Le
mouvement spontané de l'univers
Bien
sûr, les émotions contemplatives — galantes sont liées à
l’enfance. Et même à l’enfance la plus archaïque : j'ai écrit
quelque part comment le réflexe de l'orgasme est lié, d'un côté,
à celui la naissance, et, de l'autre, à ceux que l'on observe dans
certaines situations lorsque la vie quitte un corps.
Le
divin enfant
Dans
le meilleur des cas, la mère et le père connaissent cette
expérience bouleversante, émerveillante, viscérale de l'orgasme ;
et la mère celle tout aussi éblouissante de l'enfantement * ; et
cette dernière expérience est partagée par le nouveau-né : la
conjugaison des sexes opposés et la procréation sont donc des
situations dans lesquelles tout le monde vit, sentimentalement et
physiologiquement, des émotions extraordinaires, émerveillantes,
proprement miraculeuses : tout commence donc, dans ce meilleur des
cas envisagé ici, par des miracles : pourquoi s'étonner que
d'autres moments de la vie ramènent à ces débuts miraculeux de la
vie — vie qui est d'ailleurs elle-même un miracle (dont personne
ne s’étonne) ; qu’ils s’en nourrissent, ou même que ces
miracles archaïques soient eux-mêmes à l’origine — par leurs
résurgences — d’autres miracles, plus tard dans l'existence.
Le
nouveau sentiment de la puissance : l'état mystique
Si
les Hommes doivent changer et changer le monde, ce ne peut être que
pour créer les situations et les caractères qui rendraient ce
miracle de la vie sensible et bouleversant pour tous. Mais dans ce
monde, ce que les parents ne peuvent que transmettre par la suite,
c'est seulement l’ensevelissement du miracle de la vie —
lorsqu'il n'avait pas déjà été ravagé par les traumas prénataux
ou par celui d'une naissance traumatisante —, donc seulement la
destruction de l’expérience vécue de ce miracle chez eux par la
castration qu'effectuent les violences familiales, sociales,
« économiques », ethniques etc. qui donnent les types
socialement, culturellement, « tribalement » etc.
calibrés que nous connaissons, avec leurs caractères et leurs goûts
si prévisibles et si reconnaissables.
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Hélène
Vaudey
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Ma
mère a-t-elle eu un accès particulier à ce miracle ? Pudiquement, alors que, parlant de W. Reich, j'évoquais ce fait, elle me le fit comprendre. Comment l'expliquer ? Peut-être par le fait qu'elle passa
une bonne partie de son enfance sur les terres de ma famille (plutôt
qu’en ville), en contact avec les femmes et les jeunes filles
berbères — et leur grande liberté sensuelle —, avec lesquelles
elle devait partager une grande complicité, leur langue ayant été
sinon sa langue maternelle du moins l’avait-elle apprise dès son
plus jeune âge.
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Hélène,Vera,
Charles et R.C. Vaudey
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Cette
proximité avec des femmes et des jeunes filles très fortes, qui
avaient donné, entre autres, la Kahina à leur peuple, et
très libres sensuellement (dont elle m'avait dit un jour que durant
leurs fêtes elles dansaient jusqu'à l'orgasme), explique peut-être
qu'une catholique comme elle, dont la famille avait été si liée à
Rome et à la très catholique maison de Savoie (son
arrière-grand-oncle, l'abbé Jarre, ayant été le précepteur des
princes de cette maison de Savoie, — dont Victor, qui devint le
premier roi d'Italie), catholiques qui voient bien un miracle dans
l’existence du monde mais qui n'en voient généralement pas dans
la vie charnelle (même si Jean-Paul II a, semble-t-il, sans doute
fait évoluer un peu les choses), cette proximité, donc, explique
probablement sa relative aisance avec les mouvements viscéraux,
primaires de la vie : elle m’avait confirmé que j'étais
pratiquement né avant qu'elle fût arrivée à la clinique après
qu'elle eut ressenti durant un dîner les contractions qui
annonçaient ma naissance, clinique qui n'était qu'à
quelques minutes de la villa : pour une nullipare au cœur si fragile
qu'il aurait dû, selon le corps médical, l’empêcher d'être
mère, on peut dire qu'elle n'aura pas enfanté dans la douleur (c'est le moins que l'on puisse dire...),
comme l'en menaçait la vieille malédiction divine du monothéisme
abrahamique.
J'aime
à penser que c'est sa grande proximité, depuis sa plus tendre
enfance, avec l’animisme matriarcal berbère qui en aura protégé
cette fervente Catholique —, et moi avec, par la même occasion.
Et
qui nous aura permis d'échapper, en partie, aux deux millénaires et
quelques de haine des sens des religions abrahamiques — qui ne sont
que du platonisme pour les peuples...
Le
platonisme, cette forme dégradée de la contemplation qui (d'avoir
perdu l'étonnement muet qui nous fait retrouver « l’état
mystique » ((l’unité avec ce qui ne peut être
nommé)) est devenue au mieux une méditation — au pire une
superstition — studieuse, tantôt quémandeuse, tantôt
calculatrice, — toujours explicatrice… qui va bien à une
Humanité voluptueusement, poétiquement, extatiquement castrée par
le patriarcat esclavagiste-marchand, et qui sape elle-même les bases
de sa propre nécessité, la machine rendant — à la fin – nous y
sommes —, obsolètes les Hommes mécanistes et/ou bigots qu’elle
a formés : l’I.A, qui pourrait bien être le nom de leur
exterminateur de maître, si elle se développe jamais, ne pourrait
avoir d’autre raison d’être que de servir les Hommes
contemplatifs — galants, dont nous donnons en quelque sorte au
monde l’idée.
* 10 femmes sur mille vivent un accouchement orgasmique.
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