samedi 25 novembre 2017

Poésies III











R.C. Vaudey 



POÉSIES III


 Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 




 


Désublimation répressive

 

Il faut des fêtes bruyantes aux populations : les sots aiment le bruit, et la multitude c'est les sots ; et puis le peuple est le même partout : quand on dore ses fers, il ne hait pas la servitude.

La bonne politique est donc de faire croire aux peuples qu’ils sont libres, et surtout libres de s’abandonner à leurs vices, puisque l’on gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus.

Plutôt que d’offrir toujours ses vices au peuple, il faut, surtout, les lui vendre, à tempérament : c’est là le moyen de s’enrichir immodérément à ses dépens et de l’assujettir à — et par — ses addictions.

On trouve là, d’un même mouvement, le meilleur moyen d’en faire le farouche défenseur de cette nouvelle et supérieure forme de l’assujettissement : l’assujettissement par la liberté — mais une liberté ravagée, comme le reste, par l’injouissance poétique et sentimentale — que l’on gagne, également, à mettre en spectacle.

L’art supérieur restant de faire découvrir aux peuples — tirés de leur propre fonds — toujours de nouveaux vices ; ce que l’on réalise en désagrégeant toutes les anciennes formes de coercition des instances familiales, morales, sociales et religieuses — pour faire glisser ces peuples ainsi atomisés, et par leur propre pente, en quelque sorte, dans les eaux glacées du calcul égoïste — ; ce qui s’accomplit en favorisant — plutôt que de les combattre —, parmi ces multitudes, les pervers au détriment des simples névrosés : le seul plaisir des premiers étant, on le sait, de débaucher les seconds.

De sorte qu’on se trouve naturellement assisté, pour assujettir ces seconds, par les vices des premiers.

Qui regarde l’histoire des deux siècles passés y verra l’application démocratisée, c’est-à-dire appliquée à tous, et finalement par tous, de ce que je viens d’énoncer.

 

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Là où l’on peut dire : les hommes sont comme les chiffres : ils n'acquièrent de valeur que par leur positionc’est-à-dire partout —, la jouissance poétique et sentimentale est une idée neuve : donc, la jouissance poétique et sentimentale est une idée neuve, partout dans le monde.


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On devient l'homme de son uniforme, c’est pourquoi l’Antéphilosophe regarde ce qu’on appelle un état dans le monde — et même celui de philosophe — comme les Tartares regardent les villes, c’est-à-dire comme une prison.

 

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En feignant de donner des leçons aux esclaves sans maîtres mais non sans contremaîtres, on s’en donne à soi-même.





À suivre




Le 26 juin 2012