samedi 30 décembre 2017

Le grand souffle — Sur la grève du monde — La souveraineté infinie du silence







Le grand souffle




I


Les grands baisers
L’air serré
Le grand souffle
Ébahie


II


Après
Le trajet
Le palais
Le Magnificat
Bach phénoménal
Divin
L’extase musicale
Béate


III


Puis
La neige

Rien ne nous arrête

Nous nous aimons







P.S.


Suivent ceux de Saint-Pétersbourg
Et, dans la nuit de Noël,
Anna Fusek
(Son Largo ma non tanto )
Les yeux baignés de larmes




Le 27 décembre 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017













Sur la grève du Monde




Allongé
Au réveil
En plein été
Sur la plage du Temps
Dans l’anse de vos bras
Je sens les vagues du monde
Qui se prélassent à nos pieds
Je sens la vague du monde
Amoureusement
Nous envelopper
Vous et moi


L'amour c'est l'été toujours


Comment ne pas re-sentir
Les yeux fermés de plaisir —
Les baisers dont hier on se régalait
Qui nous embrasaient
Sur cette même grève du Monde
Et notre poursuite immodérée
Enlacés
Notre course au soleil
L'invraisemblable ouverture de nos êtres
À l’Être au-delà de l’être
Sans doute
L'offrande
Nos souffles coupés
Emballés
Puissants
Profonds dans le raz-de-marée —
L'onction suprême
Comme un saint chrême
Une bénédiction avant l'échappée extrême
Fabuleuse
Démesurée
Et puis
Ainsi favorisée —
L’envolée immatérielle
Et le chœur de nos cœurs
Pour moi inouï
Tant j’étais volatilisé


Aujourd’hui
Des nuages caressés
On flotte bienheureux
Dans une brume
Où Albinoni, Bach et Couperin
Témoignent en faveur du divin de l’humain


Les mauvais esprits diront  : il n’y a bien qu’eux










Le 30 décembre 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017








 Extatisme galant




Cher ami,



 
Les mystiques ecclésiastiques, en Asie, au Moyen-Orient ou en Europe, sont le plus souvent, et assez justement, associés dans l'esprit du public à des manifestations supra-naturelles : stigmates, inédie, lévitation, fakirisme sous toutes ses formes.


Les taoïstes n’y échappent pas : ils recherchent l'immortalité et utilisent l'amour physique non pas pour unir le féminin et le masculin mais pour les dissocier : le taoïste mâle devant, par une gymnastique particulière, parvenir à ne pas jouir de concert avec son amante ; bref, ils pratiquent un autre genre de fakirisme, plus aimable sans doute que celui de certains gymnosophistes de l’Inde.


Les petits libertins européens, eux — de leur côté et à l’inverse —, doivent éjaculer tant et plus mais sans jamais connaître l'extase en comme-un, ce qui est encore un autre numéro de cirque. 


J’espère que tu vois la différence avec l’art naturellement sentimental, délicat, puissant et si précieux de l’extatisme galant.


On pourrait dire : l’extatisme galant, c'est le passage incontrôlé dans l'Être — qui n’est rien d’autre que ce silence, cette illumination, ce sans-nom —, la sortie de l'étant — qu'on le comprenne comme Volonté et représentation, Volonté de puissance, danse cosmique élémentaire épicurienne etc.


L'extase poétique comme l'extase galante, c'est l'ouverture sur le sans-nom, l’intouché, l’intouchable : c'est le règne de l’illuminescence opposé à celui de la prétendue connaissance ; la souveraineté infinie du silence sur le bavardage.


La plupart des mystiques d'Orient ou d'Occident ont perverti ce sans-nom avec des légendes populaires ou religieuses.


L'extatisme galant, lui, ouvre avec un baiser, une coupe de champagne, le Double concerto pour violon de Bach, les magnifiques vapeurs de la brume qui couvre à cet instant cette campagne à ce qui est au-delà de tous les fakirismes, de toutes les croyances, de toutes les superstitions et de toutes les explications philosophiques affirmatives ou nihilistes   du monde. 


L'extatisme galant ouvre à la pure jouissance du Temps.




Porte-toi bien,





Le 30 décembre 2017







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dimanche 24 décembre 2017

Mystiques par excellence







Cher ami,




Il me semble futile de discourir sur les mérites comparés des extases mystiques du bouddhisme, du tantra, du soufisme, de celles des sadhus shivaïtes, de Sainte Thérèse d’Avila, de Saint Jean de la Croix, des Libertins anciens Libertins Spirituels inclus, qui n’étaient après tout peut-être que des paillards , des quiétistes etc. : pour nous, les plus belles extases mystiques sont celles que nous vivons : contemplatives galantes, et poétiques ; et c’est à elles seules que nous devons accorder notre attention. En espérant toujours, dans l’amour, cette « harmonie sans arrière-pensée » dont parlait l’homme du petit film ; et en restant ouverts à l’éblouissement toujours inattendu qui est peut-être là, dans le violon de Vivaldi qui vient de me laisser longtemps sans plus pouvoir rien dire ou écrire (clic)


Discourir sur l’indicible et sur les discours sur l’indicible est bien, mais c’est le fait des érudits et des scholiastes, dont c’est la profession, — profession qu’ils ont choisie en rapport avec leur tournure de caractère : ni l’érudition ni la glose ne présentent d’intérêt pour nous, ni ne sont compatibles avec nos « grands caractères », pour le dire comme Rimbaud.  

Si un homme est un Libertin-Idyllique, il en sait toujours assez long, et s'il ne l'est pas, il peut bien savoir tout ce qu'il veut, cela ne peut que lui nuire. La seule chose qui compte, c’est que nous accédions encore et toujours à notre « déité », pour le dire cette fois comme Maître Eckhart : ce qui importe, ce n’est pas de parler de l’extase mais d’en être fulguré : en montant l’océan à cru (en bodysurfant — nu, ou presque — les vagues) ; en dévalant les pentes enneigées ; en vagabondant par les chemins ; en rallumant un feu dans une cheminée ; en écoutant Vivaldi, Couperin ; ou au réveil du sommeil d’amour. Ce que nous pouvons espérer, c’est que se réveille toujours chez nous — tout en faisant soudainement taire le reste — ce qui fait de « l’Homme un Dieu ; une histoire d’amour ». Et j’avoue que pour cela notre extatisme — galant me paraît la plus aimable des voies du monde.

Enfin, aujourd’hui, réjouissons-nous du fait qu’il y a un peu plus de deux mille ans, un authentique mystique soit né. Pour ceux qu’une telle affirmation pourrait choquer, j’ai pris soin de demander à Georges Hougaulle ce qu’il en pensait : G. Hougaulle m’a immédiatement signalé un article paru dans La Croix, c’est dire, signé du Père Jean-Paul Sagadou, assomptionniste, article où je lis : « Ainsi, si on définit à gros traits le "mystique" comme celui qui vit l’expérience de Dieu, il est clair que Jésus est un mystique, le mystique par excellence. »

Debord avait fait publier par Champ libre « Le meurtre du Christ », de Wilhelm Reich ; je retrouve ce livre dans ma bibliothèque ; je l’ouvre au hasard, et je lis, page 290, « l’humanité se donne en spectacle ». En quelques milliers d’années de règne des marchands du temple et d’ailleurs et de leurs compères esclavagistes — soutenus par toutes les milices de toutes les bigoteries, religieuses, politiques, « économiques » du monde —, l’Humanité a perdu son âme, c’est-à-dire le contact avec sa « déité » : c’est maintenant le règne de ce que j’ai appelé l’Injouissance ; et donc l’Enfer est vide : tous les démons sont ici. Les rabbins ont fait crucifier le Christ, l’inquisiteur général du royaume de France, Guillaume Humbert, a fait brûler vive Marguerite Porete. Sans compter tous les autres : restons discrets.

Vivons la poésie : l’I.A. peindra les tableaux que nous n’avons pas peints : elle le fait déjà pour Rembrandt (clic)   ; elle écrira de la même façon nos thèses philosophiques : il n’est plus temps de prendre du speed et du whisky pour pondre des thèses de « 600 pages » ; elle pourra même écrire des aphorismes que nous aurions pu écrire, et des poèmes sensualistes à n’en plus finir, mais nous seuls pouvons les vivre après un bouleversement, une épiphanie, un miracle.

Seule l’extase est spécifiquement humaine (c’est-à-dire divine), on s’en rendra compte bientôt, et on comprendra pourquoi nous avons parlé d’avant-garde sensualiste.

La musique a eu ses castrats (des êtres globalement diminués pour développer à l’extrême certaines de leurs fonctions) ; la division du travail, l’art commercial et les sciences, de toutes les sortes, ont depuis toujours les leurs. Les castrats de la musique ont disparu au début du XXe siècle. Le siècle suivant verra peut-être la disparition des autres.


Bon, je te laisse : je vais voir si je ne trouve pas l’Illumination dans le champagne rosé.



Bon Noël,



R.C. Vaudey



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jeudi 21 décembre 2017

Les Libertins-Idylliques ou l’amour oblatif, contemplatif — galant







Cher ami,




En général, la question est très vie résolue, particulièrement avec les auteurs qui ressortissent à ce que j'appellerai le petit libertinage : celui des libertins (avec un petit l) : en effet, ce qui réjouit ceux qui pratiquent ce petit libertinage est ce qui permet précisément de savoir ce dont ils souffrent, à quel stade de leur développement libidinal ils sont restés fixés, quelle structure caractérielle est la leur…

Pour qualifier le petit libertinage, et en détournant Hugo, on pourrait dire : Ce qu’on appelle passion, volupté, libertinage, débauche, n’est pas autre chose que la résurgence « sexualisée » d’une violence qui a été faite par la vie.

Le petit libertinage se satisfait de peu: tout lui convient : n'importe quel type de transgression, même — ou surtout — furtive, lui procure excitation, emballement et, éventuellement — s'il ne le repousse pas indéfiniment —, une forme certes incomplète de spasme mais qui amène tout de même à un épuisement — que suivent malheureusement souvent la tristesse, ou le dégoût.

Le petit libertin est le plus souvent resté fixé au stade anal : ses partenaires de débauche sont des objets de transfert sur lesquels il projette ses sentiments refoulés : ce sont des choses, différentes mais interchangeables, qu’il veut posséder en despote, et sur lesquelles, idéalement, il voudrait avoir droit de vie ou de mort ; dominé, il a souffert de l'oppression, et c’est cela qui le meut : par exemple, la mort de Louis XIV, très bigot sur la fin de sa vie, libère avec la Régence les pulsions destructrices, nées de la soumission à Dieu et au Roi, chez les jeunes babouins de l'aristocratie ainsi castrés : ainsi commence le XVIIIe siècle, qui sera essentiellement celui du petit libertinage (le quiétisme, qui relève de ce que j’appellerai le grand libertinage, appartient au siècle précédent). Toujours, lorsque les jeunes mâles se libèrent du Père, ils boivent, et, toujours, ce sont les femmes qui en pâtissent. Mme de Gacé, et d’autres, en font les frais.

Le petit libertinage va de pair avec les pulsions féminicides et avec l’esprit de lucre : la fixation sadique-anale, la passion de dominer et de détruire mariée avec le goût de l’accumulation, sont constitutifs et du petit libertinage et du déploiement du capitalisme, — le capitalisme, ce fruit de cette injouissance poético-voluptueuse décorsetée : au même moment, le système de Law emballe toutes les têtes du royaume.

Le petit libertin est comme un petit singe qui a volé un instrument de musique : il tape sur le clavier comme un sourd : plus il fait de bruit, plus il est content. Il aime la montre et l’épate : il l'aimait au XVIIIe siècle, il l'aime toujours aujourd'hui : piscines hollywoodiennes, limousines sans fin, tapis rouges à n'en plus finir, « villas » plus somptueuses les unes que les autres : mais, comme l'écrit Schopenhauer à propos de la joie:

« Ce qui augmente particulièrement la difficulté [… ], c’est cette hypocrisie du monde dont j’ai parlé plus haut, et rien ne serait utile comme de la dévoiler de bonne heure à la jeunesse. Les magnificences sont pour la plupart de pures apparences, comme des décors de théâtre, et l’essence de la chose manque. Ainsi des vaisseaux pavoisés et fleuris, des coups de canon, des illuminations, des timbales et des trompettes, des cris d’allégresse, etc., tout cela est l’enseigne, l’indication, le hiéroglyphe de la joie ; mais le plus souvent la joie n’y est pas : elle seule s’est excusée de venir à la fête. »

et, plus loin :

« Mais aussi, dans toutes ces manifestations dont nous avons parlé, le seul but est de faire accroire aux autres que la joie est de la fête ; l’intention, c’est de produire l’illusion dans la tête d’autrui. […] Chamfort dit d’une manière charmante : « La société, les cercles, les salons, ce qu’on appelle le monde est une pièce misérable, un mauvais opéra, sans intérêt, qui se soutient un peu par les machines, les costumes et les décorations. » Les académies et les chaires de philosophie sont également l’enseigne, le simulacre extérieur de la sagesse ; mais elle aussi s’abstient le plus souvent d’être de la fête, et c’est ailleurs qu’on la trouverait. Les sonneries de cloches, les vêtements sacerdotaux, le maintien pieux, les simagrées, sont l’enseigne, le faux semblant de la dévotion, et ainsi de suite. C’est ainsi que presque toutes choses en ce monde peuvent être dites des noisettes creuses ; le noyau est rare par lui-même, et plus rarement encore est-il logé dans la coque. Il faut le chercher tout autre part, et on ne le rencontre d’ordinaire que par un hasard. »

Le petit libertinage est une noisette creuse, qui surjoue une jouissance impossible, dans un décor de rêve — qui est un cauchemar et un enfer.

Si les petits libertins partent de — et demeurent dans — la souffrance, les Libertins, mystiques (comme Marguerite Porete) ou poétiques, partent d’une épiphanie et d'une joie.

Les mystiques ecclésiastiques ont toujours été contraints par les textes religieux, l'idée d'un Dieu incarné etc. mais leur expérience est identique : c'est celle d’un éblouissement poétique, d’un ravissement qui laissent bouche bée.

Les mystiques laïcs, dans le genre des Libertins Spirituels, n'ont pas connu cette contrainte (c’est pourquoi certains comme Marguerite Porete ont fini sur le bûcher), mais on sait assez peu de choses d'eux.

En Asie, le Bouddha partait lui aussi de la souffrance pour arriver à une sorte d’anéantissement, quand les taoïstes ou les adeptes du Tch’an paraissent avoir été des drôles qui acceptaient l’impermanence sans sourciller (on connaît l’attitude de Tchouang-tseu à la mort de sa femme) ; ils ont laissé le souvenir de vrais gaillards, parfois ivrognes, toujours poètes, excessifs en tout, le plus souvent rustres et énigmatiques, et même, parfois, amoureux transis (Ikkyu).

Je les préfère aux mystiques ecclésiastiques européens. Le : « Où était-il lorsqu'il arrêtait de moudre le gain ? : perdu dans la source profonde. », de Lin-tsi, me paraît plus direct que les discours de Sainte Thérèse d’Avila, des extases de laquelle les manifestations physiologiques me paraissent inquiétantes.

Le grand libertinage, celui des Libertins, a évidemment toujours cherché à se créer les situations favorables à l'éclosion de ce qu'il recherche : cette jouissance du Temps dont nous parlons.

Il a toujours su que : « La jeunesse est trop ardente pour avoir du goût ; pour avoir du goût, il ne suffit pas d'avoir en soi la faculté de goûter les belles et douces choses de l'esprit, il faut encore du loisir, une âme libre et vacante, redevenue comme innocente, non livrée aux passions, non affairée, non bourrelée d'âpres soins et d'inquiétudes positives ; une âme désintéressée et même exempte du feu trop ardent de la composition, non en proie à sa propre veine insolente ; il faut du repos, de l'oubli, du silence, de l'espace autour de soi. Que de conditions, même quand on a en soi la faculté de les trouver, pour jouir des choses délicates !”

Ainsi le grand libertinage, le libertinage mystique, n’aime, et n’a jamais aimé, que le loisir et l'insouciance du monde, et si le luxe et la beauté font aussi son bonheur, il peut s'en passer : le Libertin est peut être un singe comme les autres mais il connaît la musique : taper comme un sourd sur un clavier ne lui suffit pas : non seulement il veut savoir pourquoi il cherche à taper comme cela plutôt qu'autrement, toujours de la même façon, comme un disque rayé qui, abîmé à tel endroit, n'aboutit jamais à la fin du morceau, au grand final (chose que ne cherche jamais à comprendre le petit libertin), mais plus encore ce qui le distingue du petit libertin c'est qu'il recherche, en amour, l'harmonie, mieux, l'extase harmonique, et les chatoiements béatifiques qui longtemps la suivent et la prolongent.

À propos de cette jouissance du Temps dont nous parlons, on pourrait encore reprendre ce que dit Schopenhauer (bien sûr, il écrit cela à propos de tout autre chose : il parle de la joie), pour décrire véridiquement la façon dont cette jouissance du Temps apparaît, — lorsqu'elle n'est pas le fruit parfait et attendu d'un rendez-vous galant accompli.

« Là où réellement elle se présente, là elle arrive d’ordinaire sans se faire inviter ni annoncer, elle vient d’elle-même et sans façon, s’introduisant en silence, souvent pour les motifs les plus insignifiants et les plus futiles, dans les occasions les plus journalières, parfois même dans des circonstances qui ne sont rien moins que brillantes ou glorieuses. Comme l’or en Australie, elle se trouve éparpillée, çà et là, selon le caprice du hasard, sans règle ni loi, le plus souvent en poudre fine, très rarement en grosses masses. »

On peut s’étonner de cette persistance à travers le temps de cette forme particulière de l’amour, de la jouissance et de la poésie, — considérant ce qu’est et ce qu’a été le monde.

Reich écrivait ceci :

« Il était facile de voir que la majorité des gens devenaient névrosés. La question était plutôt de savoir comment les individus — étant donné l’éducation actuelle — pouvaient demeurer sains ! Il fallait avant tout examiner les rapports entre l’éducation de la famille autoritaire et le refoulement sexuel.
Les parents — inconsciemment, sur l’ordre de la société mécanisée et autoritaire — répriment la sexualité chez les enfants et les adolescents. Comme les enfants trouvent leur voie à l’activité vitale bloquée par l’ascétisme et, en partie, par le désœuvrement, il se développe chez eux une espèce « collante » de fixation parentale caractérisée par l’impuissance et les sentiments de culpabilité. Cette fixation les empêche de grandir et de quitter la situation infantile avec toutes ses angoisses et ses inhibitions sexuelles. Ainsi élevés, les enfants deviennent plus tard des adultes affligés d’une névrose caractérielle et recréent leur maladie chez leurs propres enfants. Il en va ainsi de génération en génération. La tradition conservatrice se perpétue de la sorte, — une tradition qui a peur de la vie. Comment, dès lors, peut-il se trouver encore des êtres humains qui soient sains et qui le demeurent ?
La théorie de l’orgasme donnait la réponse : des circonstances fortuites, ou socialement bien conditionnées, permettent d’atteindre parfois la satisfaction génitale. Celle-ci à son tour retire à la névrose sa source d’énergie et soulage la fixation dans la situation infantile. Ainsi, malgré la situation familiale, rencontre-t-on des individus sains. Le jeune individu de 1940 a une vie sexuelle foncièrement plus libre que le jeune individu de 1900, mais aussi plus chargée de conflits. La différence entre un individu sain et un malade ne réside pas dans le fait que le premier fut dispensé de vivre les conflits typiques de la famille ou de subir le refoulement sexuel. Mais une combinaison de circonstances particulières et, dans notre société, inhabituelles (en premier lieu la collectivisation industrielle du travail), lui permet d’échapper à leur étreinte, s’il est aidé par une façon de vivre conforme à l’économie sexuelle. Il est intéressant de suivre le destin de ces individus. Assurément, ils n’ont pas une existence facile. En tout cas, l’organothérapie spontanée de la névrose (c’est ainsi que j’ai appelé la libération orgastique de la tension) leur donne le moyen de supporter les liens pathologiques de la famille, et tout autant les effets du refoulement sexuel imposé par la société. Il est des êtres humains d’une certaine espèce qui vivent et travaillent ici et là, discrètement, et qui sont pourvus d’une sexualité naturelle. Ce sont les caractères génitaux. On les rencontre fréquemment parmi les travailleurs industriels. »




Le petit film qui suit — que je ne connaissais pas il y a huit jours — montre qu’il y a, dans tous les milieux et dans toutes les époques, quelques individus qui trouvent la voie de ce que j’ai appelé l’extase harmonique. Il montre aussi comment les Libertins-Idylliques  ou les Contemplatifs — Galants, comme on voudra, sont le fruit de leur temps : il y a beaucoup d’avantages à avoir commencé sa vie amoureuse à celle époque-là car ce dont parle cet homme compte pour beaucoup ; cette époque nous a malgré tout offert les moyens de la poésie que nous vivons et que nous célébrons.








Porte-toi bien,












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samedi 16 décembre 2017

L’obsolescence de l’usiné ou l’injouissant menacé d’extinction






Cher ami,


Pour répondre à ta première question : certainement dans Le mouvement du Libre-Esprit (qui reprend d’ailleurs la même graphie). Pamela, de son côté, fait référence à Richardson.


Mais surtout l’injouissant est usiné : on peut considérer que le même décor mis en place partout sur la partie spectacularisée de la planète (écoles, universités, bureaux, aux-peines-spèces, périphériques, transports en commun, autoroutes, zones pavillonnaires, grands ensembles etc), les fonctions sociales, les emplois du temps (semaines de travail, ouique-indes, vacances, chômage, galère et le reste… ), l’ensemble des media etc. sont la machine et le décor qui usinent des personnages tout à fait stéréotypés, aux relations qui ne le sont pas moins : les diverses sortes de motorisé(e)s, les rockeuses et les rockeurs, les tatoueuses et les tatoué(e)s, les amatrices et les amateurs de clubs libertins, les bodybuldeuses et les bodybuldeurs, les peunques, les teufeuses et les teufeurs (et tant d’autres, dont les « conventions », les « concentrations » ou les « salons », ou encore les « festivals » sont toujours effrayants et, à proprement parler, phénoménaux) sont partout sur la Terre des modèles proches du clone (et du clown, au regard de l’honnête Homme, soyons honnête (( tu notes la majuscule du neutre, comme dans les contrats d’édition, qui parlent de l’Auteur, neutre que j’utilise toujours sciemment, dans mon souci constant de flatter les dames — enfin, s’il en reste —, et tant pis si je me trompe))).


C’est cette production des différents rouages du monde — qui reproduisent en retour le monde tel qu’il est — qui est menacée par ce que Marx appelait l’automation, dans les Grundrisse.


Y a-t-il des Hommes ?


Je viens de finir un très beau livre sur Marcel Lapierre, écrit par Sébastien Lapaque. Lapierre et les autres, parmi lesquels on compte des dames, voilà des Hommes, — qui ont inventé le monde, et cela non pas en reproduisant, ou en aggravant, sa laideur et sa vulgarité — dans la façon de traiter la vigne et d’élever le vin — mais en s’opposant à cette vulgarité et à cette laideur — qui aboutissent toujours à la perte du goût, à la disparition du sensualisme, dans l’art de l’ivresse comme partout ailleurs.

Ils se sont opposés à cela, tout simplement : en traitant la vigne et le vin avec délicatesse et avec art. Ainsi que nous le faisons, Héloïse et moi, avec la jouissance et l'amour.


À quoi reconnaît-on l’Homme de l'usiné : l’usiné ne se soutient que par le système. Il est inimaginable sans lui ; il disparaîtrait immédiatement si, pour un raison ou une autre, ce système et sa technique s’effondraient ; l’Homme, lui, se satisferait des conditions de production d’avant la fin de l’ère baroque en musique, donc d’avant 1750.


Vivre dans une « maison » du XVIIe siècle, chauffée par de splendides poêles de masse en faïence ouvragée — qui n'émettent aucune particule fine, brûlent tous les bois, de toutes les dimensions, secs ou verts — ; boire du vin naturel ou du champagne de la maison Drappier ; écouter de la musique du début du XVIIIe, — en l’occurrence les Pièces de violes de François Couperin, jouées sur instruments d’époque (un critique précise : « Jordi Savall joue une basse à sept cordes d’anonyme français, tandis qu’Ariane Maurette joue la Barak Norman de 1697 que Savall avait acquise récemment — et qu’il a ensuite tant et tant jouée. Quant au clavecin tenu par Ton Koopman, c’est aussi un original, de Gilbert des Ruisseaux, remis en état. », Savall et son beau visage empreint de toute la noblesse de la musique qu’il joue, et comme d’époque) ; feuilleter les Maximes de François de La Rochefoucauld, au réveil, après avoir fait l’amour, en Libertin-Idyllique, ou mieux encore, mais c'est pareil, en Contemplatif — Galant ; et puis soudain — effet de l’amour, effet de la musique, effet du vin —, rester là, comme une simple âme anéantie, — dans la splendeur de la vacuité retrouvée.




Porte-toi bien





Post-scriptum. 

Pour les vins, notre seule contribution aura été de faire remarquer qu'il faut prendre en compte leur effet psycho-actif, expression vaguement savante pour mettre en avant l'humeur qu'ils donnent. 

Je te joins ci-après cette « contribution », telle que je l'avais mise en ligne, d'abord en avril 2014 puis le 1er janvier 2015.



 

 

 

Des différents effets psycho-actifs des vins, et de l'attention qu'il convient de leur accorder 

 

 








Cher ami,

Pour aujourd'hui, j'abandonnerai le promontoire sur lequel je me tiens habituellement pour peindre mon tableau anti-philosophique de l'Histoire, promontoire d'où je contemple à loisir et sans beaucoup d'étonnement — connaissant les situations, les hommes – ceux qui se donnent pour tels – et ce qui les forme, et donc les inspire — les quarante siècles d'Histoire qui nous ont précédés, — et d'où je peins, pour les quarante prochains à venir, le tableau du monde tel qu'il me plaît de le brosser. En héros et en poète des passions affirmatives...

Mais permets-moi tout d'abord d'ouvrir une petite parenthèse : dans un billet précédent, j'avais exposé les deux positions — les plus communes, hors la mienne — que l'on peut tenir face à l'avenir de l'Humanité : celle que Freud exposait — il est vrai sans sembler beaucoup y croire — à la fin de Malaise dans la civilisation, et qui consiste à envisager une possible et graduelle amélioration civilisationnelle sur la base de la psychopathologie des sociétés existantes — dont il disait lui-même qu'il ne voyait pas très bien qui pourrait avoir l'autorité nécessaire pour la mener à bien —, et cette autre, tenue par Caraco, qui voyait, lui, venir un effondrement imminent de la civilisation patriarcale et industrielle, suivi d'une réduction drastique de la population mondiale — au travers des guerres, des crises, des famines et des épidémies aisément prévisibles —, avec, pour finir, un retour au vieux matriarcat préhistorique. (Mais je pense que cette dernière idée lui venait de n'être pas très savant dans le domaine qui touche à la volupté et aux dames, — et parfait connaisseur en matière de mère castratrice.)

Caraco est un inconnu, personnage excentré à l'existence bizarre, auquel on n'accorde, généralement et comme il sied aux inconnus de cet acabit, aucun crédit.

Freud est très connu ; paré des prestiges de la médecine et de la science réunies ; il a eu du crédit : il n'en a plus. Ou presque.
Ainsi vont les modes superficielles qui se succèdent à la surface du temps pseudo-cyclique contemplé — pour le dire comme Guy.

La NASA, elle, est très connue. Depuis près de 50 ans, elle nous en a prédit de belles — mais n'a rien vu venir. Par contre, elle bénéficie, auprès des indigènes scientistes-idolâtres de ce siècle, d'un très grand crédit. Eh bien, je viens de lire que, dans une récente étude, certains de ses spécialistes donnaient raison à Caraco : selon cette étude, si rien n'est fait (selon la formule rituelle), dans 50 ans la civilisation du capitalisme industriel s'effondrera.
Elle pue.

Quarante siècles, c'est très long : il faut bien sûr envisager les Hauts Moyens Âges — et le reste.

Cette petite parenthèse faite, je voulais évoquer aujourd'hui les différents effets psycho-actifs des vins, et l'attention qu'il convient de leur accorder. Puisqu'en attendant ces graduelles améliorations civilisationnelles ou ces terrifiants effondrements, rien ne nous interdit encore, lorsque l'occasion s'en offre, de savourer le Temps.

Pour ouvrir une autre parenthèse, je dirais que je n'envisagerai pas ici « ce qui est au delà de la violente ivresse » dont parlait Debord. Parce que je ne l'ai pas pratiqué, ou très peu, et bien sûr aussi parce que lorsqu'on frôle le coma — ou l'extase — éthyliques, comme l'on voudra, on passe la délicatesse — et aussi les effets et les nuances subtiles des ivresses que nous offre chaque vin – spécifiquement.

« Ce qui est au delà de la violente ivresse », je ne l'ai pratiqué que pendant les quelques mois de ma relation amoureuse avec Dominique S. qui, à 22 ans, l'avait appris, juste avant notre rencontre, de Debord, et à qui Debord écrivait, le 28 décembre 1992, alors que nous nous étions séparés, Dominique et moi, en mai de la même année — et comme je l'ai découvert à la publication de sa correspondance —, ce très beau et très redoutable aphorisme :

« Il faut suivre sans vains regrets les engagements imprudents de la jeunesse, quoiqu'ils aient pu être.

Affectueusement,

Guy »

Mais, si je suis en partie responsable des engagements imprudents d'Héloïse, je n'étais pour rien dans les engagements imprudents de Dominique. Elle avait joué sa vie bien avant de me connaître. Appartenant à la bohème artistique radicale de Paris, où je frayais et défrayais (et effrayais parfois) aussi, — ces quelques très rares avec lesquels Debord aimait venir boire, où se mêlaient aussi beaucoup de jeunes et de moins jeunes artistes arrivistes à la petite semaine, qui ont fini par aller pérorer, comme de vieux singes, au Palais de Tokyo, pour des bobos internationaux — ou aspirant tels.
Bien fait pour eux !

Je me souviens de cette époque avec tendresse mais je peux dire qu'il fut décisif pour moi d'y mettre fin. Pour moi et pour l'amour contemplatif galant que je n'aurais jamais connu, — sans ces ruptures.
Car, comme l'a écrit Balint, pour pouvoir s'abandonner aux extases de la génitalité accomplie, extases qu'il qualifiait lui-même de « mystiques », par ironie jalouse puisque s'il les a bien cernées théoriquement, il est à peu près aussi certain qu'il ne les a jamais connues —, il faut, pour les connaître, donc, un Moi fort, assez fort pour ne pas craindre sa dissolution momentanée dans l'abandon puissant à la beauté convulsive et à son harmonie, — et je ne crois pas que l'alcool puisse aider quiconque dans cette voie-là.

À vrai dire, et j'ai peine à y croire en le découvrant, en l'écrivant — mais c'est ainsi —, tout s'est joué à Joyeuse. Alors que nous nous promenions, avec la vieille faové et deux caisses de vin de Cornas — de Clape, vraisemblablement —, un vin noir et épais comme ceux dont parle Baudelaire, que nous buvions, abondamment, en vrac le plus souvent, dans ma campagne, entre les alcools forts et, tôt, dans l'extase fébrile du matin des nuits blanches, les bières.

À Joyeuse, donc, tandis que nous dérivions, apercevant un panneau qui indiquait la route et le kilométrage pour Le Puy, Dominique avait voulu à toute force que nous prenions cette route pour aller faire le siège de ses amis — avec lesquels elle était alors en froid —, à Bellevue-La-Montagne, à Champot plus précisément, prédisant que nos flacons et quelques-uns de ses stratagèmes sentimentaux vaincraient les résistances de Guy — qu'elle me disait être faibles à son encontre — et surtout d'Alice, — mais c'étaient là des affaires de filles. De filles pas tristes, comme le disait cette même Alice, pour les désigner, et celles qui leur ressemblent, et, bien sûr, pour faire pendant au « gais » (j'évite, à dessein, l'anglais) qui était déjà passé dans le langage courant pour qualifier les garçons, — de ce genre.

Évidemment, n'étant pas homme à me soumettre, de mon plein gré, au bon vouloir de qui que ce soit, de nuit, en Auvergne, j'avais refusé. Plus profondément, peut-être avais-je senti à cet instant que c'eût été suivre une voie qui au fond n'était pas la mienne. Cela nous donna une fâcherie qui nous gâcha le vin — et le reste —, et que le vin envenima peut être.

Lorsqu'on a en soi une voie qui n'est qu'à soi, que bien sûr l'on ne connaît pas encore parce qu'elle est neuve, le plus difficile est évidemment de refuser de suivre toutes celles, que l'on connaît plus ou moins déjà, qui s'offrent avec les attraits de l'amitié, de la volupté, de l'amour, de la poésie, de l'ivresse ou de l'extase — mais d'une forme d'amitié, de volupté, d'amour, de poésie, d'ivresse ou d'extase dont on sait au fond de soi, sans le savoir encore très précisément — comme je le sais aujourd'hui —, qu'elle n'est pas celle vers laquelle on va, — puisque là où l'on va, ni nous ni personne n'y est encore jamais allé.

Loin du travail, de l'ennui, des familles et des impérieuses routines, sur les rivages de la mer d'Arabie, dix ans plus tôt, et les années qui suivirent, les sâdhu m'avaient offert généreusement l'ivresse et l'extase haschischines, dans le farniente colonial — que je connaissais déjà pour y être né — mais cette fois à la façon et dans les demeures des aristocrates portugais. Et surtout, sur leurs plages dorées…

Loin du travail, de l'ennui, des familles et des impérieuses routines, à Paris, ensuite, une jeune ribaude, situationniste comme je l'étais moi-même à son âge, un authentique marsupial, m'avait offert généreusement ses jeunes amantes et les transports du vin, dans la liberté ivre de créer, dans Paris, dans d'anciens et magnifiques couvents.

À chaque fois, il m'a fallu décliner l'offre. Et m'arracher à des gens, profondément poétiques, profondément mystiques, authentiquement hors du monde — et loin des ploucs, médiatiques ou non, arrivistes ou non, qui le composent.

Au moins, on ne pourra pas dire, plus tard, que si j'ai découvert, grâce à Héloïse, de l'amour contemplatif galant les plaisirs, les ivresses et les extases idylliques, c'est faute d'avoir connu des plus somptueux afghans (ceux qui, quelques années auparavant, étaient réservés au roi) les plaisirs, les extases et les amours haschischines : je les ai inhalés, goulûment, avec ceux qui en faisaient l'usage le plus noble, le plus sacré, le plus pénétrant, en compagnie de la plus libre des Berlinoises, à l'époque où Berlin-Ouest en comptait pourtant tellement.

De même, on ne pourra pas me reprocher d'avoir ignoré les plaisirs, les ivresses, les extases — poétiques, théoriques — que peuvent procurer l'absolu retrait du monde, éthylique, et les nymphettes : je les ai pratiqués avec des jeunes filles pas tristes, dans la dérive des vies, des nuits et des jours, à Paris, et ailleurs aussi, qui avaient été formées à la meilleure des écoles. Ou à la pire. Selon l'endroit où l'on se pose.

De sorte que, pour y revenir, on peut me croire lorsque j'affirme que rien ne passe l'amour contemplatif — galant, et son libertinage, idyllique.

De Dominique, qui est morte accidentellement quelques mois avant son ami Guy — qui lui n'est pas mort accidentellement —, il me reste ce qu'elle m'avait offert : un tableau qu'elle avait peint ici, ses poèmes, très trash et très tourmentés, un vieux pull norvégien, qu'elle lui avait chipé, et qu'il porte sur la photo faite avec les ouvriers suédois à l'issue de la conférence de Göteborg, et, comme une signature de notre aventure à tous, une carte postale d'Alice à elle, avec notre devise et le code de la porte d'entrée de l'immeuble de la rue du Bac. J'espère que, depuis cette époque, ils en ont changé.

Voilà pour ma deuxième parenthèse. Pour en revenir aux différents effets psycho-actifs des vins et à l'attention qu'il convient de leur accorder, je dirais qu'il s'agit d'une observation délicate, subtile, qui ne s'accorde qu'avec un genre de libation autorisant cette forme de la délicatesse. Ces considérations sur les différents effets psycho-actifs des vins ne ressortissent pas à cette forme, que j'ai évoquée précédemment, de l'ivresse éthylique, mystique ou poétique, que Khayyām ou Debord avaient recherchée, aimée, et à laquelle ils ont donné, avant et après d'autres, ses lettres de noblesse. Elles n'appartiennent pas non plus au genre, plus quelconque, de la simple beuverie. Qui est tout de même le plus commun. Pour paraphraser l'écrivain Jérôme Leroy, je dirais qu'il y a tout de même plus d'alcooliques légitimement anonymes que d'ivrognes non moins légitimement célèbres.

Donc, si l'on exclut ces formes extrêmes ou communes de l'ivresse, pour ne garder que les formes les plus aimables, on pourra s'intéresser à ces quelques remarques qui suivent, et qui ne sont jamais faites, je crois, à propos des vins. On pourra remarquer qu'indépendamment de toutes les autres qualités ou imperfections que l'on accorde à un vin, il en a généralement une autre, le plus souvent ignorée des dégustateurs professionnels, qui est son effet sur notre humeur, et plus généralement sur l'humeur des convives, et donc sur l'esprit du moment qui les réunit.

Nous avons ainsi fait l'expérience, il y a des années, de réveiller, par un certain vin (un Domaine de Trévallon d'Éloi Dürrbach, de 1994, pour ne rien te cacher....), des soirées que nous avions préalablement amollies par d'autres (dont je préfère taire les noms...). Avec à chaque fois, et avec des gens différents, le même résultat. Avec un autre vin, d'Élisabeth Faugier, cette fois, nous pouvions transformer la plus triste des cuistres en une aimable contemplative, et la faire finir, de manière certaine, allongée dans l'herbe « sous la voûte des cieux », perdue dans l'admiration bienheureuse de la Voie lactée. Les soirs d'été.

Voilà tout ce que j'avais à dire sur les effets psycho-actifs des vins, qui ne sont jamais évoqués. Qui sont si injustes puisque le vigneron, ou le maître de chai, n'y peut rien.

Il serait bon cependant que ceux qui goûtent les vins y prennent garde. Et informent leurs lecteurs de leurs observations. Car je connais aussi des vins qui peuvent, en quelques verres, vous transformer les plus aimables des convives en une assemblée de chiffonniers prêts à s'entre-déchirer. Ce que l'on ne sait malheureusement qu'après les avoir bus.

Souhaitant que ces quelques remarques pimentent tes prochaines libations, je te salue.




R.C. Vaudey


Le 2 avril 2014





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lundi 11 décembre 2017

Alumbrados y dejamiento








Au réveil, c’est encore la demi-nuit
La campagne — de glace — brille…
L’esprit clair et frais
Je me recouche à vos côtés
Heureux comme un vrai drille…


Plus tard
Dans notre sommeil —
Nous expérimentons
Toutes les figures de l’abandon
Et des enlacements
Qui sont aussi celles
De l’infinie exquisivité de la vie…


C’est Nicolás Gómez Dávila
Qui a écrit :
« Pour parler de l’éternité
Il suffit de parler avec talent
Des choses de chaque jour »
Un talent que nous n’avons pas toujours…
Et ni vous ni moi
N’avons jamais sensibilisé personne
À cette jouissance du Temps
À cette contemplation galante et à leur splendeur —
Que nous avons trouvées
Dont nous sommes en quelque sorte
Les « inventeurs »




Mais qu’importe
En écoutant ces Sonatas & Partitas
De Bach
Au luth —
On comprend aisément pourquoi
Pour faire saisir l’éternité dans l’instant même
(Hors de l’acte de l’amour où elle est comme nulle part ailleurs appréhendée
(Ainsi que Breton l’écrivait ))
Entre la musique et les arts plastiques ou les poèmes
Il ne peut y avoir de lutte…


Dans la douceur de cette journée
Par Johann Sebastian illuminée —
Notre amour s’écoule comme un miracle
la société du Spectacle
Serait depuis toujours et à jamais… désintégrée

 De plus, que pourrions-nous demander ?









Le 10 décembre 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017





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