mercredi 28 janvier 2015

Hidalgo du Sahara












 
Alors que nous venions de reposer nos verres, Arété me fit remarquer que l'on pouvait voir, sur Arte, un documentaire Guerre de l'ombre au Sahara  qui éclairait un peu ce qu'avait dit notre voisin de table en affirmant que « sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d’un très grand nombre de mystères ». « On y voit en effet, me dit-elle, comment la lutte pour les matières premières entraîne les différentes grandes puissances à maintenir — du moins, à ne pas totalement détruire — des groupes rebelles — en l'occurrence islamistes — permettant de justifier une présence militaire permanente dans des régions stratégiques, et, dans le même temps, de faire la démonstration du savoir-faire et de l'excellence tant des hommes que des matériels, ce qui pour une puissance comme la France — qui ne vend pas que du chiffon de luxe — représente une occasion de présenter ses autres "talents" et de développer ses autres industries. »


« Enfant, lui répondis-je, ma villa donnait sur le Parc de Galland. Mes arrière-grands-parents, propriétaires terriens et rentiers de Savoie, avaient vendu la plupart des biens qu'ils y possédaient pour s'installer dans l'Algérois, au début du siècle dernier. Ce n'étaient donc pas des colons à qui l'on avait donné des terres, mais des amants soucieux de profiter de leur fortune et pensant que pour l'asthme de Flavie le climat serait à Alger encore meilleur qu'à Nice, où ils avaient hésité à s'installer, préférant Alger, poussés, je le sais, par la vague, dixneufiémiste, tout à la fois orientaliste et sensualiste, vers cette ville, qui en était tout auréolée.

Ils avaient donc acheté des fermes, quelques centaines d'hectares, dans ce département, et cette villa, à côté du Palais d'Été du Gouverneur, villa où je suis né — enfin, tout à côté de là, à la clinique des Glycines —, villa où, enfant unique et, à l'époque, tardif mais surtout inespéré du fait de la santé fragile de ma mère, j'ai été choyé durant mon enfance, comme un roi.

Les meilleures choses ayant souvent une fin, je dus quitter Alger, et — mes parents s'étant séparés, ma famille maternelle étant par ailleurs quasiment ruinée — ce fut mon père, qui n'était qu'un jeune aventurier, un légionnaire désargenté lorsque ma mère, en femme du monde romanesque et gâtée, s'en était amourachée, ce fut mon père, donc — qui était le seul à travailler —, qui eut ma garde et que je suivis, de mon plein gré, en Normandie, plus précisément à Rouen, où il était né.

Je fus d'abord pensionnaire chez les Frères, au château de Mesnières-en-Bray, et puis, à partir de la sixième, en 1965/66, j'entrai au collège, à Saint Jean-Baptiste de La Salle, à Rouen. Cette année-là, c'était l'année de notre Confirmation, notre grande affaire, à cause de l'aube que nous devions porter, probablement, et de la claque — en fait un tapotement — que devait nous donner l'évêque de Rouen. Il y avait donc, dans la cour de récréation de ce sévère mais juste établissement, et pour cette Confirmation, avec moi, un petit François, qui a été récemment, en tant que président, chef de guerre — au Mali, justement. On en parlait dans ce documentaire.

Et tandis que je le regardais, hier, je me demandais : "à sa place, il y a deux ans, qu'eussé-je fait de différent ? Me fussé-je présenté devant l'ensemble des autres aimables chacals — américains, chinois, et j'en passe — pour leur prôner l'amour contemplatif — galant (bien que je doute que j'eusse pu mener une carrière de politique tout en ayant le loisir de me laisser aller à découvrir de nouveaux territoires de l'amour et de la contemplation) ?" Je ne le crois pas.
Lorsqu'on accepte de jouer aux échecs, le génie n'est pas d'inventer les règles — contrairement à ce qu'il est en poésie et en philosophie, comme l'a si bien écrit Schopenhauer — : le seul génie consiste à y jouer, le mieux possible, comme le jeu l'exige. »


Arrêté m'a interrompu alors pour me dire qu'elle préférait, et de beaucoup, les philosophes, les aventuriers et les poètes — surtout lorsqu'ils étaient galants et mystiques — aux chefs de guerre.


Aristippe a ajouté : « Si, dans les siècles qui s'ouvrent, dans ce nouveau millénaire, on parle encore votre langue, ce sera pour beaucoup grâce aux Africains — s'il faut en croire les démographes —, et s'ils doivent se souvenir de quelqu'un, j'ai peur pour votre camarade de cour de récréation qu'ils ne préfèrent votre poésie aux faits d'armes de ceux qui auront dirigé votre pays… Car enfin, au nom d'intérêts que l'on ne peut certes pas contourner, combien de leurs parents auront été sacrifiés pour s'être trouvés en terrain miné — et en terrain minier, aussi. On naît parfois dans des endroits où, pour des raisons obscures, la foudre historique s'abat…Vous en savez quelque chose… »


« Amor fati. Il faut accepter, affirmatif tant qu'on le peut, le tragique et le fatum. Pour moi, lui dis-je, je ne peux que remercier le destin, quelque cruel qu'il ait été avec les miens, et je ne peux que citer, encore une fois, notre ami Nietzsche, ici présent (et qui ne faisait qu'écouter depuis qu'il était arrivé), et dire : "Si nous disons oui, à un seul instant, nous disons oui par là, non seulement à nous-mêmes, mais à toute l'existence. Car rien n'existe pour soi seul, ni en nous, ni dans les choses, et si notre âme, une seule fois, a vibré et résonné comme une corde de joie, toutes les éternités ont collaboré à déterminer ce seul fait — et dans cet unique instant d'affirmation, toute l'éternité se trouve approuvée, rachetée, justifiée, affirmée." Et que de fois la vie ne m'a-t-elle fait la grâce de pouvoir la bénir, — ravi, muet, perdu dans la contemplation et la jouissance du Temps !

Mais, si la guerre ne m'a pas affecté, je dois dire à ma décharge que pour un enfant tout est aventure — même, j'allais dire presque surtout, une guerre – particulièrement si elle est vue d'assez loin. Et, plus encore, un dépaysement lointain.

Les belles et voluptueuses Mauresques d'Alger — les Juives aussi, qui ne l'étaient pas moins… je ne les oublie pas — qui, enfant, s'occupaient de moi, les fières et sauvages femmes et filles berbères qui vivaient aux alentours de nos terres, et que nous allions souvent visiter, avec lesquelles j'ai souvent joué, et que j'ai retrouvées pour certaines, ici, près de ma campagne, puisque mon oncle avait pu les sauver, avec leurs familles, du massacre (Pierre Godeau, notre cousin, qui lui non plus ne s'est pas laissé arrêté pour déployer son génie par le tragique du monde, l'a évoqué dans Une aventure algérienne), ces belles, dis-je, m'ont fait sentir la puissance de la sensualité féminine, presque primitive, que chante Cheikh Nefzaoui dans son Jardin parfumé.

L'architecture des châteaux de la Loire, que l'on retrouve à Mesnières, dans le pays de Bray — j'ai tant aimé Mesnières alors que je venais de quitter les opulences des jardins du Palais d'été d'Alger —, m'a sensibilisé à la Renaissance européenne et sa gracieuse et somptueuse beauté, très différente, mais très complémentaire, des transes, très sexuelles, que dansaient les femmes des douars, au rythme des tambourins, dans les volutes du kif, dans les soirs et les nuits d'été.
D'une certaine façon, de tout cela, j'ai fait le miel de ma vie. Éclairant en retour, d'une clarté inattendue, ce qui m'avait nourri : l'amour, la poésie, ma langue — et la philosophie aussi.

Enfant, j'ai donc été traité comme un pacha ; plus tard, je n'ai jamais travaillé. N'avoir jamais appartenu à aucune hiérarchie — pour y subir ou pour y commander — préserve de bien des aigreurs et de bien des mépris. Aujourd'hui, et depuis plus de vingt-ans, je vis retiré sur mes terres avec l'amour de ma vie. Et j'écris comme Montaigne, et un peu mieux même, puisque j'écris uniquement pour moi-même, et pour celle que j'aime. Et je n'ai pas eu à être magistrat ni maire de Bordeaux pour cela.

Mes modèles s’appelaient Villon, La Rochefoucauld, Chamfort, Casanova, Nietzsche, Rimbaud, Cravan, Debord, Lin-tsi, Ikkyū, Bashō, etc., des gens que l'on ne voyait pas beaucoup — et que l'on imagine pas non plus — sur les tréteaux.

Je voulais n'avoir de main pour rien : j'y ai parfaitement réussi. Je ne suis pas un professionnel. Et je ne suis pas un homme public. L'être eût été une réalité trop épineuse pour mon grand caractère. Mais je ne suis pas seulement contemplatif, et je sais que lorsque l'on trouve une mine d'or —  et a fortiori s'il s'agit de l'or du Temps, dont nous parlait Breton, la moindre des choses est de mettre, pour ceux qui suivront, la carte dans un coffre, bien à l'abri. J'ai donc envoyé, une fois, un manuscrit, à un éditeur, parce qu'il avait écrit sur Casanova et fait un film sur Debord. Quatre mois plus tard, le livre était en librairie. Et j'ai mis ainsi la carte en lieu sûr, à la « Banque centrale ». À partir de là, ceux que cela intéressera trouveront le reste.

Appartenant à une génération de pervers — au sens non pas moral mais analytique — appartenant eux-mêmes à une longue lignée d'obsessionnels moraux bien refoulés, pour la première fois depuis des siècles désinhibés — d'abord plutôt légers et joyeux, puis aigris et rancis avec l'âge, pour finir tout à fait dangereux —, j'ai évité, par miracle, cet écueil de la misère amoureuse et sexuelle.
Sentimental, j'ai toujours été aimé. J'ai, certes, été blessé au champ d'amour, pour le dire avec emphase, — et j'en porte encore, en balafre, la cicatrice, — mais c'est, bien que très stupide, plus noble encore, à mon sens, que de l'avoir été à la guerre, — où l'idéal est de servir, et jamais de mener ses propres aventures.

Ayant aimé et ayant été aimé, je n'ai pas eu le temps de savoir, ailleurs qu'en analyse, ce qu'est la « sexualité glauque du mâle occidental », dont il est souvent question en ce moment — et qui va avec le genre d'emploi de la vie et les fréquentations auxquels je me suis toujours refusé — mais je sais par contre avoir trouvé de nouveaux horizons, contemplatifs — galants, à l'amour ; — ce qui n'arrive pas tous les jours. Comme Sollers nous l'avait fait très pertinemment remarquer.

Les sectes, le terrorisme, l'arrivisme médiatique, la drogue surtout, ont mangé certains de ceux de mon âge que je connaissais. Les anarchistes, les situationnistes, les socialistes, les gaullistes, les communistes, les royalistes et tous les autres, que j'ai croisés, boivent tous du vin — honnête et naturel, au moins pour les premiers — et fument, récréatifs, du mauvais shit ; les beatniks, les provos, les hippies — enfin ce qu'il en reste — les artistes underground, les alternatifs, les humanitaires, les écologistes, eux, font l'inverse, et les médiatiques tournent sans doute à la cocaïne — ou, pire, à la  pervertine (ne parlons pas de ceux que mènerait encore la moraline) — quand je suis sobre comme un chameau et ne m'enivre quasiment que d'amour et de beau.

La plupart se sont usés au travail, aux familles, aux impérieuses routines. Je le dis aujourd'hui sans agressivité ni mépris, car j'ai compris qu'à vivre ainsi que je le fais et que je l'ai fait, on ne peut rien partager avec personne — sinon d'anciennes impressions ou de nouvelles jouissances —, ni vraiment comprendre les souffrances, les colères, et les idées qui en découlent, ni les rêves — s'ils en ont encore — de ceux qui ont suivi des chemins forcément différents.
Mais — et puisque les guerres passent, et que la poésie, seule, demeure — laissez-moi, pour finir, mes chers vrais amis, vous chanter un petit air. »

Et je leur chantai ce petit air-là… de circonstance :




Enfant, ma villa donnait sur le Parc de Galland…
En montant un petit escalier
Au fond de notre jardin —
Sous une tonnelle aux croisillons de bois
S'ouvrait la porte
Qui donnait sur l'Éden
La jungle
Les singes
Les palais
Les bassins
Les poissons rouges
Le merveilleux ara bleu…


La villa Flavie
Rue […]
1, rue […]
Que je n'ai plus jamais revue de ma vie


Aujourd'hui
La villa où je suis maintenant
La villa des Amants
S'ouvre sur le […]
Enclos lui-même dans le Domaine des Amants


À cet instant
Je n'entends que l'eau au bassin
Et des oiseaux le chant…
Dans la jungle foisonnante
D'où jaillissent et embaument
Les lilas
Je regarde le palmier
Toute cette nature déployée
Les charmilles
Avec leur magnifique intensité…
Et
Tout près de me taire
Je salue la vie sur la Terre
Je salue la vie et la Terre..
Je remercie le ciel...
Sans plus pouvoir rien dire…




Le 2 mai 2013, pour le poème. 
Le 28 janvier 2015, pour le reste.















Hélène Vaudey et son fils, R.C. Vaudey








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mardi 27 janvier 2015

Ère de l'Injouissance et idolâtrie





POÉSIES III, R. C. Vaudey



Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 






L'idolâtrie diffuse accompagne l’abondance des marchandises, le développement non perturbé du capitalisme moderne qui aboutit à cette société de l'injouissance où chaque consommateur — comme dans l'hystérie — surjoue la félicité, alors qu'il l'ignore et l'a toujours ignorée.


Ici chaque marchandise prise à part est justifiée au nom de la grandeur de la production de la totalité des objets, dont le spectacle est un catalogue apologétique. Des affirmations inconciliables se poussent sur la scène du spectacle unifié de la société de l'injouissance ; de même que différentes marchandises-vedettes soutiennent simultanément leurs projets contradictoires d’aménagement de la société, où le spectacle des automobiles veut une circulation parfaite qui détruit les vieilles cités, tandis que le spectacle de la ville elle-même a besoin des quartiers-musées. Donc la satisfaction, déjà illusoire, qui est réputée appartenir à la consommation de l’ensemble est immédiatement falsifiée en ceci que le consommateur réel ne peut directement toucher qu’une succession de fragments de ce bonheur marchand, fragments d’où chaque fois la qualité prêtée à l’ensemble est évidemment absente.


Celui qui « adore » les marchandises qui viennent d’être fabriquées pour être « adorées » accumule les indulgences de la marchandise, un signe glorieux de sa présence réelle parmi ses fidèles. L’injouissant affiche la preuve de son intimité avec la marchandise. Comme dans les transports des convulsionnaires ou miraculés du vieux fétichisme religieux, le fétichisme de la marchandise parvient à des moments d’excitation fervente. Le seul usage qui s’exprime encore ici est l’usage fondamental de la soumission. Et la seule excitation, celle de l'hystérie : constante parce qu'inapaisable.


L'idolâtrie concentrée, elle, appartient essentiellement aux économies mixtes plus arriérées du patriarcat-esclavagiste-marchand, encore qu’elle puisse être importée comme technique du pouvoir étatique dans certains moments de crise du capitalisme avancé — en important ceux qui la véhiculent – le plus souvent comme main-d’œuvre taillable et corvéable à merci —, pour calmer les appétits de ceux des indigènes qui sont tout à la fois les producteurs-distributeurs et les adorateurs-consommateurs fervents des fétiches de l'idolâtrie diffuse ; tout en permettant à ceux qui les dominent de sacrifier sur une échelle encore plus démesurée au culte de la domination, et, également — mais plus accessoirement —, à celui de cette idolâtrie diffuse.


À l'inverse de l'idolâtrie diffuse, l'idolâtrie concentrée — la dictature religieuse de l’économie libidinale — ne peut laisser aux masses exploitées aucune marge notable de choix, puisqu’elle a déjà tout choisi par elle-même, et que tout autre choix extérieur, qu’il concerne l’alimentation ou la musique, est donc déjà le choix de sa destruction complète. Elle doit s’accompagner d’une violence permanente. L’image imposée du bien, dans son spectacle, recueille la totalité de ce qui existe officiellement, et se concentre normalement sur un seul homme — réel ou mythologique — qui est le garant de sa cohésion totalitaire. À cette vedette absolue — ou à son représentant —, chacun doit s’identifier magiquement, ou disparaître. Car il s’agit du maître de la non-jouissance, et de l’image héroïque d’un sens acceptable pour l’injouissance absolue — tout à la fois cause et conséquence de sa gynophobie et de sa mysoginie — qui est la production principale de la domination patriarcale-esclavagiste, soutenue par la terreur. Si chaque monothéiste — dans l'idolâtrie concentrée — doit apprendre le Livre, et ainsi être le Livre, c’est qu’il n’a rien d’autre à être. Là où domine l'idolâtrie concentrée dominent aussi la police religieuse — et les autres aussi.


C’est l’unité de la misère qui se cache sous ces oppositions. Si des formes diverses de la même injouissance se combattent sous les masques du choix total, c’est parce qu’elles sont toutes édifiées sur des souffrances et des traumatismes réels refoulés, qui — avec l'organisation sociale de la domination — empêchent toute jouissance contemplative — galante du Temps ; cet empêchement étant le nom et la forme même de la misère des temps historiques — l’ère de l'Injouissance, donc.


Selon les nécessités du stade particulier de cette injouissance absolue qu’elle dément et maintient, l'idolâtrie existe ainsi sous une forme concentrée ou sous une forme diffuse. Dans les deux cas, elle n’est qu’une image d’unification heureuse environnée de désolation et d’épouvante, au centre plus ou moins tranquille de ce malheur qu'est et que produit l'impuissance à la jouissance contemplative — galante du Temps.






Le 27 janvier 2015




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lundi 26 janvier 2015

De l'horloge de l'Apocalypse et des jouisseurs contemplatifs — galants




Aristippe, alors que la messe commençait à toucher à sa fin, me demanda :


« Il y a quelques heures de cela, lorsque nous sommes arrivés au Lineadombra, alors que nous parlions des racines historiques et philosophiques de ce que vous appelez l'injouissance, vous avez précisé que vous pensiez que "ces considérations ont peu d'intérêt dans les conditions actuelles, qui voient et vont voir des affrontements et des effondrements géo-politiques d'une magnitude encore inconnue", et, parlant de vos dérives, vous avez même précisé : "avant nous, la notabilité des pubertaires-libertaires, qui auront été les chiens de guerre de l'américanisation du monde ; après nous, le déluge du monde géré par la technique du chaos ! Une sorte de colonialisme anti-colonialiste, qui loin d'être primaire est très favorable au lobby militaro-industriel !" 
Pensez-vous que ce à quoi nous assistons soit la manifestation de votre théorie de la gestion du monde par la technique du chaos ? », me demanda-t-il.

« Mon cher, répondis-je, je le crains. Certes, "il est difficile d’appliquer le principe Cui prodest ? dans un monde où tant d’intérêts agissants sont si bien cachés. De sorte que, sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d’un très grand nombre de mystères." — ainsi que l'a si parfaitement énoncé notre voisin de table —, mais on ne voit pas pourquoi ce qui est appliqué avec tant de profit partout ailleurs serait épargné aux Européens, — qui l'ont déjà subi deux fois au siècle dernier.

Cette technique ne crée pas ex nihilo les antagonismes : elle exacerbe ceux qui sont latents — l'argent et les propagandistes servent aussi à cela —, et elle permet de ramasser la mise non seulement à la fin de la partie, si j'ose dire, mais également dans la préparation et dans le déroulement des conflits qu'elle entraîne.

La technique de la conquête — ou de la domination — par la manipulation et l'exacerbation des rivalités, entre les communautés religieuses, les ethnies, les clans, n'est pas neuve : c'est elle qui avait déjà permis à Jules César de gagner la guerre des Gaules. Mais au moins les Romains avaient-ils instauré, à cette époque, une Pax romana. Alors que l'on ne voit rien qui pourrait ressembler à quelque chose s'en approchant dans le chaos — qui ne peut aller qu'en s'amplifiant — du temps présent.

Mais, pour le dire tout net en parlant crûment, toutes ces affaires de manipulations, de complots et de « neo-philosophes » médiatiques, ou d'agents « littéraires » double ou triple, m'emmerdent.
Qu'importe qui tire les ficelles, et qui est la marionnette de qui et de quoi. Toutes ces histoires sont des histoires d'injouissants délirants — lisez les livres qu'ils écrivent ou ceux auxquels ils croient —, impuissants du libertinage idyllique — qui va des simples joies de l'amitié jusqu'à la puissante sensation de la vie dans l'accord – poétique et sans voix – au monde —, injouissants qui sont nés et baignent depuis toujours dans cette guerre des sexes plurimillénaire, rendus fous par les pulsions secondaires prégénitales, sadiques ou masochistes, qu'elle entraîne et qui la reproduisent en retour, pulsions que l'inhibition de la génitalité attise encore, infernalement, en eux — qu'ils s'y abandonnent hystériquement, ainsi que le font les tenants de l'ultra-libéralisme occidental – et la plupart de ses opposants, tout aussi bien – ou qu'ils essayent de les refouler grâce à leur Père sévère et tout-puissant – comme le font tous les bigots du monde, de quelque sorte qu'ils soient –, Père sévère et tout-puissant au nom duquel ils finissent toujours par leur donner libre cours.

Qu'ils aillent au diable — et ils y vont — avec toutes leurs bondieuseries — athées, croyants, spiritualistes, matérialistes, et tous leurs dieux et tous leurs saints patrons — ; et il est difficile de dire si ce sont les bondieusards ou les techniquards qui les y entraînent le plus vite.

L'Homme est un sensualiste, un jouisseur contemplatif — galant ! Il aura toujours son avenir devant lui lorsqu'il suivra cette voie, mais il l'aura dans le dos chaque fois qu'il s'en détournera ! J'ai dit ! »

Aristippe — qui ressemblait étrangement à Orson Welles, dont il avait la voix — a levé son verre et a tonné :

« Aux jouisseurs contemplatifs — galants ! »

Nous l'avons tous imité — sans hésitation.





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samedi 17 janvier 2015

Le Paradis des amants






Régale nos corps
Puissant mouvement de la vie…
Toi qui distingue
Les vivants des morts

Régale nos cœurs
Puissant mouvement de nos sentiments…
Toi qui distingue
Les vivants des morts
Et des morts-vivants… aussi



Dans une splendeur de printemps
De janvier
Je vous pénètre de toute douceur
Vous caressant de mon corps et de mon cœur
Comme jamais

Vous êtes un brasero
D'amour
De désir
Et d'abandon manœuvrier
Ardent…

De toute douceur je vous enlève
Et vous emmène
Rinforzando
En dinamitero
Mais infiniment délicatement tout de même
Vers le Paradis des amants
Vers lequel tout votre être
Glisse
Ondoie
Ondule
Et se convulse…
Si aisément
Si gracieusement
Si puissamment…

Mes yeux obombrés de volupté
Dans le trouble amoureux de vos yeux
Je régale le cœur de votre corps
Où je m'enfonce toujours plus fort —
Qui
En souverain conquistador
Me régale toujours plus fort
De ses pressements et de ses ondulations
Et me fait serpenter
Onduler
Me convulser
Si aisément
Si gracieusement
Si puissamment…
Jusqu'à notre finale communion


Aujourd'hui
Alors que deux jours ont passé —
Dans l'infinie tendresse de l'après-midi
Nous dormons dans les bras l'un de l'autre…
Et dans la friponnerie…


Comment ne pas bénir la vie…








Le 12 janvier 2015



Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2015




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vendredi 9 janvier 2015

Et nunc erudimini





Nous en étions là, au Lineadombra, lorsque la nouvelle tomba.

Casanova demanda à Héloïse ce qu'elle en pensait. Elle répondit qu'ayant été détournée de ses études et de son intérêt pour le journalisme de guerre par la découverte que nous avions faite ensemble, elle et moi, de l'amour et de l'art sensualistes (que nous qualifions aussi d'amour et d'art contemplatifs — galants), la une de Ana Juan pour The New Yorker résumait bien son état d'esprit : l'esprit libre et l'élégance français contre tous les orphelins de Père — et ses sectateurs — plus ou moins fanatisés.






 

Puis il se tourna vers moi, et me fit la même question.

J'allais répondre lorsqu'une voix, d'un ton monocorde, dans l'ombre, d'une table voisine, résuma ma position: 

« Il y a partout beaucoup plus de fous qu'autrefois, mais ce qui est infiniment plus commode, c'est que l'on peut en parler follement. Et ce n’est pas une quelconque terreur régnante qui imposerait de telles explications médiatiques. Au contraire, c’est l’existence paisible de telles explications qui doit causer de la terreur. »

Aristippe approuva.

Pour ne pas déranger la messe, nous en restâmes là.




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jeudi 1 janvier 2015

Des différents effets psycho-actifs des vins, et de l'attention qu'il convient de leur accorder














Cher ami,

Pour aujourd'hui, j'abandonnerai le promontoire sur lequel je me tiens habituellement pour peindre mon tableau anti-philosophique de l'Histoire, promontoire d'où je contemple à loisir et sans beaucoup d'étonnement — connaissant les situations, les hommes – ceux qui se donnent pour tels – et ce qui les forme, et donc les inspire — les quarante siècles d'Histoire qui nous ont précédés, — et d'où je peins, pour les quarante prochains à venir, le tableau du monde tel qu'il me plaît de le brosser. En héros et en poète des passions affirmatives...

Mais permets-moi tout d'abord d'ouvrir une petite parenthèse : dans un billet précédent, j'avais exposé les deux positions — les plus communes, hors la mienne — que l'on peut tenir face à l'avenir de l'Humanité : celle que Freud exposait — il est vrai sans sembler beaucoup y croire — à la fin de Malaise dans la civilisation, et qui consiste à envisager une possible et graduelle amélioration civilisationnelle sur la base de la psychopathologie des sociétés existantes — dont il disait lui-même qu'il ne voyait pas très bien qui pourrait avoir l'autorité nécessaire pour la mener à bien —, et cette autre, tenue par Caraco, qui voyait, lui, venir un effondrement imminent de la civilisation patriarcale et industrielle, suivi d'une réduction drastique de la population mondiale — au travers des guerres, des crises, des famines et des épidémies aisément prévisibles —, avec, pour finir, un retour au vieux matriarcat préhistorique. (Mais je pense que cette dernière idée lui venait de n'être pas très savant dans le domaine qui touche à la volupté et aux dames, — et parfait connaisseur en matière de mère castratrice.)

Caraco est un inconnu, personnage excentré à l'existence bizarre, auquel on n'accorde, généralement et comme il sied aux inconnus de cet acabit, aucun crédit.

Freud est très connu ; paré des prestiges de la médecine et de la science réunies ; il a eu du crédit : il n'en a plus. Ou presque.
Ainsi vont les modes superficielles qui se succèdent à la surface du temps pseudo-cyclique contemplé — pour le dire comme Guy.

La NASA, elle, est très connue. Depuis près de 50 ans, elle nous en a prédit de belles — mais n'a rien vu venir. Par contre, elle bénéficie, auprès des indigènes scientistes-idolâtres de ce siècle, d'un très grand crédit. Eh bien, je viens de lire que, dans une récente étude, certains de ses spécialistes donnaient raison à Caraco : selon cette étude, si rien n'est fait (selon la formule rituelle), dans 50 ans la civilisation du capitalisme industriel s'effondrera.
Elle pue.

Quarante siècles, c'est très long : il faut bien sûr envisager les Hauts Moyens Âges — et le reste.

Cette petite parenthèse faite, je voulais évoquer aujourd'hui les différents effets psycho-actifs des vins, et l'attention qu'il convient de leur accorder. Puisqu'en attendant ces graduelles améliorations civilisationnelles ou ces terrifiants effondrements, rien ne nous interdit encore, lorsque l'occasion s'en offre, de savourer le Temps.

Pour ouvrir une autre parenthèse, je dirais que je n'envisagerai pas ici « ce qui est au delà de la violente ivresse » dont parlait Debord. Parce que je ne l'ai pas pratiqué, ou très peu, et bien sûr aussi parce que lorsqu'on frôle le coma — ou l'extase — éthyliques, comme l'on voudra, on passe la délicatesse — et aussi les effets et les nuances subtiles des ivresses que nous offre chaque vin – spécifiquement.

« Ce qui est au delà de la violente ivresse », je ne l'ai pratiqué que pendant les quelques mois de ma relation amoureuse avec Dominique S. qui, à 22 ans, l'avait appris, juste avant notre rencontre, de Debord, et à qui Debord écrivait, le 28 décembre 1992, alors que nous nous étions séparés, Dominique et moi, en mai de la même année — et comme je l'ai découvert à la publication de sa correspondance —, ce très beau et très redoutable aphorisme :

« Il faut suivre sans vains regrets les engagements imprudents de la jeunesse, quoiqu'ils aient pu être.

Affectueusement,

Guy »

Mais, si je suis en partie responsable des engagements imprudents d'Héloïse, je n'étais pour rien dans les engagements imprudents de Dominique. Elle avait joué sa vie bien avant de me connaître. Appartenant à la bohème artistique radicale de Paris, où je frayais et défrayais (et effrayais parfois) aussi, — ces quelques très rares avec lesquels Debord aimait venir boire, où se mêlaient aussi beaucoup de jeunes et de moins jeunes artistes arrivistes à la petite semaine, qui ont fini par aller pérorer, comme de vieux singes, au Palais de Tokyo, pour des bobos internationaux — ou aspirant tels.
Bien fait pour eux !

Je me souviens de cette époque avec tendresse mais je peux dire qu'il fut décisif pour moi d'y mettre fin. Pour moi et pour l'amour contemplatif galant que je n'aurais jamais connu, — sans ces ruptures.
Car, comme l'a écrit Balint, pour pouvoir s'abandonner aux extases de la génitalité accomplie, extases qu'il qualifiait lui-même de « mystiques », par ironie jalouse puisque s'il les a bien cernées théoriquement, il est à peu près aussi certain qu'il ne les a jamais connues —, il faut, pour les connaître, donc, un Moi fort, assez fort pour ne pas craindre sa dissolution momentanée dans l'abandon puissant à la beauté convulsive et à son harmonie, — et je ne crois pas que l'alcool puisse aider quiconque dans cette voie-là.

À vrai dire, et j'ai peine à y croire en le découvrant, en l'écrivant — mais c'est ainsi —, tout s'est joué à Joyeuse. Alors que nous nous promenions, avec la vieille faové et deux caisses de vin de Cornas — de Clape, vraisemblablement —, un vin noir et épais comme ceux dont parle Baudelaire, que nous buvions, abondamment, en vrac le plus souvent, dans ma campagne, entre les alcools forts et, tôt, dans l'extase fébrile du matin des nuits blanches, les bières.

À Joyeuse, donc, tandis que nous dérivions, apercevant un panneau qui indiquait la route et le kilométrage pour Le Puy, Dominique avait voulu à toute force que nous prenions cette route pour aller faire le siège de ses amis — avec lesquels elle était alors en froid —, à Bellevue-La-Montagne, à Champot plus précisément, prédisant que nos flacons et quelques-uns de ses stratagèmes sentimentaux vaincraient les résistances de Guy — qu'elle me disait être faibles à son encontre — et surtout d'Alice, — mais c'étaient là des affaires de filles. De filles pas tristes, comme le disait cette même Alice, pour les désigner, et celles qui leur ressemblent, et, bien sûr, pour faire pendant au « gais » (j'évite, à dessein, l'anglais) qui était déjà passé dans le langage courant pour qualifier les garçons, — de ce genre.

Évidemment, n'étant pas homme à me soumettre, de mon plein gré, au bon vouloir de qui que ce soit, de nuit, en Auvergne, j'avais refusé. Plus profondément, peut-être avais-je senti à cet instant que c'eût été suivre une voie qui au fond n'était pas la mienne. Cela nous donna une fâcherie qui nous gâcha le vin — et le reste —, et que le vin envenima peut être.

Lorsqu'on a en soi une voie qui n'est qu'à soi, que bien sûr l'on ne connaît pas encore parce qu'elle est neuve, le plus difficile est évidemment de refuser de suivre toutes celles, que l'on connaît plus ou moins déjà, qui s'offrent avec les attraits de l'amitié, de la volupté, de l'amour, de la poésie, de l'ivresse ou de l'extase — mais d'une forme d'amitié, de volupté, d'amour, de poésie, d'ivresse ou d'extase dont on sait au fond de soi, sans le savoir encore très précisément — comme je le sais aujourd'hui —, qu'elle n'est pas celle vers laquelle on va, — puisque là où l'on va, ni nous ni personne n'y est encore jamais allé.

Loin du travail, de l'ennui, des familles et des impérieuses routines, sur les rivages de la mer d'Arabie, dix ans plus tôt, et les années qui suivirent, les sâdhu m'avaient offert généreusement l'ivresse et l'extase haschischines, dans le farniente colonial — que je connaissais déjà pour y être né — mais cette fois à la façon et dans les demeures des aristocrates portugais. Et surtout, sur leurs plages dorées…

Loin du travail, de l'ennui, des familles et des impérieuses routines, à Paris, ensuite, une jeune ribaude, situationniste comme je l'étais moi-même à son âge, un authentique marsupial, m'avait offert généreusement ses jeunes amantes et les transports du vin, dans la liberté ivre de créer, dans Paris, dans d'anciens et magnifiques couvents.

À chaque fois, il m'a fallu décliner l'offre. Et m'arracher à des gens, profondément poétiques, profondément mystiques, authentiquement hors du monde — et loin des ploucs, médiatiques ou non, arrivistes ou non, qui le composent.

Au moins, on ne pourra pas dire, plus tard, que si j'ai découvert, grâce à Héloïse, de l'amour contemplatif galant les plaisirs, les ivresses et les extases idylliques, c'est faute d'avoir connu des plus somptueux afghans (ceux qui, quelques années auparavant, étaient réservés au roi) les plaisirs, les extases et les amours haschischines : je les ai inhalés, goulûment, avec ceux qui en faisaient l'usage le plus noble, le plus sacré, le plus pénétrant, en compagnie de la plus libre des Berlinoises, à l'époque où Berlin-Ouest en comptait pourtant tellement.

De même, on ne pourra pas me reprocher d'avoir ignoré les plaisirs, les ivresses, les extases — poétiques, théoriques — que peuvent procurer l'absolu retrait du monde, éthylique, et les nymphettes : je les ai pratiqués avec des jeunes filles pas tristes, dans la dérive des vies, des nuits et des jours, à Paris, et ailleurs aussi, qui avaient été formées à la meilleure des écoles. Ou à la pire. Selon l'endroit où l'on se pose.

De sorte que, pour y revenir, on peut me croire lorsque j'affirme que rien ne passe l'amour contemplatif — galant, et son libertinage, idyllique.

De Dominique, qui est morte accidentellement quelques mois avant son ami Guy — qui lui n'est pas mort accidentellement —, il me reste ce qu'elle m'avait offert : un tableau qu'elle avait peint ici, ses poèmes, très trash et très tourmentés, un vieux pull norvégien, qu'elle lui avait chipé, et qu'il porte sur la photo faite avec les ouvriers suédois à l'issue de la conférence de Göteborg, et, comme une signature de notre aventure à tous, une carte postale d'Alice à elle, avec notre devise et le code de la porte d'entrée de l'immeuble de la rue du Bac. J'espère que, depuis cette époque, ils en ont changé.

Voilà pour ma deuxième parenthèse. Pour en revenir aux différents effets psycho-actifs des vins et à l'attention qu'il convient de leur accorder, je dirais qu'il s'agit d'une observation délicate, subtile, qui ne s'accorde qu'avec un genre de libation autorisant cette forme de la délicatesse. Ces considérations sur les différents effets psycho-actifs des vins ne ressortissent pas à cette forme, que j'ai évoquée précédemment, de l'ivresse éthylique, mystique ou poétique, que Khayyām ou Debord avaient recherchée, aimée, et à laquelle ils ont donné, avant et après d'autres, ses lettres de noblesse. Elles n'appartiennent pas non plus au genre, plus quelconque, de la simple beuverie. Qui est tout de même le plus commun. Pour paraphraser l'écrivain Jérôme Leroy, je dirais qu'il y a tout de même plus d'alcooliques légitimement anonymes que d'ivrognes non moins légitimement célèbres.

Donc, si l'on exclut ces formes extrêmes ou communes de l'ivresse, pour ne garder que les formes les plus aimables, on pourra s'intéresser à ces quelques remarques qui suivent, et qui ne sont jamais faites, je crois, à propos des vins. On pourra remarquer qu'indépendamment de toutes les autres qualités ou imperfections que l'on accorde à un vin, il en a généralement une autre, le plus souvent ignorée des dégustateurs professionnels, qui est son effet sur notre humeur, et plus généralement sur l'humeur des convives, et donc sur l'esprit du moment qui les réunit.

Nous avons ainsi fait l'expérience, il y a des années, de réveiller, par un certain vin (un Domaine de Trévallon d'Éloi Dürrbach, de 1994, pour ne rien te cacher....), des soirées que nous avions préalablement amollies par d'autres (dont je préfère taire les noms...). Avec à chaque fois, et avec des gens différents, le même résultat. Avec un autre vin, d'Élisabeth Faugier, cette fois, nous pouvions transformer la plus triste des cuistres en une aimable contemplative, et la faire finir, de manière certaine, allongée dans l'herbe « sous la voûte des cieux », perdue dans l'admiration bienheureuse de la Voie lactée. Les soirs d'été.

Voilà tout ce que j'avais à dire sur les effets psycho-actifs des vins, qui ne sont jamais évoqués. Qui sont si injustes puisque le vigneron, ou le maître de chai, n'y peut rien.

Il serait bon cependant que ceux qui goûtent les vins y prennent garde. Et informent leurs lecteurs de leurs observations. Car je connais aussi des vins qui peuvent, en quelques verres, vous transformer les plus aimables des convives en une assemblée de chiffonniers prêts à s'entre-déchirer. Ce que l'on ne sait malheureusement qu'après les avoir bus.

Souhaitant que ces quelques remarques pimentent tes prochaines libations, je te salue.




R.C. Vaudey


Le 2 avril 2014





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