À Mme la princesse de Conti, qui lisait à haute voix un article dans un journal gauchiste, article qui faisait :
«
Dans les pays occidentaux, l'évolution du capitalisme ces 30 dernières
années a provoqué une considérable augmentation des inégalités. Elle a
conduit à détacher encore plus le groupe des très riches du reste de
la société. Ce groupe a acquis un pouvoir énorme, qui lui permet de
contrôler les grands choix collectifs. Derrière l'apparence d'une
démocratie représentative, le destin de la collectivité est déterminé
par un petit groupe de gens, la classe oligarchique.
Le
régime oligarchique actuel se caractérise par une extension du pouvoir
des acteurs économiques, bancaires et financiers. Et par un
affaiblissement du pouvoir relatif de l'État. L'histoire récente
l'illustre clairement, avec les exemples de la Grèce, du Portugal, de
l'Irlande : ce sont désormais les spéculateurs, les banques, les fonds
de pension qui décident des politiques économiques de ces pays. Le
dénouement de la crise financière montre également la disproportion
entre le pouvoir des États et celui des agents privés. Le système
financier est sauvé fin 2008 par l'engagement des crédits et de
l'épargne publics. Éviter l'effondrement du système était nécessaire.
Mais on est en droit d'attendre que la puissance publique reprenne le
contrôle des agents financiers qui avaient conduit à la crise par leur
comportement irresponsable. »…
Mme
la dauphine de Bavière, prenant la parole sans faire le moindre
mouvement, répondit : « Dans les rêves ! Madame, c’est à peu près comme
vouloir que les membres élus du Comité d’Entreprise d’un casino de Las
Vegas eussent fait la loi dans sa direction, à l’époque de Frank
Sinatra. »
Un
Américain qui assistait à la scène — et qui ne goûtait pas, à sa juste
mesure, la pertinence du trait — s’étonnait que Mme la dauphine ne sût
pas qu’il n’y avait pas de Comité d’Entreprise, élu, à Las Vegas, à
l’époque de Sinatra ; sans s’étonner qu’elle sût ce qu’était un tel
comité.
Le Bureau.
Le 2 août 2012
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