jeudi 21 avril 2016

PARIS MYSTIQUE








C'est comme dans un merveilleux plumetis
Fait d'un délicat duvet vert
Que font
Entre nous et le ciel —
Les feuilles
Encore presque en boutons —
Des frênes
Des chênes
Des hêtres
Des tilleuls
(Et celles aussi
De tous ceux dont nous ignorons le nom)
Qui
Se déploient
Se tendent
Et dressent pour nous tout leur être
Pour faire :

Jaillir la magnificence du monde

Disparaître sa laideur (humaine-inhumaine) immonde

C'est dans cette immense caresse
De Beauté et de sève
Qui
Souveraine
Émerge
Jaillit et nous submerge
Que nous nous aimons…

Comme dans une immense explosion de délicatesse…

Terrestre...
Ultra-terrestre…

Sans nom


Passé le point des troubadours
Du langage et des bons mots
Nos baisers sont déjà une fièvre
Impétueuse et bonne
Aussi incommensurable
Et inendiguable —
Que ce qui autour de nous
Loin du monde des Hommes
Qui l’ignorent —
En merveille
Traverse la Terre
S'épanouit au Ciel
S'enfonce et s’enracine dans le sol
S'étire et s’éblouit au soleil

Votre ventre
Humide
Chaud
Dansant
Ondulant
Palpitant —
M'attend
Incessamment
Me désire
Impatiemment
S'offre
Soudainement
M'aspire
Lentement
Puissamment
Irrésistiblement
Et
Alors que j’offre
Sans presque de mouvements —
À sa transe-en-danse
Un sceptre de printemps
Et vous mets
Ce faisant —
Aux plus grands des abois
Et dans la plus grande des joies
Dans notre grand lit où le lin
Doux et rude à la fois —
Nous sert de brocart
Je ressens
Dans notre parc
Dont il est pour ainsi dire le monarque —
Le grand brocard
Impérieux-élégant —
Mû par la même pulsation
La même primale ampliation
Qui
Traversé de ce même élan
Son chant d’amour aboie…



Plus tard
Dans ce fabuleux maelström
Je sentirai monter en moi
Comme on aime à vingt ans
Aimer à Paris au printemps
Courir sur les boulevards
Se couvrant de baisers
Quand on rit
Entre la Sorbonne et la rue de Buci –
Monter l’escalier
D’un hôtel d’étudiants
D’aventuriers ou d’amants
Rejoindre la petite chambre
Où l'amour nous précipite
Haletants... —
Plus tard — donc —
Je sentirai monter en moi
Cette merveilleuse insouciance
Ce fabuleux abandon
Tendre à la joie
Exalté au printemps
Ouvert à l'intense
Emporté par la danse
Et
Dans le même mouvement —
Jaillir irrésistible la puissance de notre jouïssement
Nous inondant — pulsatilement

Aujourd'hui
Dans ce lendemain mystique de jouissance
Je bénis ce pari que je fis à Paris  
— À vingt ans
De vivre toujours dans l’amour et dans la poésie
Et les dieux et les déesses qui nos routes ont unies
En préservant nos cœurs d'adolescents
Et
Sans cesser de goûter
Ce que je sens en moi encore vibrer
Qui me laisse souvent dans le silence
Et dont je crois
Depuis tout ce temps
À chaque fois –
Avoir connu l'ultime et impensable apogée —
Je savoure déjà avec gourmandise
Et pas du tout en ascète —
Ce que j'appellerais quand même
En faisant très court... —
Notre prochain cinq à sept

Héloïse
Il faut que je vous dise :
Je vous aime...






Le 21 avril 2016











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