mercredi 14 juin 2017

Les poètes sont les législateurs non reconnus du Monde









Avant Turner, les couchers de soleil n'existaient pas :
Lorsque par hasard un gentleman en croisait un
Il remarquait bien cet éclat de splendeur
Cette aura d'apothéose qui tout à coup le nimbait
Mais il en ressentait de la gêne
Et pour la dissiper
Il regardait le plafond
Allumait une cigarette
Demandait à son majordome qu'on lui apportât quelque chose à boire ou à manger
Ramené de la cave ou du cellier —
Ou encore il proposait à sa maîtresse d'aller se montrer
Aux terrasses des endroits à la mode




Avant Cézanne, la Sainte-Victoire n'existait pas :
Lorsque par hasard un gentleman la croisait
Il remarquait bien cet éclat de splendeur
Cette aura d'apothéose qui tout à coup le nimbait
Mais il en ressentait de la gêne
Et pour la dissiper
Il regardait le plafond
Allumait une cigarette
Demandait à son majordome qu'on lui apportât quelque chose à boire ou à manger
Ramené de la cave, du cellier ou de la glacière —
Ou encore il proposait à sa maîtresse d'aller se montrer
Aux terrasses des endroits à la mode




Avant les contemplatifs — galants
L'extase harmonique et la jouissance du Temps n'existaient pas :
Lorsque par hasard des amants les croisaient
Ils remarquaient bien cet état de splendeur
Cette aura d'apothéose
Dans lequel ils baignaient
 Qui tout à coup les nimbait
Mais — après — ils en ressentaient presque de la gêne
Et pour la dissiper
Ils regardaient le plafond
Allumaient une cigarette
Allaient chercher quelque chose à boire ou à manger
Ramené du réfrigérateur —
Ou encore se proposaient d'aller se montrer
Aux terrasses des endroits à la mode




Amants, heureux amants, donc, qui après nous vivez…




Soyez assurés  :
Une fois recherchés
Trouvés
Connus et apprivoisés
Ces magnifiques phénomènes sensualistes dont nous parlons
Qui seuls surpassent la splendeur des aurores boréales —
Continueront de se répéter infiniment avec les mêmes effets
Et vous ne vous en lasserez jamais




Et les personnes vraiment cultivées et accomplies en parleront toujours



C'est même à cela qu'on les reconnaîtra



On s'était parfois demandé à quoi servaient les poètes
C'est-à-dire les seuls vrais « philosophes » ?



Le rôle du poète, on le voit, est de fonder le Monde
Et aussi de montrer
Et de rappeler
Ce que les amants peuvent chercher et trouver
Autrement, les amants ne sachant, le plus souvent, pas mettre de mots
Sur ce qu’ils vivent
Le laissent faner
Ou surtout trop peu sûrs d’eux
Le laissent filer

La carte au trésor
Recevez, Madame, Mademoiselle, Monsieur, l'assurance etc.

Voilà ce à quoi nous servons





Le 14 juin 2017 
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






.

Aucun commentaire: