste donc à la jeunesse de tous âges et du monde entier à comprendre que ces principes de délicatesse et de noblesse que l'Avant-garde sensualiste défend dans les mœurs, dans les relations entre les femmes et les hommes, entre les êtres, entre les êtres et le monde, constituent, en aboutissement-dépassement de l'ère de la métaphysique du sado-masochisme et comme fin mot de l'histoire du nihilisme européen, les principes sur lesquels doivent se déployer non seulement l'art et la poésie d'aujourd'hui et de demain mais également ceux sur lesquels on doit reconstruire le monde et le futur : poétiquement, sensualistement.

Nos observations et notre ton, aussi impérieux ou même élitistes qu'ils puissent paraître dans une époque de promiscuité violente et sans égards, n'ont cependant pas d'autre but que d'éclairer (par les expériences qui sont les nôtres dans le domaine de la poésie vécue et de ses transcriptions “littéraires et artistiques”, qui sont les seuls domaines dans lesquels nous nous réjouissons d'avoir quelque talent) tous ceux qui partout dans le monde, d'une façon ou d'une autre, du haut en bas de l'échelle sociale, travaillent eux aussi à la victoire de ces principes de délicatesse et de noblesse contre tout ce qui, hors d'eux et en eux, depuis toujours et dans tous les domaines, veut leur destruction ; et celle du monde avec.


C'est à cette “nouvelle noblesse” qui, partout, devra re-sensibiliser et éclairer, de ses œuvres et de ses écrits, le monde parfaitement idolâtre, fanatisé ou surexploité à l'extrême et ses “saigneurs” que ce numéro 4 d'Avant-garde sensualiste est adressé.




Avant-garde sensualiste 4. Recueil littéraire et artistique. Juillet 2006/Mai 2008 







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dimanche 18 décembre 2016

VIE SUPRÊME











Jean-Honoré Fragonard
Les Amants heureux ou L'Instant désiré







De l'Entretien des Muses (clic), des Tendres Plaintes (clic) et des Idées Heureuses (clic)





Nous cherchons
Et nous trouvons
Toujours
De l'amour sentimental et charnel
Le véritable exaucement

Cette vraie satisfaction
La cherchons nous vraiment ?
Disons que nous
Nous laissons plutôt guider par elle
Comme par une merveilleuse caresse
Excessivement sentimentale et sensorielle
Par le fait
L'on s'emparadise
Sans y penser

D'abord
On ne fait rien qu'à folichonner
On marivaude
On se galantise
Dans notre musardise
Dans la pénombre
Rideaux tirés
Puis
Très vite
On s'impatronise
Dans la volupté
Dès nos premiers baisers

Petit à petit
À lèche-doigts
Pour ainsi dire
Et par nos mignoteries bénies
On en arrive nesciemment
Aux plus intimes privautés
Les privautés qui ont sur la privance
On le sait –
L'avantage
D'avoir déjà toute tracée
Devant elles la route de la chance
Et je sens tout en vous caressant
Infiniment amoureusement
Comme s'encolimaçonner
Sous mes doigts
Le petit fruit gonflé
Doublement congénial
De vos entrailles
Et par ses gourmandes gracieusetés
Et par ses régalantes aspirances
Qui ne font que nous haleter

Pour moi, j'offre à nos amours
Ce souffle pantelé
Les caresses ondulées
Les plus aimantes
De mon bassin d'amant
Ma virilité mâlement ithyphallique
Et tout aussi bien hypocoristique
Si vous le souhaitez
Et pour vous exquisément dilatée

À ce stade notre nonchaloir
Ne peut que se transsubstantialiser
En une merveilleuse danse
Ou l'on se dégogne de grâce et d'extase
Sans même plus pouvoir y penser :
Les yeux fermés
Nous savons
Que les jouissances vécues sont ainsi décuplées
Et pas près de s'éloigner
Dans une pauvre représentation
Mais
De tout façon
Les yeux ouverts ou bien fermés
La vérité est que nous sommes maintenant
Merveilleusement
Comme aux abonnés
Abandonnés-présents-absents
Tout confondus dans notre bain de soleil
Notre promenade infinie…
Notre voyage
Notre aventure…
Nos bohémienneries…
Nos dégognades nos agréments…
Dont je parlais précédemment


Tout cela finit
Immanquablement
Par dévaler
Sur notre conjouissance
Dont nul ne sait quel signal secret l'a si bien réglée
Qui débonde toujours dans un tsunami
De jouïssement
Une pulsatile liquescence
Où se dépensent toute notre chance
Et le peu qui restait de notre présence
D'esprit

Présence que nous retrouvons
Quelques heures après
À notre réveil
Mais très sublimée
Dans cette flottance
Ainsi que vous l'avez nommée
Où se conjuguent joie feutrée
Tendresses caressées
Alanguissement emparadisé



Nous cherchons
Et nous trouvons
Toujours
De l'amour sentimental et charnel
Le véritable exaucement


Cette vraie satisfaction
La cherchons nous vraiment ?
Disons que nous
Nous laissons plutôt guider par elle
Comme par une merveilleuse caresse
Excessivement sentimentale et sensorielle
Par le fait
L'on s'emparadise
Sans y penser…








R.C. Vaudey

Le 18 décembre 2016

Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016





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jeudi 15 décembre 2016

Documents relatifs à la fondation de l’Avant-garde sensualiste, — le 15 décembre 1992













SUR LA PLAGE DU CIEL
L'ÂME ÉTOILÉE...


Celle qui ouvre ton cœur
Que tu aimes de toute ton âme
Sans ombre
L'esprit clair
Et tendre
La femme que tu aimes
Sans penser 
Puissamment 
Profondément
Sans arrière-pensées
Avec cette passion sincère
Dans le jeu, les rires
Et l'immense sérieux du plaisir, sans rire, en riant,
Celle qui ne t'a pas blessé
Que tu n'as pas blessée
Celle qui ouvre ton cœur, ton corps, mon âme, celle qui efface tout le reste, ramène le vrai, l'être, belle beauté convulsive, tendre et puissant abandon
Celle qui éclaire tout le reste
Explique sans rien dire le faux
du reste
Celle que tu aimes corps et âme
Bavard mais étoilé
Celle qui parsème ton âme dans les étoiles
Tu y es !
Celle qui vibre longtemps en toi
La femme qui te respire avec son ventre de femme, de fée
Celle dont tu irrigues le cœur de ton âme
Fleur ouverte après l'ondée
La femme au ventre source ruisseau fleuve océan houle marine vague raz-de-marée
Celle qui te laisse sur la plage du ciel l'âme étoilée
Celle que tu peux aimer, que tu n'as pas blessée, qui ne t'a pas blessé
Celle qui t'accueille, t'aspire, te fond, que tu accueilles remplis que tu fonds
La femme de ton âme
Celle avec qui tu découvres la vérité de la vie jeu sentiment désir puissant beauté torride
Flamme feu passions désir désir don abandon innocence des sentiments des sensations
Pure délectation
Celle avec laquelle tu goûtes la vie, la vraie vie
HA ! La belle vie !
Celle que tu enivres, qui t'enivre tous deux chevauchant la belle vie
Tous deux se fondant dans la belle vie
Laisse la vague, suis la houle, suis mon cœur, mon cœur, je suis ton cœur, laisse parler ton âme, je laisse parler mon âme, toi qui ne crains rien de moi, moi qui ne crains rien de toi
Ouvre le monde, suis ma route terre profonde, je remplis ton âme, tu emportes la mienne
Ô mon âme !
Nul n'y résiste source ruisselante fleuve vague marée raz-de-marée, emporte nos âmes
Nos âmes maintenant étoilées, beauté convulsive totale, corps et âme sans pensée
Sans arrière-pensée
C'est la vie !
C'est la vie !
Mon âme extase pleine éparpillée mêlée sublime semblable
Reste sur la plage du ciel
Mon âme étoilée !
La belle, la puissante, la tendre unité, et même des corps l'étonnante synchronisation dans les vagues
Mouvements de la langueur...
Il faudra encore bien du temps, du temps de temps, du temps de rêve, du temps de vie, de vraie vie pour que ce qui s'est si puissamment uni peu à peu retrouve sa propre unité

L'innocence de ton âme, de son âme dans l'extase emporte à l'unité du monde et des amants, et puis, peu à peu, suit le retour à la singularité, mais à la singularité éclairée épanouie ravie émerveillée attendrie
Suis ton âme, mon âme, aime de ton eau pure, de ton cœur tendre, puissant, bel animal raffiné
Aime de ton âme claire tendre sans pensée, sans arrière-pensée
Aime comme on doit aimer
Puissant et bel animal
Raffiné diamant du monde
Amant du monde
Aimant la vie
Aimant ta femme
Aime de ton âme claire
Bel et tendre, raffiné, animal
L'amour la beauté la poésie
Et tout ce qui s'ensuit...

À celle que j'aime avec mon âme sans arrière-pensée tout feu tout flamme bavard étoilé
À toi Héloïse




 Le 15 décembre 1992







Sur la plage du ciel l'âme étoilée

 15 décembre 1992
acrylique sur toile
130 x 50 cm






CANDOLIM


Sur la mer
Having played
Sur la mer
Aux larges épaules
Torse ample
Sur la mer
Le regard posé
Sur la mer
De la tête aux pieds
Sur la mer
Au sable de grillons
Sur la mer
Aux caresses dans les mains du sable écoulé
Sur la mer au petit puits d'enfant
Sur la mer au rivage d'infini
Sur la mer aux rivages au lointain profond
Sur la mer au sentiment d'océan
Sur la mer
Aux larges épaules au torse gonflé
Sur la mer toutes voiles gonflées
Sur la mer puissant tendre aimé
Aimant
Sur la mer le regard posé
Tendre aimant aimé
Sur la mer
Force inimitable
Sur la mer
Couleur d'or
Sur la mer
Amant d'or
Pénétrant caressant glissant gonflé dressé tendrement caressant pénétrant glissant
Sur la mer
Amant d'or
Prend l'or du Temps
Prend l'air du Temps
Bel amant




 Le 21 février 1993







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