dimanche 15 septembre 2019

Phaëton d'or et de lumière







Phrase de réveil de sommeil d'amour :

Je n'ai jamais tant
Je n'ai jamais si bien
Je n'ai jamais tant et si bien dormi


Plus tard :

On attend toute une vie
Pour finalement découvrir l'amour



Voilà ce qu'aujourd'hui je pourrais écrire
Mais bien sûr cela ferait rire


Pourtant
Je sais n'avoir jamais connu
Et de par le mouvement souverain
De votre déploiement
Et par le mien
D'amour si délicat
Si « énamouré »
Si passionné
Si tendrement triomphal
Donc, si abandonné —
Une Beauté si convulsive
Si totale
Une dissolution si impérieuse
Si absolue
Si inconditionnée
Qui me fait savoir enfin pourquoi je suis né


Qu'avions-nous dit
Dans nos ris
Pour justifier un tel déploiement
Et provoquer une telle révélation ?


Je me souviens seulement
Que nous y étions si heureux
D'avoir fait de nos terres
Un sanctuaire
Secret
D'abord —
Pour l'amour, le merveilleux
Et pour l'extase contemplative
Celle qui jaillit des oraisons de la galanterie
Caresses
Baisers gourmands-gourmets
Valse des cœurs
Déroulé des tendres et puissantes ardeurs
Exploration profonde des ultra-mondes
Abandon sans retenue au phaëton d'or et de lumière
Des grandes vagues involontaires
Des merveilleux péristaltismes soyeux
Qui nous maelströmisent
Et nous font basculer
Sans aucune réserve permise –
Par les sanglots mêlés de la masculinité et de la féminité
Accomplies et subsumées –
Dans l’Infinité


Sanctuaire
Déclaré
Ensuite —
Pour nos amis des prairies
Des ruisseaux, des bois et des forêts
Toujours plus menacés


Et notre plus belle œuvre d'art
Enfin —
Notre Palais
Ou plutôt notre Parc Idéal
En quelque sorte —
Ouvert au Ciel
Fermé au public
Sauf visées savantes, baroqueuses ou didactiques —
Œuvre d'un art où l'illumination compte pour tout
Et l’esbroufe égotique pour rien —
Et que nous offrons
En réserve et sans réserve —
Aux jeunes générations…
Avec notre Traité de l’amour contemplatif — galant et de la jouissance du Temps
Aujourd’hui encore bien sibyllin…



Philosophant ainsi sans vraiment le vouloir
Dans notre boudoir —
Sortant du bain
Enivrés comme des Galants
Par nos parfums charmants
On définissait aussi
Dans nos ris
L'art d'aujourd'hui et de demain
Art nourri par cette saisie par le Sans-Nom
Par cette plongée océanique dans l’Éternité
Par ce retour à cette félicité pantoise
Primale, éternelle et courtoise –
Art dépouillé à l’extrême
Dans son expression… —
Contre l'art d'hier
Malheureusement toujours d'actualité —
Lourd, chargé et polluant
Les murs
Les sols
Les salles
Les places
Les frontons —
Et totalement sec d'Illumination
Maniant les thunes et les tonnes
De peinture
De verre
D'acier
De béton
Pour manifester seulement
La frigidité poético-unitive et l'activisme désespérés
Et endiablés 
Avec sa rage de s’enrichir en s’appauvrissant
De l’injouissant


On évoquait aussi les simples et aristocratiques moyens
De la calligraphie
De la musique
Du chant
Ou de l'entretien des forêts et des prairies
Aux fins de l'expérience mystique du divin
De l'amour
Des caresses et des jours
L'encre et les nuits de Chine
Si câlines —
Comme la Voie des dames et des gentilshommes de demain
Bref, on rêvait d'un monde contemplatif — galant
Cette utopie
La dystopie étant l'aujourd'hui —
Aristocratique et mystique
D'une civilisation basée sur l'Amour…
Et nos cent hectares de Beauté protégée
Confetti sur le champ de bataille mondialisé
Des aveugles et des sourds
Superstitieux et enragés…
Tous plus peuples élus les uns que les autres
Avec leurs furieux apôtres –
Mais tous privés de la lumière
Ainsi que le notait si justement Schopenhauer —
Nous paraissaient comme notre gant jeté
Au malheur et à la bêtise déchaînés…
Et aussi le mieux et le moins que nous puissions faire…
Avec, bien sûr, la poursuite de nos recherches sur l’amour et le merveilleux
Qui portent si heureusement en elles-mêmes
Leur récompense suprême


Et tout échauffés
Dans notre boudoir —
Par notre philosophie caressante
Emplis de douceur
Forcés enfin au silence par nos baisers
Nous avions ensuite dévalé cette pente
Qui nous avait menés aux sommets que j'ai dits
Pour commencer —
Car la philosophie
Pour le contemplatisme allié à la galanterie —
C'est bien joli
Mais c'est en quelque sorte l'entracte
Avant que ne se fasse le noir
De la raison raisonnante et de l'esprit —
Qui laissent place à la Lumière
Et à la découverte émerveillée
Par la volupté déployée —
Du Grand Œuvre de la Vie




Plus tard, le soir
On riait :
Le Canada nous proposait de « booster » nos vies

Ayant atteint quant à moi
Le comble du Nirvana
Je décidais de décliner l’offre
Ne me croyant pas capable de supporter d’être plus « boosté » que cela

Et on chantait comme ça : le Canada, on n'ira pas

Enfin, on faisait de jeunes fous très doux
Silencieux ou riant de tout 



Mais il se fait si tard
Qu'il fera bientôt jour
Je finirai donc plus tard 
Ce film d'amour













Le 14 septembre 2019, à 4h 30 du matin
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019







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