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Titre
du premier film sensualiste ; juin 2001
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« Ce surpeuplement de la terre que vous
redoutez avec votre myopie sénile fournit justement leur grande
tâche aux plus optimistes : il faut qu'un jour l'humanité devienne
un arbre qui couvre tout le globe de son ombre, avec des milliards et
des milliards de fleurs qui, l'une à côté de l'autre, donneront
toutes des fruits, et il faut préparer la terre elle-même pour
nourrir cet arbre. Faire que l'ébauche actuelle, encore modeste,
grandisse en sève et en force, que la sève circule à flot dans
d'innombrables canaux pour alimenter l'ensemble et le détail, c'est
de ces tâches et d'autres semblables que l'on déduira le critère
selon lequel un homme d'aujourd'hui est utile ou inutile. Cette tâche
est indiciblement grande et hardie ; nous en prendrons tous notre
part, afin que l'arbre ne pourrisse pas avant le temps. Un esprit
historique réussira sans doute à se mettre sous les yeux la nature
et l'activité humaine dans toute la suite des temps, comme nous
avons tous sous les yeux le monde des fourmis, avec ses fourmilières
artistement édifiées. À en juger superficiellement, l'Humanité
aussi donnerait lieu dans son ensemble, comme les fourmis, à parler
"d'instinct". Nous nous apercevons, à un examen plus
serré, que des peuples, des siècles entiers s'évertuent à
découvrir et expérimenter de nouveaux moyens par lesquels on
pourrait faire prospérer un vaste groupement humain et en définitive
le grand arbre fruitier de l'humanité dans sa totalité ; et
quelques dommages que les individus, les peuples et les époques
puissent subir lors de ces expériences, c'est chaque fois pour
certains individus le dommage qui rend sage, et leur sagesse se
répand lentement sur les mesures prises par des peuples, des siècles
tout entiers. Les fourmis aussi se trompent et se méprennent ;
l'humanité peut très bien dépérir et se dessécher par la
stupidité des moyens, avant le temps ; ni pour celle-là ni pour
celles-ci il n'y a d'instinct qui les guide sûrement. Ce qu'il faut,
c'est plutôt regarder en face cette grande tâche de préparer la
terre à recevoir cette plante d'une extrême et joyeuse fécondité
— tâche de raison pour la raison ! »
Le
voyageur et son ombre, § 189
J’aime
ce texte de Nietzsche qui définit, à mes yeux, le héros, le poète
post-nihiliste, comme celui qui sait que le « grand arbre de
l'humanité » se développe porté par — mais, aussi, seulement
manifesté par — les innombrables bourgeons, fleurs, feuilles,
branches, cellules, racines, radicelles — qui apparaissent,
bourgeonnent, se déploient, meurent, tombent, sont remplacés par
d'autres — que le vent, les saisons, le cycle de la vie, la grêle,
les orages, la foudre frappent, emportent.
Qui
sait qu'il n'est lui-même qu'un élément transitoire de ce grand
mouvement. Qui peut seulement aspirer à se hisser — et à hisser
l'ensemble — vers la lumière ; tout en n'ignorant pas, comme le
dit encore très justement ce texte, que ce grand arbre peut très
bien lui-même dépérir et se dessécher, par la stupidité des
moyens, avant le temps : ce qui est une double acceptation du grand
mouvement de la vie — que nous faisons être, et qui nous fait
apparaître...
Il
faut être mort au moins une fois pour savoir que l'expression carpe
diem est
très optimiste car qui sait si dans l'instant qui suit quelque
catastrophe, d'un genre ou d'un autre, ne nous aura pas frappé, nous
rejetant, d'une façon ou d'une autre, hors du puissant mouvement de
la vie, rendu incapable de faire prospérer le « grand arbre
fruitier de l'humanité » de la seule façon qui vaille vraiment :
en déployant notre sensualisme contemplatif — galant...
J'ai
écrit, à la page 94 du Manifeste
sensualiste,
ce qu'implique ce grand programme de floraison de l'humanité ; mais, puisque l'imbécile regarde le doigt quand on
lui montre la lune, je suppose que ceux qui l’auront lu auront cru
que je voulais seulement faire des effets de manche avant-gardistes —
passablement éculés — en jouant avec la typographie.
Et,
sans doute, certains eussent préféré me voir écrire — pour dire
la même chose — un évident Bréviaire
du chaos,
chargé de mes frustrations et du fiel contempteur qui en découle,
mais je crois, moi, tout à l'inverse, que la grande sagesse
poétique, dans l'étant et dans les temps chaotiques, consiste —
tout en sachant que l'on est, toujours, dans la vie comme un danseur
de corde dont le fil d’archal est tendu au-dessus d'un champ de
mines cerné par des snipers — à arrêter le monde à sa porte
pour lui faire rendre compte, tout en s'abandonnant, en
distinguished
foreigner, et autant que faire
se peut, à ses recherches sur l'amour et le merveilleux.
Ainsi
seulement est-il possible, à mon sens, de faire grandir en force et
en sève le grand arbre fruitier de l'humanité, et de passer —
après l'avoir fait resplendir comme jamais — le flambeau de la
poésie vécue, pour permettre à d'autres rameaux de se développer
toujours plus harmonieusement, toujours plus puissamment, — tout en
sachant que cet arbre, qui nous porte et que nous faisons apparaître,
connaîtra, à n'en pas douter, les dessèchements des hivers
civilisationnels et historiques ; et même pourrait disparaître tout à fait,
frappé par quelque foudre nucléaire, ou rongé par quelque virus plus
ou moins foudroyant...
Connaître
l'impermanence — et pas seulement comme la musique d'un mot — et
vivre comme si l'on ne devait jamais mourir — en jouissant
puissamment et voluptueusement du Temps —, se souvenir toujours que
la plus perdue des journées est celle où l’on n’a pas vécu un
poème, être le secrétaire, le héraut, le peintre de ses miracles,
voilà sans doute ce qui distingue le héros, le poète
post-nihiliste, du tout-venant du moment...
On
pourra toujours dire que vivre ainsi, c'est vivre seul dans son
époque, mais qui se plaindra d'être seul dans une pareille époque...
Le
18 septembre 2014
.

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