Autrefois, il y avait des hommes et des femmes pour donner
envie aux autres, par leurs œuvres ou par leurs écrits, de trouver des voies
leur permettant de dépasser leur hargne, leur abattement, leur masochisme (et
tous leurs divers travestissements) chroniques, virulents et infantiles (qui
leur avaient été transmis par leurs familles), et que les conditions de leurs
existences entretenaient ou aggravaient encore.
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Ils
indiquaient qu'il était possible pour l'être humain de connaître une forme de
maturité dans laquelle l'homme en s'oubliant un peu et en se laissant aller, en
quelque sorte, à une certaine forme de mouvement spontané, dans les élans du
corps, dans les élans du cœur, dans l'accomplissement des tâches les plus
simples, et souvent même dans le farniente — celui que l'on prépare ou celui qui
vous saisit inopinément – comme le repos inattendu que l'on désire parfois au
cours des promenades et qui tout à coup vous laisse sans voix (sans voix
interne et sans voix pour le monde) — ils indiquaient, dis-je, qu'il est
possible à l'homme de (re)trouver une forme de calme, de maturité et de grâce,
une forme de rapports dénués de rudesse avec lui-même, les autres et le monde.
Ainsi
servaient-ils, par leurs dits, leurs œuvres ou leurs écrits, de balises, en
quelque sorte, dans la tempête du monde et de la vie, à d'autres hommes (et
vraisemblablement jouaient-ils aussi, parfois, ce rôle salutaire pour
eux-mêmes, dans les moments déshérités de leur vie).
Tchouang-tseu
en son temps, Ibn Hazm à sa façon, Wilhelm Reich plus récemment, pour ne citer
que quelques noms, furent de ces hommes qui incitèrent les autres à ne pas
toujours se prendre eux-mêmes, pour ainsi dire, pour argent comptant.
Chacun
eut sa méthode. Et le destin traita chacun, inégalement. De fait, ils
incitaient les hommes à se remettre en cause et, pour certains d'entre eux, le
monde avec. Ils avaient raison.
Aujourd'hui,
lorsque l'on ne vous torture pas sur la forme, sur des apparences, on vous dit
que pour le fond vous êtes parfait tel que vous êtes, que vos désirs sont des
ordres, que vos fantasmes frôlent le génie et que l'on se fera couper en quatre
pour réaliser le moindre de vos caprices. On vous donne une carte. Exclusive.
La conciergerie mondiale est à vos ordres, à toute heure du jour ou de la nuit.
Délirez,
nous nous chargeons du reste. Voilà le leitmotiv.
Alimentez
seulement le compte mais soyez certains que les moyens que vous utiliserez pour
cela, personne n'aura le mauvais goût de s'y intéresser.
Les
pauvres imitent les riches qui eux-mêmes volent leurs idées aux pauvres. De
sorte que les humains errent sans boussole dans une étrange danse d'hystérie.
Absolument
creux d'hystérie dense.
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