dimanche 2 février 2014

L’amour contemplatif — galant et la plus abominable des perversions modernes








R.C. Vaudey. Poésies III

Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 





Il y a des gens qui n’auraient jamais connu l’amour contemplatif — galant s’ils n’en avaient jamais entendu parler. Les poètes donnent la carte et l’assurance ; le permis de conduire, et le permis de construire, aussi.

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Une des choses qui fait que l’on trouve si peu de gens qui paraissent heureux dans l’amour, c’est qu’il n’y a presque personne qui ne pense à ce qu’il veut plutôt qu’à s’abandonner puissamment mais indolemment à ce qu’il devrait lui inspirer. Les plus habiles et les plus complaisantes se contentent de montrer seulement leur maîtrise technique ou leurs bizarreries — quand on n’est pas au cirque —, au même temps que l’on voit dans leurs yeux et dans leurs mouvements une ignorance absolue pour ce dont je parle, et une précipitation pour retourner à ce qu’ils, ou elles, savent seulement faire; au lieu de considérer que c’est un mauvais moyen de s’enfermer dans son particulier ou de vouloir l’imposer, que de chercher si fort à se fuir ainsi soi-même, et que bien écouter le rythme de la volupté et bien s’en laisser enlever est une des plus grandes perfections qu’on puisse avoir dans l’amour —.pour les femmes, et, plus encore si possible, pour les hommes.

 
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Comme c’est le caractère du bel amour d’atteindre en une fois la plus intense des jouissances celle qui vous laisse dans la contemplation galante, les petites affaires au contraire ont le don de « beaucoup parler, et de ne rien dire. »

 

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C’est plutôt par ses propres émois que par son mérite que l’amant fait naître les plus belles transes amoureuses de son amante ; et c’est lorsqu’il ne recherche plus les louanges qu’il lui en donne — tandis que lui-même s’y abandonne.

 
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On n’aime point à jouir vraiment, quand la vie nous a cuirassé — la jouissance nous terrorise, et on fait tout pour éviter le chemin qui y mène, qui est celui où se trouvent nos terreurs et nos peines – notre cœur, brisé —, et on ne jouit jamais — sauf heureux caractère — sans s’y être de nouveau confronté. La jouissance harmonique est une apothéose de force, de joie et de liberté, puissante et délicate, qui satisfait dans un même mouvement, et comme son nom l’indique, indifféremment celui qui la donne, et celle qui la reçoit — et réciproquement. Elle est comme une récompense pour nos laisser-aller sentimentaux, gracieux et découplés, que la vie nous donne pour nous faire goûter la grandeur et la beauté de l’amour et du merveilleux.

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Madame de C. disait : « Le Moraliste contemplatif galant, l'Antéphilosophe, qui détruit des systèmes en Physique et en Métaphysique, n'a pas encore assez détourné les Maximes — qui ne sont pas toutes bonnes. Je pense à ce que Tacite disait pour les femmes : Neque mulier, amissa pudicitia, alia abnerit — que l’on pourrait généraliser aux hommes, après l’exemple de tant que des penchants malheureux ont empêchés de connaître l'amour contemplatif — galant dans leur jeunesse, et dont on a pu voir jusqu’où cela les avait menés, ensuite. Cependant, j’ai vu ce même Monsieur R.C. V., après une jeunesse certes un peu différente de celle de beaucoup, avoir, dès la fleur de son âge, une passion très idyllique pour la belle Héloïse ».
« Mais cet exemple est d’une morale dangereuse à établir dans les livres. Il faut seulement l'observer et n'être pas dupe de la charlatanerie des moralisateurs, et de leurs contraires, qui dénigrent cet auteur. », ajoutait-elle.


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À propos du même — dont des moralisateurs et des transgressifs, d’un même allant, critiquaient, devant elle, les écrits — Mme de C. répondit : « On ne peut pas lui en vouloir, pas plus qu’on ne peut en vouloir à un maître queux d'écrire sur la délicatesse de son art, au prétexte que la plupart des gens cuisinent comme ils peuvent, ce qu'ils peuvent, avec ce qu'ils ont sous la main ; et qu'ils sont déjà bien contents de manger, sur le pouce, la tambouille qu'ils se sont improviséedans un monde qui, littéralement, meurt de faim ».


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« La plus abominable des perversions modernes est la honte de paraître ingénus si nous ne flirtons pas avec le mal. » a écrit, le plus justement du monde, Nicolás Gómez Dávila. « On peut certainement en reprocher d'autres à ce Monsieur R.C. V., mais il est certain qu'il n'a pas celle-là. » ajoutait encore Madame de C.






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