vendredi 30 septembre 2016

Fêtes galantes et communielles









À sept heures du soir
Je suis sans idées
Sans mémoire
Comme un chat allongé
Perdu à contempler
Des grands arbres les faîtes
Que le soleil se complaît à dorer
Sur un fond de ciel
D'un bleu parfait
Qui me font comme une fête
Communielle
Où 
 — Le visage absolument relâché
Doux 
Et lisse comme un marbre
Les yeux grand écarquillés
Je ne peux même plus rêver…
Tout absorbé et comme évaporé
Dans la Beauté

Ce qui m'en sort enfin
C'est un si infiniment minuscule crachin
Qu'on dirait que le ciel a postillonné…

Bien entendu
S'ils m'ont chuchoté un message
Je me dois de dire aux chérubins
Que absolument dans les nuages
Je n'ai rien entendu…
Absolument rien…

Et puis vous arrivez…
Tous phares allumés
Superbe et radieuse
Mon véritable Ange…
Ma véritable Beauté…
Délicate et soyeuse…

Soudain très vif
Et très leste
J'entreprendrais bien l'examen
Du rapport qui existe
C'est très sûr et certain
Entre le Céleste
Et votre merveilleux petit nénuphar
Divin —
Si négligeant les plaisirs furtifs
Et jugeant qu'il est tard
Nous ne décidions d'y consacrer tout demain


Le héros séculier
Et aussi le philistin
Se doivent de moquer
Les extases contemplatives
Sans même parler des “copulatives”
Quand le héros sensualiste
Anti-mondain
Se doit tout à l'inverse de les savourer
Autant qu'il existe…


Au temps qu'il existe






Le 29 septembre 2016





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mardi 27 septembre 2016

C'est le temps des plaisirs et des tendres amours (Air sérieux et à boire)











Nicolas Lancret
Vers 1730






Dom Pérignon selon la légende a inventé le vin qui “fait voir des étoiles” ; on passe la soirée à en boire du rosé…

On écoute de Delalande les grands motets : son Te Deum (clic) — bien adapté à ce que nous célébrons (ma venue sur cette planète… ) — a des morceaux qui sont si beaux qu'ils font pleurer.

Alors que nous écoutons de Marc-Antoine Charpentier le Stabat Mater pour des religieuses (clic) et que je vous fais remarquer qu'elles avaient bien de la chance que l'on composât de telles pièces pour elles, vous me dites : “Ça… et puis le reste du temps le silence… ” vous qui n'aimez rien tant que le silence sinon la flottance muette dans les heures et les jours qui suivent la jouissance… —, puis nous nous ravisons en pensant à la volupté, et vous dites : “Oui, il en manque un bon bout”. Nous en rions.

Nous nous interrogeons sur cette haine des sens, et je nous dis que je pense que nous avons fait, à notre tour, avancer cette histoire, qui est celle du silence, de la contemplation et de la splendeur, à la magnificence de laquelle nous avons offert une forme sacrale de la jouissance et de l'amour, aussi puissante et “divine” que cette musique et que son art ou son architecture, car je sais que seule la complétude génitale dont les racines sont si profondes dans l'histoire individuelle, et les extases si viscérales et si bouleversantes apporte à l'amour physique cette puissance, cette harmonie, cette délicatesse, cette “Zärtlichkeit” et cette sublimité qui manquent aux formes pré-génitales auto-érotiques, perverses-polymorphes, et, en y réfléchissant, le plus souvent (secrètement) honteuses parce que se sachant, au fond, une simple sexualisation de la haine (de soi, de l'autre, du monde) et de la détresse infantile ; formes pré-génitales auto-érotiques qui avaient pourtant été jusque-là les seules formes de la “sexualité” à accompagner la splendeur de cette musique et de cet art.

Mais nous savons que cette misère sexuelle leur est consubstantielle : la chrétienté n'ayant été que la réalisation de l'utopie platonicienne sur la base du patriarcat monothéiste desquels on connaît la misère sexuelle – donc extatique. Ou l'inverse.

C'est l'apport du XXe siècle à l'histoire de la splendeur et de l'extase que cette exploration analytique des pulsions destructrices et auto-destructrices et de leur généalogie à l’œuvre dans l'amour et dans l'amour charnel.


Le champagne, l'art et la musique baroques (clic), un certain goût pour le retrait voluptueux du monde je pourrais dire en paraphrasant : au milieu de l'oppressante et ténébreuse bâtisse du monde, notre chartreuse contadine est le seul espace ouvert à l'air et au soleil sont les dons que les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont fait au libertinage idyllique, à l'amour contemplatif — galant du XXIe siècle; quand le seul écrivain du XVIIIe siècle “ressuscité par l'admiration de nos contemporains est Sade. Visiteurs d'un palais qui n'en admirent que les latrines.”


Et je me souviens de notre supériorité française selon Céline : “ le marivaudage, croyez-moi, est notre bien ultime aimable clef ! Amérique, Asie, Centre-Europe ont jamais eu leurs Marivaux regardez ce qu'ils pèsent, éléphantins ! balourds maniéreux !” (D’un château l’autre).


Nous décidons, contre toute logique, de produire lorsque cela nous sera possible un “vin de champagne” rosé sur nos coteaux, et de dédier cette chartreuse et ce domaine à cette musique et à ceux qui la font vivre plutôt qu'aux “philosophes”, “écrivains”, “plasticiens” et autres truqueurs et faiseurs contemporains.

Mais, pour finir heureusement, attendris et grisés nous écoutons et nous chantons,  — avec l'accent et en souriant — cet Air sérieux et à boire d'Honoré d'Ambruys sur un poème pastoral et galant qui est bien selon notre cœur.






Le doux silence de nos bois (clic)




Le doux silence de nos bois
N'est plus troublé que de la voix
Des oiseaux que l'amour assemble.


Bergère qui fait mes désirs
Voici le mois charmant des fleurs et des zéphyrs
Et la saison qui te ressemble
Ne perdons pas un moment des beaux jours
C'est le temps des plaisirs et des tendres amours ;
Ne perdons pas un moment des beaux jours


C'est le temps des plaisirs et des tendres amours ;
Songeons en voyant le printemps
Qu'il en est un dans nos beaux ans
Qu'on n'a qu'une fois en sa vie
Songeons en voyant le printemps
Qu'il en est un dans nos beaux ans
Qu'on n'a qu'une fois en sa vie
Mais c'est peu que d'y songer
Il faut belle Philis Il faut le ménager.
Cette saison nous y convie


Ne perdons pas un moment des beaux jours
C'est le temps des plaisirs et des tendres amours.
Ne perdons pas un moment des beaux jours
C'est le temps des plaisirs et des tendres amours.





Et le lendemain, dans nos beaux draps, nous nous aimons pleins de cette grandeur et de cette délicatesse-là






Le 28 septembre 2016


Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016





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jeudi 22 septembre 2016

Le Sud ensoleillé








Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences)





La Toute-puissance
Est abandonnée
Douce tendre
Émerveillée
Elle rayonne d'un grand Cœur

Elle est l'intelligence
Intuitive et
Émue
Des Hommes et
Du Monde

La Toute-puissance
Enfant
Sans pouvoir parler
Vous avez pu la posséder

Aujourd'hui
Dans le beau cri
Déchirant d'amour
De tout votre être
Explandi et dilaté
Et dans le reflux
Après
De cette immense énergie
Tendre vous pouvez
La retrouver
Elle ne vous a jamais quitté

Enfant votre regard
Voyait
Vous étiez la puissance
Et aussi
La clairvoyance
L'intuition absolue

Seul de la violence du temps
L'incessant mouvement a pu vous
Faire perdre ce calme et
Cette lucidité
Et cet émerveillement
Enthousiaste et illuminé

Aujourd'hui vous êtes
De retour aux sources
Du Monde 
— La grâce l'extase
La clairvoyance
La puissance
Abandonnée

La Toute-puissance
Est tendre aimante
Empathique
Elle ne connaît aucun excès
Aucune violence
C'est l'humanité non encore sacrifiée ou
Plus tard dans la vie
Retrouvée

C'est le Sud ensoleillé

Ne jamais perdre
Le Sud
Ensoleillé.





Le 19 juillet 2003.



R.C. Vaudey  Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2003  




(Première mise en ligne 17 mai 2012)






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samedi 17 septembre 2016

In pace, in idipsum








Tandis que nous unissent nos baisers
J'aspire sans y penser
L'air que vous expirez
Et vous celui que j'exhale
Dans ce moment de l'amour pré-
Ou post- verbal…

Et là…
Boum !

Envolés les grands usuriers, les shogouns, les tycoons
Qui mangent des loukoums
Allongés dans le shantung
Et tous leurs miséreux clowns
Qui lisent des cartoons
Et font du schproum
En doudoune
Chez les bougnes
Avant de retourner dans leurs guitounes…

Pulvérisée la société de l'injouissance et son barnum…



Emportés comme dans un merveilleux simoun
Nous sommes enlevés tout vifs
Comme dans un bloom
Dans le merveilleux saloon

Mais ce mouvement-là
Est si puissant et si délicat
Que même la poésie n'en parle pas…
On peut seulement écouter (clic)
Ce sur quoi il déboucha…
Votre sommeil Ma Dame
Tandis que réveillé j'écris
Et que mon âme vous chante ceci
Dont je corrige la fin ainsi :

Gloire à vous
Gloire à moi
Et à l'Immémorial et Merveilleux Maelström
De puissance, de délicatesse et de Joie
Qui nous créa
Qui fait de vous une femme
Qui fait de moi un homme
Et qui nous enleva…



Et maintenant, je vais vous rejoindre
Et  
In pace, in idipsum 
Dormiam et resquiescam

Près de vous… Ma Dame…







 Le 18 septembre 2016, à deux heures trente du matin







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jeudi 15 septembre 2016

Paume ouverte… Soleil au creux






Paume ouverte
Soleil au creux
Entre mes doigts
Éclairs merveilleux


Allongé sur la Terre
— Qui vogue dans l'Infini, l'Éther
Adossé sur son talus herbeux
Caressé par son silence somptueux
Que rythme seulement
De ses branches, de ses herbes, de ses cimes le bruissement heureux
Je joue dans 
Et avec un soleil 
Vaguement venteux
Chaud
Qui me rend bienheureux


Grand souffle d'aise
Dans brise caressante
Quand brusquement
(Alors que je quitte le petit ballet des yeux 
Que me font sur leurs longues tiges élégantes
En avalanche de petites fleurs blanches)
Je me perds 
Grâce plus qu'insigne
Dans le vert
Intense de la vigne
Vierge de moi-même
Je renais soudain au monde
 


Plus tard, après la beauté suprême,
C'est la musique sacrée qui m'inonde








Le 15 septembre 2016








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lundi 12 septembre 2016

Un ciel si bleu…









Des draps blancs
Qui flottent dans le vent

Un ciel si bleu

Allongé
À l'ombre vénitienne
Le souvenir saisissant de notre émoi

Et soudain
Je ne distingue plus le moins du monde
Mon moi du monde 

Le monde et moi
Je ne suis plus moi
Il n'y a plus de monde
Dont il ne reste que l'intangible vénusté
Où j'ai été abrogé

Ne suis-je plus qu'immémoriale Beauté ?!

Les chaudes larmes
À cet instant-là
Pure joie 







Le 11 septembre
2016







vendredi 9 septembre 2016

De l'amour










Sur la plage du ciel
Acrylique sur toile
1993






Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non


Nous sommes, particulièrement dans les sociétés occidentalisées, dans ce moment où est reprise par les masses la destruction des anciens carcans de la morale bourgeoise et féodale — destruction qu'avaient déjà effectuée les libertins à la fin du XVIIIe siècle —, dans le moment de la reprise, sur une plus grande échelle, planétaire, des activités de cette avant-garde, très élitiste et numériquement limitée, des libertins d'il y a deux cents ans, continuée par les artistes tout d'abord, dans tout le cours du XXe siècle, et puis, de plus en plus, par les masses, depuis les trente-cinq dernières années.

Ce que cette époque comprend comme le plus avant-gardiste est donc bien dépassé. Théoriquement.

Comme toujours quelques générations font exactement ce que leur position dans le monde et dans le mouvement du monde leur commande de faire, et comme toujours elles le font très fièrement en croyant improviser : mais leurs luttes sont réelles et leurs difficultés aussi, même si le mouvement de dissolution de l'ordre ancien implique la réussite de leur projet, dans un premier temps, avec les réactions contraires, que nous voyons aussi, que cette réussite implique tout aussi nécessairement.

Dans les zones dites avancées de la société mondiale de l'Injouissance beaucoup sont dans une phase plus ou moins violemment perverse-polymorphe qui correspond bien à la chute de l'ordre hétérosexuel monogame imposé qui avait accompagné, en Occident, le monde de la morale et de la religion monothéiste — puis de la religion scientiste — lui-même dernier mouvement de l'ère patriarcale qui était elle-même depuis toujours le monde de la nécessité, continuée.

Lorsque tombe le masque de la fausse maturité sentimentale et sexuelle, apparaît l'Homme inachevé qu'est l'injouissant, l'Homme du patriarcat : l'enfant pervers polymorphe fixé, par la souffrance, sur une ou plusieurs de ses pulsions pré-génitales ou dans une pseudo-génitalité, phallique-narcissique, elle-même utilisée à des fins auto-érotiques.

Dans l'ère patriarcale, dans le monde de la nécessité et de la division du travail, de la division sociale des tâches, dans le monde où dominent soit la vision religieuse monothéiste, soit la vision marchande, mécaniste-idéaliste, soit une combinaison des deux, les relations entre les hommes et les femmes sont déterminées d'une part par cette victoire — qui remonte à quelques milliers d'années — des puissances du masculin sur le vieil ordre du féminin, la victoire de ce qui aboutira à l'unique dieu patriarcal — avec son double métaphysique — sur les vieilles divinités féminines, et, d'autre part et consécutivement, par l'ordre marchand, scientiste, ce dernier représentant l'élément de dissolution tant de la vision métaphysique et religieuse monothéiste de l'Histoire que de l'ère patriarcale qui la contient —, tout autant qu’il en est le produit.

Dans ce mouvement général de l'humanité les hommes et les femmes, totalement enclanisés et soumis à ces forces, ne se sont encore jamais rencontrés : seuls ceux qui sont libres, sortis de la vie de famille et du monde, sans affaire, qui arrêtent l'Histoire à leur porte pour lui faire rendre compte, peuvent se rencontrer. Au XIXe siècle, Nietzsche, qui satisfaisait à ces critères, n'a rencontré vraiment personne.

Cette détermination absolue des rencontres entre les hommes et les femmes par toutes ces forces coalisées, et le plus souvent inconscientes, de la nécessité, de la religion, de la famille, de la reproduction biologique de l'ordre familial ou social, de la marchandise et de sa logique économiste s'autonomisant, ainsi que par les forces produites par l'écroulement des valeurs religieuses et morales, coercitives et imposées, et plus globalement encore par celles nées de la vieille haine et de la vieille lutte entre les puissances et les mythologies patriarcales et matriarcales toujours à l'œuvre dans les esprits des vivants d'aujourd'hui — toutes forces coalisées qui ont produit cette jobardise masculine brutale et cette vieille duplicité féminine telles que le monde se plaît constamment à nous les rappeler —, cette détermination absolue par l’ensemble de ces forces donc, a rendu jusqu'à présent la rencontre entre les hommes et les femmes impossible réellement. Par leur rabougrissement et leur assujettissement.

De sorte qu'il s'agit de réinventer, ou d’inventer, ce que l’on croit si bien connaître et dont ceux qui sont vivants aujourd'hui sont — encore en quasi-totalité — les produits, quand ils ne s'en considèrent pas comme les victimes : la rencontre charnelle, amoureuse de l’homme et de la femme.
Et alors même que tous ces vivants d’aujourd'hui en sont, d’une façon ou d’une autre, en très grande majorité, dégoûtés, et bien que beaucoup ne sachent et ne puissent échapper à la spirale infernale du préprogrammé qui les y attire irrésistiblement.

Il n’y a, bien sûr, aucun autre danger menaçant l’espèce — qu’il s’agisse des technologies du nucléaire, de la manipulation du vivant, du clonage, ou de toute autre forme des résultats de la connaissance — que cette haine que se vouent les hommes et les femmes — aux uns et aux autres et à eux-mêmes —, et que leur donne un monde où l’amour, la poésie et la délectation sensuelle du monde leur a été et leur sera pour la plupart et la plupart du temps refusés.

Aujourd’hui, on le sait, les uns, enlevés en bas âge au contrôle de "leurs parents, déjà leurs rivaux, n'écoutent plus du tout les opinions informes de ces parents, sourient de leur échec flagrant”, “méprisant non sans raison leur origine, et se sentant bien davantage les fils du spectacle régnant que de ceux de ses domestiques qui les ont par hasard engendrés : ils se rêvent les métis de ces nègres-là.” Ils savent que "derrière la façade du ravissement simulée, dans ces couples comme entre eux et leur progéniture, on n’échange que des regards de haine”. Et cependant ils y vont quand même.
Pourtant ce mépris et cette haine ils les connaissent bien pour les avoir vécus dans les déchirements, qu'ils ont subi, de ceux qui, par hasard et par toutes les nécessités que j'ai dites plus haut, les avaient engendrés, ou pour les vivre ou les avoir vécus dans leur(s) propre(s) couple(s).

Et les autres — terrorisés par la violence du monde et celle que ce monde a produite en eux —, ils tentent d'imposer à ce monde et à eux-mêmes une chape de plomb morale et religieuse absolue qui puisse les protéger de cette tentation de la violence, et trouvent dans cette tentative furieuse l'occasion de libérer ce mal destructeur et autodestructeur qui les ronge et qu'ils prétendent vouloir combattre mais qui finalement vainc toujours les mal-heureux. Et le plus souvent justement de cette façon-là. Dans la rage purificatrice.

Faire l'éloge dans ces conditions de l'hétérosexualité flamboyante, jouissante, illuminée et mystique, quand elle n'a jamais été et ne peut être, dans la presque totalité des cas, que tout ce que j'ai décrit précédemment, et alors qu’elle paraît ainsi immédiatement responsable de toute la souffrance des unes et des autres — bien que tant d'autres forces se soient appliquées et s'appliquent à la reproduction de cette souffrance —, faire cet éloge-là dans ce moment particulier du monde et pour le public d'aujourd'hui, composé en majorité des chiens de guerre, plus ou moins bien dressés, plus ou moins féroces, du Spectacle mondial et de ses multiples factions rivales — économiques, religieuses, ethniques, politiques etc... — et, pour le reste, de ses victimes, semble une tâche inutile.

Il faut donc considérer que les poètes font ce qu'ils ont à faire et qui s'impose à eux, spontanément, sans aucune considération pour aucun public, et que, plus généralement, une avant-garde n'a pas à s'intéresser, pour les approuver ou les critiquer, aux modes superficielles qui s'agitent, selon la nécessité, à la surface du temps pseudo-cyclique contemplé.

Par exemple, les sensualistes n'ont pas à critiquer ou à approuver l'époque qui joue au libertin, tel qu’on pouvait l’entendre il y a deux cents ans, et même s'ils connaissent les dangers qui, in fine, guettent cette figure maintenant dépassée du libertin, et qui sont ceux de la destruction et de l'autodestruction déchaînées. Ceux de la barbarie. Les sensualistes éclairent le mouvement du temps.

Ils n'apportent aucun "Tu dois" : il faut suivre sa pente et puis son caractère : si l'on aime boire, il faut se soûler, si l'on aime les psychotropes, il faut en abuser, si on a l’âme d’un chien, il faut suivre son maître, si l'on aime la guerre, il faut aller se battre, si l’on aime la débauche, il faut s'y livrer, mais si on aime la médecine, il faut l'exercer. Et si l'on comprend l'histoire comme nous la comprenons, il faut aller, sur sa scène, y jouer.

Bien sûr les sensualistes savent, parce que Breton l'avait déjà fait remarquer, que la question de l’amour est celle qui détermine toutes les fâcheries.

Ils se moquent parfaitement d'influencer qui que ce soit parmi ceux dont les goûts sont déjà formés et que les existences qu’ils ont acceptées renforcent encore.
Ils interviennent dans le cours du temps, pour ce qui vient, et, pour le reste, ils souhaitent seulement connaître toujours ce qu'ils aiment tant.
Ils lancent seulement le disque brillant de leur expérience dans le mouvement du temps : s'il éclaire ce mouvement, tant mieux ; mais si eux-mêmes devaient rester une simple exception, ils sont parfaitement heureux d'être cette exception.

Les Libertins-Idylliques ne souhaitent pas non plus être leur propre “Tu dois” : ce qu’ils sont et ce qu’ils soutiennent leur vient de leur vie ; c’est tout. Contrairement à d’autres qui soutiennent des idées ou des systèmes de pensée qui en fait leur servent de tuteurs, et qui donc, en fait, les soutiennent, eux, ce qu’ils déploient théoriquement ou poétiquement n’est que la traduction — sous ces formes de l’art et de la théorie — de leur propre déploiement. Certains parmi les Libertins-Idylliques ont d'abord été des libertins : aucun n’exclut de devoir — par usure, par nécessité, par goût — le redevenir. D'autres, pour avoir fait le tour de l'enfer, connaissent tout ce qu'il peut receler.
Surfant une vague neuve et puissante, ils savent seulement qu'à ce qu'on en dit, on surfe éternellement.

Cela dit pour ceux que l’usure et la misère mèneraient simplement à attendre les sensualistes au tournant : il n’y en aura pas.

Le bien est déjà fait.

Ce qui importe avec les chercheurs d’or c'est, au-delà de leur destin personnel, l’or et les mines qu’ils ont trouvés...
Et les bonnes cartes qu’ils laissent.



R.C. Vaudey

Avant-garde sensualiste 1
Juillet/Décembre 2003



(Première mise en ligne 7 mars 2014)



dimanche 4 septembre 2016

RÉMANENCE DE L'EXTASE







Ma conscience
Enfin ce qu'il en reste
S'éteint avec ceci :

« Vous distillez dans tout mon être
Depuis toujours
Un élixir de jeunesse
Qui me donne une ivresse
Qui me dissout dans une félicité inimaginée »

Ce qui n'est pas
Une phrase de réveil de sommeil d'amour
Mais tout l'opposé :
Une phrase de pâmoison extasiée…

En quelque sorte la transcription
De ce qui m'a traversé
L'esprit, le cœur et le corps
Après que la dernière des dernières
Ravageantes vagues cloniques
De notre longue
Puissante
Profonde
Miraculeuse
Catalepsie orgasmique
M'eut laissé sans force
Sur la plage de votre corps


On dira
Que je fais bien des phrases
Avant que de m'évanouir d'amour

Parmi tous ceux
De toutes les époques
Que je connais pour les avoir lus
Ces phrases nul ne les avait vécues
Ou
Dans le cas contraire
N'avait pris le plaisir de les noter
Ou n'avait estimé bon qu'on les évoque
Et tous auraient donc ainsi choisi de les taire

À défaut d'être le maître de son destin
Il est loisible à chacun
D’être
Selon le mot d'un écrivain
Le secrétaire de ses émotions
(À condition d'en avoir
Et de ne pas se mépriser)
Et de ne pas être
Ce qu'un autre appelait
Un benêt :
Une conscience terne
Pour laquelle toute splendeur
Toutes jouissances sont pauvres…
À jamais

J'ajouterai donc ceci
— En invite majestueuse —  :

« Amants
Autant que vous le pouvez —
Ne laissez pas l'injouissance de la société du spectacle
Et le spectacle de la société de l'injouissance
Vous divertir de votre éternité… »


« Amants jouissez de concert toujours davantage »
Qui me vient à l'instant
Est elle une phrase détournée
C'est-à-dire poétiquement améliorée
Et précisée par le feu de l'expérience renouvelée


Puisque ces phrases me viennent en
« écrivant »
Dans la rémanence de l'extase
Comment devrais-je encore les qualifier ?

Mais à ce moment je suis sans forces
Pour chercher davantage

Aujourd'hui
Lorsque je ne les chuchote pas à ce petit écran 
Je jouis du Temps
Je respire
Et
Allongé à vos côtés
Je regarde le monde à l'envers
Les yeux dans le vague
Alangui
Comme un chat sans projet qui s'étire












Le 4 septembre 2016
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016





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