jeudi 31 janvier 2013

Autrefois, il y avait des hommes et des femmes






Autrefois, il y avait des hommes et des femmes pour donner envie aux autres, par leurs œuvres ou par leurs écrits, de trouver des voies leur permettant de dépasser leur hargne, leur abattement, leur masochisme (et tous leurs divers travestissements) chroniques, virulents et infantiles (qui leur avaient été transmis par leurs familles), et que les conditions de leurs existences entretenaient ou aggravaient encore.
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Ils indiquaient qu'il était possible pour l'être humain de connaître une forme de maturité dans laquelle l'homme en s'oubliant un peu et en se laissant aller, en quelque sorte, à une certaine forme de mouvement spontané, dans les élans du corps, dans les élans du cœur, dans l'accomplissement des tâches les plus simples, et souvent même dans le farniente celui que l'on prépare ou celui qui vous saisit inopinément comme le repos inattendu que l'on désire parfois au cours des promenades et qui tout à coup vous laisse sans voix (sans voix interne et sans voix pour le monde) — ils indiquaient, dis-je, qu'il est possible à l'homme de (re)trouver une forme de calme, de maturité et de grâce, une forme de rapports dénués de rudesse avec lui-même, les autres et le monde.


Ainsi servaient-ils, par leurs dits, leurs œuvres ou leurs écrits, de balises, en quelque sorte, dans la tempête du monde et de la vie, à d'autres hommes (et vraisemblablement jouaient-ils aussi, parfois, ce rôle salutaire pour eux-mêmes, dans les moments déshérités de leur vie).
Tchouang-tseu en son temps, Ibn Hazm à sa façon, Wilhelm Reich plus récemment, pour ne citer que quelques noms, furent de ces hommes qui incitèrent les autres à ne pas toujours se prendre eux-mêmes, pour ainsi dire, pour argent comptant.
Chacun eut sa méthode. Et le destin traita chacun, inégalement. De fait, ils incitaient les hommes à se remettre en cause et, pour certains d'entre eux, le monde avec. Ils avaient raison.

Aujourd'hui, lorsque l'on ne vous torture pas sur la forme, sur des apparences, on vous dit que pour le fond vous êtes parfait tel que vous êtes, que vos désirs sont des ordres, que vos fantasmes frôlent le génie et que l'on se fera couper en quatre pour réaliser le moindre de vos caprices. On vous donne une carte. Exclusive. La conciergerie mondiale est à vos ordres, à toute heure du jour ou de la nuit.
Délirez, nous nous chargeons du reste. Voilà le leitmotiv.
Alimentez seulement le compte mais soyez certains que les moyens que vous utiliserez pour cela, personne n'aura le mauvais goût de s'y intéresser.

Les pauvres imitent les riches qui eux-mêmes volent leurs idées aux pauvres. De sorte que les humains errent sans boussole dans une étrange danse d'hystérie.
Absolument creux d'hystérie dense.



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