jeudi 31 août 2017

Docteur ès nihil








Le nihilisme, compris comme la critique de l'idéalisme — qui superpose au monde fortuit, un monde ordonné – de toute éternité et pour l'éternité — est le plus souvent associé à un pessimisme plus ou moins radical : c'est une erreur.

Parfois, la découverte du fortuit princeps se mêle d'un malin plaisir à la destruction : elle se teinte alors d'une joie mauvaise de faire tomber et de voir s'effondrer l'illusion d'un monde ordonné. Cette surdétermination, historiquement datée et idiosyncratiquement caractérisée — sadienne, au fond — gâche, le plus souvent, la fraîcheur du « Rien n'est vrai » par un « Tout est permis » — ressentimental – en dernière analyse.

Plus encore, on prend le plus souvent pour du nihilisme un idéalisme en quelque sorte inversé, que Nietzsche appelait l'idéalisme en laid, qui — dans une posture inverse mais dans une démarche identique à celle de l'idéalisme « en beau » — superpose au monde fortuit, un monde assurément laid et mauvais :
Être assuré, même du pire, c'est être rassuré — et telle est la raison d'être de l'idéologie.
Dans un cas comme dans l'autre.

Enfin, lorsque l'extase de la contemplation est remplacée par son exact contraire — lorsqu'elle est, pour une raison ou une autre, impossible , c'est-à-dire lorsqu'elle est remplacée par l'effondrement et l'effroi devant ce qui est alors perçu comme l'étrangeté absolue, apparaît une autre forme du nihilisme marqué, lui, par la sidération et par l'horreur, infinie, du vide — vécu comme sidérant. (L'analyse et le revécu des traumatismes archaïques, l'expérimentation des psychotropes les plus puissants, les deuils et les traumatismes s'accompagnent toujours de ces expériences terrorisantes, et plus ou moins résurgentes, de déréalisation.)

Freud, qui disait ne rien entendre à la musique et au sentiment océanique, a, pour l'avoir connu — comme beaucoup d'entre nous —,. décrit parfaitement cela.

À l'opposé de ce nihilisme de la terreur du vide absolu, Nietzsche a présenté une forme, en quelque sorte jubilatoire, d'un nihilisme de la plénitude, du trop-plein absolu, avec sa théorie de l'Éternel Retour et de l'amor fati, où le « Rien n'est vrai » débouche cette fois sur un « Tout est possible » — qui est aussi bien un « Tout a été, est et sera possible. »

Cette critique radicale de l'idéalisme, ce nihilisme jubilatoire, est en quelque sorte le grand discours cosmique : « Le fatalisme extrême est au fond identique avec le hasard et l'activité créatrice. (Pas de hiérarchie des valeurs dans les choses ! Il faut la créer !) »

Personnellement, j'aurais souligné : Il faut la créer!

Mais, si l'on excepte quelques rares cas où transparaît encore de façon évidente un malin plaisir destructeur, personne avant nous ne s'était hasardé dans ces formes de l'activité créatrice où le fortuit princeps peut tout aussi bien laisser place — si on en a le bon plaisir — au sensualisme princeps et à ses passions affirmatives, où le monde est perçu comme « un jeu divin » placé par-delà le bien et le mal, et où le poète, en antéphilosophe, peut dire : Ego fatum !

À ce point d'accord et de plénitude on peut admettre qu'il est difficile d'associer le concept de Néant — que plus de deux mille ans de métaphysique ont connoté négativement – quand il est pour nous, les « artistes de rang supérieur » (« Le "Moi", le "Sujet", pris comme ligne d'horizon. Renversement de la perspective. »), ce qui ouvre au jeu - et au Je - suprêmes.
C'est pourquoi nous l'avons — avec ceux de nihilisme et de nihiliste — abandonné depuis longtemps à cette époque condamnée, pour lui préférer avec ceux de libertinage et de libertin idylliques celui d'impermanence (qui est extra-européen).

Mais, au fond, on pourrait, tout aussi bien, pour nous qualifier, parler de nihilisme et de nihilistes idylliques — si l'association de ces termes n'était, pour nos oreilles européennes, encore plus choquante que celles de libertin, de libertinage, et d'idyllique.


Où peut bien mener une telle métaphysique — ou plutôt une telle anti-métaphysique ! — et à quoi peut-on bien aboutir en partant, à vingt ans, de telles considérations ?

Pour répondre à ces questions, et pour finir aimablement et en chanson, comme il se doit, tout en tranchant d'avec les apeurements névrotiques pascaliens, nous allons rejouer maintenant un air, à jamais heureusement acquis, qui s'intitule :



SÉRÉNADE




mais qui aurait pu tout aussi bien s'appeler :




AU CENTRE DE L'UNIVERS


La vérité toute simple
C'est que j'aime jouir
Du mouvement souple
Puissant et extrême
Qu'entraîne notre interpénétration
Suprême
Caressante
Coulée
Où se déploie pour moi à chaque fois
La sensation
Suprême
Caressante
Coulée
Puissante et extrême
Et de ma maturité
Et du sentiment
Surabondant
Que j'ai
De tant vous aimer

Cette interpénétration d'apothéoses
Nous l'aimons tant
Que nous lui sacrifions sans y penser
Tout le reste
Et passés les premiers baisers
Et les premières ardentes caresses
Sans plus attendre
Nous la reprenons
Extatiquement
Le souffle coupé
Impatients et tranquilles
De nous laisser emporter
Par son divin déroulé

Depuis que je vous ai rencontrée
Rien d'autre
De l'amour charnel
Ne m'intéresse
Ni bouche
Ni seins ni fesses —
Rien que cet amour interpénétrant
Qui me déroule en puissance
En douceur et en ivresse
Qui me voit explorer
Et ma maturité
Et le sentiment surabondant
Que j'ai
De tant vous aimer

On dit remercier le ciel
Sa bonne étoile
Sa bonne fortune...
Assis là dans la nuit
Seul
Sous les étoiles et le ciel
En gentilhomme de fortune
Au centre de l'univers
Goûtant la chance de la plénitude
C'est le cœur débordant d'une immense gratitude
Que j'ai dicté
Pour vous
Ces quelques lignes
Sous la fenêtre de la chambre où vous dormez
D'un sommeil où j'espère vous rejouez
Quelques-unes de nos harmonies
D'apothéose enamourée

À la vie !
À l'amour !
À la bonne étoile !
À la galaxie en spirale étoilée de l'amour que nous aimons tant jouer !
Dont nous aimons tant être les jouets !
À vous mon amour...






Le 24 septembre 2007, pour le poème.
Le 7 décembre 2013, pour le reste.





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samedi 26 août 2017

Noblesse de fortune









Nous ne sommes que des amants
Heureux amants…


Les peintres…
Doivent peindre tout le temps
Les écrivains…
Doivent écrire tout le temps
Les sculpteurs…
Doivent sculpter tout le temps
Les philosophes…
Doivent philosopher tout le temps
Les essayistes…
Doivent « essayer » tout le temps


Nous
Nous ne sommes que des amants
Heureux amants…
Jouissant éperdument
De la puissance et du sentiment
Du sentiment de la puissance et de la grâce se déroulant voluptueusement
Amoureusement


La jouissance fait l'union
L'union renforce la jouissance
La jouissance et l'union
Qui les renforcent
Font les amants
Heureux amants


La Séparation fait l'injouissance
L'injouissance renforce la Séparation
L'injouissance et la Séparation
Qui les flétrissent
Font
Les tripoteurs
Qui rêvent de « trips-auteur »
Et de carrière
De peintre
D'écrivain
De philosophe
D'essayiste
De sculpteur


Nous nous ne sommes que des amants
Et
Bien sûr
Nous écrivons
Nous peignons
Nous sculptons
Nous philosophons


Mais
Qu'on nous donne une belle chambre
La Beauté
Le calme
Un magnifique isolement
Et un lit blanc
Les seules choses
(Avec les vagues… )
Que nous briguons
Et
— En beaux brigands
Nous faisons jouir tout le Temps


 






Le 11 novembre 2011
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2009-2012






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mercredi 23 août 2017

L'amour contemplatif — galant (Rondeau)






Surabondance
De silence
De soleil
De solitude
De sérénité


Donc :


Force
Complicité
Amour
Énigme résolue


Joie joueuse


Suprême légèreté


Nager


Rendre grâce


Et rendre grâce encore















Le 23 août 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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dimanche 20 août 2017

Illuminescence










Comment rendre la splendeur
Du monde la surbrillance
L’étonnant blanc
Le vert intense
Dans mon cœur ce silence
Dignes de l’enfance
En un mot :
L’illuminescence


Alangui
La tête et la poitrine posées sur la table
Sans pensée
Le regard sans visée
Seuls les petits piafs
Les beaux oiselets
Qui jouent et s’esclaffent
Émerveillent mon âme devenue impalpable
Éthérée
Mon âme éblouie
Adorable


Joie immense
Gratitude intense
Joie !
Joie !
Joie !
Et puis splendide silence


Et je souris :
À l’espièglerie
À la polissonnerie
Et à la fripouillerie contemplatives galantes réunies


Unique sens de la vie !


La vie que je bénis !


J’ai dit !








Le 20 août 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017





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jeudi 17 août 2017

Bleu hortensia








Soir d’été
Veste de lin
Challée aux pierres
Un peu écroulées
Que recouvre le lierre


Pluie d'été
Baroque ibère
Joie d’aimer
Retour heureux
Au cloître nymphéen


Ce qui nous fait rire depuis des journées
C’est le petit air
Que vous avez trouvé


Oubliez l'éthylique
Négligez le thébaïque
Ne jurez que par l’extase harmonique
Et son “coma” idyllique


Soir d’été
Joie d’aimer
Bleu hortensia








Le 15 août 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017





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vendredi 11 août 2017

Avant-garde sensualiste












Opulence amoureuse
26 avril 1996





Cher ami,


...


Tu notes, à juste titre, l'utilisation plus fréquente de cette expression de « l'amour contemplatif — galant » — où tu auras remarqué que je fais une utilisation personnelle du cadratin en l'utilisant à la place du trait d'union — dont, à vrai dire, je suis presque plus heureux que de celle de « libertinage idyllique ».
En effet, dans cette époque d'injouissants, productivistes-consuméristes — tout se tient —, serviteurs surmenés et du vide et de leurs grands argentiers-usuriers de maîtres, cette dernière formule pourrait être comprise comme recouvrant ce qui a lieu lors d'un séjour « idyllique » et « libertin » sur un de ces bateaux de « croisière » si semblables à une barre d'HLM flottante.


Évidemment, seuls des esprits profonds peuvent vraiment comprendre et mesurer l'importance de tout ce que représente ce surgissement inattendu (et merveilleux) du « libertinage idyllique » tel que nous l'avons défini ; cette « troisième forme du libertinage européen », ainsi que je l'ai précisé. Et c'est ce qui fait toute l'importance de cette expression.


Tout de même, « idyllique » prête aujourd'hui plus à confusion que « contemplatif — galant ». Disons que la seconde formule contient tout ce que l'on entend ordinairement par la première, avec cette précision supplémentaire que ce qui est véritablement idyllique — y compris l'amour galant — ne l'est, toujours, que parce qu'il rejoint la contemplation. Et seulement à cette condition.


Et puis, la contemplation, la jouissance du Temps, telle que je l'ai nommée depuis le Manifeste sensualiste, est quelque chose auquel le « libertin » — pessimiste ou hédoniste —, au moins dans ses moments « libertins », ne prétend pas. Et pour cause : pour lui la seule formule qu'il revendique — et que l'expérience pratique lui confirme toujours — c'est : post coïtum animal triste.


On a pu dire qu'il existait avant Sade, d'un côté, des traités d'érotologie et, de l'autre, des traités de martyrologie, mais qu'il a été le premier, dans son œuvre, à combiner les deux.
On pourra dire — on peut écarter le Taoïsme et le Tantra qui ont peu à voir avec le libertinage idyllique et la galanterie contemplative, le premier recherchant la longévité, le second l'union avec la "Déesse" — on pourra dire, donc, qu'il existait avant les Libertins-Idylliques, d'un côté, des traités sur l'amour et l'érotologie et, de l'autre, des traités sur la contemplation, et que nous avons été les premiers à associer, dans nos œuvres et dans nos écrits, les deux : mais, à la vérité, c'est d'abord dans l'expérience vécue de l'amour que nous avons découvert ce qui suit l'extase que donne la complétude amoureuse : cette fameuse jouissance du Temps — sans paroles, bouche bée — cette véritable contemplation, tout à l'opposé de la pseudo contemplation, finalement pensive, telle que la philosophie l'a comprise avec et après Platon.


Platon qui a en fait donné une idée de la contemplation qui correspondait à ce moment du déploiement historique du patriarcat esclavagiste-marchand — bien qu'il se soit défié, dans son utopie, des ports et du commerce, donc des marchands.


Avec lui, la véritable contemplation, c'est-à-dire « le ravissement d'étonnement que l'homme éprouve devant le miracle de l'Être considéré comme un tout », « l'émerveillement muet, purifié philosophiquement » « par lequel tout commence », s'est retrouvé contaminé « dans son contenu, mais aussi dans le vocabulaire et dans les exemples employés », par des expériences tirées du monde de l'artisan qui « voit devant son regard intérieur la forme du modèle d'après lequel il fabrique son objet », — monde de l'artisan qui, pour lui, a constitué le modèle de ce qu'il comprenait comme la « contemplation ».


Ainsi, la contemplation a cessé d'être « l'étonnement qui s'empare de l'homme et l'immobilise », et c'est plutôt « par l'arrêt conscient de l'activité, de l'activité de fabrication » que l'on a pu accéder à une forme de l'état contemplatif mais déjà dégradé et calqué sur celui que connaît l'artisan qui s'interrompt dans son activité pour « contempler » le modèle idéal de ce qu'il tend à réaliser dans la pratique.


La contemplation s'est donc trouvée contaminée par l'esprit même de l'homme fabricateur soit parce que l'auteur de La République avait pensé que « le regard studieux de l'artisan était connu du grand nombre » tandis que « l'étonnement muet semblait une expérience réservée à l'élite », et qu'il avait pensé qu'ainsi — s'il se référait à une expérience plus commune même si elle était corrompue — son système serait mieux compris, soit parce qu'il ne comprenait lui-même la contemplation qu'en « ouvrier-philosophe » — pour reprendre cette expression de Nietzsche, qui qualifiait ainsi Hegel et Kant ; — « ouvriers-philosophes » dont on sait, par ailleurs, qu'ils ne sont jamais avares de grands systèmes complexes et pompeux. Et on connaît la suite de l'histoire de la philosophie.


De la sorte, « ce ne fut donc pas en premier lieu les philosophes et la stupeur philosophique qui modelèrent les concepts et la pratique de la contemplation, de la « vita contemplativa » : ce fut plutôt l'Homo faber travesti : l'homme artisan et fabricateur... ».


Hannah Arendt qui, comme tu viens de le lire, avait si bien senti et exprimé — avec et grâce à d'autres… — ce qu'il y avait de dénaturé, dès son tournant platonicien, dans la philosophie, ne m'en voudrait donc sans doute pas d'être revenu à une forme préplatonicienne, c'est-à-dire aussi préphilosophique — si l'on pense que la philosophie est ce qui commence avec Platon et tout ce qui s'est développé d'après lui —, de l'expérience et de la définition de la contemplation, ni même, peut-être, d'avoir — chose inédite dans le monde hellénique-chrétien – et contraire à l'enseignement qu'elle avait reçu — expérimenté et affirmé que l'extase harmonique — l'accord des puissances et des délicatesses réciproques et partagées, dans la jouissance amoureuse d'un homme et d'une femme qu'unit l'amour — était en quelque sorte la voie royale vers cette forme authentique — et débarrassée de ses divagations religieuses ou platoniciennes, donc idéalistes — de la contemplation. D'avoir osé écrire — pour le vivre — : On s’est trompé lorsqu’on a cru que l’amour et la contemplation étaient deux choses différentes. La contemplation n’est que l’extrême de l’amour ; on s’y fond dans toutes les choses et n’y remarque plus du tout ce qu’on croit, habituellement, qu’il faut y remarquer ; et ce qu’on ressent est indicible... Ainsi, sans tous les effets que produit ordinairement l’abus de l’entendement, les amants peuvent demeurer en accord, et dans l’étendue de leur propre lumière — dans la flottance. 
Et d'avoir ainsi ruiné, par avance, les objections des sectateurs de l'idéalisme — qu'il s'agisse de l'idéalisme en beau ou de l'idéalisme en laid —, qu'on voit partout aujourd'hui, victimes tardives — et inconscientes le plus souvent de cela — de cette dénaturation et de cette définition appauvrie de l'expérience contemplative, et sous-produits de ce mouvement qui, après avoir empoisonné l'expérience même de la poésie vécue, a empoisonné, philosophiquement et religieusement d'abord, techniquement ensuite, l'existence pratique de tous les hommes.


Mais si cette ère historique patriarcale esclavagiste-marchande, et finalement idéaliste-techniciste, qui nous contient et qui s'amorce avec le néolithique, était condamnée dès son origine par sa perte — progressive d'abord, brutale ensuite — de l'expérience contemplative authentique, elle l'était tout autant par cette guerre des sexes et la victoire du patriarcat qui la caractérisent.


L'amour contemplatif — galant, le libertinage idyllique, ce n'est donc pas seulement un goût particulier que l'on aurait, parmi d'autres possibles et équivalents, c'est bien plutôt cette expérience poétique et sentimentale qui aboutit à cette certitude « philosophique » que seul le dépassement de la guerre des sexes — qui ne se réalise jamais si bien que dans cette forme de l'extase amoureuse que nous évoquons ainsi — permet et permettra de connaître cette forme supérieure de la contemplation dont nous parlons ; supérieure bien entendu à la contemplation platonicienne affadie par les modes de sentir de l'homme fabricateur, mais supérieure aussi à celles — telles que la poésie et les diverses formes de la spiritualité nous les avaient montrées — des hommes de l'ère patriarcale esclavagiste-marchande, parce que née de la volupté, de l'union voluptueuse des sexes opposés, c'est-à-dire, pour la première fois, de l'humanité dans son entier, donc d'une forme supérieurement civilisée, et inédite, de cette humanité.


Si l'on veut bien accepter, comme nous l'affirmons, que le degré de civilisation se mesure au degré d'égalité, dans la volupté contemplative, entre les hommes et les femmes, on comprendra sans peine que la poésie et l'extase de cette sorte produites par l'humanité dans sa totalité, c'est-à-dire grâce à l'accord de l'homme et de la femme — ce nègre de l'humanité, selon une formule qui n'aurait pas déplu à Chamfort et que j'ai lue sous la plume de Pierre Jourde... — seront toujours supérieures à ce qu'avait pu, ou pourrait, réaliser une seule moitié de cette humanité — quelle que soit la moitié que l'on veuille considérer.


Hannah Arendt avait peut-être ignoré que Rimbaud avait prédit que la femme deviendrait poète, et il n'est pas étonnant qu'elle n'ait pas remarqué à quel point elle était, elle-même, ce genre inédit de femme, cette préfiguration, au minimum, d'une femme dotée d'une sensibilité supérieurement poétique et d'une intelligence supérieurement philosophique permettant d'envisager le dépassement tant de la domination patriarcale, idéaliste et techniciste, que des vieilleries matriarcales et de la guerre des sexes dont nous parlons.


De sorte que — pas plus que ceux qui l'avaient formée — elle n'a pas ajouté aux griefs qu'elle faisait, justement, à la philosophie platonicienne et à ses développements historiques, cet autre, essentiel à mes yeux, d'être le produit d'une moitié de l'humanité, qui plus est amoindrie, c'est-à-dire castrée — dans le registre de la volupté et de la poésie (contemplative — galante… ) — par la domination de son autre moitié : et donc aux facultés poétiques et contemplatives gravement dégradées. Et — par le fait — d'autant plus portée à être idéaliste-techniciste.


Aujourd'hui, cette pensée idéaliste-techniciste a si bien réussi que l'on trouve des femmes qui, lorsqu'elles se veulent « libres », rêvent qu'on les remplace, pour donner la vie, par des machines, afin de pouvoir être, elles aussi, performantes dans ce monde démocratico-populiste de chiens de guerre informatisés, renonçant par-là même à ce qui avait fait à un moment de l'histoire de l'humanité leur pouvoir sur les hommes.
Et — leur pouvoir s'étant toujours étendu bien au-delà — renonçant également à celui de donner la capacité d'aimer, puisque c'est bien dans le ventre des femmes, et sur leurs ventres et dans leurs bras ensuite, que les êtres humains, hommes et femmes, comme nourrissons, aiment et sont aimés — la première fois.
C'est même tout le problème de l'analyse que de permettre à l'individu de retrouver, sous les violences destructrices et autodestructrices de la névrose — et par leur allégement et leur dépassement-compréhension — cette capacité primale à l'amour, afin qu'il puisse réussir le transfert de cet amour, avec toutes les béatitudes qui l'accompagnent, sur celui ou celle qui, plus tard, en sera digne, et ce afin de pouvoir faire éclore et de connaître une forme de l'amour, de la jouissance et de la contemplation jusqu'alors inconnue de lui: celle que seules la maturité et la complétude peuvent offrir.


Mais cette civilisation, finalement sadienne, techniciste et idéaliste — et ses servants et leurs fantasmes — qui après avoir tué l'idée de la contemplation rêvent de tuer — avec l'ectogenèse, littéralement dans l'œuf — l'idée de l'amour n'auront qu'un temps, quels que soient leurs rêves de développement.


Freud, dans Malaise dans la civilisation, se demandait : « Quant à l'application thérapeutique de nos connaissances... à quoi servirait donc l'analyse la plus pénétrante de la névrose sociale, puisque personne n'aurait l'autorité nécessaire pour imposer à la collectivité la thérapeutique voulue ? En dépit de toutes ces difficultés, on peut s'attendre à ce qu'un jour quelqu'un s'enhardisse à entreprendre dans ce sens la pathologie des sociétés civilisées. »
Il pensait, on le voit, à une forme d'évolution progressivement corrigée de la civilisation — même s'il n'imaginait pas comment cette correction progressive pourrait être apportée.


Caraco, penseur très lucide sur ce point mais très misérable dans le domaine de la volupté, castré par sa mère, évoquait non pas une correction progressive mais un écroulement de la civilisation patriarcale qui laisserait place, selon lui, à un retour au vieux matriarcat préhistorique.


Pour nous, on pourra sans doute dire que nous aurons œuvré, en amants, en artistes et en poètes, à ce que ce dépassement ou cet écroulement — quels que soient la forme et le temps qu'ils prennent — soient suivis non par un retour, sur les ruines et les décombres du patriarcat esclavagiste-marchand, au vieux matriarcat et à ses folies mais par une subsomption raffinée et voluptueuse de ces deux formes inaccomplies de l'humanisation de l'Homme.


On pourra dire que nous en aurons donné l'idée ; et, aussi, l'idée même de la forme que ce dépassement pourrait prendre, au travers de cette poésie contemplative — galante que la vie nous fait la grâce de vivre et de pouvoir célébrer.


Et l'on sait — et cela Hannah Arendt ne l'ignorait pas — que les poètes fondent ce qui demeure.


Pour ma part, j'avais écrit, dans le Manifeste sensualiste, citant Shelley, qu'ils sont les législateurs non reconnus du monde, mais aujourd'hui je dirais qu'ils sont plus encore ceux qui font surgir et inventent — comme l'on dit de ceux qui découvrent des trésors — la grâce de l'humanité.


Hegel, qui n'était pourtant pas Prussien mais qui vibrait à la vue de tout ce qui touche à la guerre — par exemple, un empereur à cheval à Iéna —, voyait ce genre de surgissement, inattendu et merveilleux — qui prenait un tout autre sens, dans le tableau qu'il peignait de l'Histoire et du monde, que celui qu'il a pour nous —, comme un « coup de pistolet » qui dessine en un éclair l'avenir.
Pour moi, qui suis, par la force des choses, plus Sudiste que Prussien, je préfère me représenter ce surgissement inattendu et merveilleux de la grâce dans l'histoire des hommes sous la forme, plus aimable à mes yeux, de ce saut en hauteur que je vis faire, pour ainsi dire en direct, à Fosbury, à Mexico.


Il y a quelque chose d'extraordinaire et de merveilleux à voir ainsi un homme inventer le monde — qui après lui ne sera plus jamais le même parce qu'il contiendra davantage de beauté — et réussir dans l'abandon, et par l'abandon, avec grâce et élégance, d'une façon totalement inédite et parfaitement inattendue, ce que tant d'autres avaient échoué à faire avec un acharnement, une opiniâtreté et une violence finalement impuissantes.


...



Freud, qui peignait un tableau du monde où l'on voyait s'affronter deux « puissances célestes », Éros et Thanatos, concluait son Malaise en écrivant : « Et maintenant, il y a lieu d'attendre que l'autre des deux « puissances célestes », l'Éros éternel, tente un effort afin de s'affirmer dans la lutte qu'il mène contre son adversaire non moins immortel. »


Son tableau n'est pas le mien mais il me semble que, sans efforts (j'oublie les années d'analyse...) et avec beaucoup d'ardeurs enchanteresses, nous avons relevé Éros qui était, à notre entrée dans le monde, plutôt à terre. Aux mains des sectateurs de Thanatos, sous la forme des mafias marchandes et de leur bétail soudain décorseté et en folie — dont je dois à Reich et, finalement, à Freud de ne pas avoir fait partie.




Porte-toi bien et embrasse Vera de notre part.




Le 23 octobre 2013



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dimanche 6 août 2017

ONDES ET FRISSONS suivi de BEING BEAUTOUS








ONDES ET FRISSONS






Le soir
Je rentre d'un concert
Où nous avons écouter des airs de [… ]
Et de [… ]


Que dire ?


L’ineffable m'a transporté…
Mon corps
Par moments
Était parcouru d'ondes et de frissons…
Que dis-je
De spasmes merveilleux
Qui me secouaient
Du bas du dos jusqu'à la nuque —
Et l’indicible beauté m'arrachait des larmes…
Et mon émotion
Difficile à cacher complètement
Surtout au premier rang —
Et celles des autres spectateurs
Sublimaient encore le talent
De ces jeunes filles
De ces jeunes gens
Emportés dans l'extase musicale
Qu'ils nous donnaient —
Dont je percevais le frisson…


Le lendemain
Nous nous aimons…


Que dire ?


L’ineffable m'a transporté…
Mon corps était parcouru d'ondes et de frissons
Que dis-je
D'un spasme merveilleux
Qui
Au final
Me secouait
Du bas du dos jusqu'à la nuque
En grandes vagues…
Et l’indicible beauté m'arrachait des larmes…
Et mon émotion
Que je ne cherchais pas à cacher…
Évidemment… —
Que vous partagiez
Comme dans un nuage
Dans cet Éther mirobolant
Que nous avions créé
Où nous étions ravagés… merveilleusement —
Sublimait encore votre extase
Qui m'enlevait encore davantage
Dans son typhon


Le lendemain du lendemain
Je rentre de [… ]
Où nous étions avec [… ]
[… ], [… ] et [… ]…


Autour, régnaient la misère
Et puis vaguement la guerre


L'entrée de l'église était sous bonne garde
D'un géant…
Turc, probablement…
Timide avec moi
Comme un enfant… —
[… ]
[… ]
[… ]
[… ]
Et puis
[… ]
[… ]
Dans un beau cadre également …


Que dire ?


L’ineffable m'a transporté…
Mon corps
Par moments
Était parcouru d'ondes et de frissons…
Que dis-je
De spasmes merveilleux
Qui me secouaient
Du bas du dos jusqu'à la nuque —
Et l’indicible beauté m'arrachait des larmes…
Et mon émotion
Difficile à cacher complètement
Surtout au premier rang —
Et celles des autres spectateurs
Sublimaient encore le talent
De ces gens
Emportés dans l'extase musicale
Qu'ils nous donnaient —
Dont je percevais le frisson…




Le lendemain encore
Nous y retournons…


C'est l'après-midi…
Nous mangeons les meilleures glaces du monde
Au beurre salé et aux marrons —
Et puis nous rejoignons [… ]
[… ]
[… ], [… ]…


Que dire ?


Sinon l’ineffable
Les ondes
Les merveilleux spasmes
Les frissons…
Les larmes…
L'émotion
Difficile à cacher complètement
Surtout au premier rang —
Qui avec celle des autres spectateurs
Sublimaient encore le talent
De ces gens
Emportés dans l'extase musicale
Qu'ils nous donnaient —
Dont je percevais le frisson…


Et puis, nous repartons


Dans cette fin d'après-midi
Nous redécouvrons le monde où nous vivons :
Des montagnes solitaires
Des cols
Des paysages sublimes…
Nous nous arrêtons…


Que dire ?
L’ineffable nous a transportés…
Nos corps
Par moments
Étaient parcouru d'ondes et de frissons…
Et la beauté nous arrachait des rires
Et des emportements
Et des bonds…
Dans la solitude de ces monts
Où ne sévissaient pas ceux que l'on croisent
Lorsqu'on quitte nos terres :
Les têtes plates
De Schopenhauer
Qui sévissent sur les rubans d'asphalte


Rentrés dans notre désert
Qu'ont déserté encore ses quelques habitants —
Je me remets au cinéma :
Quinze ans après
Prolégomènes pour un troisième millénaire sensualiste – ou non
Qui est aussi le Manifeste du même nom —
Et je vous compose une petite ode
À nos victoires contre les barricades mystérieuses


Je pense à Breton
À la création de situations
À Couperin
À ceux sans lesquels
De tout cela il n'y aurait rien


Et
Quoique sans attentes ni illusions —
Je laisse traîner
À tout hasard —
Pour une fraîche délicieuse
Ou un encore jeune poétique avorton
Les résultats de nos recherches…
Sur notre Bureau
Qui porte si bien son nom…









Le 4 août 2017





















BEING BEAUTOUS


Je m'étonne :
Pourquoi l'amour est-elle si forte
Si ample
Pourquoi coule-t-elle si évidemment de source
Si douce
Pourquoi s'embrase-t-elle si puissamment
Si abondamment
Dans ses extrêmes
Merveilleuses
Extatiques
Harmoniques convulsions —
Aujourd'hui plus que dans tous mes hiers ?


Je pénètre votre gourmandise
Qui brûle d'envie que je m'introduise
Nous enlève — nous harmonise…
Votre gourmandise
Qui
Cela va sans dire —
Aspire mon friand désir
Comme une divine friandise
Et que j'attise
Faut-il que je le dise ? —
Par tous ces stupéfiants mouvements
Qui vous colonisent
Vous hypnotisent
Vous néantisent
Vous voient conquise
Qui voluptueusement
Élégamment
Vous fanatisent
Votre friand désir m'offrant alors
Comme une miraculeuse friandise
Ces impétueux
Onctueux
Onduleux
Prodigieux
Mouvements
Qui
Faut-il que je le dise ? —
M'attisent
Me colonisent
M’hypnotisent
Me néantisent
Élégamment
Me fanatisent
Mon bouillonnant désir vous offrant alors
Comme une miraculeuse friandise
Tous ces stupéfiants mouvements
Qui vous colonisent
Vous hypnotisent
Vous néantisent
Vous voient conquise
Qui voluptueusement
Élégamment
Vous fanatisent
Votre friand désir m'offrant alors
Comme une miraculeuse friandise
Ces impétueux
Onctueux
Onduleux
Prodigieux
Mouvements
Qui
Faut-il que je le dise ? —
M'attisent
Me colonisent
M’hypnotisent
Me néantisent
Élégamment
Me fanatisent…


Au bord du gouffre…
Dans l'onde de votre plongeon…
Nous nous posons…


Qui sont ces êtres bienheureux
Qui nous ressemblent
Mais dont l'esprit vogue déjà dans une sorte de Paradis…
Qui font les gestes de ce qui suit ?
Qui s’entre-pénètrent et s'enflamment à nouveau
Éperdument ?


Poètes ! Vos papiers !
Déclinez votre identité !
Plutôt que de l'élever
De la sublimer
Et de la vaporiser dans les limbes…
Plutôt que de vous emparadiser…


Qui sont ces êtres de toute douceur
De toute ardeur
De toute beauté…
Qui sont ces Êtres de Beauté ?
De quoi sont-ils faits
Dans leur jouissance
Dans leur Olympe
Bien incapables de penser
Glissant dans la mirifique vague qui les a emportés ?
Qui sont ces Êtres de Beauté ?


Amants ! Vos papiers !
Revenez !
Il est interdit de se fondre dans l'Inconscience de la Déité !
De se confondre dans la Divinité
De voluptueusement vous convulser dans la Beauté…
Vous ne pouvez léviter…
Vous déconnecter…
Dépasser les bornes…
Immensément vous intensifier…
Restez !
Vous devez penser !
Queue diable :
Fantasmez !
Imaginez !
Des choses tendres ou sales…
Comme vous voudrez…
Mais restez arrimés…


Que dalle !
Nous avons depuis longtemps perdu la tête
Sans pouvoir l'éviter…
Absents…
Désabonnés…
Abandonnés…


Qui sont ces Êtres de Beauté
Qui plongent sans sourciller
Dans l'immense vague de la volupté ?
Nous… Peut-être…
Mais si c’est le cas
Je crois l'Extase nous a ôtés…


L'amour est forte


Victime des préjugés d'époque
C'est ma jeunesse que –- comme tout le monde –- j'aurais privilégiée…
Les excès…
Les drogues…
- Les chamaniques ou de synthèse, c'est plus branché… –-
Mais –- depuis trente ans –- je suis sobre comme un chameau
- Ne buvant même que de l'eau…
Et je m'étonne :
Pourquoi l'amour est-elle si forte
Si ample
Pourquoi coule-t-elle si évidemment de source
Si douce
Pourquoi s'embrase-t-elle si puissamment
Si abondamment
Dans ses extrêmes
Merveilleuses
Extatiques
Harmoniques convulsions —
Aujourd'hui plus que dans tous mes hiers ?


Sans souci de répondre à cette question qu'aucun média n'évoque
Dans cet entre-monde de lendemain
Dans lequel béatifiquement je flotte
 Scrupuleux secrétaire de mes émotions
J'enregistre cette déclaration
Que je déposerai demain
Au Bureau qui convient






Le 6 août 2017
 Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017