vendredi 25 mai 2012

MADAM, IN EDEN I'M ADAM




MADAM, IN EDEN I'M ADAM

 Acrylique sur drap.
23 mai 2012
 285 x 185 cm
 





Le retour de la grande Joie
Déliée
Pelvienne
Le grand bassin dansant
Allègrement
Avec un appétit et une joie de titan
Nous
Gorgés et jutant
De sève
Comme tout autour de nous
— Nous enserrant dans un affeuillement mirobolant
Et somptueusement caressant
Comme une immense étreinte chlorophyllienne
Où le soleil et l'eau
S'épousent et engendrent le beau
Le bon le grand
Sous la forme du jaillissement somptueux de la vie –
Faune
Flore
Symphonie
Appétit… —
Les bois
Au cœur même de ce qui semble être l'Éden
Où bien sûr vous êtes Ève
Tandis qu'évidemment je suis Adam

C'est dans cette chaude féerie
— Caressée par la pluie et ses trombes —
Qu'on se retrouve riants
Au lit
Étirés de plaisir et de rires
Prêts comme jamais
Pour les grands bouleversements

L'entrée de jeu est un prodige
Qui nous éblouit tous les deux
— Mais je l'ai dit
Nous sommes au Paradis
Et le fruit de l'Arbre de vie
C'est la première fois
Que nous le goûtons…

— Je ressens encore
Tandis qu'alangui je dicte ceci
À plus d'un jour de là
L'intense miracle de votre corps
La succion velouteuse et forte
Aimante passionnément
De votre [... ] [... ] de soie
Et le baiser éperdu
Qu'abouchées à moi
Me faisaient vos [... ] utérines… —

Baisers
Internes
Intimes
Envolées
Succions
Vifs mouvements
Douces caressées
— En alternant ou non
Au gré
De gré à gré —
Seront la suite de ce premier prodige
— Dis-je —
Qui dans la violine
Et l'or
Nous a menés
Grand train
Jusqu'au point
Où le Temps s'illumine
Dans cet enfouissement profond
Qui est aussi bien un envolement
Où nous parcourons
Fabuleusement
Abondamment
Tout l'infini déploiement
Du plus juteux
Du plus explandissant
Des jouissements…

L'amour charnel est une suite rare
Dont peu connaissent le déroulement…

Pour peu qu'on lui accorde le temps
Il y a un Avant
Où s'ouvre déjà le monde
Dans la contemplation
Océanique
— Pré-orgastique
Évidemment —
Et qui est déjà pour ainsi dire le prélude
Les véritables préliminaires
Du concert
Que l'on attend…

Il y a surtout
Après l'ivresse et l'éblouissement
Ces jours qui suivent dans l'alanguissement
Poétique suprême
— Où plus rien n'est important —
L'insouciance contemplative
Océanique
— Post-orgastique
Évidemment —
Les gestes caressants
L'intimité
L'enamourement…

Il y a aussi le chant
Qui vient
Comme il me vient
En ce moment…

L'amour…
L'absolue insouciance contemplative…
Nos gestes caressants…
L'intimité…
Le chant…

Ma Dame
Dans vos bras
Et dans l'Éden
Je suis Adam !

  




Le 21 mai 2012.





Bouche bée…


Posé sur la Terrasse du Monde
Que balaie
Si élégamment
Le vent
Qui retourne sans cesse
— Sous le soleil enveloppant —
Les feuilles
En blanc
Et que je sens caressant
Mon torse nu
Comme une amante
Émue
— Que je sens
Étrangement aimant —
Comme le monde me caressant
Je regarde au loin
Le velouté des petits monts
Les prés
Les vergers
Et les vignes
Doux comme la vallée
Du même nom

Interrompu souvent d'écrire
Par on ne sait quel prodige
Sans mots
Et sans nom
Restant là
Bouche bée
Sur la Terrasse du Temps
Je vous vois
Belle et fragile
Avec une belle énergie
Recherchant la beauté
Accompagnée des trilles
De je ne sais quels oiselets
Sur la Terrasse du Monde
Et dans le vent caressant
Belle comme la promesse
Que vous êtes
Du miracle de la volupté
Dont
À cet instant
Sans y penser
On se demande par quel enchantement il peut passer
Celui d'être par le monde
Ainsi caressé


Le 19 mai 2012.


samedi 19 mai 2012

La société de l'Injouissance et son secret















Récapitulons :


L'amour, sentimental et abandonné, et la jouissance amoureuse sont les voies royales qui mènent et ouvrent non seulement à l'extase harmonique mais aussi, dans un même beau et puissant mouvement, à la contemplation.


L'amour, sentimental et abandonné, l'extase harmonique et la contemplation sont ce qui distingue du reste le libertinage idyllique et les Libertins-Idylliques.


La contemplation — « ce bien inestimable de pouvoir, sans rupture, rester fidèle aux instincts contemplatifs de l'enfance et d'atteindre par là à un calme, à une unité, à une cohérence et à une harmonie dont celui qu'attire la lutte pour la vie ne peut même pas avoir une idée. » comme Nietzsche le notait déjà en 1872 dans ses considérations Sur l'avenir de nos établissements d'enseignement — est, toujours selon lui, « la seule compréhension vraie et instinctive de la nature » : avec l'amour, l'alpha et oméga ; ce que pour notre part nous avons dit ainsi, en détournant Wilde :


Si un homme est un Libertin-Idyllique et un gentilhomme de fortune, il en sait toujours assez long, et s'il ne l'est pas, il peut bien savoir tout ce qu'il veut, cela ne peut que lui nuire.


Que l'amour charnel pût ouvrir au sentiment océanique et à la contemplation était, jusqu'à ce que nous le disions très clairement, très ordinairement ignoré dans une époque fièrement sadienne et festive dans laquelle, utilisé à des fins de ressentiment, d'abrutissement ou de consolation, « l'amour charnel » pue, généralement — la mort, la haine, la souffrance, la séparation ; le plus souvent.


W. Reich — quoique un temps détourné de façon éhontée par le petit homme libertaire-pubertaire pour justifier la « libération » de ses pulsions destructrices et auto-destructrices, prégénitales (au sens que W. Reich donna à ce mot), perverses-polymorphes — était le seul sur lequel on pouvait compter dans ce siècle de branleurs et de branleuses « à prétexte » pour donner quelques indications sur la route à suivre : encore avait-il donné ces indications non pas comme Ovide l'avait fait, en Romain, sur le mode poétique, mais comme il était seulement possible de le faire après deux millénaires de haine du corps et des sens (« Le christianisme a empoisonné Éros — il n'en est pas mort, mais il est devenu vicieux. » Par-delà le bien et le mal) : sur le mode du diagnostic médical, seul registre autorisé, dans son temps, à discourir de la chose.


W. Reich, dont plus généralement la crédibilité était habituellement mise en cause parce qu'il semblait ne pas avoir supporté — entre autres « détails » de l'Histoire —, et avec tout l'aplomb du monde, que l'on brûlât en place publique tous ses livres — et quelques autres aussi — et, un peu plus discrètement, quelques-uns de ses confrères psychanalystes et résistants — et quelques autres aussi — ; et parce qu'avoir dû fuir de quatre ou cinq pays semblait lui avoir quelque peu échauffé l'esprit.


C'est dans ce contexte que nous sommes apparu, dans une époque où seuls les vieux se souvenaient encore, en pensant à Rousseau et à ses Rêveries, qu'il existait quoi que ce fût comme la contemplation, et où les jeunes, comme nous le notions dans le Manifeste sensualiste, s'en foutaient (et s'en foutent), ne cherchant qu'à faire de l'argent — incapables d'aimer et de créer, dans un monde où tout s'y oppose ; — ou bien voulant changer le monde mais sans savoir pour quoi faire…


Ainsi, Nietzsche avait donné son secret à Lou Andreas-Salomé qui l'avait transmis à Freud, qui, malheureusement, était sourd : il n'entendait — il l'a avoué à Romain Rolland, dans une lettre fameuse — rien ni à la musique, ni au sentiment océanique, ce qui bien entendu était très préjudiciable pour comprendre le secret de Nietzsche qui porte et sur la musique et sur le sentiment océanique. 
Et très embêtant pour les théories de ceux suivirent ses traces.


Freud avait transmis ce qu'il avait compris de ce secret — et quelques autres choses aussi — à Wilhelm Reich, entre autres, qui lui avait compris, surtout de Nietzsche, « l'assimilation corporelle des erreurs fondamentales », mais aussi, d'une certaine façon, le sentiment océanique.
Reich qui malheureusement dut traverser l'enfer de la deuxième et de la plus terrible guerre mondiale, et qui s'y brûla les ailes.


Arrivé plus tard, nous avons retrouvé par hasard, à notre tour, ce secret de Nietzsche (et de quelques autres) ainsi que les diverses variations (et quelques autres) que nous venons d'évoquer.


Depuis l'analyse de la forme particulière qu'avait prise chez nous « l'assimilation corporelle des erreurs fondamentales » jusqu'au déploiement de l'Avant-garde sensualiste grâce et avec Héloïse Angilbert, en passant par nos recherches et nos discours autour de l' « ozeanische Gefühle », sur les rivages de la mer d'Arabie avec la belle Berlinoise, ou ceux, à Paris, avec la belle d'Aix et de Marseille, nous n'avons pas changé de cap.
Et, lorsque l'on a si bien commencé, et sur un tel sujet, pourquoi changer ?


Ayant vécu environné « de désolation et d’épouvante »  mais tout de même « au centre tranquille du malheur », pour le dire comme Debord, nous avons pu — et en y réfléchissant bien, finalement toujours en exil — explorer et laisser se déployer, malgré tout, le cœur même du secret que nous avions découvert.


Tout ce que l'on peut lire et voir ici est tout ce que nous en avons fait.


On peut sûrement en apprendre que la contemplation, « l'ouverture du Temps poétique » comme nous l'avons parfois nommée, est un bien rare, peu recherché mais à la portée de tous.


Ceux qui s'estiment en mesure de peser sur le mouvement du monde — et qui pensent la chose possible — pourront trouver dans les résultats de nos « recherches » de quoi nourrir l'idée qu'ils se font de cet autre monde qu'ils désirent.


Quelques-uns pourront s'égayer sur une voie amoureuse qu'ils avaient peut-être jusque-là ignorée — à condition d'y sensibiliser celui ou celle qu'ils aiment ; ou de la ou le trouver — s'ils n’ont pas un autre usage définitif de l’amour ; et si le temps et les moyens leur en sont donnés.


Dans un monde où tant d'autres choses, qui ne le méritent guère, sont si communément acceptées, la poésie ne se doit pas de justifier son existence.






R.C. Vaudey



Le 18 mai 2012.






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jeudi 17 mai 2012

Le Sud ensoleillé...



Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences)





La Toute-puissance
Est abandonnée
Douce tendre
Émerveillée
Elle rayonne d'un grand Cœur

Elle est l'intelligence
Intuitive et
Émue
Des Hommes et
Du Monde

La Toute-puissance
Enfant
Sans pouvoir parler
Vous avez pu la posséder

Aujourd'hui
Dans le beau cri
Déchirant d'amour
De tout votre être
Explandi et dilaté
Et dans le reflux
Après
De cette immense énergie
Tendre vous pouvez
La retrouver
Elle ne vous a jamais quitté

Enfant votre regard
Voyait
Vous étiez la puissance
Et aussi
La clairvoyance
L'intuition absolue

Seul de la violence du temps
L'incessant mouvement a pu vous
Faire perdre ce calme et
Cette lucidité
Et cet émerveillement
Enthousiaste et illuminé

Aujourd'hui vous êtes
De retour aux sources
Du Monde 
— La grâce l'extase
La clairvoyance
La puissance
Abandonnée

La Toute-puissance
Est tendre aimante
Empathique
Elle ne connaît aucun excès
Aucune violence
C'est l'humanité non encore sacrifiée ou
Plus tard dans la vie
Retrouvée

C'est le Sud ensoleillé

Ne jamais perdre
Le Sud
Ensoleillé.



Le 19 juillet 2003.



R.C. Vaudey  Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2003  




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mercredi 9 mai 2012

Sur la Balancelle du Temps








Pleins et déliés...

Il n'y a strictement rien : et ce rien est un plein et un délié
La bibliothèque est vide
Les murs sont nus
La nature est resplendissante
La jouissance est une pure merveille
L'amour physique une béatitude
Chaque chose est un miracle extraordinaire

Il suffit de s'arrêter pour le voir

Cet après-midi
Allongés  
Comme des Romains
Dans notre petit salon de plein air
Sous le tilleul
Le “miracle de notre poule” s'est offert à nous

Nous étions dans un grand calme
Et elle
— Comme toujours —
Tout près de nous
Cherchant notre compagnie
Avec cet œil étonné lorsqu'on l'appelle
Les ailes légèrement ouvertes à cause de la canicule

Héloïse a dit :
“Et puis elle nous donne un œuf tous les jours”...
Nous sommes restés saisis par cela
Là, allongés dans nos coussins
Comme des Romains
La tête appuyée sur la main
— Le coude plié —
Nous avons été saisis soudain
Sans pouvoir plus rien en dire
Par la beauté et le miracle de cet être étrange et beau
Lissant innocemment ses plumes
Avec son coq à côté d'elle
Faisant de même
— Tout occupé à sa toilette —
Qui cherche toujours notre compagnie
Que nous voyons souvent
Mais le plus souvent sans le voir
Qui bien que nous lui portions toujours beaucoup d'attention tendre et amusée
Nous frappe rarement aussi intensément par son mystère et sa beauté

Tout à coup dans cette formule
“Et puis elle nous donne un œuf tous les jours”
La magie de l'auto-mouvement du monde nous a tous les deux saisis
Sans que nous puissions en dire davantage

... Activités d'éveil les jours d'orage…

(Le 29 juin 2006)

 

 


Et Ma-tsou, le maître de Lin-tsi, de dire :
– “S'habiller et manger selon le moment, nourrir l'embryon de sainteté, passer le temps au hasard, quelle autre affaire y a-t-il ?”




Avant-garde sensualiste 4  (juillet 2006-Mai 2008)

mercredi 2 mai 2012

Ô Vaudéennes... Ô Vaudéens... Ovidéennes... Ovidéens...













 Correspondances



J’ouvre à l’instant votre recueil et je lis ces textes et ce qu’ils vous inspirent ; à mon tour, vous lisant, je pense :  ne pourrait-on pas aussi bien dire : toute pensée de jouissance qui s’éloigne d’un désir de ré-union (re-ligare) est une pensée mue par le diabolique, si tant est que ce dernier est bien ce qui prospère sur la séparation : de soi avec soi, de soi avec la propriété de sa vie, de soi avec l’autre, de soi avec « l’amour, le vaste monde… »

À vous, qui m’avez si bien lu au point de m’avoir cité, je ne résiste pas au plaisir de rappeler ces quelques lignes de L’Art d’aimer d’Ovide :

« Mais déjà le lit complice de leurs plaisirs a reçu nos deux amants. [… ]
Si tu veux m'en croire, ne te hâte pas trop d'atteindre le terme du plaisir; mais sache, par d'habiles retards, y arriver doucement. Lorsque tu auras trouvé la place la plus sensible, qu'une sotte pudeur ne vienne pas arrêter ta main.
Tu verras alors ses yeux briller d'une tremblante clarté, semblable aux rayons du soleil reflétés par le miroir des ondes. Puis viendront les plaintes mêlées d'un tendre murmure, les doux gémissements, et ses paroles, agaçantes qui stimulent l'amour. Mais, pilote maladroit, ne vas pas, déployant trop de voiles, laisser la maîtresse en arrière; ne souffre pas non plus qu'elle te devance : voguez de concert vers le port. La volupté est au comble lorsque, vaincus par elle, l'amante et l'amant succombent en même temps. Telle doit être la règle de ta conduite, lorsque rien ne te presse et que la crainte ne te force pas d'accélérer tes plaisirs furtifs. Mais, si les retards ne sont pas sans danger, alors, penché sur les avirons, rame de toutes tes forces, et presse de l'éperon les flancs de ton coursier.
Je touche au terme de mon ouvrage. Jeunesse reconnaissante, donne-moi la palme, et ceins mon front du myrte odorant... »

Ovide que je viens de redécouvrir. (Mais je ne crois pas avoir jamais traduit ces lignes durant mes années de collège ou de lycée…).
Ovide impérial dans ces quelques lignes, écrites en l’an 1 de notre ère, c’est-à-dire exactement 2000 ans avant celles-ci, écrites en juin 2001 :  « Dans cette conception de la vie et de l’amour les amants veulent jouir ensemble. L’abandon en absolu simultané à la gloire orgastique et à l’extase qui la suit etc  » (Manifeste sensualiste) qu’il m’a fallu trouver en m’exilant — dans une villa rustica vétuste, sur mes terres de maquis et de landes — sans aucun regret, de cette époque de furieux esclaves sans maîtres — libertaires-pubertaires, pour la plupart — où elles ont beaucoup amusé.
Ovide, lui, ne dut pas s’exiler : il fut exilé. Pour les mêmes raisons ; par Auguste.
Pour la palme et la myrte, dans les époques de furieux, donc, on repassera… Ou on fera comme Catherine M. .

(Pour la mort, c’est très surfait : on meurt en un éclair. J’en sais quelque chose.
C’est son anticipation anxieuse ou la vie souffrante et s’amenuisant qui peuvent être désastreuses.)

Jouissons donc du Temps – pendant qu’il nous est donné – nous qui vivons, lisons, écrivons, aimons…

À vous




Post-scriptum.

Pour éviter tout malentendu à la lecture de ce que j’écrivais précédemment, je voudrais préciser que, si je veux bien être moraliste puisque j’observe les mœurs de mon époque, je n’entends pas être moralisateur, et que ce n’est pas sous l’angle de la morale que j’ai critiqué cette époque mais plutôt sous ceux du goût et de la « grande santé ».

Tout à fait — et cela ne cesse de m’étonner, au fur et à mesure de ma lecture — comme le faisait Ovide, un Romain, familier du premier cercle du pouvoir (il courtisait Julie, la petite-fille d’Auguste), pour lequel — comme pour tous les autres Romains — les esclaves étaient, de droit, des objets sexuels qui ne pouvaient que se soumettre, et auquel même les affranchis ne devaient, par obligation, rien refuser dans ce domaine, un Romain qui vivait dans une société dans laquelle on épousait des petites filles de sept ans (et je vous fais grâce du reste), et qui était donc, dans l’ordre du sexuel, un peu plus renseigné et libre d’agir selon son bon plaisir que ne le furent nos « libertaires-pubertaires », né(e)s avant-guerre, ou après, avec leurs « sexualités » d’esclaves de pensionnats et de lecteurs de revues aux filles au sexe gommé, ou même que leur maître à tous, ce marquis embastillé dans une société loin d’offrir, même à sa noblesse, les mêmes opportunités d’assouvir sans limites tous ses caprices que Rome à ses citoyens, un Romain, donc, avec toute la riche expérience et les riches possibilités que lui donnaient ce titre et son rang, et qui écrivait, malgré, ou plutôt grâce à tout cela :

« Chez elles [il parle des femmes qui ont passé trente ou trente-cinq ans] le plaisir naît sans provocation irritante : ce plaisir le plus doux, celui que partagent à la fois et l'amante et l'amant. Je hais des embrassements dont l'effet n'est pas réciproque : aussi les caresses d'un adolescent ont-elles pour moi peu d'attrait.
Je hais cette femme qui se livre parce qu'elle doit se livrer, et qui, froide au sein du plaisir, songe encore à ses fuseaux. Le plaisir qu'on m'accorde par devoir cesse pour moi d'être un plaisir, et je dispense ma maîtresse de tout devoir envers moi. Qu'il m'est doux d'entendre sa voix émue exprimer la joie qu'elle éprouve, et me prier de ralentir ma course pour prolonger son bonheur ! J'aime à la voir, ivre de volupté, fixer sur moi ses yeux mourants, ou, languissante d'amour, se refuser longtemps à mes caresses ! »

Ovide qui, ailleurs, prône encore les amours durables parce que les amants et leurs amours n’en deviennent que meilleurs…

C’est de ces mêmes points de vue du goût expérimenté et du sentiment délicat et policé — retrouvés malgré lui — que j’ai critiqué mon siècle malheureusement et pauvrement sadien, regrettant qu’il n’ait été ovidéen, espérant qu’un de ces autres à suivre, peut-être, soit sinon ovidéen au moins vaudéen ayant aimé et aimant, en amour comme ailleurs, la grâce partagée, lui ayant tout, de gaieté de cœur, sacrifié (l’époque le permettait).

Enfin, malgré ce que peuvent écrire certains sur le ton de l’ironie (J. Henric, dans un article où il pourfend à juste titre les moralisateurs, mais où il me semble, pour ma part, sentir comme l’ombre d’un doute — et quand on voit où tous ceux-là, qu’il nomme, et où tout cela, ont mené, pourquoi pas ?… ) :  « Allons, reconnaissons-le, la culture occidentale du siècle passé et de l’actuel, sa littérature notamment, et particulièrement la française, ne sent pas bon. Avec un Sade qui déjà au 18e siècle empuantissait l’atmosphère, puis avec des auteurs comme Genet, Bataille, Céline, Pasolini, Nabokov, Klossowski, Beckett, Guyotat... ) », enfin, donc, malgré cela et ce doute que je crois sentir, tout compte fait, chez certains des acteurs de la « libération » sadienne de l’époque, je dois dire que je comprends l’enchaînement des causes qui ont fait du vingtième siècle ce qu’il a été : chacun a fait ce qu’il a dû et cru devoir faire. Ou même seulement pu faire…



R.C. Vaudey.




Le 30 avril 2012





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