samedi 13 juillet 2013

Du bon usage de la philosophie






Cher ami,

Le seul usage cohérent de la “philosophie”, à ce qu'il me semble, consiste évidemment à séduire les filles (ou les garçons, selon le sexe). Du moins, c'est comme ça que je l'appréciais, jeune homme. (Pour être tout à fait franc, je lui accordais, à l'époque, une autre importance : j’y mettais un méchant sérieux, pour ne pas en avoir compris tout le sens et senti tout le sel...)
Une belle femme philosophe qui essaierait de me convaincre de l'importance de Parménide dans l'histoire de la pensée européenne ne devrait avoir d'autre but, il faut l’espérer, que de briller à mes yeux et, certainement, y parviendrait-elle parfaitement.
Je lui dirais, pour la taquiner, que l’illusion est ; et les sens aussi.
Ces jeux de séduction une fois effectués, il faut souhaiter aux “philosophes” (hommes et femmes) de pouvoir se rencontrer et s'abandonner à leurs pulsions vaudéennes... (pour reprendre ton expression que je trouve bien plaisante...)
Voilà donc bien longtemps maintenant que le seul bon usage de la philosophie me paraît être ces longues discussions autour du sens du monde, en se promenant dans les jardins surensoleillés surplombant la mer Égée ou la Méditerranée, ou, aussi, à la terrasse de ces cafés — par exemple, ceux de palmes, face à la mer d'Arabie ou à l'océan Indien (qui sait ?) — où se jouaient ces jeux de séduction délicats et raffinés dont on sait maintenant que les Sensualistes espèrent seulement qu'ils aboutissent à d'authentiques rencontres qui permettent aux uns, aux unes et aux autres — pour reprendre le mot d’un autre — de s'emparadiser les uns les autres...
Les promenades, les jardins, les terrasses, les plages, la rencontre, la belle séduction, la reconnaissance de la beauté de l'autre et du monde, l'abandon aux pulsions vaudéennes… l'emparadisement...
Que peut-il bien y avoir d'autre ?
Et à quoi pourraient bien servir d'autre la théorie, la philosophie... et le reste...

Car ce n'est évidemment pas non plus par un travail patient et acharné que se déploie la figure de ce qui renverse le monde…

La preuve.


Le 6 juillet 2005.



Avant-garde sensualiste 3 ; Janvier 2005/Juin 2006