lundi 10 juillet 2017

Thélème









Divin boudoir


Les jours passent
Qui nous délassent


Tantôt on vit dans la fraîcheur
Derrière nos grands rideaux tirés
Tandis que sur notre lit de lin
On se prélasse
Tantôt on s’offre au plus merveilleux de tous les astres
Qui ne fait rien qu’à nous griller
Et ne nous laisse pas d’autre choix
Que celui d’aller nous baigner


Alors que revenu à l'intérieur
Je commence à écrire ceci
Le sommeil passe
Pourquoi lui résister ?


Après une micro-sieste épanouie
Je me réveille de trop b
Ce qui toujours l'homme réjouit :
Deux heures à peine ont passé


Dehors vous êtes toujours ouverte à l’astre

Le papillons eux ne font toujours que voler :
En fait, ils surfent des vagues d'air chaud
Puis rebattent des ailes
Pour en reprendre de nouvelles
Et se laisser porter à nouveau
Puis ils se posent sur des fleurs de luzerne
Elles aussi ouvertes et gorgées
Et s'enivrent de leur nectar


De la jouissances du Temps
Le monde est le divin boudoir




Le 7 juillet 2017




 





La vie ne vaut d'être vécue sans amour




Nous faisons ce que nous aimons faire :
Rien
Absolument rien


On passe la journée
Allongés dans notre grand lit
L’un contre l’autre


On rit
On se frôle
En frissonnant d'aise
Sans y penser


On se raconte des choses
Drôles
Ou belles
Enfin, qui nous paraissent telles


En quelque sorte, on ose :
Danser la javanaise


Et ainsi :


On se prélasse
On se délasse
Et on paresse
Perdus dans notre mystique flottance


Ce qui berce nos silences
Ou nos douces caresses
Ce sont des vagues
Qui dans nos cœurs et dans nos corps
Encore dansent
Le souvenir de cette accordance
Et de ses flamboyances
La rémanence
Du tsunami
Qui nous emportaient hier


Ce qui nous y avait menés ?
Notre philosophie
Et notre philanthropie
Tandis que tout en riant et en se disant des je t’aime
Nous rêvions de notre Abbaye de Thélème
Et de la meilleure façon de dépenser
Tous nos milliards


Après avoir racheté les grands bâtiments
De notre village
Qui sont vacants
  Et installé un facteur de clavecin
Et un luthier  
Nous avions décidé que leur meilleur usage
Serait d’y accueillir et d'y former des musiciens


Où installer le Grand Salon Baroque
Où seraient donnés les concerts
Et les soupers fins qui les suivraient ?
Ça, je n’en dirai rien


Nos grands moyens nous le permettant
Maintenant
Nous avions aussi fait l’acquisition de ce palazzetto
À Dorsoduro
Afin de toujours garder ce lien
Avec ce prêtre roux vénitien
Que nous nous étions choisi comme parrain
Avec quelques autres dont Couperin


Grâce à nos investissements intelligents
À la qualité des gens que nous avions invités
Ou que celle de nos instruments attirait
Notre petite localité s’était vite transformée
En un parfait écrin
Pour tout ce que nous aimons :
Les mets les plus fins
Les meilleurs vins
La résurrection des grands musiciens
Des grands sentiments
Et puis, évidemment :
L'amour contemplatif galant…


Ainsi avions-nous créé
En peu de temps une situation
Favorable à cette Thélème
Bâtie autour d’une sensibilité retrouvée
Débarrassée
Grâce à notre générosité
(Puisque fantasques et anonymes mécènes
Nous dépensions notre fortune sans compter)
Des affres du calcul et de la nécessité
Et du besoin d'arriver
Et donc de s'éclater et de défouler
Dans la violence et l'intempérance
Les frustrations de la misère ainsi accumulées
Misère considérée sous tous ses aspects
Que nous avons si souvent nommés
Thélème ainsi élégamment peuplée de tous ces gens doués
Pour faire exister la vie que l’on aime


Et ce n’est qu’une fois ainsi rassurés sur le fait de savoir
Ce que nous allions faire de tous nos milliards
À savoir permettre à de belles personnalités
De s’adonner sans soucis à l’humanité
Qui est l’expérience poétique
Mystique
De la Beauté
Et de la sensibilité
(Tout le reste : connaissances techniques, métiers
Habilités superficielles
Pouvant être abandonné sans regrets
À cette malheureuse Intelligence Artificielle
Qui, au mieux si elle existe jamais ,
Ne pourra être que le diligent valet de pied
Des maîtres sans esclaves dont nous avons parlé si souvent
Ces contemplatifs mais galants
Bien supérieurs à ceux que Platon ou Heidegger avaient imaginés
Et tout entiers possédés par cet état mystique
Que Nietzsche
Dans un de ses bons moments
Avait lui aussi invoqué)
Et ce n’est qu’une fois ainsi rassurés, dis-je,
Sur le fait de savoir ce que nous allions faire de tous nos milliards
Tous ces beaux prodiges
Que je viens d'évoquer
Que nous nous étions laissés aller à nous aimer


Avec toutes les conséquences dont j'ai parlé :
Ce tsunami d’extase
Ce merveilleux sommeil de volupté
Qui l'avait suivi
Et aujourd'hui
Ces folichonneries
Ce délicieux nonchaloir


Qui — lorsqu'on envisage les questions de métaphysique
Sont les seules conclusions physiques
Auxquelles on doit arriver
Et qui vous font savoir
Que vous avez fait
Le seul usage qui vaille de la philosophie...
De la philanthropie

Et du boudoir




 



Le 9 juillet 2017 
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017





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