mercredi 26 juin 2019

État mystique







Marcher seul dans le rose du soir

Comme pour la première fois
Pieds nus dans la prairie
Plus belle que la plus belle plage du monde
Et nôtre —




C’est le monde sous mes pas
Alors que je ne m’y attends pas
Qui m’insuffle soudain ceci
Non comme une idée mais comme un état :
« Voilà, c’est toi qui es…⸮
De nouveau l’Au-delà 
Au-delà de l’Être
Au-delà du monde »
 






Mais l’Au-delà est sans poème
Sans idées
Sans paroles
Sans limites
Indicible




Bref, marcher dans la splendeur rose-orangé du soir
Et redevenir Dieu







Le 26 juin 2019


R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019



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mardi 25 juin 2019

Il delirio fantastico





La chaleur passe sur nous comme une caresse


Rien ne presse


C'est l'été


Tant aimé


La campagne
La vraie


Notre modeste chartreuse dans cette chaleur
Prend des airs de splendeur


Malgré ses lézardes
(Sur le firmament… )
On lézarde
Voluptueusement…


Qui vivra verra…


Au bain, on ne voit pas le détour…


Les concerts s'annoncent…
Épars…
Déjà, on s'y prépare


Au champagne
On bat la campagne
(La vraie !)
Je fais des clowneries
Je danse et je ris…
Vous aussi…
Dans la douceur du soir
Interpréter Vivaldi
C’est trop beau…
On repense à Grignan…
C'est très émouvant…
D'avoir des amis qui sont des génies


Ces jours-ci, j’ai enfin compris
L'incroyable miracle que l'on vit…


J’ai donc décidé de me taire…
De ne plus faire sur le monde de commentaires…


À la place, je remercie…






Le 24 juin 2019


R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019




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lundi 17 juin 2019

L'amour fou






Au matin
Les abeilles
Dans le soleil
De juin
Font la merveille


L'air bleu et heureux
Et tout le tilleul
Pour nous seuls —
Bourdonnent

Matin de juin
Chargé de verdeur
De force
Et de jeunesse incommensurables
Qui en mon cœur
De tous les matins de juin résonne
Je te bénis pour ton retour
Et je te déclare mon amour…



Plus tard
À notre bain
L'orage tonne…
Sans peur
On s'étonne…
Au lit
De baisers
De volupté
On frissonne…
Et puis soudain
Le monde explose
La foudre s'abat à deux pas
Le Déluge sur nous fond
Et nous martèle de sa grêle
Mais nous, nous pénétrons
Dans l'Intemporel
Et nous dissolvons 
Dans le Ciel


C'est une voie royale
Étroite et divinement ondoyée
Pour un Triomphe olympien
Vraiment démesuré
Que nous fait ce même monde
Qui partout
Autour de nous gronde
Et fulmine
Et réduit à rien
Tandis qu'ici l'ondine
Et l’on musarde
Gourmandement
En osmose
Dans ces courants
Nous entraînant 
— Formidablement
Vers l’Apothéose


Et on bénit profondément la vie
Par ce mouvement de Paradis
Jusqu'à ce que la Joie
En tornade
Nous foudroie
Et 
Comme une grenade —
 Nous fasse voler 
Dans l'Éclat


Aujourd’hui
Sur un écran, on voit
À quel point le monde
Cet après-midi-là
Nous épargna




Le 17 juin 2019


R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019




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mardi 4 juin 2019

La fugue de nos âmes







Le souffle court
Comme nos baisers
Le long de l'onde
Des vagues
Baroques
Du désir enflammé


Un petit chœur
D'angelots
Dort
Au creux de votre corps


À les éveiller
C'est le Ciel tout entier
Que l'on gagne

Sans y penser


Au dernier degré
On perd subitement connaissance

(Pour ce qu'il en restait…)


C'est l'amour comme la fugue de nos âmes
Du Paradis, le sésame


C'est ineffable
 Purement et simplement inestimable







Le 3 juin 2019


R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019





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samedi 1 juin 2019

Ascension — post-verbale










Chère amie,

Pourquoi les origines de notre sensualisme remontent-elles au moins à Ovide ?

Les philosophes grecs étaient tous plus ou moins des pédérastes (au sens classique du terme), et leur compréhension de la contemplation était de plus faussée par le point de vue de l'Homo faber, ainsi que le notait justement Hannah Arendt : ils n’auraient jamais pu faire découler la contemplation de l’extase harmonique que peuvent connaître une femme et un homme dans l’amour charnel.

Comme je le notais déjà en avril 2012 (clic), à ma connaissance seul Ovide, parmi les Anciens, mentionne cette recherche de la jouissance harmonique des amants jouissance harmonique que seule la génitalité accomplie peut offrir mais sans en mentionner les potentielles retombées mystiques ; retombées mystiques auxquelles, parmi ces Anciens, Jésus de Nazareth fait cependant déjà allusion (d’après le logion 22 de l’Évangile selon Thomas ((apocryphe chrétien issu de la bibliothèque de Nag Hammadi, bibliothèque découverte seulement en 1945… )) :

 « [...] n°7 : Irons-nous dans le Royaume ? Jésus leur dit : Quand vous ferez le deux Un, [...] afin de faire le mâle et la femelle en un seul [...] »)

À vrai dire, avant nous la contemplation n'avait jamais été associée, ni Occident ni ailleurs, à la sentimentalité et à l'art d'aimer.

Sade avait associé l'érotologie à la martyrologie (le vingtième siècle a été son siècle : il a fini sur papier bible) ; le Taoïsme avait utilisé l’érotologie dans la recherche de la longévité et de l’harmonisation des courants de l’énergie vitale, le tantra avait recherché par son biais l’union avec la déesse mais l’un comme l’autre rejetait comme néfaste, soit pour l’Homme mâle soit pour l’Homme femelle cette extase en comme-un, cette jouissance harmonique qu’Ovide et Jésus (dans l’Évangile selon Thomas) célébraient, et qui fait notre spécificité d’ « amants latins » (Ovide est bien entendu un Romain, et Jésus naît en Galilée, sous domination romaine… ), dans l’environnement le plus délétère qui soit pour cette génitalité mystique, entre la pédérastie des philosophes grecs et les sectateurs des trois religions abrahamiques, qui considèrent la femme comme le suppôt de Satan.

Dans ces conditions, on comprend pourquoi, comme je viens de vous l’écrire, la contemplation n'a jamais été associée en Occident à la sentimentalité et à l'art d'aimer.

La sentimentalité est une excentricité poétique française, que nous avons poussée à ses dernières extrémités.

Même si, bien sûr, tous les amants du monde, dans la folie de l’Histoire, ont fait, font et feront l’expérience du Ciel, dans, et après, l’acte d’amour.

Disons que, pour ceux qui nous ont précédés, presque tous avaient autre chose à faire, ou avaient été empêchés. Les autres se seront contentés de ce qu’ils ne pouvaient dépasser.

Par exemple, les acteurs de 68, corsetés par la vie et les pensionnats d'avant-guerre, avaient trouvé là l'occasion de briser le carcan qui les étouffait : prisonniers éternels de leur enfermement initial, déjà trop âgés à ce moment-là pour profiter du meilleur de l'époque (la plongée analytique, sous les souffrances secondaires verbalisables, jusqu'aux souffrances primales pré-verbales, et leur revécu autonome libérateur), ils donc ont passé une vie entière prisonniers de ces traumas archaïques et de leurs conséquences névrotiques, dont l’expression avait ainsi été « libérée ». Ce dont ils se sont félicités, et contentés.

Du coup, les viandes saoules, intoxiquées et mélangées de l’underground des années soixante-dix et quatre-vingt font encore rêver certains.

J’ai bien connu pour, je suppose, en avoir fait partie l’underground, dans ces années, à Paris, à Amsterdam, à Goa, à Berlin, même si je ne me suis jamais compromis, ni de près ni de loin, dans ses orgies : il faut vraiment que la vie ne vous ait pas offert grand-chose pour regretter ces malheureuses mêlées de fêlés, nés pour la plupart avant la Deuxième Guerre mondiale, guerre mondiale dont ils sont le pauvre héritage, malheureux sous-produits de cette époque terrifiante, qui ne demande qu’à recommencer, en pire.

Pour le reste, pré-verbal est sans doute ce qui caractérise notre sensualisme : jouissance primale, viscérale ; extase post-orgastique, océanique dans l'indicible. Tout est pré (ou post) -verbal.

On connaissait les mystiques, le plus souvent, comme des ascètes, qui puent, fous et faisant des trucs bizarres : nous avons choisi d’être des mystiques voluptueux, aimables, faisant et vivant des choses délicates : champagne rosé, musique baroque, amours champêtres

Seule importe la gloire divine du deux-Un : le mâle et la femelle en un seul.

Je note en revenant ces instants d’éternité « post-verbale », dont l’expression, dans cette guerre mondiale et cette époque infernale, n’a de sens que pour moi :





Ascension


Je regarde par la fenêtre
Et hop  ! Ça y est !
Deux poules qui picorent…
Un brugmansia…
Et je suis reconnecté !


Hier, le chevreuil broutait paisiblement
Tandis que je le regardais

Presque à mes côtés…


Après cela  : remercier








À vous,


R.C. Vaudey