L'autre
jour
Alors
que je saluais
— En
soulevant
légèrement du volant la main —
Un
homme avec son chien
Sur
une petite route déserte de la vallée
Qui
nous menait à la ville prochaine
Dans
un no man's land de campagne suburbanisé
En
riant vous m'avez demandé
Pourquoi
je faisais ce salut
À
un parfait inconnu
Je
vous ai répondu :
«
Je salue un homme lorsque j'en croise un… »
Vous
avez réfléchi un instant et vous avez ri
Et
puis vous m'avez dit :
«
Vous êtes comme Crocodile Dundee… »
(Un
Australien capable de dézinguer
Des
crocodiles commac
Rien
qu'avec son canif
— Ou
même d'un simple bourre-pif —
Tout
en mignottant une lady
Et
qui à New York saluait les passants
Au
prétexte que dans son outback
On
saluait les humains
Lorsque
l'on en croisait
– Rarement
–
Un…)
Après réflexion
Nous
sommes tombés d'accord
Depuis
plus de douze ans
De
l'engeance louche
Je
dois en avoir croiser encore moins
Qu'un
Australien dans son bush…
Crocodile dandy…
Nous
avons ri…
En y réfléchissant bien je me suis même aperçu
Que
je n'avais jamais fréquenté
De
toute ma vie
Que
des femmes entre dix-sept et trente-cinq ans
(J'ignore
même à quoi ressemblent les autres
— De
près —
Autrement
que derrière un guichet…)
De
jeunes pro-situs…
Pour
commencer…
Des
hippies…
Toutes
sortes d'aventurières…
De
belles contrebandières
Ou
des mannequins…
Pour
continuer…
De
jeunes artistes à Berlin
Ou
à Paris…
Et
puis plus rien…
Et c'est vrai aussi des hommes
La
dernière fois que j'en ai côtoyés
— En
vrai —
Ils
avaient entre dix-sept et quarante ans :
De
jeunes pro-situs…
Toutes
sortes d'aventuriers…
Des
contrebandiers flamboyants…
Des
fêtards…
Des
extrémistes buveurs de vins…
Et
quelques arrivistes de l'art
— Comptant
pour rien…
Mes
vrais amis sont depuis toujours morts
Le
plus souvent avant ma naissance…
Je
n'ai jamais eu de « connaissances » :
C'est
le privilège de ceux qui n'ont jamais travaillé
À
rien
Pour
rien
Ni
pour personne
Que
de n'avoir jamais eu ni collègues
Ni
confrères ni consœurs
Ni
subordonnés ni supérieures
Personne
à qui tirer les oreilles
Et
personne pour oser tenter de tirer les leur
Depuis plus de vingt ans
Je
vis ici
Libre
comme un Romain sur ses terres
Et
à la vérité
— C'est
évident —
C'est
pour vivre ainsi que je suis né…
En y réfléchissant bien
Depuis
l'âge de vingt ans
J'ai
toujours vécu ainsi …
Je
suis le dernier des Sudistes
Je
suis de cette race
— La
plus détestée
–
Par
les grands financiers
Et
surtout leurs Employés
—
De
ces grands propriétaires
— Aujourd'hui
parfaitement
désargentés —
Jugeant
hautainement le monde entier
Depuis
leurs haciendas
Réputés
mauvais comme la teigne
Parce
que vivant comme Montaigne
Des
gens qu'on savait entourés de leurs hommes dévoués
— La
stricte vérité —
Et
dont on colporte encore la terrible légende
— En
fait, une méchante propagande… —
Qui
dit qu'ils laissaient crever de soif et de faim
Les
légionnaires venus les protéger
De
types aussi prompts à vous découper la calebasse
Qu'un
troupeau de djihadistes
(Les
prétextes passent…
Les
passions charcutières — et leurs causes — persistent)
J'ai entretenu quelque temps des correspondances virtuelles
Avec
un ancien condisciple
— Ce
qui vaut mieux que l'inverse —
(Qui
comme moi l'ignorait)
Écrivain
et critique
Et
puis un Africain
— Revenu
d'Afrique –
Mais
surtout de tout et du reste —
Tout
deux fonctionnaires
— L'un d'eux,
balnéaire —
Et
enfin un poète insulaire
— D'une
insularité autre que la mienne
Mais
d'une insularité tout de même —
Et
qui en tient les chroniques
Tout
en contemplant la mer Tyrrhénienne
Les pauvres gens aiment les professeurs
Ça
les rassure
Pourtant
— Mis
à part ceux que je citais —
Ce
n'est vraiment pas ce qu'il y a de meilleur
Pour
la pensée
La
poésie
La
littérature
— C'est
ce que me disait le meilleur de mes professeurs
De
philosophie
Voulant
me donner le courage d'aller voir ailleurs –
Ce
dont je le remercie —
Qui
se nourrissent
Bien
plus évidemment
D'aventures
De
liberté
Et
de ris
— Qu'on
pense à Casanova
À
Montaigne
Ou
à Ikkyu —
(Mais
aujourd'hui
— Tout
le monde sait —
Il
n'y a plus que des fous
Et
plus du tout de ris…
C'est
le règne
Des
cafards
Des
viandards
Et
des cancrelats
Qui
aiment la guerre…
Qui
vont l'avoir —
Qui
l'ont déjà…)
Pour moi
J'écris
pour les jeunes filles
— Ces petites agates – ces pierres fines
– Du pur Yin —
— Ces petites agates – ces pierres fines
– Du pur Yin —
Pour
qu'il ne soit pas dit
Que
dans cette époque
Pas
vraiment loufoque
Il
ne se soit trouvé aucun gentleman
Pour
rembarrer d'un bourre-pif
Poétique
Définitif
— D'un
koan —
Les
tyrannosaures microcosmiques
Les
gueuzes et les gueux maussades
D'après
Sade
Cherchant
à leur faire honte
Tout
en leur faisant croire
Toujours
Qu'en
amour elles n'auraient qu'une gloire :
C'est
qu'on les démonte…
J'écris
donc de l'amour
La
suite de l'histoire…
.
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