jeudi 23 février 2017

La belle affaire des philosophes et des poètes














On peut douter de l'intérêt et de l'importance d'un travail analytique qui permettrait le rétablissement des capacités poétiques individuelles, c'est-à-dire en même temps, et dans le même mouvement, le rétablissement, ou plus exactement l'établissement, de la puissance orgastique “harmonique” grâce au déploiement de la génitalité rendue possible par l'allégement — par le revécu émotionnel autonome, l'analyse et l'intelligence — du poids des traumas du passé...
On peut douter, donc, de l'intérêt d'une telle entreprise pour la grande majorité des individus. Le plus simple, pour les uns et les autres, c'est de s'adonner aux différentes formes de compulsions, sexuelles ou autres, qui manifestent ces traumatismes passés, allègent passagèrement la tension et leur permettent de fonctionner socialement, plus ou moins normalement. Les pauvres vont exercer leurs fantasmes de domination avec des “professionnelles”, et les riches, avec d'autres “professionnelles”, leurs fantasmes de soumission. En exagérant, bien entendu ; ou, les uns et les autres, de façon plus “festive”, dans les clubs spécialisés. De toute façon, la Société de l’Injouissance produit à la fois toutes les sortes de traumatismes et donc, aussi, toutes les sortes de professionnelleset toutes les sortes de clubs, massivement.
Quel intérêt pour les uns ou pour les autres d'entreprendre un travail long pour lequel ils n'ont pas de temps (“vie de couple”, enfants, collègues de travail, amis, familles, collègues de “loisirs” etc.) et qui, au mieux, leur permettrait sans doute de découvrir que leur existence n'a pas du tout été pensée pour la poésie et pour le déploiement de la puissance poétique et extatique — ou la génitalité.


Qui pourrait — comme nous l’avons fait — se consacrer des mois durant, des années durant, exclusivement, à cette exploration de l'inconscient, sans que rien ne vienne interférer dans cette ouverture aux émotions, aux traumatismes et aussi aux grâces refoulés ?
Qui pourrait organiser sa vie de telle sorte qu'elle favorise au maximum ce déploiement poétique, cette puissance extatique retrouvée, et cette génitalité puissante et abandonnée ?
C'est tout le mouvement de la poésie moderne depuis Sade qui se confronte au diable, qui entrevoit des béatitudes, qui trouve des voies à travers l'enfer pour se retrouver en paradis, qui construit les situations et essaie d'élaborer les rencontres qui puissent maintenir cette vibration particulière dans le temps.


C'est donc uniquement une affaire de philosophes et de poètes — sensualistes.


Bien entendu, je pense que le travail analytique, pour ceux qui veulent l'entreprendre, est bon pour tous. W. Reich, cependant, avait déjà insisté sur la difficulté qu'il y avait pour quelqu'un au sortir de ce type d'analyse à rencontrer des partenaires qui puissent le comprendre, et avec lesquels être au diapason.


Le problème depuis cette époque est resté tout à fait le même.


Si l'on ajoute à cela la difficulté particulière pour les philosophes et les poètes de construire des formes de l'existence en dehors de toutes les occupations sociales, et qui puissent favoriser cet accès au divin de l'amour, de la jouissance et du monde, on comprend mieux alors les difficultés de l'entreprise.
Dans notre époque de balourds sans nuances, il faut vraisemblablement ajouter qu’à l’inverse il existe des personnalités “préservées”, en quelque sorte, et que ce “travail” analytique n‘est absolument pas un préalable incontournable aux expériences sensualistes, amoureuses et poétiques dont nous rendons compte.
Un cadre émotionnel, artistique, sexuel-voluptueux, riche, une compagnie choisie de personnalités profuses et sensibles dans des lieux harmonieux sont pour certaines personnalités aimées des dieux et des déesses, des conditions suffisantes pour qu’elles donnent leurs meilleurs fruits ; et parfois même, une ou deux de ces conditions sont-elles suffisantes à ce résultat.






R.C. Vaudey






Avant-garde sensualiste 3. Janvier 2005/Juin 2006



(Première mise en ligne : 10 février 2013)







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