Cher
ami,
C'est
une chance insensée que de pouvoir allier l’exploration des terres
cataclysmiques de l'amour contemplatif — galant aux ravissements
qu’offre la musique, — et particulièrement la musique baroque.
Il
faut donc l'accepter comme telle.
Vous
pouvez imaginer notre émotion, cette après-midi, à écouter, à
Grignan, dans l'écrin du château de la fille de Madame de Sévigné,
l'ensemble Il
delirio fantastico
interpréter les Concerti
da camera
de Vivaldi, dont le RV107, dont j'avais utilisé le largo
pour le « Tableau galant » : Dans
nos amours légères,
— et cela avant même que nous ayons eu connaissance de ce concert,
la semaine dernière.
Voilà
ce que les surréalistes auraient appelé un hasard objectif.
Puis,
dans la douceur d’un soir presque d’été, sur une autre terrasse du
Temps, nous avons plaisanté, à propos de Stern, avec notre maestro
préféré (quoique, maestro, ils le soient tous… vraiment… Je
vous laisse les écouter ((clic)), non sans avoir au préalable fait sentir à l'organisateur de ces festivités — un homme profond et plein d'esprit — qu'il avait là un écrin (et un joyau) qui n’attendait que le retour de cette musique baroque, — pour laquelle il avait été aussi fait.
Plaise au ciel qu'il nous ait entendus (je le crois) et que dans le long et sérieux travail de reconstruction de cette maison (qui avait presque disparu) le baroque français se retrouve enfin, tout naturellement, — comme chez lui.
De retour, sous le coup de cette double émotion — extatique-galante de ces derniers jours et musicale-extrême, aujourd'hui —, j'ai utilisé le dernier mouvement de ce concerto — qui était leur bis — pour Le vif d’amour, que je voulais initialement donner sur un air de Jacques Aubert.
Je
vous ai écrit plus longuement, mais je ne veux pas gâcher ce moment
de grâce — que vous offriront de toute façon Vivaldi et nos amis
— par mes remarques réitérées sur les mœurs de cette époque.
Tout cela attendra.
À vous,
Vaudey
.

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