I
Suite
française et merveilleuse
Dehors,
la neige tombe…
Lorsque
l'on sort
On
entend
— Pour
la première fois de sa vie —
Dans
l'absolu silence de la nuit
Les
branches qui craquent
Qui
cassent
Qui
tombent
— Ainsi
Tout
ploie
— Ou
cède —
Sous
cette neige de glace
Et
son poids
Dans
le petit jardin
Des
branches
De
vingt centimètres
Longues
de plusieurs mètres
Gisent
au sol…
Plus
loin
La
route
— Elle
aussi —
En
est jonchée…
Le
chasse-neige ne peut plus rien…
Un
bulldozer fraie un étroit chemin
— En
vain
Dans
cette tempête qui n'en finit pas
Vous
parlez d'une ambiance apocalyptique
— Bien
sûr, nous en sommes loin
Je
repense à cette nuit d'hiver
Où
j'étais seul
Dans
les Vosges
Avec
l'Unimog
qui patinait des quatre roues
Les
deux ponts crabotés
Dans
le même froid
Et
dans la même nuit
Et
dans une même ambiance
— De
fin du monde
Dans
les bourrasques
Je
n'avais chaîné qu'une roue
— À
l'arrière —
Déjà
épuisé d'avoir à le faire
J'avais
finalement réussi à monter
Le
kilomètre de chemin
Qui
me séparait de ma propriété
Mais
le lendemain
Dans
un mètre de neige
Le
pont arrière
Ainsi
fragilisé
Avait
cassé
Me
décidant enfin à quitter définitivement cet endroit
Pour
Paris
— D'abord—
— D'abord—
Et
puis
— Une
fois la vente réalisée —
Pour
Goa
Eussé-je
pris le temps
De
chaîner les quatre roues
— Dont
chaque chaîne devait peser une trentaine de kilos —
Que
rien n'aurait cassé…
Je
serais resté encore quelque temps
Avant
de quitter ce lieu
Devenu
inhospitalier…
Tout
le cours de ma vie en eût été changé
— Et
je ne vous eusse ainsi jamais rencontrée
Je
vous avais souvent raconté cette anecdote
— Pas
si idiote —
Mais
là
— Dans
cet épisode
Cataclysmique
et glaciaire —
Pour
la première fois
Vous
la comprenez
Les
épisodes cataclysmique et glaciaires
Peuvent
avoir des suites merveilleuses
— On
le voit —
Pourtant
— Craignant
pour nos toits —
J'aimerais
que celui-ci
Cessât
— Et
que la neige la mît en veilleuse
J'écris
ceci à la bougie
Dans
le calme sans pareil
Que
procure l'absence d'électricité
Dont
seule la coupure permet de mesurer
Combien
le reste du temps
Nous
vivons dans une atmosphère délétère
— Électro-polluée
(Note du 18 Novembre : je retire le mal que j'ai dit de la « Fée Électricité » , — ici revenue)
(Note du 18 Novembre : je retire le mal que j'ai dit de la « Fée Électricité » , — ici revenue)
Le
14 novembre 2019
R.C.
Vaudey
Journal
d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019
II
L'amour
absolu
Une
jeunesse et un bonheur insensés
Voilà
ce que l'amour apporte
— Qu'accompagne
une douceur d'âme
Sans
égale
La
campagne est hachée
D'arbres
et de branches brisés
Les
chemins ne sont plus que des chablis
Où
l'on ne peut qu'avec peine avancer
Dans
une neige dure et gelée
Je
relève des bambous géants le bosquet :
Eux
ont plié leurs trois ou quatre mètres
Quand
les frênes et les chênes se sont brisés
Sur
ce point comme sur d'autres
J'aurais
préféré ne jamais avoir à approuver Pascal
Tant
ce spectacle est désolant
Et
ce n'est pas non plus qu'une façon de parler :
Une
vraie peine envahit le cœur
Et
l'on éprouve
— Pour
cette tempête de neige stupide —
De
la rancœur
Au
retour, je me retrouve nez à nez avec deux chevreuils :
Tout
leur monde en une nuit s'est écroulé
— Ils
ont cependant été épargnés
Ils
me regardent un instant
Et
disparaissent…
Élégamment
— Malgré
leur détresse
C'est
dans ce monde désolant
Que
nous nous aimions
— Si
ardemment…
En
batifolant
On
parlait de parfums…
Certains,
disiez-vous, doivent avoir le nez absolu
Comme
d'autres ont l'oreille absolue…
J'en
déduisais d'aimables conclusions
Qui
éclairaient enfin ces extases phénoménales
Suivies
de ces éblouissements mystiques ineffables
— Qui
s'emparent de tout mon être
Par
elles et par eux redevenu virginal —
Que
je connais depuis que je vous ai rencontrée
Toutes
ces amabilités nous faisaient rire à n'en plus finir…
Si
ce n'est qu'à nous embrasser…
S'embrasser
dans cette joie
— Caressé
par la douceur de ces sentiments sous-jacents —
Est
déjà une pure félicité en soi
Mais
c'est par l'exubérance et la puissance
L'outrance
et la concordance
En
touchant souvent le Ciel
Et
en voulant toujours le repousser
En
dilatant toujours plus avant nos cœurs
— En
laissant dans le même temps
Le
soliste solaire
Jouer
ses solos extraordinaires
Qui
font comme un écrin de divinité —
Que
l'on peut seulement laisser pleinement
S'exprimer
Se
rassasier
S'extasier
Cette
joie d'amour pleine
Et
son appétit éperdu de se déployer
Emportés
par de tels élans
Et
de tels présupposés
Nous
ne pouvions que réduire à néant
Notre
passé d'amants :
Comparativement,
nous ne nous étions encore jamais aimés
C'est
du moins la dernière pensée que j'eus
Une
fois que le mirifique déferlement de l'amour
Nous
eut soulevés emportés éblouis
Ravagés
transcendés fait rugir et pleurer
Et
infiniment dans la Beauté nous convulser
Bref,
sitôt que mon âme
Redevenue
— Par
tant d'amour illuminé —
Virginale
Se
fut à l'univers tout entier
Refusionnée
— Me
faisant perdre ainsi connaissance
Dans
un sommeil digne d'un nouveau-né
Une
jeunesse et un bonheur insensés
Voilà
ce que l'amour apporte
Qu'accompagne
une douceur d'âme
Sans
égale
— Disais-je
pour commencer…
Je
peux ajouter
Que
dans un monde si parfaitement
— Et
depuis si longtemps —
Partout
par la haine et le ressentiment
— Ou
les éléments —
Martyrisé
Une
chance incommensurable…
Voilà
ce qu'est la chance d'aimer
Et
d'être —
de surcroît —
Aimé
D'en
avoir le loisir et l'endroit
Et
de pouvoir ainsi posséder
— Par
surplus —
L'amour
absolu
Le
16 novembre 2019
R.C. Vaudey
R.C. Vaudey
Journal
d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019
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