samedi 30 décembre 2017

Le grand souffle — Sur la grève du monde — La souveraineté infinie du silence







Le grand souffle




I


Les grands baisers
L’air serré
Le grand souffle
Ébahie


II


Après
Le trajet
Le palais
Le Magnificat
Bach phénoménal
Divin
L’extase musicale
Béate


III


Puis
La neige

Rien ne nous arrête

Nous nous aimons







P.S.


Suivent ceux de Saint-Pétersbourg
Et, dans la nuit de Noël,
Anna Fusek
(Son Largo ma non tanto )
Les yeux baignés de larmes




Le 27 décembre 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017













Sur la grève du Monde




Allongé
Au réveil
En plein été
Sur la plage du Temps
Dans l’anse de vos bras
Je sens les vagues du monde
Qui se prélassent à nos pieds
Je sens la vague du monde
Amoureusement
Nous envelopper
Vous et moi


L'amour c'est l'été toujours


Comment ne pas re-sentir
Les yeux fermés de plaisir —
Les baisers dont hier on se régalait
Qui nous embrasaient
Sur cette même grève du Monde
Et notre poursuite immodérée
Enlacés
Notre course au soleil
L'invraisemblable ouverture de nos êtres
À l’Être au-delà de l’être
Sans doute
L'offrande
Nos souffles coupés
Emballés
Puissants
Profonds dans le raz-de-marée —
L'onction suprême
Comme un saint chrême
Une bénédiction avant l'échappée extrême
Fabuleuse
Démesurée
Et puis
Ainsi favorisée —
L’envolée immatérielle
Et le chœur de nos cœurs
Pour moi inouï
Tant j’étais volatilisé


Aujourd’hui
Des nuages caressés
On flotte bienheureux
Dans une brume
Où Albinoni, Bach et Couperin
Témoignent en faveur du divin de l’humain


Les mauvais esprits diront  : il n’y a bien qu’eux










Le 30 décembre 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017








 Extatisme galant




Cher ami,



 
Les mystiques ecclésiastiques, en Asie, au Moyen-Orient ou en Europe, sont le plus souvent, et assez justement, associés dans l'esprit du public à des manifestations supra-naturelles : stigmates, inédie, lévitation, fakirisme sous toutes ses formes.


Les taoïstes n’y échappent pas : ils recherchent l'immortalité et utilisent l'amour physique non pas pour unir le féminin et le masculin mais pour les dissocier : le taoïste mâle devant, par une gymnastique particulière, parvenir à ne pas jouir de concert avec son amante ; bref, ils pratiquent un autre genre de fakirisme, plus aimable sans doute que celui de certains gymnosophistes de l’Inde.


Les petits libertins européens, eux — de leur côté et à l’inverse —, doivent éjaculer tant et plus mais sans jamais connaître l'extase en comme-un, ce qui est encore un autre numéro de cirque. 


J’espère que tu vois la différence avec l’art naturellement sentimental, délicat, puissant et si précieux de l’extatisme galant.


On pourrait dire : l’extatisme galant, c'est le passage incontrôlé dans l'Être — qui n’est rien d’autre que ce silence, cette illumination, ce sans-nom —, la sortie de l'étant — qu'on le comprenne comme Volonté et représentation, Volonté de puissance, danse cosmique élémentaire épicurienne etc.


L'extase poétique comme l'extase galante, c'est l'ouverture sur le sans-nom, l’intouché, l’intouchable : c'est le règne de l’illuminescence opposé à celui de la prétendue connaissance ; la souveraineté infinie du silence sur le bavardage.


La plupart des mystiques d'Orient ou d'Occident ont perverti ce sans-nom avec des légendes populaires ou religieuses.


L'extatisme galant, lui, ouvre avec un baiser, une coupe de champagne, le Double concerto pour violon de Bach, les magnifiques vapeurs de la brume qui couvre à cet instant cette campagne à ce qui est au-delà de tous les fakirismes, de toutes les croyances, de toutes les superstitions et de toutes les explications philosophiques affirmatives ou nihilistes   du monde. 


L'extatisme galant ouvre à la pure jouissance du Temps.




Porte-toi bien,





Le 30 décembre 2017







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