Chère
amie,
Le
terme de Libertin-Idyllique vient de Vaneigem et de son livre Le
mouvement du Libre-Esprit. À la page 217, il cite le pamphlet de
Calvin : « Contre la secte fantastique et furieuse des Libertins
qui se nomment Spirituels, avec une épistre de la même manière
contre un certain Cordelier, suppôt de la secte, lequel est
prisonnier à Rouen ».
Le
chapitre — qui consiste en extraits — qu'il consacre à ce pamphlet se
termine par cette citation de Calvin : « Ces malheureux profanent le
mariage, mêlant les hommes avec les femmes comme bêtes brutes selon
que leur concupiscence les mène. Et comment, sous le nom de mariage
spirituel, il colore cette pollution brutale : appelant mouvement
spirituel l'impétuosité furieuse qui pousse et enflamme un homme
comme un taureau et une femme comme une chienne chaude... »
À
cet endroit, Vaneigem a mis une note en bas de page, pour bien
marquer son mépris de Calvin et disant ceci : « C'est la traduction
calviniste de la passion amoureuse, où les amants, pareils aux
enfants, rêvent de se créer un monde d'innocence sans faute ni
contrainte. ».
Du
coup, il m'a paru que cette passion amoureuse — à la recherche de
laquelle j'étais —, où les amants pareils aux enfants se
créent un monde d'innocence sans faute ni contrainte, ne saurait
être le fait que de Libertins-Idylliques, où j'ai repris la
graphie qu'avait utilisée Calvin et que je venais de découvrir en
lisant — c'était à sa sortie, à l'automne 1986, dans l'édition
Ramsay — le livre de Vaneigem.
Bien
qu'ils aient été associés à leurs prédécesseurs du Moyen-Âge, les Turlupins, et comme eux, à l'époque et depuis, accusés des pires
turpitudes, c'est-à-dire accusés d'être des roués et de pratiquer le
libertinage le plus vil qui soit, j'ai penché à l'époque, et je
penche toujours aujourd'hui pour la thèse de Vaneigem, qui voulait
voir en eux des Hommes ayant retrouvé, dans l'amour charnel, tout à
la fois le sacré et l'innocence et la tendre ardeur originelles. Et
qui auraient donc ainsi été des mystiques galants avant l'heure.
Probablement y a-t-il eu des deux.
Il
en va de même avec le terme de galant, comme le note Viala, qui a
commencé par désigner des femmes et des hommes à la recherche
d'une nouvelle civilité, pour désigner ensuite des partisans d'un
libertinage roué, — que fustigeait déjà Lucien de Samosate dans ses célèbres pamphlets.
Quoique
j’aie cité souvent Debord parmi ceux qui, adolescent, m’ont
formé — avec Lin-tsi, Nietzsche, Reich, et d’autres —,
Vaneigem, et particulièrement son Traité de savoir-vivre à
l’usage des jeunes générations — dont, à vingt ans, nous
nous relisions les formules lapidaires-incendiaires avec un plaisir
gourmand, ébahis devant leur virtuosité —, m’a lui aussi
beaucoup marqué.
Et
que dire de ceci, tiré également de Le mouvement du Libre-Esprit :
« Il n'est pas jusqu'aux historiens modernes qui n’abordent avec
condescendance ceux qui ont su gérer l'exubérance d'une nature
qu'il n'était nécessaire ni de violer ni d'exploiter. Loin de
chercher dans l'aurignacien ou le magdalénien les traces d'une
civilisation spécifique, ils s'escriment le plus souvent de
découvrir l'ébauche balbutiante de notre ère. »
Et
aussi :
«
Il faudra bien un jour dégager des fresques pariétales et des
objets, — avec la fréquence de leurs symboles féminins, la fusion
de leurs principes mâles et femelles, la grâce de leurs
représentations animales et humaines —, l'esquisse d'un milieu
favorable à la vie. »
Enfin, n’oubliez-pas, maintenant que le doux silence de nos bois n'est plus troublé que de la voix des oiseaux que l'amour assemble, ne perdons pas un moment des beaux jours : c'est le temps des plaisirs et des tendres amours (ici, à 24'29)…
À vous,
R.C. Vaudey
.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire