samedi 29 septembre 2018

La haine pour les Libertins-Idylliques







 Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 






 

La haine pour les Libertins-Idylliques n'est autre chose que l'amour du libertinage idyllique. Le dépit de ne pas le connaître se console et s'adoucit par le mépris que l'on témoigne à ceux qui le vivent ; et ceux qui leur refusent leurs hommages le font de ne pouvoir leur ôter ce qui leur attirera ceux de tout le monde — dans une tout autre époque.


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Se servir d’esprits auxiliaires


C’est où consiste le bonheur des plus chanceux que d’avoir choisi, dans leur jeunesse, des gens d’esprit qui les ont tirés de l’embarras de l’ignorance en débrouillant leurs affaires névrotiques et amoureuses — donc philosophiques. De se nourrir des poètes et des sages, c’est une grandeur qui surpasse la bêtise barbare de ceux qui se sont laissés éduqués, en amour et partout ailleurs, par des barbons pervers, des laideronnes vicieuses — et des maffieux — qui, sous prétexte de les servir dans leur « libération »,  les ont dupés à leurs jeux. 
C’est un nouveau genre de domination que de faire — par la liberté — des serviteurs de ceux que la nature a fait libres d’eux-mêmes mais les esclaves des souffrances de leur passé et des afflictions, et des addictions, qu’elles leur donnent. L’homme a beaucoup à savoir, et peu à vivre ; et il ne vit pas s’il ne jouit pas idylliquement. C’est donc une singulière adresse d’étudier les Traités de savoir-jouir à l’usage des jeunes générations sans qu’il en coûte, et d’apprendre ainsi beaucoup en apprenant des meilleurs. Après cela, vous voyez un homme jouir de la grâce et de son existence — et ne jamais faire état des moments nuls de sa vie — par le fait de plusieurs autres ; et ce sont autant de poètes et de sages qui parlent par sa bouche, dont il s’est instruit auparavant — et qu’il sauve, par transfert ; — puisque, on le sait, le détournement est le contraire de la citation, de l'autorité théorique toujours falsifiée du seul fait qu'elle est devenue citation.
Ainsi, la conscience, le plaisir et les contemplations poétiques d’autrui lui ont permis d’avoir lieu — à son tour —, en lui offrant des conseils, et en lui distillant le savoir de la quintessence.





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Tout individu est le centre de l’univers. Une idée individuelle n’est que la représentation, la copie d’un individu. Toute idée individuelle peut donc être le centre de toutes les autres.




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Il faut dire avec Chamfort : « Il y a deux classes de moralistes et de politiques, ceux qui n’ont vu la nature humaine que du côté odieux ou ridicule, et c’est le plus grand nombre : Lucien, Montaigne, La Bruyère, La Rochefoucauld, Swift, Mandeville, Helvétius, etc. Ceux qui ne l’ont vue que du beau côté et dans ses perfections ; tels sont Shaftersbury et quelques autres. Les premiers ne connaissent pas le palais dont ils n’ont vu que les latrines. Les seconds sont des enthousiastes qui détournent leurs yeux loin de ce qui les offense, et qui n’en existe pas moins. »


Mais il ne faut pas croire avec lui  que : Est in medio verum.
Il n’y a pas de nature humaine.
Rien n’est — tout devient.
Et puisque rien n’est vrai tout est possible.


Et il faut me croire lorsque j’écris :


La grâce de la jouissance amoureuse est au corps ce que la contemplation qui la suit est à l'esprit


car j’ai ce rare privilège de connaître très parfaitement ce dont je parle là.




Un homme n’est grand qu’en proportion de l’estime continue qu’il peut avoir pour lui-même.


Ainsi évitez les rôles inférieurs et la compagnie des gens méprisables : ces miséreux qui voudraient finir par se faire croire.






R.C. Vaudey.








Première mise en ligne : 25 mars 2013








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