JEUNESSE
C'est un grand sentiment de jeunesse
Dans
le corps
Un
bras qui s'élève dans le ciel
Bleu
très beau
Et
replonge dans l'eau
Que
l'on aperçoit
— L'un
et l'autre —
Le
temps d'un mouvement de crawl
Un
chat en haut d'un totem
Qui
vous interpelle
Lorsque
vous passez près de lui
Que
vous caressez longuement
Dans
la langueur d'une fin d'après-midi
D'été
C'est
le jaillissement brillant
Inaccoutumé
Des
hortensias
Un
pull de coton
Bleu
d'eau
Très
beau
Sur
votre peau hâlée
Avec
le soleil
C'est un grand sentiment de jeunesse
Le
souvenir ému
Des
ondulations divines
Dans
votre corps
…
…
…
…
…
…
…
— Celle
qui nous rend entiers —
C'est
le miraculeux ondoiement du corps
Les
yeux fermés
La
tête renversée
L'être
vaporisé tout entier
Quand
…
…
Que
tu adores
…
…
…
…
…
…
…
…
C'est un grand sentiment de jeunesse
Qui
me caresse le cœur et le corps
Encore
La
nuit qui suit le jour
Qui
lui-même suit le jour
Où
nous nous aimâmes si fort
Juillet
2014
Lire
le texte intégral dans Journal
d'un Libertin-Idyllique
(Illuminescences) 2014.
À
paraître.
.
HÉROS
Sur
la grande partition du monde, seule la clef de l'amour permet de jouir
l'extase harmonique…
Je
ne trouve pas mauvais d'être un late bloomer puisque,
finalement, il est plus logique de donner les réponses aux questions
qui nous ont préoccupé après expérience plutôt qu'avant
expérience : les théories élaborées dans la jeunesse sont des
théories auxquelles il manque les sens et la vie.
Ce
qui me distingue de la plupart de mes contemporains, ceux de mon âge,
du moins du petit nombre d'entre eux qui s'est posé sincèrement les
mêmes questions, c'est que là où ils ont cru voir une libération
j'ai tout de suite perçu — à 20 ans, intuitivement mais aussi
grâce à l'avis éclairé de quelques-uns dont j'avais lu les livres
— la manifestation d'un problème ou plutôt d'une souffrance que —
parce que je m'étais dégagé volontairement de toute carrière et
de toute vie sociale où j'aurais eu d'autres projets à mener à
bien ou d'autres intérêts à préserver — j'ai voulu, réellement,
explorer et tenter de résoudre.
Eux
ont continué — malgré les héros que nous admirions – celui qui
avait dit « connais-toi toi-même », celui qui s'était fait « voyant
par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens »,
entre autres… — notre petit train-train à l'Université ; puis
ils sont entrés dans la carrière de fonctionnaire qui nous guettait
; ou bien ils se sont enfoncés et perdus dans la drogue, l'errance.
Au
mieux, ils ont fait une psychanalyse, lacanienne le plus souvent,
perdant leur temps et leur argent, et où il n'est pas très
difficile de voir, maintenant, avec le recul du temps, qu'ils
recherchaient bien plus à faire partie d'un clan, et éventuellement
à bénéficier de ses prébendes, qu'à trouver des réponses à des
comportements étranges, — que cette époque s'attachait justement
à rendre pour ainsi dire évidents, – comme s'il y avait quoi que
ce soit d'évident chez l'injouissant.
Contrairement à mes jeunes
camarades, je n'ai pas pris mes désirs pour la réalité mais j'ai
vu la malheureuse réalité qui était à l'origine de mes désirs.
Par
exemple, lorsque j'étais adolescent il était encore assez osé —
certains petits malins prétendaient même que c'était
révolutionnaire et que celles qui s'y refusaient étaient des
petites-bourgeoises coincées — d'éjaculer dans la bouche ou sur
le visage des filles. Dans le cours de ce travail d'analyse
primalo-reichienne dont j'ai parlé — qui est une forme d'analyse
qui permet, au cours des années, une régression cathartique et une
exploration des strates pré-verbales de la mémoire refoulée —
j'ai finalement retrouvé, revécu — et j'ai appris plus tard que
d'autres l'avaient déjà décrit — que pour le nourrisson la mère
archaïque est comme
un
Être,
vague, indistinct, et — parce que le nourrisson est une créature
neuve et sans aucune expérience du monde — un
Être dont
il ne sait ce qu'il faut en attendre mais
qui est tout-puissant,
et en cela prototypique de ce que le névrosé cuirassé, plus tard,
tout à fait coupé de cette mémoire archaïque, se représentera
sous la forme d'une toute-puissance divine extérieure et supérieure
à lui, — ou du destin ; j'ai ressenti, en étant cataclysmiquement
de nouveau le nourrisson que j'avais été, comment cette mère
archaïque s'apparente à ce qui est, pour l'adulte, la Mort, ou
encore la Fatalité, cette chose qui peut toujours frapper sans
prévenir, et j'ai compris que ceux qui avaient eu le plus à
souffrir de l'inconstance ou de la folie de cette mère-archaïque —
qui pouvait être une mère, une nourrice ou n'importe qui d'autre
d'ailleurs… — étaient aussi ceux qui étaient les plus
tourmentés par cette idée de la mort.
J'ai compris, avec le
temps, que je n'avais sans doute pas eu beaucoup à souffrir de cette
mère-primale, puisque cette idée de la mort m'a toujours été
étrangère, — et je mentirais en disant qu'elle m'a jamais
tourmenté.
J'ai
compris aussi, ou plutôt j'ai senti de nouveau, comment ce Being
Beauteous,
cet Être de
Beauté et
de puissance pouvait donner soit l'extase soit l'effroi. Bien sûr,
j'ai ressenti, également et contradictoirement, la toute-puissance
du nourrisson qui s'approprie et se fond, sans aucun doute, avec le
monde — qui pour lui n'est
que cet Être de Beauté.
J'ai revécu la rage destructrice, d'abord, autodestructrice,
ensuite, qui s'empare de lui lorsque cet Être,
qui est lui-même dans le même mouvement, se refuse à lui : en le
privant de son corps, de ses caresses et de ses seins.
En
remontant un peu dans le temps de mes propres souvenirs, vers le
présent, j'ai revécu comment plus tard l'enfant mâle identifie son
sexe au sein tout-puissant, qui dispense l'extase ou affame et fait
souffrir, et j'ai compris comment, lorsqu'il éjacule ou se fantasme
éjaculant sur une femme, l'homme prend inconsciemment sa revanche
sur cet Être
tout-puissant, cet Être
de Beauté et
de Mort, dont il a souffert les pires tourments, — et auquel il
doit ses plus divines extases. Comment il devient cette mère
archaïque mauvaise et comment son sexe devient ce sein violenteur,
qui le venge et dont il se venge ; — Et j'ai vu sous les filles
avides de ma semence, les nouveaux-nés affamés d'amour qu'elles
avaient été.
Ça calme.
J'ai
compris enfin pourquoi le bel amour inspire une telle terreur, au fond, et
pourquoi les hommes et les femmes préfèrent, de beaucoup, être des
noceurs revenus de tout, — bien qu'ils ne soient jamais allés
nulle part.
J'ai
revécu aussi comment, précédemment, l'enfançon essaie de parler,
par amour, par joie, par extase de joie et d'amour à cet Être
dont
il commence à se différencier mais dont il ressent intimement et
intuitivement les vagues émotionnelles qui le parcourent, — ou
plutôt qui la parcourt, puisqu'il s'agit de sa mère. Le plus
souvent.
À
force d'avancer dans ce chemin, j'ai vu où se trouvait la critique
de la séparation dont nous parlions tant, et comment la chance de la
liberté de la maturité consistait non pas à revivre indéfiniment
les mêmes scénarios (de l'oralité, de l'analité, de la
corporéité…) prototypiques, archaïques et malheureux,
destructeurs et autodestructeurs, mais à découvrir — sur la base,
d'une part, de la libération d'une partie de cette souffrance
primale et, d'autre part et en même temps, de cette expérience
archaïque de ces extases de joie, de ces extases d'amour et
d'intuition et de compréhension émotionnelle symbiotique de l'autre
— de découvrir donc, cette forme de la jouissance, inconnue de
toutes les phases de l'enfance, qu'est la jouissance génitale
partagée, cette jouissance qui subsume les extases fusionnelles
archaïques, orales le plus souvent, et plutôt passives, du
nourrisson, dans celles, apothéotiques, de la puissance ardente et
de l'abandon génital au tout-puissant clonus orgastique, de l'homme
accompli.
Si
je considère les choses pratiquement, à vingt-cinq ans, plutôt que de souffrir à nouveau
de mes terreurs et de mes rages archaïques, pour dissoudre et
dépasser mes phantasmes prégénitaux, j'aurais mieux fait de faire
comme beaucoup de jeunes révoltés « libertaires » dans mon
genre, et de me lancer, sous le couvert de la
Libération de l'Humanité,
dans la pornographie — ordurière, littéraire ou artistique —
qui est l'exploitation et l'intensification marchandes de ces
terreurs et de ces rages archaïques, dans la mesure où l'époque
qui s'ouvrait alors s'est révélée être une époque où il valait
et où il vaut mieux exploiter financièrement — de façon
ordurière, littéraire ou artistique — les phantasmes que les
comprendre pour en avoir revécu, de tout son corps et de toute son
âme, la généalogie : pour des raisons qu'il serait un peu long
d'expliciter maintenant, c'était plutôt le temps des maquereaux et
des morues pragmatiques qui s'ouvrait que celui des analystes
poétiques.
Dans
le même temps — comme me le disait à l'époque un ami, dans son
désespoir qui flirtait avec l'héroïne – ce que grâce à lui je
n'ai jamais fait —, à quoi, en fin de compte, pouvait bien servir
tout cela puisque de toute façon tous ceux qui nous entouraient —
et nous-mêmes, probablement — étaient voués à des existences
asservies à des intérêts économiques, politiques, militaires ou
religieux pour lesquels ils ne représentaient rien, pas même la
poussière du sol sur lequel on marche…
D'où l'on concluait qu'il
fallait, dans le même mouvement, échapper à l'asservissement et à
ceux — la multitude — qui le subissent.
Malgré
les héros que nous admirions — celui qui avait dit « connais-toi
toi-même », celui qui s'était fait « voyant par un long, immense
et raisonné dérèglement de tous les sens », entre autres… —
les autres n'ont rien trouvé parce que, je l'ai déjà écrit, ils
ont tout simplement trop aimé le reste… Et qu'ils n'ont pas eu de
chance, — dans tous les cas.
Finalement,
on devient un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui
nous ont précédé ; un musicien même qui trouve quelque chose comme
la clef de l'amour, parce qu'on l'a bien cherchée.
Ce n'est pas tout à fait
par hasard que l'on est une nécessité...
Et aussi parce que l'on n'a pas voulu faire moins que les héros
que l'on admirait — qui nous avaient précédé…
Le
18 juillet 2014.
R.C.
Vaudey.
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