Merci,
tout d'abord, pour votre très beau compliment.
J'ai
hésité à mettre en ligne ce poème mais votre réaction me laisse
penser que j'ai bien fait de le faire…
Pour
les commentaires, il n'y a pas d'autres moyens que cette adresse
e-mail pour que vous puissiez me communiquer vos impressions : ne
soyez pas désolée de ne pas pouvoir envoyer un mot autrement, c'est
tout simplement impossible !
Il
faudrait que nous ouvrions les commentaires à tout le monde, et nous
ne le souhaitons pas… pour des raisons que vous comprendrez
facilement…
Pour
les mêmes raisons, d'ailleurs, qui font que j'ai hésité à mettre
ce poème en ligne, comme j'hésite maintenant à en mettre d'autres,
qui sont tous de la même veine : comme je l'ai écrit dans l'«
Avertissement » — que vous avez peut-être lu puisqu'on le
trouve sur Internet — qui préface en quelque sorte le Journal
d'un Libertin-Idyllique, tous ces poèmes sont en fait des «
phrases de réveil de sommeil d'amour », pour le dire d'une
expression que j'ai formée en combinant l'expression célèbre
d'André Breton, qui parlait de « phrases de réveil » — ces
phrases qui apparaissent, parfois, lorsque notre esprit émerge du
sommeil, et que la « raison raisonnante » ne contrôle pas, ce qui
importait beaucoup à Breton, qui voyait en elles l'incitation et
l'inspiration à écrire un poème, dont elles donnaient le début —
et cette expression : « le sommeil d'amour » tirée du poème de
Rimbaud, Bonne pensée du matin (1872) :
«
À quatre heures du matin, l'été,
Le
sommeil d'amour dure encore.
Sous
les bosquets, l'aube évapore
L'odeur
du soir fêté. »
Tous
ces poèmes, donc, que j'écris, ne procèdent pas d'une inspiration
multiforme, [...], mais sont, tous, ou presque, des « phrases de
réveil de sommeil d'amour » qui me viennent dans cet état
poétique particulier que donnent, dans les heures et les quelques
jours qui les suivent, ces formes particulières de l'amour et de la
jouissance amoureuse dont je fais l'éloge parce que je ne peux pas
faire autrement et parce que je les trouve les plus belles du monde —
et qui n'intéressent personne, dans une époque qui est plutôt
occupée à redécouvrir l'orgiastique, l'orgie donc, ou les caprices
infantiles sexuels et la consommation de multiples « partenaires »
pour les satisfaire, qui sont précisément ce avec quoi les gens de
ma génération et de mon genre ont commencé leur vie sentimentale —
en 72, également, mais pas du même siècle que Rimbaud… —, et
qui sont justement ce à quoi il m'a fallu échapper pour trouver
enfin « l'intimité » et « la pulsation des cœurs dans l'amour
accordé… ».
J'ai
rencontré cette forme accomplie de l’amour, il y a 20 ans, en
rencontrant Héloïse, et depuis il ne nous a pas quitté. Ni
l'inspiration qu'il donne. Le poème daté du 15 décembre 1992 : «
Sur la plage du ciel l'âme étoilée… » et la toile Woman
— que l'on trouve tous les deux sur le site, à la date du 18 avril
2012 — sont parmi les tous premiers poèmes et les toutes premières
toiles qu'Héloïse et son amour m'ont inspirés.
Mais
je me souviens tout à fait de ce que l'on peut penser lorsque l'on
est sous l'influence de l'alcool et, également, d'à peu près
toutes les sortes de drogues que l'on peut imaginer, ou dans un lit
avec des filles charmantes, même si elles sont parfois un peu
perturbées, et je sais, en conséquence, ce que pourrait inspirer ma
poésie à des gens qui sont dans ces mêmes situations, aujourd'hui,
et qui découvriraient ainsi, sur Internet, les formes poétiques que
produit ce que j'ai appelé le libertinage idyllique, qui est
ce que l'on découvre par-delà les plaisirs infantiles de la
transgression et de la régression que, vous l'avez bien compris,
je ne condamne pas, et certainement pas pour des raisons morales,
mais dont je pense seulement qu'ils manifestent une forme
d'immaturité, et donc d'indélicatesse — une forme de défouloir,
aussi, aux souffrances du passé, du présent, et de celles que l'on
craint de l'avenir — qui mérite d'être dépassée : c'est pour
cette raison, entre autres — pour que de jeunes ou de vieux
attardés ne viennent pas s'y défouler —, que les commentaires
sont fermés sur notre site. Je connais, heureusement et
malheureusement, « un peu beaucoup » le monde.
J'hésite
maintenant aussi à publier ces poèmes parce qu'ils sont le reflet
de la plus « intime intimité » — tellement qu'Héloïse,
qui est une femme tout à la fois lyrique et d'une grande pudeur,
évite de les lire… Avoir des lecteurs lorsque l'on publie est une
chose : on ne les connaît pas. Ils vous écrivent éventuellement
par le biais de votre éditeur, mais c'est tout.
Sur
Internet, on finit par se parler, dans les commentaires, et, du coup, je ressens une gêne à publier certains textes parce que j'ai
l'impression d'en connaître un peu les lecteurs éventuels.
[...]
Ces
poèmes, vous l'avez compris, sont en fait, pour la plupart, des
lettres d'amour : on a moins de mal à les rendre publiques lorsque
l'on ne voit pas le public. Pourtant, nous avions décidé, dès le
début, de le faire, et qu’il nous fallait écrire, ou peindre, ce
Traité de savoir-jouir à l’usage des jeunes générations,
comme je l’ai intitulé, en détournant le titre célèbre d’un
livre fameux d’un situationniste.
Vous
me dites de façon très belle : « Si tous les maux de ce monde
sont, à ce qu´il se voit, contagieux, il me reste à espérer que
la beauté de votre poème l'est aussi », et c'est, étrangement,
ce qui nous a décidés avec Héloïse — en riant, comme des amants
heureux — à « fonder », le 15 décembre 1992, justement, « sur
les rivages de l'océan Indien », où nous avons passé six mois
cette année-là, l'Avant-garde sensualiste — et peu de gens
perçoivent l'humour un peu sans espoir qui se dissimule sous ce
titre ronflant — : nous voulions intervenir, avec nos façons
poétiques, dans l'évolution des relations entre les hommes et les
femmes… En espérant que nos découvertes émerveillées et
poétiques seraient, comme vous le dites si joliment, contagieuses
— au moins pour les jeunes générations… Héloïse avait
vingt-deux ans…
Pendant
10 ans, nos activités sont restées très belles mais très secrètes
; en 2001, j'ai envoyé, par la Poste — comme dans les légendes —,
le manuscrit du Manifeste à Gallimard, et plus précisément
à Philippe Sollers qui venait de publier un livre sur Casanova et un
film sur Guy Debord — deux écrivains, deux poètes à leur façon,
qui, d'une façon ou d'une autre, ont influencé, dans ma jeunesse,
ma poésie et ma théorie — : c'était la première fois que l’idée
me prenait d’envoyer un manuscrit quelque part — ayant surtout
publié, par moi-même, des plaquettes philosophico-poétiques dans
la bohème artistique parisienne des années 80 — et Sollers, qui
habituellement ne répond pas avant des mois, et toujours, ou
presque, par la négative, m'a répondu deux semaines plus tard qu'il
serait heureux de me publier dans sa collection. Ce qui était fait
trois mois plus tard.
Lorsque
l'on sait l'attachement de Sollers pour Sade — il a travaillé pour
que l'œuvre complète du marquis de Sade soit publiée, par Antoine
Gallimard, dans la prestigieuse collection de la Pléiade — on peut
comprendre que, quoi que l'on pense de ses positions politiques (il
était maoïste, il y a 40 ans, c'est aujourd'hui un « socialiste »,
catholique romain, papiste, fidèle de Benoît XVI), ou de son rôle
dans le monde de l'édition, je suis assez content, en tant
qu'Antésade, comme je me suis nommé moi-même — en
inventant pour le coup le nom d'après l'Antéchrist de
Nietzsche, et avec la modestie qui me caractérise — d'avoir été
publié par lui. Précisément.
Je
le crois un « grand écrivain », malgré tout ce qu'on peut dire de
lui, et un grand connaisseur de la littérature, même s'il est, et a
été — dans la lignée du marquis de Sade, de Georges Bataille
dont il fut un proche, et, aujourd'hui, d'une Catherine Millet, dont
il est un ami intime depuis 40 ans, ou d'une Angot, qu'il soutient —
le fer de lance, en quelque sorte, de cette littérature de la
transgression et de la régression dont je pense qu'elle a fait son
temps avec les mœurs qui la portent et qui — ces mœurs et cette
littérature — doivent être dépassés dans une nouvelle rencontre
amoureuse — qui se situe au-delà, et non en deçà, de
cette régression et de cette transgression — et qui soit
égalitaire, sentimentale, abandonnée, entre des hommes et des
femmes enfin parvenus à maturité.
Mais,
parmi tous les maux du monde que nous évoquions, et qui ne
favorisent en rien ce « nouvel amour », pour le dire
comme Rimbaud, je vois bien le sort qui est réservé maintenant aux
femmes.
Quoi que
l'on pense des années 70 et de sa jeunesse, j'ai connu alors des
femmes très libres et très fortes. J'ai vécu, plus tard, au milieu
des années 80, entre Paris et ma campagne. J'habitais Montmartre. En
descendant la rue Lepic, je retrouvais la place Blanche et le café
où se réunissaient André Breton et les surréalistes. Mais j'étais
aussi dans ce « quartier chaud » de Paris, à quelques centaines de
mètres de la place Pigalle — ; et, aujourd'hui, je vois bien
que certains voudraient bien habiller les petites filles pré-pubères
comme s'habillaient les dames que l'on y croisait alors, que l'on
appelle des putains, et avec lesquelles je me flatte, bien que je les
respecte, de n'avoir jamais eu, de ma vie tout entière, aucun
commerce. Je suis parti à 18 ans avec l'idée, héritée de Breton,
que ce serait « l'amour et le merveilleux », sinon rien : je m'y
suis tenu. Et même dans mes dérives sensuelles, je n'ai jamais été
entouré que par des jeunes femmes que j'aimais… Et, finalement,
j'ai bien fait de m'y tenir puisque cela fait 20 ans que je suis
ancré, en tête-à-tête avec Héloïse, dans l’amour et dans le
merveilleux.
Notre poésie n'a pas
été contagieuse. Il suffit de considérer le rôle qui est
dévolu aujourd’hui aux femmes européennes — concurrencées par
de pauvres filles que l'on fait venir des pays de l'Est, d'Afrique,
d'Asie — que la pornographie humilie, viole, traite comme des bêtes
(il y a quelques années, est paru un livre intitulé Enquête sur
la pornographie de la démolition, je crois, écrit par un ancien
partisan et défenseur du genre, dans les années 70 justement,
effrayé par ce qu'était devenue ce qu'il avait tout d'abord cru
être une libération).
Bref, la guerre des sexes n'a jamais autant fait rage.
En
2002, au moment même où sortait le Manifeste sensualiste,
sortait un « manifesto », d'une très jeune
réalisatrice de films pornographiques, probablement spécialisée
dans le sadomasochisme : tous les vieux grigous du journalisme
parisianniste se sont jetés sur le gâteau, espérant sans doute
finir par des travaux pratiques avec l'auteur — après l'interview.
C'est
l'époque, et encore une fois ni moi ni Héloïse n'accepterions
d'avoir à faire les singes « sensualistes » au milieu du
microcosme parisien qui est, comme on le sait, composé de bonobos
orgiastiques… et en rut… (l’image vous fera rire…)
Ce
que je dis pour la poésie, la littérature et la philosophie, est
tout à fait valable pour l'art contemporain, qui est tenu par les
mêmes, où l'on retrouve Catherine Millet ou un milliardaire de
l'Internet, et sa Demeure du chaos, un autre spécialiste et
sectateur, je crois, de l'orgie — sadomasochiste,
vraisemblablement.
Donc,
comme nous ne voulons pas faire rire les singes en question, ni avec
notre art, ni avec notre poésie, ni avec notre philosophie, nous
restons à vivre ce que nous avons à vivre, bien isolés du monde.
Ce qui nous convient parfaitement.
Ce
qui nous convient moins, c'est que les mécènes et les « phynances
» aillent toujours à la même clique… et que cela ne soit pas la
nôtre.
Comme
vous l'avez lu sur notre site, j'imagine, je suis mort en juillet
2010, et il m'a fallu quelques mois pour ressusciter. Avec, pour
toute séquelle, cette expérience du toujours possible arrêt brutal
de la lumière — pour ainsi dire. C'est ce qui a motivé, pour moi,
je crois, en partie, la création du site : pour être contagieux,
encore faut-il que vos écrits ou que vos œuvres — les miennes ou
celles d'Héloïse — soient à la disposition du public. Vous savez
tout maintenant : pourquoi notre site est un site de présentation,
et même pourquoi les commentaires sont fermés.
Comme
vous ne pouvez pas vous en rendre compte, sauf à la longueur de
cette lettre, j'ai retrouvé, aujourd'hui, mon « secrétaire
particulier » : un logiciel de dictée, en fait, qui transcrit dans
Word — tandis que je parle dans mon oreillette, bien
tranquillement, sous mon tilleul — tout ce que je lui dicte : le
genre de facilité avec laquelle une lettre se transforme aisément
en roman. Vous lui pardonnerez ses éventuelles fautes d'orthographe,
parce que j'avoue avoir du mal, même à la relecture, à les
détecter : mon esprit corrige et je ne vois rien, tandis que lorsque
j'écris — de façon illisible, même pour moi — à la main, ou,
très lentement, au clavier, eh bien, je suis meilleur que ce «
secrétaire particulier ».
Lorsque
j'avais 20 ans, nous rêvions de ce genre de « machines idylliques
», ainsi que nous les appelions : j'avoue que j'y ai pris goût, et
que j'ai écrit beaucoup de poèmes, comme cela, dans une sorte
d'état second, tout en parlant, les yeux fermés dans la douceur du
temps qui suit l'amour.
Vous
le voyez, votre mot m'a donné beaucoup de plaisir, et m'a beaucoup
inspiré.
Vous
m'excuserez d'avoir abusé de votre temps : vous picorerez cette
lettre au gré de vos humeurs.
[...]
R.C. Vaudey
2012
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