Allongés
et sans force
Dans
la pénombre
Nos
rires eux-mêmes
Sont
doux et feutrés
Comme
le sont nos premiers baisers
Qui
nous ouvrent cependant rapidement
À
la Joie
— Si voluptueuse et si
merveilleusement dansée —
Qui
nous saisit et nous entraîne sans relâche
Et
finit comme elle a commencé :
À
son rythme et quand elle en a décidé…
Dans
notre extase et nos cris
Et
nos débordements infinis
Le
lendemain
Quelque
part dans le Vercors
Arrêtés
sur une mythique route en corniche
Pour
secourir quelque jeune conducteur mal engagé
Je
dois courir de toutes mes forces
Et
sauter dans la vieille faové
Qui
Elle
aussi sans freins
Et
portières fermées
Dévale
vers l’abîme…
Ce
que je fais
Parvenant
à la stopper
Alors
qu’elle a déjà une roue dans le précipice…
J’enclenche
alors la marche arrière…
Et
…
Relâchant
le frein à main qui la maintient en équilibre…
… Je
la ramène brutalement sur l’asphalte…
En
tout, quelques secondes se sont écoulées…
Entre
la gravité et moi : duel sans pitié…
Un
millième de seconde pour perdre ou pour gagner…
Perdant,
je n’aurais rien écrit aujourd’hui
Ni
demain non plus
Ni
plus jamais
Je n’aurais jamais pensé devoir toréer le vide
De
façon aussi improvisée
— Et
je n’aurais jamais accepté de le faire en m'y étant préparé…
—
Finalement
je m’extrais de la bestiole
En
claquant la portière avec le sang-froid élégant
D’un
matador espagnol
Juste avant, je parlais de frisbee :
Savoir
saisir l’instant…
Sans
penser…
Ici
la pensée eût été fatale…
Seul secours : cette incontrôlable grâce primale…
Être leste
Dans
sa poésie comme dans ses gestes
Et
pouvoir toujours s'abandonner
Au
réflexe
de l’orgasme
— Cette
vraie
et
longue extase
Espèce
de catalepsie
d'amour
Qui
n'enchaîne que les
voluptueux et fuit les débauchés…
Comme
La Mettrie le disait —
… À ce merveilleux réflexe-ci
Ou
à ceux dont dépend notre survie…
La
vraie vie est ici :
C'est
une suite de beaux gestes
Où
nous sommes absents
(Tout
en y étant merveilleusement présents)
— Et
qui nous échappent…
Tchouang-tseu
Vieux
morveux
Mort
très vieux
Fanatique
de la sieste
Dans
un autre temps
Parlait
de s’abandonner au céleste…
Comment
le dire mieux ?
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2015
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