vendredi 1 mai 2015

De notre tour d'y voir clair — de notre tour d'ivoire – claire…








De notre tour…
Janvier 1997







Le 2 janvier 1997






Madame,


Il aurait fallu que nous fussions de bien tristes sires pour laisser une lettre telle que la vôtre sans réponse. Il aura donc fallu que celle-ci se perdît à une adresse que nous ne visitons guère, et de laquelle le courrier est censé nous être retourné par la Poste, pour que cela parût ainsi.

Par contre, nous sommes restés jusqu'à ces derniers jours assez étonnés de votre message sur notre répondeur, ne comprenant vraiment pas qui avait bien pu l'y avoir laisser.
Enfin, tout s'éclaire — d'une manière pourtant étonnante.

Nous avions également beaucoup apprécié cette soirée avec P. et son ami, au cours de laquelle souriait cette légèreté heureuse de l'été, lorsque l'amour et la tendresse et la connivence exaltée l'adoucissent et l'embrasent. Mais, après tout, l'éloge, au milieu du chaos de ce temps, de ce que l'amour a de divin, de fin, de délicat, de raffiné, de civilisé et d'excessivement puissant et abandonné en même temps — tout en négligeant tout le reste —, a de quoi séduire les belles âmes — et P. en est une, assurément.

C'est une sorte d'attitude qui a, vous ne l'ignorez pas, dans l'art, la poésie et l'art de mener son existence, des racines profondes qui remontent au moins à cette expression de la poésie lyrique telle que le Moyen Âge l'a vue s'épanouir au temps des cours d'amour et de Fontevrault, et qui, plus près de nous, a encore été célébrée par des gens comme André Breton, qui écrivait dans Arcane 17 (« Ajours, II ») :

« L'acte de l'amour, au même titre que le tableau ou le poème se disqualifie si de la part de celui qui s'y livre il ne suppose pas l'entrée en transe.
L'éternité est là, comme nulle part ailleurs, appréhendée dans l'instant même. »

Il est vrai que l'époque est totalement — si l'on met de côté le retour des sectateurs de l'ordre moral et des extrémismes religieux — dominée par une autre école poétique, philosophique et « amoureuse », qui lui convient sans doute mieux, et qui dans l'histoire de notre littérature a plutôt été illustrée par des gens comme le divin marquis. Le cynisme sexuel et le désabusement amoureux, qui traduisent si parfaitement une pauvre âme terrorisée à l'idée de s'abandonner aux sentiments, au risque de souffrir à nouveau, — même si cette puissante terreur est profondément enfouie sous les masques de la volonté de dominer ou d'être dominé —, et l'incapacité affective personnelle — et puis pratique : avec quel temps ? quels moyens ? quels gens ? — de développer sa propre humanité, son propre rayonnement au travers de la rencontre élégante, amoureuse, joueuse, tendre, intelligente, belle, convulsive, puissante, extasiée que doit être l'amour — et qui représente, pour la femme et l'homme, l'unique moyen de sortir des clans qui les enferment habituellement, l'unique lieu de l'égalité éblouie, là où les êtres se découvrent à eux-mêmes — , ce cynisme et ce désabusement amoureux, donc, ont jeté l'époque dans le sport sexuel, et pour la première fois certainement d'une façon aussi totalement démocratique et si franchement déculpabilisée. Le monde de la misère affective et la misère affective du monde se sont déclarés déjà bien assez beaux comme cela, et finalement plutôt satisfaits d'eux-mêmes. Mais comme le dit le poème à propos du « mammifère qui vit comme un insecte » :


« Et à défaut de mieux
Sa sexualité
C'était plutôt de la camaraderie
Entre noceurs revenus de tout ;
Dans la scène de la fenêtre, c'est très net.
Le prince,
Charmant, lui, Pamela,
N'a jamais désespéré. »


Mais, puisque nous parlions d'écoles de pensée philosophique, amoureuse, si l'éloge de « l'angélisme amoureux » et des libertins idylliques a des racines profondes dans l'histoire de notre culture, il ne peut, justement parce que le désabusement amoureux a des causes si profondes, être historiquement que post-analytique.

La psychologie des profondeurs nous a, dans ce siècle, pour la première fois, appris à comprendre les blocages, et les raisons des blocages, de l'affectivité à des stades infantiles du développement individuel. L'inaccessibilité de la génitalité heureuse, épanouie, confiante, abandonnée, puissante, dans l'enfance, bien sûr, comme dans la vie adulte plus tard et le plus souvent, est seule responsable de cette immaturité généralisée, sadomasochiste, hystérique, pour ainsi dire sûre de son fait, qui, tout le temps confrontée à la trivialité de la quotidienneté de la société marchande développée, a oublié, si elle l'a jamais connue, la noblesse et surtout celle des sentiments, et qui s'en défit lorsque par hasard elle la rencontre.
Sauf, bien sûr, pour les belles âmes que l'évocation de l'humanité — l'amour, la poésie — exalte toujours dans leur propre pratique de la poésie et de l'humanité ; ou dans leur nostalgie.

Mais si l'inaccessibilité de la belle et raffinée génitalité produit la fixation à des stades régressifs-agressifs-dépendants de la sensibilité, l'inverse est aussi dialectiquement vrai ; et la fixation à des stades infantiles sadomasochistes du développement personnel, aussi branchée et légère qu'elle veuille paraître, rend cette exploration — qui devrait être l'apanage de l'adulte — de l'art de vivre et d'aimer —, cet éloge des aspects divins de l'humanité, cette illustration de la noblesse des sentiments et de la vie — impossibles. Aussi les humains sont-ils dans leur grande majorité, même sous leur apparente légèreté, malheureux, ignorant leur propre puissance, coupés de leur propre réalité.

La poésie dans son histoire a donné l'idée de ce que l'amour, la vie devraient être, pourraient être, sont; mais sans comprendre vraiment pourquoi l'amour du merveilleux et le merveilleux de l'amour manquaient à, ou même ne manquaient même pas à — agaçaient — tant de gens.

La psychologie des profondeurs dans le cours de ce siècle nous a donné, pour la première fois, une explication claire des pulsions secondaires destructrices et autodestructrices telles qu'elles s'expriment aussi dans la rencontre amoureuse et le sport sexuel, plus ou moins violemment, et qui, par le désespoir individuel et précoce qui les produit, expliquent la perte du merveilleux de l'amour et de l'amour du merveilleux ; mais les théoriciens de la psychologie des profondeurs, tenus eux-mêmes éloignés, par leur genre de vie et de travail, de l'amour et de la poésie et de leurs aventures n'ont, en général, rien pu dire de ce que l'amour et la vie sont vraiment. Poétiquement, humainement. Ils se sont plutôt attachés à expliquer comment arrondir les angles de la misère sociale, relationnelle et affective.

Le sens de notre art poétique — qui semble avoir tant plu à P. —, différant en cela de nos prédécesseurs, surréalistes compris – qui, eux, avaient plutôt utilisé l'art comme un moyen auto-analytique — est de reprendre, de façon « postanalytique », cet :


Éloge de l'insouciance,
De l'intimité
Et de l'irradiance amoureuse.
Éloge de l'humanité.


Ayant compris cette fois comment s'effectue, par quels mécanismes précis dans l'enfance, l'adolescence et dans l'organisation sociale de la vie, cette perte des capacités poétiques individuelles, comment s'instaure cette défiance vis-à-vis de la pratique de l'humanité (l'esprit, la grâce, l'élégance, les sentiments voluptueux et la volupté alliée aux sentiments — l'Eldorado —, la douceur et la noblesse des manières et des mœurs), comment leur idée même s'est perdue, comment aussi se sont installées, par contrecoup, cette rage et cette violence infantiles, activistes, consommatrices, voyeuristes, exhibitionnistes, sadiques, masochistes, « au respect et au mépris facile », que découvre la psychologie de masse de la soumission ; affirmant, par ailleurs, que l'art, aujourd'hui, ne doit plus seulement traduire la souffrance de l'artiste (car en tant que tel l'art est une pauvre thérapie) mais au contraire célébrer les beautés infinies de l'humanité retrouvée par-delà la misère caractérielle infantile que la psychologie des profondeurs nous a, dans ce siècle, oui, pour la première fois, permis de comprendre, et pour le dépassement de laquelle elle nous a donné d'autres moyens, et autrement efficaces, que la transcription artistique ; affirmant aussi que c'est à ces conditions seulement que l'art et sa théorie pourront donner l'idée de l'humanisation du monde et de ceux qui y vivent, et que ce sont cette reprise individuelle et collective du développement humain dans le sens de son plus bel accomplissement — et l'idée même de cette reprise — qu'il convient à l'art de chanter : « Je ne veux pas avoir l'air de rejeter une époque, non… Mais s'ouvrent des chemins, ce qui est bien connu, nous le laisserons derrière, les vieilles oppositions passeront, les hommes cesseront d'être ce qu'ils furent, les femmes, aussi, y renonceront… »

Il est troublant que les avancées de l'art poétique se produisent justement dans ce sens, et plus particulièrement dans cette époque si troublée — et qui a tant d'autres questions à régler. Mais c'est ainsi : ce qui est à la pointe du temps ne regarde pas le temps, et n'en est pas regardé, puisque l'époque emporte tout, les hommes, leurs illusions et leurs passions ; mais c'est ce qui pourra être nécessaire plus tard. Car, enfin, qu'en serait-il d'un monde dans lequel les problèmes qui accablent le nôtre seraient résolus, mais qui aurait parfaitement oublié la noblesse et la beauté de vivre et d'aimer ?

Comment, et dans quel cadre, une telle exploration de l'art de vivre, de l'art poétique devrait-elle apparaître médiatiquement ?

Croyez-le ou non, nous en parlions justement, et très contrairement à nos habitudes, depuis une bonne heure, le jour où, nous promenant, nous nous rendîmes là où se trouvait votre lettre. C'est ce que d'autres, avant nous, auraient appelé un « hasard objectif ».

Faut-il, comme le faisait Xavier Forneret dans les années 1830, passer des annonces dans les journaux, rédigées ainsi : « Le nouvel ouvrage de M. Xavier Forneret n'est livré qu'aux personnes qui envoient leur nom à l'imprimeur, M. Duverger, rue de Verneuil, et après examen de leur demande par l'auteur. »

Fastidieux.

L'idée de l'art posthume, à condition qu'il soit le plus « posthume » possible, n'est pas loin d'être la plus séduisante, parce qu'elle assure la plus belle indépendance.

Élégant, mais pas très « humain ».

Sur le plan du médium télévisuel, pourquoi faudrait-il apparaître là où apparaissent tant de faussaires, d'aigrefins, de contre-informateurs, de malfaisants artistiques, politiques etc., tous ceux que vos collègues des magazines d'investigation décrivent plus ou moins spontanément ; bref, pourquoi apparaître la où tant de gens défendent, sous des formes si dissimulées, des intérêts politiques, financiers, personnels tellement entremêlés et si difficilement déchiffrables, — même pour les plus initiés. Et, finalement, si misérables, — sur le plan humain. Comme l'on dit : « ceux qui sont déjà morts s'agitent beaucoup. »

Et puis, à décider d'y paraître, dans quelle collection et chez quel éditeur, comme l'on dit en littérature ? Et pour quel public ?

Et encore : connaissant le pouvoir de l'acheteur en général, et particulièrement dans le domaine du médiatique, comment penser pouvoir avoir la moindre chance de faire respecter un sens quand le montage a tant d'importance et, finalement, celui qui le réalise, si peu, face aux exigences de ses clients ?

Nous en étions à peu près là de nos considérations amusées sur la « nécessité d'apparaître ou non » lorsque ouvrant votre courrier, en quelque sorte égaré, nous découvrîmes votre très aimable lettre et son objet. Étonnant, n'est-ce pas ?

Comme vous avez pu le comprendre, la belle fougue, les puissantes et si tendres étreintes, les belles langueurs éblouies, qui entraînent si bien dans leur sillage à l'humanisation des êtres, à leur adoucissement, à leur raffinement, qui ouvrent si bien leur sensibilité sur la magie du monde et de la vie, et sur les beautés architecturales, musicales, picturales, poétiques etc. que l'humain produit aussi, bref qui ouvrent si bien non seulement les portes de l'éblouissement individuel mais aussi celles de l'humanisation du monde et des Hommes qui le composent, ne sont pas pour nous dissociables d'une considération lucide du monde et des Hommes tels qu'ils sont.

C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si, dans une époque de surmédiatisation, dans laquelle chacun est si pressé, par la nécessité, d'apporter sur le marché des produits bâclés et de s'en faire le camelot, nous laissons ces idées dans l'ombre.

Tout d'abord elles n'y sont pas vraiment ; du moins, pas tout à fait. Disons que l'activité « d'agitateur poétique », lorsque l'un d'entre nous a jugé bon de s'y livrer, il l'a limitée au milieu parisien, plutôt fermé, de l'art, ou plutôt des affaires sur l'art.

Paradoxalement, il y a parmi beaucoup de ceux dont l'espèce (et les « espèces »...) a pris en main ce qui devrait être les résultats de la recherche artistique, poétique, théorique sincère des hommes dans l'expression des sentiments les plus universels, les plus profonds, dans la poursuite du sens et dans l'illustration de la vie et de l'amour, ou encore dans la critique du monde — les œuvres d'art — et qui ne sont, depuis bien longtemps déjà et pour la plupart, plus que des produits de plus ou moins grand luxe, étudiés et adaptés à une clientèle et à un marché, il y a donc, et paradoxalement, parmi beaucoup de ces gens qui — contre les hommes qui pensent et qui créent — se sont publicitairement accaparé une certaine idée de la pensée et de la création et l'ont imposée au public, beaucoup d'amateurs d'art, au sens le plus authentique du terme, et de connaisseurs de son histoire, qui savent au fond d'eux-mêmes à quoi ressemblent la pensée et la poésie, mais qui, constamment en contact avec un public de gogos, et sollicités par des faiseurs plus ou moins habiles surtout soucieux de se vendre — et déjà vendus, comme l'on dit méchamment, avant d'être achetés — sont morts à eux-mêmes et aux autres, frappés eux aussi par le cynisme et le désabusement que leur profession ne manque pas de produire — à moins que ce ne soit l'inverse, ou les deux, tout à la fois.

Voilà donc que le milieu des « trafiquants d'art » — pour parler sombrement de ceux qui, au milieu de tous les miséreux et malfaisants qui accablent notre temps, ne sont au fond que des enfants de chœur — est le seul où l'on puisse parler d'art avec une chance d'être compris.

Il faut dire que le reste de la population a tellement d'autres soucis ; les insouciants lettrés ont disparu, quant aux lettrés, ils ne sont pas insouciants mais soucieux de leur carrière — surtout médiatique — ou de leurs mauvaises conditions d'enseignement dans l'Université en ruine accélérée ; et même les étudiants, qui naguère constituaient, au moins jusqu'à leur entrée dans la vie active, un public prêt à se passionner pour ces questions, sont aujourd'hui totalement accaparés par d'autres préoccupations ; et qui les en blâmerait ? Lorsque le bateau coule on dit que les rats quittent le navire. Nous pourrons voir que les affaires continueront cependant jusqu'à la liquidation totale ; et l'on voit bien aussi que les gens dans leur ensemble n'ont pas le cœur à devenir, eux aussi, de beaux parleurs et de beaux viveurs du monde et de l'amour, de l'art et de la vie.

Enfin, on ne peut pas se colleter tout le temps, par le pamphlet ou le scandale positif — la gratuité de ce que l'on offre épisodiquement au public — ou négatif — la perturbation poétique des manifestations les plus vulgaires du trafic d'art — avec tout cela. Ce serait par trop perdre son temps ; c'est la loi de l'époque : la domination du dogme économiste — enfin, là où les anciens dogmes religieux ne dominent plus les consciences par là même hypnotisées, c'est-à-dire presque partout — subjugue des hommes qui, par les conditions de leur vie, n'ont pas été préparés à penser et à sentir par eux-mêmes, ni à s'accorder beaucoup de crédit, et a décidé que les rois du béton ou des boissons gazeuses, les inventeurs de la brosse à dents électrique ou du balai mécanique détermineraient ce que serait l'art de ce temps, temps qui a décidé que rien n'était plus beau qu'un milliard de dollars — et celui qui le possède.

On ne peut pas s'opposer tout le temps à cela ; il faut se consacrer à l'essentiel : la sensitive aux mille facettes.

Et puis la critique directe n'est peut-être pas la meilleure. Un de vos confrères a réalisé sur le milieu des marchands d'art, que je viens d'évoquer, la plus pertinente et élégante critique qui se puisse imaginer, et je crois qu'aucune de ses victimes ne pourrait s'en plaindre tant il a suffi de montrer honnêtement — enfin le montage... —, comment ce milieu fonctionne, pour que l'honnête homme y distingue de suite la bassesse, le calcul, et la perversion de l'idée même de la poésie et de l'art. (Un marchand, des artistes et des collectionneurs ; Jean-Luc Léon. La Sept/Arte ; Album Production ; Ex Nihilo. 1996)

Nous ne doutons pas que vous puissiez vous procurer une copie de ce film, mais dans le cas contraire, nous pourrions sans peine vous en faire parvenir une, car nous avons gardé cet enregistrement, tant il illustre à merveille comment quelques marauds, marchands et « artistes », se sont approprié l'idée de l'art et de la poésie auprès du public, s'entourant pour cela du prestige de l'argent, du pouvoir et des palais d'État, en s'acoquinant avec ceux — quels qu'ils soient — qui les détiennent. Et cela avec une telle réussite que ce sont plutôt notre mépris et notre rejet de cet état de fait qui paraîtront déplacés à nos contemporains, que cet état de fait lui-même.

Il faut avoir porté, une fois, le scandale à l'inauguration d'une FIAC, puisque abusivement, mais véridiquement, s'y trouvent réunis les mots art et foire, mais il ne faut pas exagérer non plus : la vraie vie est ailleurs — comme l'écrivait Arthur.

Stéphane Mallarmé a écrit ceci, qui n'est pas loin de refléter notre pensée : « Au fond, je considère l'époque contemporaine comme un interrègne pour le poète, qui n'a point à y être mêlé : elle est trop en désuétude et en effervescence préparatoire, pour qu'il ait autre chose à faire qu'à travailler avec mystère en vue de plus tard ou de jamais et de temps en temps à envoyer aux vivants sa carte de visite, stances ou sonnet, pour n'être point lapidé d'eux, s'ils le soupçonnaient de savoir qui n'ont pas lieu. » (Lettre à Verlaine du 16 novembre 1885).

Pour finir, et pour tout dire, il y avait dans votre lettre quelque chose — un tour, une émotion — qui laissait transparaître, à côté de l'intérêt professionnel, une sorte d'intérêt personnel. Ignorant ce que P. avait pu vous dire précisément, nous avons donc résumé un peu les sujets de notre conversation afin que tout cela soit plus clair que rapporté par d'autres ; encore que ce soit loin d'être certain.

Nous envisageons effectivement une intervention poétique dans nos activités prochaines, et comme Héloïse possède une structure de production, bien que cette structure n'ait jamais servi en tant que telle, nous ne savons pas encore comment nous allons le faire. De bonnes choses ont été réalisées avec le médium qui est le vôtre ; comme ce film de J-.L. Léon que, précisons-le, nous ne connaissons pas et avec lequel nous n'avons rien en commun. Jean Vérame nous a montré ses manies bleues, et de façon intéressante, sur Canal +, dans les derniers jours de février 1996.

Nous ne sommes donc pas, a priori, contre l'utilisation du film pour la célébration de ce qui nous paraît devoir l'être.

Dans quelle mesure cela rentre-t-il dans le cadre de vos propres activités, c'est ce que vous nous apprendrez peut-être un jour.

Nous avons parlé beaucoup d'amour, de sensations, de sentiments, d'humanité, et même d'humanisation du monde par le biais de tout cela ; ce sont là des états de l'âme que les trivialités de la vie bousculent sans cesse, et dont la perte fait de celui qui les a perdus un mort-vivant ; considérant la pléthore du genre et vous sachant de plus jeune maman, nous vous souhaitons de vivre jeune et vivante, toujours, et de pouvoir vous abandonner, le plus souvent, à tous les beaux sentiments.

Vous étant reconnaissants par avance de votre discrétion, bien que cela ne rentre pas dans le cadre de votre profession, nous vous souhaitons, outre l'amour et la poésie que vous possédez donc déjà, tout ce qui permet de les vivre pleinement.


R.C. Vaudey




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