mardi 14 juillet 2015

Le désert des Mojaves



(Chanson)



Illumination des constellations…
Quand nous jouissons
Mon amour
Tous les soleils
De toute la galaxie
De toutes les galaxies
De tout cet Univers
Et tous les Univers
Infinis
De tous les Multivers
Qui
En pléiades
Constellent l'Übervers
Et j'en invente, donc j'en oublie… —
S'illuminent en même temps

Toi
Moi
Le Monde
En un éclair
Et puis en vagues
L'Œuvre des amants

Le Monde que nous créons à cet instant
Est un monde parfait
Que mèneront l'amour et l'abandon…
Ceux qui se déploieront dans cet éternel Éden
Infiniment le célèbreront

À l'inverse
Le Monde dans lequel nous vivons
Est né d'un viol
Et d'un assujettissement
Et
À tous les étages
De cette immense cage
Ça sent l'injouissance
Et la démence
Et l'esclavage

Ceux qui se démènent dans cet Enfer
Se lamentent
Et le maudissent
Inévitablement
Ou bien s'agitent comme des damnés…
D'une façon ou d'une autre hallucinés

Et
Quand ils ne sont pas camés —
Les injouissants
On le sait —
Ne sachant que faire
Prient ou jouent
Pour oublier
(Une autre façon de faire la guerre…)

Notre monde ressemble donc à Las Vegas
Plutôt qu'à Saint-Pierre
Et
Infernalement… —
On y joue pour se distraire

Au casino
La seule façon de toujours gagner
C'est de le posséder…
Mais ici ce sont les propriétaires
Qui sont les pires accros
Et ce qui est particulier
C'est que lorsqu'ils perdent
C'est le petit personnel et les clients 
Qui les renflouent
Ce qui bien sûr laisse ces derniers dans la misère
Et les rend fous… —

Il y a quelques années
Quand
Après une féroce partie —
The Chairmen of the Board
Se sont trouvés liquidés
Sans liquidités
Aux tables du dernier étage
Qui 
Noyé dans les nuages
Domine le désert des Mojaves…
Ils ont menacé de fermer les tripots
Et de faire évacuer les clandés
Si les joueurs et les croupiers
Ne voulaient pas les renflouer

Les videurs et les barmaids ne savaient que faire
Les joueurs
Ceux qui gagnaient, parce qu'ils gagnaient
Ceux qui perdaient, pour pouvoir se refaire… —
Voulaient continuer…
Ces dames voulaient plumer les gagnants…
Leurs clients ne voulaient pas rentrer bredouilles…
Et qu'est-ce que tous ces gens auraient bien pu faire
À trois heures du matin dans le froid du désert
Tirés d'un coup des hallucinations
De leurs différentes addictions…
Et des seules choses qu'ils savent faire…

En conclusion
Tout le monde a payé
Pour que le grand barnum infernal puisse continuer

Comme me le disait un voyou :
« The Chairmen of the Board
Savent bien à quoi les injouissants sont dépendants
Et ils les tiennent
Qui par l'appât du gain
Qui par les couilles…
C'est comme ça qu'ils leur font les fouilles…
C'est pas bien beau…
Mais c'est malin… »

J'avais refusé d'en parler avec Debord

— Qui ne lui aurait sans doute pas donné tort
Comme Dominique l'aurait voulu
J'ai peut-être eu tort —
Mais je ne sais pas s'il m'aurait approuvé
Quand je dis que
La société du spectacle
Depuis qu'elle a trouvé la mine de l'or
Noir —
Des souffrances refoulées
En caprices et en addictions transformées
Mine que les situs – entre autres – avaient libérée —
Est devenue  
La société de l'injouissance :
Une roue pour hamsters
Un casino truqué
Et surtout un catalogue — bien complet — pour névrosés
Qui y sont particulièrement bichonnés
Où plus personne ne sait
Évidemment —
Ce que sont les grâces et les extases de l'amour contemplatif — galant 
Retrouvé

Mais avant nous
Ma toute belle
Mon aimée
Qui donc en avait parlé…
Et qui avait jamais mêlé
La contemplation et l'art d'aimer…
Dont j'écris en ce moment le Traité ?

Le monde pourrait donc bien finir au diable
S'il n'y était déjà arrivé
Dans les tripots et les clandés
Comme aux tables du dernier étage
Qui 
Noyé dans les nuages
Domine le désert des Mojaves…






R.C. VAUDEY


Le jour du 14 juillet
Depuis notre lit douillet



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