Chère
amie,
Notre
exploration des confins de ces terres tout à fait ignorées de l'amour et de
la contemplation réunis suit des voies différentes de ce dont vous me
parlez : la
griserie, l'action, les entreprises hardies,
l'ivresse qui les accompagne, ont, elles aussi, leurs charmes, qui ne
sont pas du tout ceux du retrait du siècle, du silence, du tsunami
orgastique et de l'intense état contemplatif qui le suit :
l'importance qu'a prise cette intensité poétique et vraiment
mystique —
au
sens d'identité fusionnelle et muette avec le monde —
dans notre vie, d'abord, et dans mes écrits —
qui semblent tant vous plaire —,
ensuite, ne doit pas vous gâcher les plaisirs des belles entreprises
et des amitiés plus ou moins amoureuses qui les accompagnent :
autant il est bon de connaître l'existence des états que l'art
d'aimer dont nous parlons peut amener à connaître, autant il serait
mauvais de vouloir s'y
conformer
: ce qui serait sans doute la meilleure façon de les ignorer à
jamais : gardez-les à l'esprit, et si la chance des
rencontres et des situations heureuses s'y prête, ils apparaîtront
pour ainsi dire d'eux-mêmes dans votre vie.
…
J'avoue
que mon style parfois tranchant peut prêter à confusion, mais
j'écris pour moi, et, n'ayant que peu de vrais lecteurs (je compte pour rien
les statistiques de fréquentation probablement alimentées par les robots des
moteurs de recherches), je n'en changerai vraisemblablement pas ; —
écrivant
au gré de mes humeurs, voulant rester le plus souvent « le simple
secrétaire de mes sensations », pour le dire comme Cioran (Cioran dont
je ferais bien mienne cette autre affirmation : « Tout
chez moi commence par les entrailles et finit par la formule »),
ce sera donc à vous de corriger l’imprécateur que vous me pensez
être, —
mais le suis-je vraiment ?
Ni
prosélyte ni inquisiteur, moraliste, dans le sens où j’étudie
les mœurs de mon temps, je ne suis pas non plus moralisateur car je
comprends que ce temps ne peut être différent —
même si cela peut me mettre de mauvaise humeur –
mais
la mauvaise humeur n’a de charme que chez les jeunes gens…
—,
et
je repense souvent à ce qu’écrivait Freud,
dans Malaise
dans la civilisation,
se demandant : « Quant à l'application thérapeutique de nos
connaissances... à quoi servirait donc l'analyse la plus pénétrante
de la névrose sociale, puisque personne n'aurait l'autorité
nécessaire pour imposer à la collectivité la thérapeutique voulue
? En dépit de toutes ces difficultés, on peut s'attendre à ce
qu'un jour quelqu'un s'enhardisse à entreprendre dans ce sens la
pathologie des sociétés civilisées », et j’ai la sensation
d’être celui qui s’est enhardi à entreprendre cette pathologie
des « sociétés civilisées » ; d’avoir découvert
ce « premier principe », ce principe
de jouissance,
que j’ai nommé ; d’avoir compris que, basées sur
l’esclavagisme, et donc sur l’injouissance, elles sont toutes
malades de n’avoir jamais pu que le contrecarrer, chacune à sa
façon ; d’avoir saisi, dans le même mouvement, que le seul
avenir de l’Homme est dans la contemplation, mais dans une
forme de la contemplation qui se devrait d’être galante,
également, l’égalité,
entre
les hommes et les femmes,
dans l’extase contemplative —
galante
(qui est l’or
du Temps
que cherchait
Breton, or
du Temps
que nous avons fini par
trouver, en
nous tenant hors du temps,
justement),
l’extase
contemplative —
galante, donc,
pouvant seule résoudre cette guerre plurimillénaire des sexes, — cause et conséquence de leur rustre et disgracieuse incapacité d'aimer, guerre dont les retombées pourraient bien les anéantir avant qu'ils aient eu le temps de se raffiner et de se réconcilier…
Quoi qu'il en soit, en
attendant, comme promis voici Shanghai :
L'amour
Cette
veine de délicatesse
Cette
joie enveloppante…
L'amour
Ce
miracle entretenu
Entouré
de soins et de précautions
À
combien de violences potentielles
Contre
soi-même ou contre l'être aimé
A-t-il
fallu échapper
— Qui
menaçaient ?
Les
malfaisants
L'alcool
Les
drogues
Les
pulsions perverses qui auraient voulu se manifester
Le
soin tout particulier qu’un gentilhomme se doit…
Dans
un monde où tout vous dit
Que
les pulsions destructrices ou auto-destructrices
— Seules
—
Sinon
vous guérissent
— Dont
nul ne sait plus de quel mal —
Du
moins satisfont vos vices
Et
vous donnent une diversion consolatrice…
Arrêter
le monde à sa porte
Pour
lui faire rendre compte…
Disait
Nietzsche
Mais
aussi :
Dissoudre
l'immonde que l'on a acquis
… En
traversant l'enfer sadien de l'inconscient
Pour
retrouver
Sous
les pavés de la névrose
La
plage de l'irradiance amoureuse
— Son
âme primitive d'enfant
Pouvoir
offrir à cet enfant au regard de merveille
Les
situations qui lui permettront de reprendre
Son
développement et son exploration interrompus
— Sa
jouissance contemplative —
Du
Paradis sur Terre
Le
tout entre deux guerres
Civiles
ou mondiales
Quelques
révolutions
— D'un
genre ou d'un autre —
Le
viol constant des foules de zombies
— Par
d'autres morts-vivants
– Mais
plus pervers seulement —
Tandis
qu'elles se convulsent
Dans
leurs mille bigoteries
Se
roulent dans leur fange
En
redemandent
Se
répandent en nuées de vermine
Détruisant
toute beauté sur leur passage
Profitant
sans vergogne de tous les esclavages
— Nouvelles
plaies d'Égypte —
Le
tout sur fond d'apocalypse
C'est-à-dire
d’anéantissement
— Prévisible
ou probable
– D'ici
quelques générations —
De
toute forme de vie sur cette Terre
S'il
n'y a un jour plus personne pour dire
Que
les belles façons du seul grand art
— L’art
des Contemplatifs — Galants —
N'auront
pas paru comme les tous premiers prémices
D'une
Renaissance sensualiste
Au
moins pourra-t-il confirmer qu’il fut une conclusion apothéotique
Que
ce grand art nous ait choisis, nous, pour être
La
condamnation vécue et pratique
De
ces millénaires de misère sentimentale, poétique et mystique…
C'est
chic —
Au
réveil
Au
sortir de ce grand cauchemar de terminal apocalyptique
Où
— Depuis
Shanghai —
J'attendais
l'avion pour la Bourgondie
Nous
plongeons dans les vagues
Des
délices matinales
Que
peut la misère du monde contre une caresse ?
Sa
liesse et sa tendresse ?
Sa
beauté phénoménale ?
Enfin,
le lendemain
On
boit du vin dans le petit train
On
se lie avec des Indiens
(I
have the jacket with the yellow button)
… Dans
la somptuosité de l’automne
On
s’étonne…
Dans
un anglais oxfordien
On
parle de terroirs…
Et on loue cette sensibilité qui nous fait distinguer deux vins
Selon
la parcelle sur laquelle la vigne a poussé…
Quoique
solitaire
— Et
même si cela étonne —
Je
suis le plus aimable des hommes…
Et,
à cet instant, j’aime mes contemporains…
Le 21 octobre 2018
.
Et quand ces Indiens me demandent pourquoi je ne bois plus que rarement
Je
leur réponds sans même y penser
Qu’il
y a déjà longtemps
J’ai
remplacé le tabac, l’alcool et le reste par les sentiments
— En
écrivant cela, enfin je le comprends
Le 21 octobre 2018
R.C
Vaudey
Journal
d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018
.
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