dimanche 20 novembre 2016

L'HACIENDA









PETER PAUL RUBENS
La Fête de Vénus






Six-cent-cinquante mille mètres carrés
Soixante-cinq hectares
Pour s'aimer
Avec leurs milliers d'arbres
D'oiseaux
Et leurs nids
D'insectes de toutes sortes
Et leurs niches
Leurs dizaines de renards
De belettes
De fouines
De blaireaux
De lapins
De lièvres
Et leurs terriers
De sangliers
De chevreuils
De ragondins
D'écureuils
Et leurs abris
Leurs gardes-chasse et deux chevaux
Avec leurs sources, leurs cascades et leurs ruisseaux
Leurs poissons
Leurs batraciens
Dont quelques espèces rares et protégées au moins
Leurs landes et leurs prés
Leurs millions de fleurs sauvages
Et tout le reste que j'oublie
Palpitant de beauté indomptée, de violence et de vie
Avec pour seul et unique objet d'être le vaste écrin
De notre vaste lit
Où nous aimer à l'infini

Nous aimer à l'infini
L'unique objet depuis toujours de notre vie
Cette joie de tendresse et de feu qui nous saisit
Qui perle tout notre corps d'une rosée de désir
Emballe et harmonise nos souffles
Gonfle nos sexes et nos cœurs
D'une allégresse sans pareille
Qui non seulement ne faiblit pas mais avec le temps progresse
Qui s'enfle de nos joies
Et à laquelle on s'abandonne vous et moi
Comme à la pure Joie du Monde
(Qui semble n'avoir dans le domaine de l'amour
Que ce Domaine de l'Amour pour laisser libre cours à son cours)
Comme à sa pulsation somptueuse-voluptueuse
Qui nous dissout et nous affirme
Et manifeste l'Estre de notre être
Qui ne paraît que lorsque nous ne sommes plus là
Avec notre petit “Moi”
Mais seulement lorsqu'il cède devant
Notre vérité ultime-sublime d'amants
Dans ce mouvement du Devenir & de la Beauté
Si convulsif
Si beau et si puissant
Dans nos pleurs, nos cris de joie de notre dissolution-vertige
Apparaît enfin
Notre vraie force
Notre vrai “Moi”
Lorsque
Dans le tsunami de la volupté
Nous connaissons l'Extase harmonique
Cet abandon sensualiste-orgasmique
Qui en “comme-un”
Nous réduit au néant
Et nous laisse
Au réveil
Dans le silence de la pure contemplation
Ou
Alternativement
L'infinie tendresse
Et la douceur de nos rires

Une fois et demie le Vatican
Pour l'apogée et la gloire contemplatifs galants
De deux seuls amants
L'équivalent d'un grain de sable dans l'infini désert
De l'immense Machinerie Planétaire
Et de la tragi-comédie mondiale
Létale
Que nous jouent les injouissants & autres chacals
De toutes catégories
Mais que ici — nous faisons taire
Parce que leur séjour y est interdit
Si besoin est (par nos gardes) manu militari
Et que nous arrêtons ainsi le monde à nos frontières

Six-cent-cinquante mille mètres carrés sur cette Terre
Uniquement dédiés à l'amour & à la poésie
Et aux joies voluptueuse & lascives
Et aux illuminescences mystiques
Qui avec elles vont de pair

Et si un jour nous ouvrons nos frontières
Ce sera aux vignerons, à leurs vignes & à leurs verres
Aux Baroqueux, à leurs instruments & à leur musique (clic)
Bref, à de belles & bonnes cliques

Et pour le reste : bernique !








R.C. Vaudey

Le 20 novembre 2016

Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016






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