samedi 29 octobre 2016

THÉORIE ET FATRASIE







Cher ami


Juste un mot pour répondre à ta question : je n'ai pas inventé la malédiction — en quelque sorte originelle — que prononce la femme (clic) — dès le début de l'Histoire, donc du patriarcat esclavagiste — réduite en esclavage et violée par ses ravisseurs, cette phrase est celle (je la cite de mémoire) qu'une jeune esclave birmane prononçait contre son fils, issu donc d'un viol qu'elle avait subi du « négrier » — thaïlandais, si ma mémoire est bonne — qui l'avait enlevée et vendue. C'était dans un documentaire, vraisemblablement sur Arte, il y a un mois ou deux de cela.

Ensuite, cette malédiction est en quelque sorte refoulée et seule demeure visible la haine des mères pour les filles. C'est une sorte de syndrome de Stockholm que l'on voit chez les matrones du monde entier, qui s'exprime dans la façon dont elles « castrent » — parfois physiquement, avec l'excision — les nymphettes pour les soumettre au pouvoir patriarcal. Il me semble qu'il suffit de repenser simplement aux travaux de Germaine Tillion, Germaine Tillion qui, dans Le harem et les cousins, montrait également à quel point l'homme du patriarcat — comme enfant, comme époux etc. — est en retour victime du mauvais sort qu'il fait aux femmes. Il y a d'ailleurs tout un petit cinéma — dans la littérature et la production érotiques ou pornographiques — issu de la projection hallucinée que provoque cet impensé prototypique, si profondément ancré dans cet inconscient collectif patriarcal — qui remet en scène cette offrande par la vieille mère maquerelle (ayant été elle aussi violée) de la vierge innocente au mâle. 

Plus prosaïquement, mais de façon tout aussi cruelle, la plupart des mères sont plus tristes de la perte d'un fils que de celle d'une fille, de même qu'elles se réjouissent plus de la naissance d'un fils que de celle d'une fille. Ce qui fait souffrir les sœurs aînées qui font souffrir leurs frères puînés, toujours reçus en Messie et leur volant leur rôle de petite princesse. Sollers en parle très bien dans un de ses romans — qui donne ainsi la clé de tout son « érotisme » – très ambivalent.

Finalement, en considérant ce point de la malédiction originelle de la femme esclave contre ses fils, orphelins de père, on comprend mieux pourquoi les Freudiens avaient envoyé Roheim chez les Trobriandais. L'existence d'un groupe humain, aussi infime fût-il, ne connaissant pas, et méprisant de surcroît, toutes ces fantaisies pornographiques qui accompagnent la misère sentimentale et sexuelle que produit le patriarcat, remettait en question la vieille problématique de la malédiction originelle — non pas d'origine sensible mais bien plutôt suprasensible, c'est-à-dire en quelque sorte inhérente à la (mauvaise) « nature humaine » —, bref remettait en cause cet « idéalisme en laid » — ainsi que Nietzsche qualifiait, si justement, celui de Schopenhauer – victime « inversée » de celui de Platon, revu et corrigé par Kant, et victime, évidemment, de sa mère —, « idéalisme en laid » dont Freud avait repris en partie le discours.

Tout cela se passait à l'époque où la pensée avait de l'importance — pour elle-même. Aujourd'hui, pour caresser la vérité, aucun penseur n'entreprendrait une expédition aussi longue, et peut-être même aussi dangereuse, que celle qu'entreprit Roheim… — ou que celle que nous poursuivons…

Aujourd'hui, une bonne attachée de presse et une bonne « couverture médiatique » suffisent.

À propos de spectacle, et de manipulation, j'ai particulièrement apprécié la prestation d'un olibrius — un baron de double jeu, sans doute — le soir même du vote de ce que certains qualifent de « loi la plus liberticide de toute l'histoire de l'Humanité » — dont du coup on s'est abstenu de parler. Voilà le genre d'épisode qui permet de repérer le réseau, ou, plus simplement, la bêtise intéressée, et parfois même seulement moutonnière.




Pour me faire pardonner toutes ces considérations peu printanières, laisse-moi t'offrir cette petite fatrasie qui pose, en commençant, une vraie question mais qui n'y répond pas.

Pour le reste — et en pensant à ce que tu m'écrivais —, à partir de cinquante ans les hommes devraient boire, presque exclusivement, ce que le vieux Kabyle que nous avions rencontré à Budapest appelait l'Élixir de l'éternel printemps — en fait, un simple bouillon de brocoli, dont je te rappelle, au cas où tu l'aurais oubliée, la recette : 300 g du légume susdit, frais ou surgelé, dans 1 l d'eau, portée à ébullition, et laissés infusés à petit feu pendant sept à huit minutes ; la moitié bue à midi, l'autre le soir. Hélas, l'élixir du vieux Kabyle n'était pas très sexy, et tout le monde lui préférait la bière, qui, faite à partir de houblon, féminise les hommes dont elle finit par éteindre la libido, quant, à l'inverse, elle attise celle des femmes. Et le vieux Kabyle n'en finissait pas de donner du plaisir (n'est-ce-pas, dans un monde si cruel, une expression vraiment délicieuse…) aux dames de Buda et de Pest, qui le désiraient toujours davantage au fur et à mesure qu'elles buvaient tandis que leurs maris, à l'opposé, s'en moquaient toujours davantage au fur et à mesure qu'ils descendaient des Pilsens. Quand on connaît leur beauté qui était plus grande encore que celle de leurs voisines que l'on appelait encore des Tchécoslovaques


Bon, trêve de plaisanterie, voici la fatrasie :




VIDIMUS




Pourquoi à l'inverse de celui qu'offrent la fellation russe
Ou le cunnilingus
L'orgasme génital et son clonus
Débouche-t-il les sinus ?

J'a
i posé il y a longtemps la question à Bacchus
Puis un peu plus tard à Confucius
Et même aux ultra-gauchistes de Spartacus…
Ils ont tous cru que je venais de Sirius…


Un jour chez le Négus
À l'heure où sonne l'Angélus
Un gugusse
Un drôle d'olibrius
En fait un minus
Mais riche comme Crésus
Qui possédait un Stradivarius
Acheté une misère – à Montreuil – aux Puces
Ainsi qu'un abacus
Qu'il avait eu en bonus
M'a fait tout un laïus :
Il prétendait mordicus
Que dans un vieux bibliobus
Payé au prix de l'argus
Il avait trouvé entre un gibus
Un gros cumulonimbus
Quelques rictus
Un blocus
Un fort stimulus
Toutes sortes de phallus
Des chemises à faux-col – d'utérus –
Et un petit lapsus —
Dans un vieux grimoire un anti-syllabus
Recopié selon un mystérieux processus
D'un antique papyrus
Venant de la vallée de l'Indus
Un rébus
Qui expliquait tous les mystères de Vénus
Et donc aussi celui des sinus

J'eusse
Aimé en savoir plus…
Mais nous étions arrivés au terminus :
Entre un hibiscus
Un papi russe
Et un gros cactus
Le Négus habitait un vieux ficus…
Dans le Montmartrobus !
Enfin… quel drôle d'us !




Le 21 mai 2015




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