dimanche 29 juin 2014

Nous t'affirmons, amour contemplatif — galant !




C'est en riant dans notre grand lit au frais
Dans la pénombre de l'été
Que l'on s'aimait
En chantant en chœur
En anglais
Que l'on croyait que l'on pouvait voler !
Quelle hilarité !

Épuisés de rires
On a fini par s'embrasser
De grands baisers langoureux
Parfaitement liquoreux
Comme une porte dérobée qui s'ouvre
Et qui vous dérobe au monde entier
Et vous bascule dans un univers
De féeries
Caressantes et enfiévrées…

Le rire est le propre des amants
Ils y perdent leur tête assurément
Il est le signe de cette ivresse
De cette gaîté
Qui les ont déjà emportés
Il efface les préoccupations séculières
Et ouvre au Temps
Voluptueux
Sans affaires

L'amour lorsque l'on s'aime
Est une pulsation élémentaire
Dont la plus pure illustration
Si l'on en croit le vieux Wilhelm —
Est la méduse…
Qui pulse élégamment
Comme pulsent les corps que méduse
L'Abandon…
Sans tensions

Dans ce grand abandon
À la pulsation élémentaire
Le sexe de la femme est une anémone contractile
Qui s'ouvre se ferme se déploie se resserre et se tend

Le phallus
Que l'anémone désire tant —
Pourrait être la clef de l'amour
Mais qui peut dire de source sûre
Qui est la clef et qui est la serrure
Dans cette affaire ? —
Chez les amants palpitants
Son intromission n'est pas un déchirement
Un éclatement
Un défoncement
Rien de tout ce qu'elle est
Ou voudrait être –
Chez l'Injouissant
L'ordinaire mort-vivant
Le malheureux chien de guerre —
C'est un déclenchement :
Le déclenchement encore plus grand de cette pulsation
Clonique
Involontaire
Sentimentale extatiquement
Qui dans la délicatesse des Soi qui s'ouvrent
Et de leur mouvement congruent
Emporte et va emporter les deux amants
Au gré des découvertes prodigieuses
Que leur procurent ce grand battement
Cette transe…
Miraculeusement…

« Une caresse de ton doigt
Déclenche tous les courants ondulants…
Et commence la nouvelle harmonie !
Un peu de toi, de plus en moi…
C'est la levée du nouvel Homme
Et son en-marche
Dans la Beauté convulsivement !
Ton sexe s'introduit en moi : le nouvel amour !
Mon sexe te saisit péristaltiquement — le nouvel amour !
Viens !
Change le temps en Temps ! »
Chante l'amante à son amant
« Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux
Je t'en prie ! »

Et l'amant lui répond :
« … Arrivés de toujours, nous nous en irons partout… ».


« Ô mon Bien !
Ô mon Beau !
Harmonie somptueuse où je ne trébuche point !
Envolée féerique !
Hourra pour l'œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois !
Cela commença sous les rires des enfants
Cela finira par eux. »
Chantent les amants heureux…

« Ces élixirs vont rester dans toutes nos veines même quand
La fanfare tournant —
Nous serons rendus à l'ancienne inharmonie
Ô maintenant, nous si dignes de ces extases !
Rassemblons fervemment cette promesse surhumaine
Faite à notre corps et à notre âme créés :
Cette promesse, cette puissance !

L'élégance, l'insouciance, la jouissance !

Nous avons enterré dans l'ombre l'arbre du bien et du mal
Et déporté les honnêtetés tyranniques
Afin de pouvoir trouver notre très pur amour
Cela commença par notre grand goût très doux
Et cela finit
Ayant été saisis sur-le-champ de cette éternité —
Cela finit par une éclampsie au ralenti dans des parfums de Paradis... »

Rires des enfants
Festivisme des esclaves bruyants
Bunga-bungas des injouissants dominants
Orgie romaine et tutti quanti
Austérité des vierges
Horreur des figures et des objets d'ici…
Sacrés soyons-nous par le souvenir de nos féeries…

« Ma vie commençait par toute la rustrerie
Voici que cela se poursuit par des anges de flamme et d'extase. »
Se dit l'amant

« Incomparables expériences d'ivresse, sainte !
Quand ce ne serait que pour la joie dont tu nous as gratifiés
Nous t'affirmons, amour contemplatif — galant !

Nous n'oublions pas que tu as glorifié chacun de nos âges
Nous ne pouvons qu'aimer ce nonchaloir, cet abandon
Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours à l'amour
Enfin, on l'espère… —
Voici le temps des idylliques libertins… »
Chantent encore les amants complices

Et, plus tard, le soir
Tout doucement :

« Quand nous somme très forts, — qui recule ?
Très gais, qui tombe de ridicule ?
Quand nous sommes très méchants, que ferait-on de nous ?
Parez-vous, dansez, riez, — nous ne pourrons jamais envoyer l'Amour par la fenêtre.»





Le jour s'allonge
Et tonne l'orage
Je remercie le ciel…
Je peux me taire
J'ai dit...










R. C. Vaudey. Le 29 juin 2014.





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vendredi 27 juin 2014

La clef de l'amour contemplatif — galant





R.C. Vaudey. Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste.  




VIES


Ô les énormes avenues du pays saint…
Les terrasses du temple !
Qu'a-t-on fait du brahmane qui
À Candolim
M'expliqua les Proverbes ?
D'alors
De là-bas
Je vois encore même les jolies !
Je me souviens des heures d'argent et de soleil
Vers la Chapora river
La main de ma compagne sur mon épaule…
— Et de nos caresses debout dans les plaines poivrées…

— Un envol de pigeons écarlates tonne autour de ma pensée —

Revenu ici
J'ai trouvé une scène
Où parachever les chefs-d’œuvre poétiques de toutes les littératures !
Je vous indiquerai la richesse inouïe
Je rapporte là l'histoire des trésors que nous trouvâmes
Attendez la suite !

Certes ma sagesse est parfaitement dédaignée
Dans le chaos du temps présent
— Mais qu'est mon néant
– Auprès de la stupeur qui vous attend...
Et de celle qui vous accompagne ?


Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m'ont précédé…
Un musicien même
Qui ai trouvé quelque chose comme
La clef de l'amour contemplatif — galant

À présent
Gentilhomme de fortune d'une campagne aigre-douce
Aux ciels splendides
Je m'émeus au souvenir de l'enfance éblouie
De l'apprentissage théorique à Paris
Ou de l'arrivée
En ferry
À Panajii…
Des polémiques philosophiques…
Des cinq ou six femmes
Que j'ai aimées et perdues
Et des quelques noces de l'amitié
Où ma forte tête m'empêcha de trouver des camarades…

Je n'ai rien perdu de ma vieille part de gaîté divine:
Héloïse et l'air sobre de cette campagne
Alimentent fort activement mon gracieux sensualisme
Et
— Comme ce sensualisme peut désormais être mis en œuvre –
Et que d'ailleurs je ne suis plus dévoué à aucun de mes troubles anciens —
J'attends de devenir un très aimable sage…
Contemplatif — vert-galant



Bien que n'ayant jamais été enfermé dans un grenier à douze ans
J'ai connu le monde
— Mais je n'illustrerai jamais la comédie humaine…
Sur des plages j'ai appris l'histoire…
À quelque fête de nuit des Indes galantes
J'ai rencontré toutes les femmes des anciens peintres
D'un
Pas sage
À Paris
J'ai appris la dialectique
— Celle qui est censée casser des briques —
Dans une obscure demeure cernée par l'Orient entier
J'accomplis mon immense œuvre...
— Depuis toujours en vacance du monde…

L'amour brasse mon sang
Mon devoir m'est remis
Il ne faut même plus songer à cela
Je serai réellement d'outre-tombe…
Et pas de commissions







R. C. Vaudey, le 27 juin 2014.

À la mémoire de celui qui, lorsque nous avions tous les deux quinze ans, à un siècle de distance, m'a montré la voie.





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vendredi 20 juin 2014

L'amour contemplatif — galant ?... L’Éden, sensiblement...








R.C. Vaudey. Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste.  








Vrai silence


Ce qui fait que, dans l'amour contemplatif galant, les amants ne s’ennuient point d’être ensemble, c’est qu’ils atteignent au vrai silence.


Éden


L'homme et la femme sensualistes dans l’amour charnel se laissent conduire, là où l'homme et la femme du commun veulent conduire, — ou être menés ; et pendant que leur esprit ne tend plus à aucun but, leur cœur les entraîne insensiblement à l’Éden.



Goût de l'amour


L'attachement ou l'indifférence que les hommes ont pour l’amour n'est qu'un goût qui leur vient de leur santé émotionnelle — qu’ils tiennent elle-même de leur vie — dont on ne doit non plus disputer que du goût de la langue ou du choix des couleurs.


Mépris de l’amour


Le mépris de l’amour est chez l’injouissant contemporain un désir caché de se venger de l'injustice de la fortune par le mépris de ce bien dont elle le prive; c'est un secret pour se garantir de l'avilissement de sa misère charnelle et affective; c'est un chemin détourné pour garder une considération de soi-même qu'il ne peut avoir par les richesses de sa vie sentimentale.


Le caractère


Le caractère n’est pas, comme on le croit encore parfois, le développement des qualités individuelles premières, sensibles et poétiques, mais bien leur décomposition et leur refonte entière. C’est un second édifice, bâti avec les décombres du premier dont on retrouve parfois les débris, avec un plaisir mêlé de surprise. C’est celui qu’occasionne l’expression naïve d’un sentiment naturel qui échappe à un être que l’on croyait avoir été totalement cuirassé par la souffrance et l’adversité. C’est comme un fragment d’ancienne architecture dorique ou corinthienne, dans un blockhaus.



La grâce


La grâce de la jouissance amoureuse est au corps ce que la contemplation qui la suit est à l'esprit.




 Société de l’injouissance


En général, si la société n’était pas une « Société de l’injouissance », tout sentiment simple et vrai ne produirait pas l’effet qu’il produit. Il plairait. Mais il amuse et il irrite. Cette dérision et cette irritation trahissent l’injouissance dans cette société.



Des jugements


Souvent les assertions sensualistes commencent par paraître ridicules dans la première jeunesse, et, en avançant dans la vie, on comprend pourquoi elles sont justes ; elles ne paraissent plus absurdes. On s’aperçoit alors qu’elles ont été établies par des gens qui avaient lu le livre entier de la vie, et qu’elles sont jugées par des gens qui, malgré leur esprit, n’en ont lu que quelques pages.
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Plaisants et des malfaisants


On comprend vite et sans peine que la vie a fait des aimables et des vicieux : il n’y a point de siècle et de peuple qui n’aient produit des plaisants et des malfaisants, en quantité — inversement proportionnelle.




Infortunes de la perversion


Le pervers prononce en secret : je suis chargé de l’infortune de la vertu ! et il joue de la cruauté qui l’excite sans jamais le contenter.





Phantasmes


Les phantasmes et les obsessions ont une raison et un propre intérêt, qui fait qu’il est dangereux de les ignorer, et qu’on doit s’en soucier — pour en trouver si possible la cause — lors même qu’ils paraissent déraisonnables.




Souffrances sexualisées


Les injouissants contemporains ont plus de souffrances sexualisées que de désir de vraie volupté; et c'est toujours pour se soulager de ce prurit qu’elles leur donnent qu’ils imaginent ou réalisent des choses innommables, — en vain.




Fureurs et addictions


Les phantasmes se nourrissent dans les souffrances refoulées, et deviennent fureurs et addictions, ou ils cessent, sitôt qu'on passe de l’inconscience réprimée à la conscience abréagiec’est-à-dire celle qui suit le revécu émotionnel autonome. Et pour peu que la vie vous fasse grâce.




Démentir les défauts que nous donne notre histoire


Le caractère prend les bonnes ou mauvaises qualités des situations et des relations par où il passe, et certains peuvent remercier leur enfance, pour y avoir rencontré une plus favorable étoile. Il n’y a point de caractère, si aimable qu’il soit, qui n’ait quelque défaut acquis que ne censurent ni la raison, ni la précaution. C’est une victoire d’homme sensible et conscient de corriger, ou du moins de faire mentir, l’autorité de ces défauts. L’on acquiert par là le plaisir d’être neuf à soi-même, pour ainsi dire, et cette exemption de ce défaut habituel est d’autant plus estimée que personne ne s’y attend. Il y a aussi des défauts de famille, de profession, d’emploi, et d’âge qui, venant à se trouver tous dans un même sujet, en font un monstre insupportable, si l’on ne les prévient de bonne heure.




Sensibilité et jouissance


Lune a autant d’importance que l’autre a de fulgurance. La première sert durant la vie, et la seconde la magnifie. L’une résiste à la négativité, l’autre jaillit dans l’habituelle hideur du monde. La sensibilité se désire, et se refait quelquefois avec l’aide des amitiés, des amours, ou de la grâce de la catharsis ; la jouissance se gagne à force d’abandon et de sentiment. Le désir de la sensibilité naît d’un goût pour la poésie vécue — et réciproquement. La jouissance fait de l’homme un dieu, une histoire d’amour : elle va toujours par les extrémités du triomphe du laisser-faire prodigieux des grâces corporelles et sentimentales — et de la contemplation qui le suit.




L'amour contemplatif galant, forme apothéotique de la poésie et de la volupté


Le libertinage idyllique est en quelque manière juste et raisonnable, puisqu'il ne tend qu'à retrouver et à conserver la douceur et la poésie qui nous appartiennent dans l’enfance — et que nous avons raisons de croire nous appartenir — tout en les menant à leur apothéose, — sans laquelle elles seraient inaccomplies ; — au lieu que le libertinage sadien ou masochien est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres ou le sien propre.




Fréquenter ceux de qui l’on peut apprendre


Les années de formation doivent servir non pas tant d’école d’érudition que d’école de délicatesse. Dans ces années, il faut choisir ses maîtresses, assaisonnant le plaisir de découvrir l’amour, à la joie de s’en laisser instruire. Entre amants la jouissance doit être réciproque. Ceux qui jouissent sont payés du jouissement qu’on donne à leurs extases ; et ceux qui s’extasient, du même bonheur qu’ils reçoivent de l’autre. Notre intérêt propre nous porte à nous abandonner à la jouissance. L’homme sensualiste lit les bons poètes, dont les livres sont plutôt les théâtres des apothéoses du laisser-faire des grâces corporelles et sentimentales que les palais de la vanité ithyphallique ou ithyvulvique, ou les décombres de son contraire.




Préalable


Même si ce n'est pas et de loin un préalable suffisant, l'Humanité ne pourra envisager d'être heureuse que le jour où le dernier trader aura été pendu avec les tripes du dernier festiviste-consumériste contemporain.




Oracles


Il y a des hommes qui, outre qu’ils sont eux-mêmes des oracles qui instruisent autrui par leur exemple, ont encore ce bonheur que leur cortège est une académie de la galanterie, de la délicatesse et de la grâce.




Happy few


Aujourd’hui, si une pensée ou un ouvrage n’intéressent que peu de personnes, cela plaide en leur faveur, mais un livre de moi, connu de vous et de quelques-uns de vos amis, n'a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux...









Le 21 juin 2014










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lundi 16 juin 2014

On vit comme dans le Sud...




On vit comme dans le Sud...
Soleil et farniente
Petits baisers précieux
Bracelets colorés
Au poignet

Pêcheur thaï
Je caresse votre taille
Caressé du délicieux petit fruit de vos entrailles
Juteux
Onduleux
Voluptueux
Merveilleux...

Glissant dans la vague de votre yoni de corail
Je déclenche des hurricanes
En en caressant le tube pulsatile
Contractile
Qui me transporte extasié...
Bras au ciel levés...
Divine passacaille

Finalement
En nous étreignant énormément
Nous déclenchons le long feu d'artifice du Temps...
Jouissance sans fin
Comètes
Fusées...
Le tout reprenant
Incessamment
Dans les grands cris d'émerveillement
Les quasi-évanouissements...

Avant de perdre connaissance...
Totalement...

Un chat joue avec vous
Lové dans un lavabo
Un autre
Taillé comme un lévrier
Vient se blottir tout contre vous

Vous vivez comme il faut vivre...
Dans le Sud...
Aimée...
Entourée de drôles de matous...
Un point c'est tout !

Partout ailleurs
Et sur le Web
S'exalte la plèbe
Se déchaîne la soldatesque...

Gnomes et grotesques...




Juin 2014



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vendredi 13 juin 2014

L’HOMME PASSIONNÉ








R.C. Vaudey. Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste.



L’HOMME PASSIONNÉ

C’est la marque de la plus grande sublimité d’esprit que de pouvoir l’être, puisque c’est par là que l’homme se met au-dessus de tous les vulgaires. Il n’y a point de plus grande seigneurie que celle qui peut s’abandonner sans crainte à la passion. C’est là que se montre le triomphe de la grande souveraineté ; sur soi-même et sur la possession de sa vie.
Si jamais on ne peut s’abandonner à sa passion c’est, à l’inverse, soit parce qu’on la craint, en devinant son côté mauvais — auquel, raisonnablement, l’on ne veut céder — ; soit parce qu’elle ferait tort à son emploi, surtout si c’en est un considérable.
Dans le deux cas, c’est la marque de l’assujettissement : à un fond mauvais, ou à un emploi servile du temps.




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dimanche 8 juin 2014

Ô gentilshommes, ô belles dames, si nous vivons que ce soit pour :






LE MONDE — LA PRÉSENCE



Dans la blancheur du silence
De l'été
Précocement débarqué
En force
Comme une chape qui vous étouffe
Et vous brûle
Bien délicieusement
Après le premier bain
Alangui de l'amour
Que l'on faisait hier
Avec cet appétit de fauves
Ravis de désir
Emportés tout de suite
Dans les éblouissances
Que nous donnait le délicat chemin
Que l'on faisait
Qui nous faisait
Nous étirer en rugissant
En transe
Dès l'entrance –
De bonheur et de vraie joie
Plus belle encore que les vraies joies de l'enfance –
Découvrant dans cette bienheureuse fièvre
Toute la puissance et toute l'extravagance
De la beauté de la vie qui nous danse
Savourant sa démesure
Sans vouloir jamais y mettre fin
Puissants dans la douceur
Délicieux dans la profondeur
Caressants dans l'ardeur
Ondulants dans le bonheur
Onctueux dans l'avance
Mutins et subtils
Dans nos caressements ultimes
Jusqu'à ce que dévale pour nous le ciel
Dans nos cris et nos grondements
Infinis
Et que
Dans la mirifique surabondance –
Jaillissent
Le miel
Le monde
La présence
Comme un paradis qui vous inonde —
Je goûte
Le miracle d'être…
Et du monde
La délicate musique caressante du silence

Le 8 juin 2014




 
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mercredi 4 juin 2014

Quelque part depuis Biarritz — en 1986






Charmes, grâce...




Même jour, seize heures. Plein soleil. Mouvements pelviens spontanés ; grande sensibilité génitale. —


L'analyse n'était pas censée nous donner ce scepticisme de bon ton mais cette grande puissance génitale, la force, la maturité, la possibilité de désirer, de désirer se fondre puissamment, génitalement.

Nous ne devions pas nous perdre éternellement dans les méandres de la symbolisation de nos traumas passés, mais les revivre totalement, directement, être de nouveau immergés en eux, et, par cette libération des affects refoulés, par ce revécu de nos peurs, de nos terreurs les plus intenses, de nos colères les plus terribles, de nos extases les plus divines (“aux anges...”), retrouver l'essentiel de notre être, de notre force, de notre humanité, de notre capacité à désirer et à nous abandonner à nos sentiments de confiance, d'amour, de force, à laisser parler en nous cette vague puissante de la vie ondulante qui passe toujours par notre cœur, et que guide notre esprit (la culture).

L'analyse ne devait pas nous conduire à ce renforcement de la paralysie initiale des exigences et des capacités d'extension de la vie, qu'est la névrose, par une charge intellectuelle supplémentaire, poids supplémentaire sur le couvercle de la marmite des sentiments refoulés, du vécu inconscient, mais, bien au contraire, à faire sauter la marmite, les résistances — avec leurs variantes de compréhension théorique – voir Israël citant Freud —, et, par ce fait, libérer finalement l'homme aux couleurs d'or, au cœur d'or, aux mains de tendresse et de force, au sexe turgescent de désir infini, prêt à danser la danse cosmique de la vie, sur les plages, avec l'air du Temps, l'or du Temps, les charmes de la vie, si contrariée fût-elle (l'exquise beauté des jeunes filles indiennes ou vénitiennes), partageant son temps entre d'aimables et profondes conversations, de belles balades à la recherche de l'amitié (l'égalité des amis) et de l'amour (l'égalité des amants).
Et l'on peut dire qu'il en fût ainsi : l'enfer fut l'enfer (avec des touches sublimes de bonheur et de vie) ; le paradis, le paradis.
...
...


Nous devions devenir ces beach-boys théoriciens (ces hommes solaires qui, le soir, se couvrent des parures de la soie, pour faire vibrer profondément, la voix grave et tendre, le regard doux, de fières femmes qui auraient emprunté les mêmes chemins que nous). Après avoir pleuré, vomi, crié, imploré, été morts de peur, de rage, de désespoir, mille fois, et pour mille pauvres petites raisons — mais qui pourtant pour nous étaient tout — nous devions sentir de nouveau la force, la vie, le désir, la libido coulant dans nos veines, de la tête aux pieds, irriguer chaque millimètre de notre peau, gonfler nos queues du désir même de la vie (ce que la théorie appelle pudiquement le rétablissement de la libido génitale), gonfler nos cœurs de joie, de sentiments, d'humanité, d'amitié ou d'amour.
L'homme vrai sans situation, en nous, devait enfin pouvoir se réaliser, s'exprimer de mille façons.






Nous n'avons pas cherché des formes aisées ou tranquilles de la survie ; mais plutôt la vie à son point d'éblouissement et de vibration le plus extrême. Et nous avons décidé que nous bouleverserions le monde. Mais ce bouleversement-là est un jeu, et son résultat est une vie tout entière dédiée au badinage, à la frivolité, aux jeux et aux extases.


 Le 16 Juillet 1991.




In Avant-garde Sensualiste. n° 2. Janvier-Décembre 2004.








R.C. Vaudey. Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 1990-1991



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mardi 3 juin 2014

Point d'incidence




La rencontre des corps lumineux
Qui se déploie dans le temps
Que baigne le sommeil merveilleux
Et que suivent les jours langoureux
À deux
Ce qui indique toujours la chance
Le peuple l'ignore
Qui a le goût des racontars et du bavardage,
Et qui ne fait pas un grand usage de l'incise...
Cette construction hypotaxique si appropriée au génie français...

(J'allais sous le ciel, Beauté ! Et j'étais ton féal… 
Aurait dû écrire Arthur Rimbaud…)

La minusculite
Qui sévit dans le sentiment comme partout ailleurs –,
On le sait, n'est pas une élégance :
« C'est un héritage de jobarderie compliqué d'une faute d'orthographe. »

Mais cette ignorance n'épargne évidemment pas les gendelettres
Qui doivent se contenter
Au mieux
Du five o'clock
Du cinq à sept

Avec une sorte d'humour de cirque
Les Rastignac étant plutôt réputés pour leur lubricité
Leur salacité et leur hantise de l'union charnelle
Des lazzarone jouent avec vos têtes
(Une habitude chez eux
Qu'avait déjà notée Chateaubriand)
Mais ils ne viennent plus seulement de Naples...



Le 24 février 2012





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