vendredi 15 février 2013

L’Avant-garde sensualiste dans la “révolution sexuelle”





Mona Lisa Ballerina
Monogrammée Bô
Acrylique sur toile
280 x 154 cm






Les générations précédentes ont fait beaucoup pour faire accepter tout le particulier et le très personnel dans la sexualité, et cela dans et à partir d'un monde encore particulièrement borné et réactionnaire.

Aujourd’hui la domination est sans bornes ; et, en jouant sur les mots, c’est en cela même qu’elle l’est.

Une autre génération, à partir de cette liberté acquise, découvre que, le plus souvent, ce qui peut enfin s'exprimer librement a pour base la misère, de vieux désastres familiaux, affectifs, sentimentaux, sensitifs, plus ou moins cataclysmiques, refoulés ; le tout étant circulairement le produit et le reproducteur d’un ordre social basé, depuis quelques milliers d’années, sur l’assujettissement qui a façonné les personnalités, les caractères et les mœurs ; elle tente d'explorer, en full contact en quelque sorte, cette misère ; elle essaie même de s'en libérer en partie et de découvrir ce qui peut naître à partir de ces nouvelles bases caractérielles et à partir d'un emploi du temps totalement opposé à celui qui s'impose à la majorité, et, également, à partir d’un désintérêt méprisant pour la grande machine du Spectacle et ses mystifications et leurres divers, et cela alors que, dans le même temps, d'une part la Société de l’Injouissance, dont nous parlons, est entrée dans une nouvelle phase dans laquelle elle se nourrit précisément à la source des fantaisies, caractérielles, névrotiques, idiosyncrasiques et collectives qu'elle produit, reproduit et surexcite tout en tentant de les formater totalement, et que, d'autre part,  le Spectacle –- enfin son aile la plus moderniste –- est passé d'une mentalité de censeur petit-bourgeois à celle d'un maffieux, pourvoyeur de came ; quelle qu'elle soit. 

L'organisation spectaculaire-marchande, héritière de millénaires d'arriération patriarcale-esclavagiste, reproduit et développe la Séparation, entre les hommes et en chaque homme avec lui-même ; elle engendre donc la souffrance, interdit son intelligence, et produit (tout en se développant sur l'organisation de cette production) tous les fétiches, sensibles ou supra-sensibles, nécessaires à l'apaisement momentané -– toujours inefficaces sur le fond –- de toutes les formes de compulsions que cet état misérable de la vie attise et dont, par la structure même des caractères, de la division du travail et des mœurs, elle défend le dépassement, aussi bien qu’ils la rendent pour le moment indépassable ; elle se développe maintenant non plus tant à partir d'une organisation rigide et fixe de la société hiérarchisée et des rôles stéréotypés qui accompagnaient cet ordre –- quoique cette vision-là du monde tente un retour en force –- mais principalement à partir de ce que toute cette compréhension rendue impossible, et ce dépassement pratique également rendu impossible, produisent de caprices, de fantasmes, de lubies, de fureur attachés à se satisfaire. Au moins dans les sociétés occidentalisées. Et c'est à cela qu'est sacrifié le reste du monde.

En détournant on pourrait dire : maintenant que le mouvement de la révolution des mœurs est partout seul à entreprendre de parler sérieusement de la société, c'est en lui-même qu'il a dû trouver la guerre qu'auparavant il menait, unilatéralement, dans la lointaine périphérie de la vie sociale, en apparaissant de prime abord comme complètement étranger à toutes les idées que cette société pouvait alors énoncer sur ce qu'elle croyait être. Quand la subversion des mœurs envahit la société, et étend son ombre dans la Société de l’Injouissance, les forces spectaculaires du présent se manifestent aussi à l'intérieur de ce parti de la révolution des mœurs –- parti au sens éminemment historique du terme -– parce qu'il a dû effectivement prendre en charge la totalité du monde existant, y compris donc ses insuffisances, son ignorance, et ses aliénations. Il hérite de toute la misère en y comptant la misère intellectuelle, sexuelle, sensuelle, amoureuse, émotionnelle, poétique que le vieux monde a produite; car finalement la misère est sa vraie cause quoiqu'il lui ait fallu soutenir une telle cause avec grandeur.



Avant-garde sensualiste 1 (Juillet/décembre 2003) 



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