La tendance à
l'idolâtrie chez les humains est constante, universelle,
impénitente, le signe de la perte ou de l'inconnaissance de la joie
de vivre, de créer, d'aimer, le signe de l'incapacité à se laisser
aller à la joie de vivre, de créer, d'aimer véritablement.
Je
pense par exemple à ce symbole du Aum
|
in
“Tantra. Le culte de la Féminité” ; A. van Lysebeth.
|
et
à sa genèse telle que l'expliquent les “pratiquants” du Tantra,
je pense donc à ce symbole qui, un jour, a dû être tracé sur le
sable, sans paroles, sans pensée, ou délicieusement et en riant,
par des amants — l'un ou l'autre — et qui est devenu l'objet d'un
culte et d'une adoration souffreteuse, “ravie”, en manque ou en
excès, douloureuse toujours, au fond, tout à fait dépourvue de la
sensation de l'amour vrai, d'humour et du sentiment de la joie de la
vie ; et de la joie du vit, tout aussi bien.
Je
pense aussi à ce symbole du Yin et du Yang
qui,
un jour, il y a bien longtemps, a dû être, lui aussi, tracé par
des amants — l'un ou l'autre — d'une main inspirée,
ardente, aimante, amoureuse et qui est aujourd'hui pour beaucoup
d'adeptes des spiritualités extrême-orientales (l'adepte est dans
le domaine du “religieux”, du “spirituel”, l'équivalent de
ce qu'est le militant dans l'ordre du “politique”) un symbole
tout chargé de significations mystérieuses et fumeuses et tout à
fait séparé du sentiment de l'amour vrai, de l'humour et de la joie
de la vie ; et de la joie du vit, tout aussi bien.
La
séparation d'avec soi-même comme centre du monde (et donc
aussi, dans un même mouvement, d'avec l'autre et le monde) comme
centre bienfaisant, dans tous les sens du terme, voilà donc bien
l'alpha et l'oméga et ce qui caractérise le rapport de
l'injouissant historique, (quelles que soient les formes qu'il prenne
: “religieuses”, “spirituelles”, “politiques”,
“artistiques” etc.) à ce qu'il rencontre. Il ne voit partout que
des maîtres ou des esclaves, se crée et se heurte partout à des
totems et à des tabous, qu'il vénère et devant lesquels il se
prosterne, ou qu'il piétine et sur lesquels il danse avec rage –
qu'importe, l'empêchement est le même –, il transforme tout ce
qu'il touche en reliques et en fétiches qu'il exhibe toujours
fièrement ou reste toujours à la recherche de nouveaux grigris.
Avec lui, les expressions spontanées de la joie, de la douceur, et
de la jouissance du Temps se transforment en objets de culte et
d'abrutissement.
J'ai
eu la chance de voir tracé un jour devant moi — moi très vivant —
par Héloïse, son monogramme (deux cœurs, qui sont aussi un sexe de
femme et un sexe d'homme, qui se mêlent et se confondent — et qui
est aussi, peut-être, un signe du temps, inverse de celui que
représente le sablier... — qui est devenu l’Asha, le
seing de l'Avant-garde sensualiste, et que je crois tout à
fait être la manifestation inespérée, inattendue, inspirée, et
qui s'est imposée à Héloïse sans aucun calcul préalable de sa
part, de cette nouvelle époque de l'humanité et de ce qui la
caractérise (le dépassement, dans et par la volupté et la
jouissance puissante et paisible du Temps, de l’ancestrale guerre
des sexes...), et qui s'est ainsi manifesté sans qu’elle n’y ait
d'abord songé.
Je
l'ai vu faire ce signe de lendemain, en riant, enamourée,
ardente, spontanément, sans en mesurer ni les conséquences ni la
portée, tout d'abord. C'est-à-dire comme il se doit.
Et
j'écris ceci pour que personne jamais n'oublie cela et que la grâce
ardente et délicieuse, joueuse, qui présidait à cette éclosion ne
s'oublie pas et ne se transforme jamais en son contraire.
Et,
aussi, pour montrer comment et à partir de quoi il faut toujours
créer l’or du Temps ou le reprendre aux usurpateurs et autres
bigots pour le rendre aux voluptueux ; comment il faut,
toujours, reprendre l'or... le partager, s'amuser des jobards ou des
gourdes, ou l'inverse, explorer des routes, éclairer ceux qui ne
sont pas morts, éduquer au passage des éducateurs, tout en allant
au jour le jour, en marge du conformisme social et de la
respectabilité, c’est-à-dire comment, on le sait maintenant,
il faut vivre en gentilhomme de fortune.
Le 27 novembre 2005
Avant-garde
sensualiste n°3 janvier2005/juin2006


