« La
philosophie peu démontrée d'Héraclite a une valeur artistique plus
grande que tous les théorèmes d'Aristote. »
Nietzsche.
« Il
n'est pas de condition plus enviable ici-bas que celle des amants
libres de contraintes, à l'abri de la critique, n'ayant pas à
craindre la séparation, désireux de ne jamais se quitter, éloignés
du vulgaire, faits pour s'entendre, pleins d'un réciproque amour.
Que
Dieu leur donne l'aisance, une demeure, une vie paisible ! Que leur
union se garde sur ce qui plaît à Dieu... »
Ibn
Hazm
ÉLOGE DE
LA JOUISSANCE
ou
INCITATION
À
L’A-DÉBAUCHE
De
la philosophie envisagée comme œuvre d'art
Tel
pourrait être, en résumé, le titre du tableau que peint
l'Avant-garde sensualiste.
Les
“artistes” ont cependant pris soin d'éradiquer autant que faire
se peut les herbes maléfiques de leur Jardin afin que leur
tableau soit le plus aimable possible...
Réconcilier
les sexes dans un libertinage heureux et “ravissant” est le but
élégant que l'Europe offre, avec l'Avant-garde sensualiste – en
fin mot de l'histoire de son nihilisme et en dépassement de l'ère
de la métaphysique du sado-masochisme –, aux femmes et aux hommes
de cette planète. Dont on se souviendra...
Réalisme
et autres rêveries...
ou
De
la liberté, des illusions et de la poésie de l'immanence.
En
voulant se libérer des pots de colle du spiritualisme, de
l'ascétisme et du conservatisme en politique, les hommes des deux
derniers siècles du millénaire écoulé, le plus souvent, sont
allés s'engluer dans d'autres pièges à mouches – tout aussi
aliénants que les premiers – et qui sont : l'athéisme, le
matérialisme, l'hédonisme et la révolution politique (peut-être
même permanente) qui ne sont que l'envers de ce pauvre décor
instauré par le cauchemar précédent.
On
ne déconstruit pas un cauchemar en en prenant le contre-pied. On
dissout d'un coup tous les mauvais rêves.
Incapables
de cela, lorsqu'ils ont voulu se rendre libres des systèmes
d'illusions qui les enfermaient, la plupart des hommes, au moins pour
les plus radicaux d'entre eux – ou du moins pour ceux qui se
pensaient tels – ont – et pour se défaire des fables de la
croyance religieuse – remplacé la fable d'un monde créé par, et
fonctionnant selon les desseins d'un grand “vertébré gazeux”
(dont Einstein disait qu'il était la façon dont les croyants se
représentaient ce qu'ils nomment “Dieu”), par la fable de
l'explication “scientifique”, “matérialiste” d'un monde mû
par un arrangement de motifs découlant logiquement de mécanismes
physiques ; lorsqu'ils ont voulu se libérer de la légende de l'Être
ou de l'arrière-monde suprasensible gouvernant le sensible, ils sont
allés se perdre dans la fable d'un monde que régirait une mécanique
atomique ; pour mettre fin au cauchemar de l'ascétisme et de la
haine du corps, de la haine des sens, et du plaisir des sens, ils ont
prôné un délire “hédoniste” encourageant une libération,
évidemment jubilatoire, des “pulsions” sans s'interroger une
seconde sur ce que peut bien être la qualité des “pulsions” de
ceux qui ont été nourris et qui ont grandi dans les geôles – qui
sont aussi un garde-fou contre la folie qu'elles produisent – de la
religion, de la métaphysique, de l'assujettissement politique et de
cette haine des sens, du plaisir des sens qui, en Occident, les
avaient accompagnées ; et enfin, pour combattre la barbarie de la
domination des élites minoritaires féodales puis bourgeoises, ils
en ont appelé – sans s'interroger davantage sur ce que l'Histoire
avait bien pu faire d'elles – au plébiscite et à la dictature des
masses ; résultat, regardez le XXe siècle : en Italie, en
Allemagne, en URSS, en Chine, au Cambodge etc. – sous une forme
concentrée – aux États-Unis, en Europe plus tard, et dans le
reste du monde – sous une forme diffuse – c'était la dictature
du prolétariat et de ses goûts, de sa folie infantile, guerrière,
moutonnière, idolâtre, consumériste, tantôt “matérialiste”,
tantôt “spiritualiste” mais toujours sourdement ressentimentale,
habilement exploitée, encadrée, entretenue, intensifiée, le plus
souvent par d'anciens “prolétaires”, self-made-men ou
apparatchiks, sortis du rang et parvenus, nouveaux riches en
finance, en politique ou en dictature.
Pour
être libres – lorsqu'ils auront réglé les questions des
poubelles, des désertifications, des charniers et des génocides,
des haines ethniques, raciales, de sexe, de classe, de caste et bien
sûr aussi familiales, c'est-à-dire finalement la question du
sadomasochisme – il restera encore aux Hommes à apprendre à
se libérer des chimères qu'ils créent eux-mêmes, qu'elles soient
“scientifiques” ou “religieuses”, “spiritualistes” ou
“matérialistes”.
Il
leur restera encore à devenir ces Libertins-Idylliques,
sensualistes et intuitifs, enfin libérés de leurs petits bunkers
religieux, philosophiques, scientifiques, consuméristes etc. et
ouverts à la poésie immémoriale de l'immanence : abandonnés à
ses beaux mouvements.
Il
leur restera à apprendre qu'il en est de tout comme de la géométrie
euclidienne : il faut apprendre à s'en servir, pragmatiquement, pour
créer les plus beaux “Palais Idéals (ou idéels)” possibles,
tout en sachant qu'elle n'est – et le reste aussi –, avec ses
prétendues lois, qu'une illusion qui fonctionne. Ce qui est déjà
beaucoup.
Il
faudrait écrire sur le néant, le jeu et la liberté, l'ivresse
puissante, légère et tendre que pourraient connaître les hommes
si, religieusement, scientifiquement, politiquement,
matérialistement, spiritualistement, métaphysiquement,
ontologiquement, réactionnairement, libertairement, nihilistement
etc. ils cessaient d'être des bêtes de somme et des bigots.
Il
faudrait écrire sur le néant qui ouvre sur le jeu, la liberté, le
ravissement, qui eux-mêmes permettent enfin de saisir la vie et les
“visions du monde”, comme des œuvres d'art.
Des
autoportraits. Dans le meilleur des cas.
Ce
qui est, lorsqu'on la comprend ainsi, la moindre, mais aussi la plus
belle des choses.
Il faudrait écrire sur cette “nouvelle noblesse, "primaire" et non réactive, cette fois” – et sa délicatesse – dont nous donnons au monde, pour ainsi dire, les secrets.
Il
faudrait écrire de façon décisive sur tout cela.
Et
c'est, probablement, ce que je fais en ce moment.
Bref
et intense, pulvériser les mauvais rêves ; et libérer l'Homme.
Avant-garde-sensualiste
4. Juillet 2006/Mai 2008
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