Très chère amie,
S'il
n'y a pas d'être il y a un devenir, et, pour le dire comme
Nietzsche : le devenir traîne à sa suite l'avoir été.
...
L'avant-garde
sensualiste apparaît au moment où se pose la question de
l'obsolescence de « l'homme machinal », une question qu'avait déjà
soulevée Marx dans ses Grundrisse, en 1857.
Alors
que depuis près de 10 000 ans la plupart des hommes ne se sont
définis et n'ont trouvé un sens à leur vie que par leur place dans
la division du travail, que par la fonction, finalement machinale,
qu'ils y occupaient, le productivisme économiste, basé sur
l'extraction de la plus-value du travail humain, met depuis plus de
deux siècles tout en œuvre pour réduire celui-ci à sa plus simple
expression, développant les outils, la robotisation, l'intelligence
artificielle etc. qui annoncent déjà la fin de « l'homme machinal
».
C'est
de cela dont traite le Manifeste sensualiste — entre autres choses.
Que faire de ce dépassement de l’« homme-machinal » ?
Après
avoir perdu contre des machines aux échecs, au jeu de go, les
chirurgiens, même les plus pointus, surtout les plus pointus, se
voient battus à plate couture par d'autres robots ; des
applications, disponibles sur de simples téléphones portables,
mettent à mal, par leur mémoire phénoménale et leur vitesse de
traitement de tout l'historique de la jurisprudence, les meilleurs
avocats, en permettant, par exemple, de ne pas payer des
contraventions ; les traders sont remplacés par des robots
boursicoteurs... Et le reste à l'avenant.
De
sorte que la réalisation du programme qu'énonçait Marx dans les
manuscrits de 1844 « La
philosophie ne peut être dépassée
sans l'élimination du prolétariat ; le prolétariat ne peut être
éliminé sans le dépassement de la philosophie » se trouve posée à
l'orée du siècle prochain.
Évidemment
l'homme machinal a encore de beaux restes — si l'on peut dire.
Massivement, il nous promène sa carcasse souffreteuse et ses
maladies émotionnelles.
Ou
bien c'est un enfant en détresse auquel la complétude amoureuse et
génitale — pour laquelle sa vie n'est vraiment pas faite — est
toujours refusée, et dont la vie amoureuse et sentimentale est
simplement tourmentée par ces pulsions secondaires, prégénitales,
que provoque cette inhibition de la génitalité, pulsions
prégénitales surinvesties d'énergie par cette inhibition, qui
provoque, ainsi que l'écrivait Reich, dans certaines conditions bien
déterminées, leur réapparition comme perversions (et cet enfant
mauvais se croit très libre et très avant-gardiste parce que, au
moins en Occident, il a les loisirs qui lui permettent de s'user et
de s'abîmer toujours davantage à s'y abandonner en les exposant) ;
ou bien c'est une de ces figures de la névrose obsessionnelle
compulsive travaillée, comme la précédente, par l'analité, les
pulsions sadiques mais, également, par l'obsession de la pureté (et
c'est là que le bât blesse), figures de la névrose obsessionnelle
compulsive qui peuplent encore en grand nombre le monde, et
particulièrement le tiers-monde.
D’une
façon ou d’une autre, l’homme-machinal est malade.
Ces
figures malheureuses de l'humain, l'une et l'autre tout à fait
impuissantes de la jouissance et de la complétude, ne disparaîtront
qu’avec l'existence qui les porte puisque, on le sait :
l'existence détermine la conscience — et l'inconscience aussi. Qui
lui rendent bien.
La
pensée critique, qui se qualifiait de gauche, lorsqu'elle était
intelligente a toujours su que ce qui pouvait arriver de mieux à
ceux la portaient c'était de disparaître. C'est ce que disait Marx
dans la phrase que j'ai citée. Et Reich, encore lui, du temps où il
était encore psychanalyste et révolutionnaire, ne prétendait pas
faire la révolution avec des femmes hystériques et des hommes
alcooliques : il se contentait d'essayer de les libérer (dans ses
dispensaires de psychanalyse à l'usage du prolétariat) des
traumatismes de leur passé — traumatismes qui les avaient enfermés
dans leur misère caractérielle —,
tout en travaillant à bouleverser politiquement les situations
(sociales, culturelles, familiales etc.) qui les avait provoqués. (Cf. ses Premiers écrits)
Aujourd'hui,
c'est-à-dire depuis près de 60 ans, ceux qui se qualifient de
gauche et de révolutionnaires (en politique, en art etc. )
prétendent faire l'inverse : changer le monde avec la bande de
pervers et de cagneux émotionnels que ce monde a produite. Mais
l’art « révolutionnaire et d'avant-garde » a fini par
fatiguer même Fabienne Pascaud de Télérama qui trouve, elle aussi,
que l'enfermement des femmes dans l'hystérie a assez duré.
L'art
« révolutionnaire et d'avant-garde », fait par des
pervers (au sens analytique) et des cagneux émotionnels qui se
lâchent, a fini par fatiguer tout le monde. Pour ma part, la
cantatrice ne m'intéresse que dans l'expression du sommet de son
art. Ivre, débauchée, traînant dans la fange sa misère infantile
sous la forme de fantasmes dont elle ignore ce qui a bien pu les lui
donner, elle ne m'intéresse pas du tout. Ce que font les
concertistes après le concert, dans le divertissement ou dans
l'amour, est malheureusement, le plus souvent — sauf amour et
jouisseurs et jouisseuses sublimes —, très en dessous de ce que
leur a fait faire Bach, Mozart, Monteverdi, Chopin etc. pendant le
concert.
C'est
ce qu'avaient compris Nietzsche et aussi l'art religieux chrétien,
et particulièrement catholique, expression de la joie et non de la
soumission (on attend encore, pour comparer, la musique sacrée
mahométaniste…), art chrétien qui pendant des siècles a su
prendre des ivrognes illettrés, des brutes, bas du front pour la
plupart, pour en faire des musiciens, des luthiers, des tailleurs de
pierre, des choristes, et leur permettre de toucher, de créer le
sublime. Un
sublime affirmatif.
Dans
ce sens, la pensée sensualiste s’inscrit dans cette histoire :
c’est une pensée, une poésie, un art de la Joie.
Évidemment,
lié à des structures caractérielles infantiles, le christianisme,
ce platonisme à l’usage du peuple, ne pouvait admettre ni la
pleine jouissance ni la pleine extase qui la suit. C’est cet aspect
puéril mais adapté à des femmes réduites à des rôles de ventres
possédés par les hommes — et honteuses de leur sous-humanité, de
leur sexe etc. —, et à des hommes souffrant d’impuissance
orgastique et poétique, castrés, possédés et tyrannisés par
leurs fonctions et aussi par toutes les femmes de leur vie (mères,
sœurs, épouses, maîtresses etc.), c’est cet aspect puéril de
l’injouissance de l’homme religieux — qui est fondamentalement
non-mystique, jamais uni au monde, toujours pleurnichant,
tremblotant, gémissant, quémandant — que balaie l’amour
contemplatif — galant, le libertinage idyllique, cette troisième
forme du libertinage en Europe.
...
L' « homme machinal », fondamentalement, sa détresse
infantile fait de lui un homme grégaire et religieux.
L'homme
machinal a 10 000 ans : il n’en aura jamais 15 000.
L'homme
à venir sera mystique et sensualiste (contemplatif — galant) — ou ne sera pas.
L'homme
mystique est très supérieur à l'homme religieux. C'est un
jouisseur. Il jouit du Temps. Sans intermédiaire. Dans le silence et
la solitude. Et loin des foules On peut lire Bashō pour s'en
convaincre.
Dépasser
la guerre des sexes, c'est-à-dire le coït masturbatoire à visée
strictement reproductice, ou manipulatrice de gros connards — pour
ces dames —, ou revanchard, défouloir, vide-couilles et
vide-ordures etc. — pour ces messieurs —, pour arriver à la
jouissance du Temps de l'Homme mystique au travers du tsunami de
l'extase harmonique génitale, comprise comme manifestation à
proprement parler ravissante de l'accord des puissances et des
délicatesses masculines et féminines, réciproques et partagées,
est ce qui nous convenait et revenait d'accomplir ; en quelque sorte
: peindre, en autoportrait, le visage de l'Homme à venir : contemplatif — galant.
Que
veulent les autres du monde ?
Les
derniers hippies que je connaissais se sont transformés en
entrepreneurs de « rave parties » géantes, dont le
festival Burning Man est en quelque sorte le prototype : mais
l'individu gavé de psychotropes en tous genres, et en transe plus ou
moins tribale, n'est pas l'individu à venir, c’est l’individu
déjà là : c'est seulement le malheureux salarié ou aspirant
salarié, ou étudiant-pour-être-salarié qui se lâche le temps
d'un été, ou d'un séjour à Ibiza ou ailleurs. (Et certainement s'il aime
cela et qu'il en a la possibilité, il aurait tort de s'en
priver). On utilise ses frustrations pour le gaver de psychotropes —
qu'il recherche fébrilement — ; et l'argent, qualifié de sale,
que ce trafic produit, est réinvesti dans la création de nouvelles stations balnéaires
et de nouveaux clubs de transe qui permettront d'écouler toujours davantage
de kétamine, de pervitine, d'héroïne, de cocaïne etc.
On
peut penser que ces masses-là, et leur clergé mafieux, ne valent pas mieux que les masses de
bigots (lorsqu'elles sont pacifiques) qui, de l’Inde au Groenland,
se rassemblent en troupeau plus ou moins bêlant leur soumission —
elles aussi en transe. Et encore : stupéfiant pour stupéfiant,
je préfère Monteverdi ou Mozart à je ne sais quel D.J. à
platines.
La vérité c’est que c’est libre de tout psychotrope que l’homme jouit vraiment : de l’amour, de la sensation, de la beauté…
La vérité c’est que c’est libre de tout psychotrope que l’homme jouit vraiment : de l’amour, de la sensation, de la beauté…
L’ouverture psychédélique de la conscience par les drogues est une pure foutaise — je suis bien placé pour en parler… —, qui ne prend que sur des êtres profondément privés de sensations esthétiques intenses, qui vivent dans un environnement sensuellement aseptisé, et qui se croient riches parce qu’ils peuvent entendre et voir (mais pas ressentir physiquement et être immergés dans…) tout ce qu’ils veulent. Il y avait à Avignon un chœur de quarante choristes suédois ; il faut les avoir entendus pour comprendre pourquoi le dernier des Vénitiens dans n’importe quelle église de sa ville, il y a deux siècles, vivait, ressentait des émotions esthétiques dont la plupart des possesseurs de lecteurs mp3 et d’écran plat d’aujourd’hui n’ont aucune idée. Et pour comprendre, vraiment, la plaisanterie qui dit : Bach a beaucoup fait pour Dieu.
Un
casque de réalité virtuelle, et le mp3, voilà, après la transe
sous stupéfiants, l’autre rêve de l’injouissant contemporain.
Pour notre part, Héloïse et moi, nous
avons montré dans le Manifeste, et ailleurs aussi, ce que l’on
pouvait souhaiter pour l’Homme. Et personne ne l’avait formulé
ainsi avant nous. Ce pourquoi on pourrait se battre — aussi.
Car ce que d'autres encore veulent, c'est la guerre.
Un
grand quotidien s'est souvenu de cette notion de guerre civile que
j'évoquais, en passant, récemment dans un poème. Moi-même, je ne
l’ai évoquée dans mon Journal que parce que j'y rends compte,
sans aucune censure, de mes sensations : certains recherchent cette
forme de la guerre, pour des raisons diamétralement opposées mais
qui se recoupent. Pour l’avoir connue dans un ancien département
français, du temps de l'Empire, je ne crois pas que la connaître à
nouveau m'apporterait grand-chose sur le plan théorique ou
émotionnel. Mais je n'ignore pas les remous qui attendent le monde.
J'ai parlé de cela en 2002 dans un livre qui n'a pas été publié.
Joseph
Raguin, de la critique duquel j'avais pris prétexte pour écrire un
chapitre où il en est question, nous a quittés depuis longtemps
déjà. Avec une pensée pour ceux auxquels il est cher, je mets ce
texte en ligne qui t’éclairera peut-être un peu notre philosophie
à la longue vue...
Savoir pourquoi l'on devra se battre...
"Ce livre est destiné à des
lecteurs calmes, à des hommes qui ne sont pas encore entraînés
dans la hâte vertigineuse de notre époque précipitée et qui
n'éprouvent pas un plaisir idolâtre à se laisser écraser par ses
roues, -- donc a bien peu d'hommes ! Mais ces hommes ne peuvent pas
encore s'habituer à calculer la valeur de chaque chose par le temps
épargné ou par le temps perdu, ils ont "encore du temps";
il leur est encore permis, sans éprouver de remords, de choisir et
de rechercher les bonnes heures du jour et leurs moments féconds et
puissants pour méditer sur l'avenir de notre culture, ils sont en
droit de croire qu'ils ont passé leur journée de manière digne et
vraiment utile, dans la meditatio generis futuri.."
« Si
la génialité, suivant la remarque de Schopenhauer, consiste dans le
souvenir vivant et cohérent des expériences vécues, on pourrait
sans doute discerner dans la tendance à connaître en totalité les
résultats de l'évolution historique (tendance qui accentue de plus
en plus l'opposition entre les temps modernes et toutes les époques
antérieures, et qui a brisé pour la première fois les vieilles
cloisons entre nature et esprit, homme et animal, moral et physique)
une tendance globale de l'humanité à la génialité. L’histoire
pensée jusqu'au bout serait conscience cosmique de soi. »
"L'hymne
de l'avenir est paradisiaque"...
Apollinaire;
"Nuit d'avril 1915"
(au
son du canon… en quelque sorte… )
Dans La Voix du Nord, Joseph Raguin a donné, le 24 mai 2002, dans un
article titré sans hésitation : "Naissance d'un monde" —
ce qui est la preuve d'une grande compréhension du sens profond du
Manifeste
sensualiste
— un compte-rendu des thèmes et du projet exposés dans celui-ci,
en utilisant de longues citations parfaitement choisies et
significatives.
En
butte, vraisemblablement, comme d'autres qui comme lui auront voulu
défendre cet ouvrage, aux objections des uns et des autres — et je
l'ai dit, c'est un texte particulièrement difficile à défendre
dans cette époque, non seulement à cause des idées qu'il prône,
et que beaucoup de ceux qui l'ont critiqué n'ont évidemment pas pu
comprendre, mais aussi à cause de son style qui alterne les
affirmations péremptoires, les apophtegmes sans appel et les
caresses lyriques —, en butte, donc, on le sent, à ces critiques,
Joseph Raguin finit, pour me rendre justice de tous ces qualificatifs
négatifs qu'il a dû entendre m'être opposés, en écrivant que "la
plus belle théorie, le plus bel amour viennent d'être énoncés en
un manifeste bouleversant", ce qui est une émouvante façon de
faire taire les détracteurs ; la plus belle théorie, en effet, ne
peut être que celle qui veut
donner l'idée au monde du plus bel amour,
puisque ce sont cette sorte de théorie et ce genre d'amour (qui,
parce qu'ils s'adressent à des humains, leur disent
tout de même quelque chose… ) qui manquent à ce monde — et
qu’il recherche — dans lequel on trouve par ailleurs mille et une
recettes pour abuser des autres, dans l'amour et ailleurs, et, tout
autant, pour éliminer son voisin.
N'appartenant
à aucun milieu particulier, n'entretenant que très peu de rapports
avec le monde, n'ayant pour amis que des gens d'un genre
proche du mien, bref partageant peu de chose avec le public
d'aujourd'hui, il ne m'a pas paru nécessaire de devoir plaire à
quiconque. J'écris d'ailleurs dans un genre qui ne le commande pas ;
et ce n'est pas le mien non plus. Et puis un texte comme le Manifeste
s'adresse-t-il à ceux qui sont adultes aujourd'hui, ou est-il fait
pour d'autres, plus tard, leurs enfants, ou leurs descendants un peu
plus loin encore dans le temps ? Sera-t-il mieux compris et mieux
accepté par ceux qui parlent ma langue, ou par d'autres auxquels on
l'aura traduit?
En
fait ceux qui sentiront l'importance de ce Manifeste devront
toujours le traduire dans la langue de leur public, qui leur sera
familier, et devront en exposer les idées en excusant — auprès de
ces divers publics, dont, au travers du temps et des différentes
cultures, toujours les goûts varieront — ce qui en paraîtra comme
les excès, et qui eux aussi varieront en fonction des cultures, des
milieux et des époques. Ce qui plaira aux uns, déplaira aux autres,
et vice et versa. Voilà pourquoi dans le genre qui est le mien on ne
doit se préoccuper de personne.
Certains,
parmi les poètes, comme Khayyam, auront célébré le vin dans le
passage du temps, et d'autres, comme Baudelaire avec cette langue si
belle, auront tenté "d'extraire la beauté du mal" ; on
découvre finalement peu à peu ce que l'on est, et, bien sûr, on ne
peut, quoi qu'on fasse, être autre chose, de sorte que je pense que
ceux qui auront aimé l'amour aimeront parfois me lire, mais pas ceux
qui lui auront préféré les joies du vin, de la table, du pouvoir,
de la guerre, du désabusement, ou même les constructions plus
abstraites de l'esprit ; et chacun aura pour cela ses bonnes raisons.
De toute façon, je pense — je viens de l'affirmer — que l'on
doit écrire pour soi, inspiré, sans y penser, sans souci, dans la
beauté de ses jours — et ceci est aussi vrai de l'esprit dans
lequel on doit pratiquer tout autre art véritable — même si
aujourd'hui je crois, face à tous ceux dont je considère la bêtise
et le malheur si bruyants, qu'il ne faut pas hésiter à faire
résonner le tambour des idées, de toutes les façons, et en
utilisant tous les moyens et tous les circuits de résonance que l'on
peut avoir à sa disposition, y compris ceux traditionnels de l'art
et de la poésie.
Parmi
les épithètes négatives, et que rapporte Joseph Raguin, dont on
m'a semble-t-il qualifié, je reviendrai seulement sur deux qu'il
cite ; plagiaire est absurde pour me déterminer puisque, si l'on a
bien compris que j'effectuais le dépassement dialectique de la
critique du Spectacle de Debord — même de sa version actualisée
en 1988 du spectaculaire intégré (je renvoie au Manifeste
sensualiste ceux qui voudraient comprendre exactement comment et
pourquoi) —, il est non moins évident que ce dépassement
s'effectue sur la base de la compréhension et de l'acceptation de
beaucoup des thèses et des jeux situationnistes (et il en est
de même pour les thèses et les jeux surréalistes dont j'ai
fait aussi usage dans le Manifeste). Debord reprenant
Lautréamont et Kierkegaard, sur ce point, a parfaitement exposé la
théorie du plagiat nécessaire, que le progrès implique, et il a
parfaitement exposé la théorie du détournement dans les thèses
206, 207, 208, 209 de La société du spectacle, auxquelles je
n'ai rien à ajouter. Ceux qui ont cru reconnaître des "propos
empruntés", ici ou là, ne connaissent tout simplement pas le
jeu auquel nous jouons, et ce sont eux qui paraissent un peu trop
"empruntés" pour pouvoir juger de nos textes.
Lorsque
M. Raguin parle de mon ton suffisant il faut bien reconnaître qu’il
n’a pas tort et que c'est là le ton de la clique d'immodestes à
laquelle on pourrait me rattacher ; que l'on repense à Rimbaud, à
Lin-Tsi, que l'on repense à Cravan, que l'on repense à Nietzsche et
à son Ecce Homo, que l'on repense à Ikkyu ; et je pourrais
en citer tant d'autres : j'écris comme je peux me le permettre,
comme l'histoire de ma vie m'y autorise, et en suivant ma
pente, et puis mon caractère.
Sur
ce point, seule l'explication par le rattachement à cette étrange
clique — qui n’en est pas une — et à sa tradition — si
improbable chez ceux qui ne connaissent que celle de n’en respecter
aucune — pourra, pour ceux qui voudraient défendre mes textes et
mon ton, permettre d'en faire accepter le style, qui n'est pas
nouveau ; ce que l'on ne trouvera pas chez moi, sauf à ce que à ce
que je cesse d'être sensualiste, c'est le genre de Khayyam, le vrai
désabusement alcoolisé ; pour le reste, c'est toujours la même
école : d'une main les fleurs, de l'autre un bâton, une lanterne,
un trident même, et d'autres gracieusetés, et toujours, pour tous,
le diagnostic.
C'est
une nébuleuse comme une autre mais je n'avais pas prétendu non plus
venir plaire à quiconque ; et puis l'on sait que rien d'important ne
s'est communiqué en ménageant un public ; l'attitude habituelle de
ceux qui composent ce public contemporain est souvent, celle d'un
âpre réalisme pour ce qui touche à leur carrière ou à leurs
existences personnelles, avec dans le même temps une vision tout à
fait bornée de l'histoire où ils sont vite satisfaits de deux ou
trois illusions qui semblent plus destinées à les rassurer qu'à
autre chose. En vérité, pour considérer lucidement l'histoire il
vaut mieux ne rien avoir à défendre dans le présent, sinon, et
Gabel l'avait déjà noté, on est toujours tenté par les illusions.
Le
Manifeste qui envisage aussi le long cours du temps a pu, là
aussi, en surprendre certains, dans un moment où la profondeur de
champ de vision historique ne dépasse pas l'année (au mieux la
décade...) en cours : chacun défend sa boutique, une ou deux
spécificités de détail, et pour le reste que vogue la galère.
Mais
le Manifeste sensualiste, parce qu'il redéploie un certain
nombre d'idées sur le sens de la vie et du monde — en reprenant
les armes de la critique (avant que ne se fassent, plus clairement
encore, entendre la critique des armes) que ceux qui avaient voulu
défendre le "genre humain" au siècle dernier, d'abord,
dans leur jeunesse, n'avaient pas vues, et qu'ensuite, fatigués par
le passage du temps et de certaines de leurs illusions, ils n'avaient
plus eu l'envie de relever — doit être compris comme le symptôme
du retour de la raison, du sentiment et d'une certaine puissance de
ces forces dans l'Histoire, face à toutes les sortes de barbares et
d'idolâtres (des jouets mécaniques, comme des divers archaïsmes,
que j'ai déjà nommés), de sorte mon ton et mon style personnels
sont de ce point de vue d'un relatif intérêt. Ils ne s'adressent
vraiment qu'à ceux qui, avec eux, sont en pays de connaissance.
Dans
cette nébuleuse sensualiste, qui pourrait se dessiner, il est
probable que des individus se retrouvent à différents niveaux de la
société pour en partager les thèses essentielles et les projets à
plus ou moins long terme. Certains combineront cette reconnaissance
des thèses sensualistes avec leur vie professionnelle, leur vie
familiale — et leur ton sera sans doute plus normalisé — quand
d'autres, je l'ai dit, s'attacheront peut-être à en reprendre des
formes plus extérieures au monde, simplement par goût personnel,
et aussi parce qu'ils s'en seront donnés, ou en auront eu, les
moyens, et que dans le même temps la chance des rencontres leur aura
souri.
Les
Libertins-Idylliques revivifient le projet des libertins — éclairé
aux Lumières du XXe siècle — projet qui a beaucoup épuisé dans
le dernier quart du siècle écoulé ceux qui pensaient à cet
affranchissement de l'Homme, parce qu'ils avaient cru — pour avoir
négligé la psychologie de masse et individuelle de la soumission,
et pour avoir négligé d’intégrer cette composante dans leurs
calculs — qu’ils avaient la main dans ce siècle-là, et
qu'ils l'auraient plus encore dans celui-ci.
Pour
avoir négligé les avertissements que certains dans les années
trente avaient déjà adressés, on a pu voir dans les deux dernières
décennies du siècle écoulé, tous ceux-là plutôt déconfits, et
c'est cela que le texte de la page 18 du Manifeste traduisait : "Les
vieux ont trop de souvenirs pour avoir du courage", quant aux
jeunes parfaitement formés par la société
de l'injouissance intégrée,
ils voudraient avoir la paix ; la suite sur les "deux personnes
à Shanghai", dont je n'ai pas envie de tout expliquer, servait
aussi à parler de la Chine : si l'on pose, comme nous le faisons, le
projet sensualiste, tel que nous commençons à le redessiner, comme
héritier des mouvements historiques précédents — qui avaient
souhaité l'humanisation des hommes —, si l'on dépasse un peu
cette forme d'ouvriérisme populiste avec lequel le projet
de la révolution du monde et des mœurs
s'est beaucoup associé au XXe siècle, pour lui redonner le sens que
les penseurs du XVIIIe et du XIXe lui avaient donné, si l'on veut
bien comprendre les corrections essentielles que nous avons apportées
à tous ceux-là — et que nous apporterons encore — et
considérer, par exemple, seulement ce que sont aujourd'hui l'Inde ou
la Chine, ou d'autres que l'on devine, on peut comprendre que le
dépassement dialectique de leurs oppositions et de leurs archaïsmes
ne se fera pas en un jour, et donc, aussi, que, pour le moment, les
libertins — que ce soit au sens du XVIIe, au sens du XVIIIe, ou
même au sens du XXIe siècle que nous avons donné à ce mot (les
Libertins-Idylliques) — n'ont pas vraiment la main . Ce sont plutôt
ceux
qui comptent, qui prient ou
se prosternent
qui l'ont.
L'expression "dans le cours du millénaire qui s'ouvre", dans nos textes — avec tant d'autres choses — a vraisemblablement prêté à sourire, (ce doit être nerveux, là également) ; il est certain que les géologues qui nous expliquent que là où nous voyons une montagne, il y aura, dans un temps qu'ils chiffrent plus ou moins sûrement, des collines, et que là nous voyons une plaine, il y aura une mer ou l'inverse, ont l'avantage sur ceux qui veulent penser les mouvements des peuples et du monde, de pouvoir se baser sur ces rythmes géologiques si lents, mais finalement réguliers, et dont on a déjà pu mesurer les effets. La création de "l'idée" de maître et d'esclave, l'organisation patriarcale-esclavagiste-marchande, l'apparition des classes sociales, des villes, la création d'un équivalent général abstrait (l'argent), l'organisation des peuples et le mouvement de leurs oppositions-fusion, sont des choses qui ont commencé d'apparaître il y a à peu près 10.000 ans, et dont on n'avait jamais eu d'exemples dans les dizaines, ou les centaines, de milliers d'années précédentes de l'histoire de l'Homme, de sorte qu'il est plus difficile de prévoir quels seront exactement les rythmes de ce mouvement d'humanisation, pour nous qui l'envisageons, que pour les géologues de prédire l'avenir de la Beauce, par exemple, d'ici un million d'années.
Ceux
qui pensent que les replis, ou les offensives, communautaristes,
identitaires, religieuses du moment, que des quadragénaires ou des
quinquagénaires tout à fait usés et désemparés devant le
tourbillon historique, qui emporte tout, ont tendance à promouvoir,
soutenus en cela par des plus jeunes qui sont, ces derniers temps, si
portés à soutenir leurs pères (ce sera, bientôt, après chaque
canton contre l'autre, de nouveau la guerre des clochers — avant les
batailles de rues… ), ceux qui prônent le retour, de la “bonne
vieille tradition”, partout dans le monde, mais, tous et partout,
avec leurs téléphones portables coréens, leurs véhicules
tout-terrain surdimensionnés japonais, leurs postes de télévision taïwanais, leurs ordinateurs assemblés au Vietnam, leurs chaussures
en plastique — curieux mélange de sueur chinoise et de mauvais
goût américain mondialisé —, ou leurs fusils d’assaut et leurs
lance-roquettes «soviétiques», ceux qui parient sur ces replis ou
ces offensives des bonnes vieilles valeurs du passé, partout de par
le monde si parfaitement opposées, devraient plutôt eux-mêmes nous
dire combien de temps ils pensent que leur tentative de conserver ce
qu'ils ont connu — ou leurs arrière-grands-pères — dans leur
jeunesse (qu'ils rêvent) pourra résister au mouvement impétueux du
choc des peuples, des cultures, des civilisations, des religions,
enflammés par la fureur du Marché, l' « esprit du
Marché ».
Tout
cela ressemble plutôt à une partie de go : dans un coin quelques
positions s'organisent, et puis les mouvements qui se déploient dans
une autre partie de l'échiquier, finalement, tournent ces positions,
et tout est emporté. Qui puis-je ? Ils ont tous oublié le travail
du négatif dans l'Histoire.
Le
projet sensualiste apparaît également pour redonner des visions
claires de ce que l'on veut voir se développer pour l'Homme et cette
planète — il est bon de savoir pourquoi l'on devra se battre car
tout cela sent la guerre (économique, militaire, secrète,
d'influence, de propagande, d’idées, de mœurs… ) — dans les
tremblements de la Terre s'homogénéisant, pour le moment sous la
pression du dogme économiste réactivant, en les utilisant,
les anciens dogmes des autres religions qui l'avaient précédé
— et qui l'avaient d'ailleurs elles-mêmes depuis toujours
instrumentalisé —, dogme économiste qui avait été longtemps
incarné par la bourgeoisie, avant de s'autonomiser dans le Marché,
bourgeoisie dont Marx disait qu'elle était la classe la plus
révolutionnaire puisqu'en s'identifiant à la production
capitaliste, elle avait unifié l'espace qui n'est plus limité par
des sociétés extérieures ; dans La société du spectacle
cela continue ainsi : "Cette unification est en même temps un
processus extensif et intensif de banalisation. L'accumulation
des marchandises produites en série pour l'espace abstrait du
marché, de même qu'elle devait briser toutes les barrières
régionales et légales, et toutes les restrictions corporatives du
Moyen Âge qui maintenaient la qualité de la production
artisanale, devait aussi dissoudre l'autonomie et la qualité des
lieux. Cette puissance d'homogénéisation est la grosse artillerie
qui a fait tomber toutes les murailles de Chine".
Mais
elles n'étaient pas tombées en 1967, et ne sont toujours pas
tombées aujourd'hui ; beaucoup de ces murailles sont dans les têtes
et dans les esprits, et on tente d'en rebâtir.
À
ceux qui pensent vain que notre projet de redonner du sens — sur
la base de l'expérience de la poésie vécue et de l'exploration des
territoires encore vierges de l'humanisation de l'amour et du monde,
qui suivent elles-mêmes l'exploration et la compréhension de
l'enfer de l'Homme — de redonner du sens donc, pour quelques
générations et pour les luttes qui s'ouvrent devant l'idée de
l'émancipation de l'être humain — émancipation qui passe,
nécessairement, par la désaliénation des rapports entre les
hommes et les femmes —, et que nos propos sur le millénaire
qui s'ouvre, pourraient amuser, nous répondons sans peine que ce
sont plutôt leurs illusions de vouloir défendre des positions,
au-delà de quelques siècles, ou même seulement au-delà de
quelques décennies, qui prêtent à sourire. Ceux qui pensent à une
cohabitation durable (dans cette échelle de temps que je viens de
donner) des particularismes locaux, religieux, esthétiques, issus
des grandes civilisations esclavagistes-patriarcales et marchandes,
doivent nous dire eux-mêmes combien de temps ils envisagent que ces
oppositions peuvent subsister, intouchées, dans un monde aussi
profondément bouleversé par la fureur des hommes techniquement
équipés et celle du Marché ?
Non,
comme un collage le disait :
BEAUX
OISEAUX DE PARADIS
CHERCHEURS
D'OR
LA
BEAUTÉ EST
LA SEULE
FAÇON
— RÉALISTE —
D'IMAGINER
L'AVENIR
puisque,
évidemment, en dehors d'elle l'avenir n'existera pas.
Dostoïevsky
disait que la Beauté sauvera le monde. L'Homme en est capable. Les
sensualistes parient sur l'Homme et sur son goût, au fond, pour
l'humanité; ils lui découvrent une nouvelle carte dans son jeu,
très peu jouée. Ils éclairent les mouvements précédents de ce
jeu, l'état des forces en présence, proposent un but à cette
partie; mais, bien entendu, ils n'auront aucune possibilité de
savoir s'ils ont gagné ou non ce pari; et cela ne les dérange
aucunement. Ils entreprennent la psychopathologie des sociétés
civilisées. Ils témoignent — et ils signent par leurs œuvres —
de la magnificence possible de l'amour et du monde, ce qui est déjà,
dans une si triste époque, une bonne nouvelle.
Nous
avons refait tous les calculs : nos prédécesseurs s'étaient
trompés sur le tempo, mais le meilleur est à venir ; même si, on
le sait bien, le pire ne sera pas triste non plus.
Ainsi
que le note Joseph Raguin avec esprit : « Les "sensualistes"
souhaitent faire basculer le vieux monde pour laisser place à une
civilisation renversante ».
Comme souvent, c'est dans ce qui se tient à l'écart du monde (mais pas uniquement bien sûr...) et dans cet étrange laboratoire de la sensation, que s'élabore la poésie du futur ; dans le numéro huit de Internationale Situationniste Alexander Trocchi dans son texte intitulé : Technique du coup du monde — dont il ne faut prendre, à notre sens, et comme pour tout le reste, que le meilleur — écrivait ceci : « Nous avons déjà rejeté toute idée d'attaque à découvert. L'esprit ne peut pas affronter la force brutale dans une bataille ouverte. La question est plutôt de comprendre clairement et sans préjugés quelles sont les forces qui s'exercent dans le monde, et de l'interaction desquelles sortira le futur ; et alors, calmement, sans indignation, par une sorte de jiu-jitsu spirituel qui nous appartient en vertu de notre intelligence, de modifier, corriger, compromettre, dévier, corrompre, éroder, tourner ; d'être les inspirateurs de ce que nous pouvons appeler l'insurrection invisible. Elle arrivera pour la masse des hommes, si elle arrive, non comme une chose pour laquelle ils ont voté, ou pour laquelle ils ont officiellement combattu, mais comme un changement de saison : ils se retrouveront dedans, et poussés par la situation même à tout recréer consciemment à partir d'une telle situation, une histoire intérieure et extérieure enfin devenue la leur propre."
Pour
finir, je citerai un texte de mars 1990 (qui est aussi un
détournement, que l'on reconnaîtra) de ce que l'on pourrait appeler
ainsi notre période pré-sensualiste
; il faisait ceci :
« Voilà
donc, de toute façon, cette chape de plomb (qui lorsque les
situations s'y prêtent n'est plus qu'un nuage) de la résignation
aux racines profondes, à laquelle nous allons nous heurter ; ce
qu'il faut vibrer et faire vibrer, toujours, souvent. Avec la beauté,
l'émotion, le jeu, la sensualité, la tendresse, le génie,
l'amitié, parfois en secouant un bon coup, toujours comme de beaux
et bons vivants. Le pauvre sauvage moderne il en est encore à la
tentation d'Antoine. L'ébat du zèle écourté, les tics d'orgueil
puéril, l'affaiblissement et l'effroi. Mais il se mettra à ce
travail : toutes les possibilités harmoniques et architecturales
s'émouvront autour de son siège. Des êtres parfaits, imprévus,
s'offriront à ses expériences. Dans ses environs affluera
rêveusement la curiosité d'anciennes foules et de luxes oisifs. Sa
mémoire et ses sens ne seront que la nourriture de son impulsion
créatrice. Quant au monde, quand il sortira, que sera-t-il devenu ?
En tout cas, rien des apparences actuelles.
L'expérience
du beau côté de la vie, lorsqu'on la vit ensemble, elle dissout
d'elle-même ce « monde où des fantômes gouvernent des
morts ».
C'est
ce que l'on verra.
R.C. Vaudey
Septembre 2002
In SENSUALISME PRINCEPS
Critique de Joseph Raguin
Naissance
d'un monde.
… La
liberté ? l'amour ? La poésie ? La délicatesse ? L'illumination ?
La grandeur ? Obligatoires désormais. Car la situation n'est pas
brillante. La voici : « Les
vieux ont trop de souvenirs pour avoir du courage, quant aux jeunes
ils s'en fichent, ils cherchent à avoir la paix, les plus ambitieux
veulent faire de l'argent, voilà tout ».
Que
proposent les « sensualistes
»
? : Élaborer « les
jeux délicats, raffinés, puissants, extasiés de l'humanité
accomplie, post-analytique , post-économiste ».
Ligne de fond du programme : « la nécessaire
désaliénation des rapports entre les hommes et femmes ».
L'être humain mérite-t-il misère et peine ?
Une
ambition pour lui : « devenir
toujours plus profond, plus sensible, plus humain, plus vrai, plus
beau, plus puissant, plus abandonné, plus extasié, plus sage, plus
complet, plus aimant ».
Les « sensualistes
»
veulent faire basculer le vieux monde pour laisser place à une
civilisation renversante.
Comment
? Il s'agit tout simplement, et là, sur-le-champ, d'être vraiment
vivant. Facile ? Barbant ? Plat ? Déjà vu ? Prêcheur ? Déjà lu ?
Non. Pourquoi ? Il suffit de vraiment lire Vaudey. Page 19 : « Mais
il faut dire pourquoi ceux qui sont si désabusés le sont et
pourquoi les autres ne recherchent pas l'esprit ».
Futile
? Vaniteux ? Pas dans le coup ? Plagiaire ? Vain ? Prétentieux ?
Sans vigueur ? A oublier ?
Non.
« La
plus belle théorie, le plus bel amour »
viennent d'être énoncés en un manifeste bouleversant.
Joseph
Raguin.
La
Voix du Nord
.
.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire