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Mona Lisa Ballerina
Monogrammée Bô
Acrylique sur toile
280 x 154 cm
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Les
générations précédentes ont fait beaucoup pour faire accepter tout le
particulier et le très personnel dans la sexualité, et cela dans et à partir
d'un monde encore particulièrement borné et réactionnaire.
Aujourd’hui
la domination est sans bornes ; et,
en jouant sur les mots, c’est en cela
même qu’elle l’est.
Une
autre génération, à partir de cette liberté acquise, découvre que, le plus
souvent, ce qui peut enfin s'exprimer librement a pour base la misère, de vieux
désastres familiaux, affectifs, sentimentaux, sensitifs, plus ou moins
cataclysmiques, refoulés ; le tout étant circulairement le produit et le
reproducteur d’un ordre social basé, depuis quelques milliers d’années, sur
l’assujettissement qui a façonné les personnalités, les caractères et les mœurs
; elle tente d'explorer, en full contact en quelque sorte, cette misère
; elle
essaie même de s'en libérer en partie et de découvrir ce qui peut
naître à partir de ces nouvelles bases caractérielles et à partir d'un
emploi du temps totalement opposé à celui qui s'impose à la majorité,
et, également, à partir d’un désintérêt méprisant pour la grande machine
du Spectacle et ses mystifications et leurres divers, et cela alors que, dans le même temps, d'une
part la Société de l’Injouissance,
dont nous parlons, est entrée dans une nouvelle phase dans laquelle elle se
nourrit précisément à la source des fantaisies, caractérielles, névrotiques,
idiosyncrasiques et collectives qu'elle produit, reproduit et surexcite
tout en tentant de les formater totalement, et que, d'autre part, le Spectacle –- enfin son aile la plus
moderniste –- est passé d'une mentalité de censeur petit-bourgeois à celle d'un
maffieux, pourvoyeur de came ; quelle qu'elle soit.
L'organisation
spectaculaire-marchande, héritière de millénaires d'arriération
patriarcale-esclavagiste, reproduit et développe la Séparation, entre les
hommes et en chaque homme avec lui-même ; elle engendre donc la souffrance,
interdit son intelligence, et produit (tout en se développant sur
l'organisation de cette production) tous les fétiches, sensibles ou
supra-sensibles, nécessaires à l'apaisement momentané -– toujours inefficaces
sur le fond –- de toutes les formes de compulsions que cet état misérable de la
vie attise et dont, par la structure même des caractères, de la division du
travail et des mœurs, elle défend le dépassement, aussi bien qu’ils la rendent
pour le moment indépassable ; elle se développe maintenant non plus tant à
partir d'une organisation rigide et fixe de la société hiérarchisée et des
rôles stéréotypés qui accompagnaient cet ordre –- quoique cette vision-là du
monde tente un retour en force –- mais principalement à partir de ce que toute
cette compréhension rendue impossible, et ce dépassement pratique également
rendu impossible, produisent de caprices, de fantasmes, de lubies, de fureur
attachés à se satisfaire. Au moins dans
les sociétés occidentalisées. Et c'est à cela qu'est
sacrifié le reste du monde.
En
détournant on pourrait dire : maintenant que le mouvement de la révolution des
mœurs est partout seul à entreprendre de parler sérieusement de la société,
c'est en lui-même qu'il a dû trouver la guerre qu'auparavant il menait,
unilatéralement, dans la lointaine périphérie de la vie sociale, en
apparaissant de prime abord comme complètement étranger à toutes les idées que
cette société pouvait alors énoncer sur ce qu'elle croyait être. Quand la
subversion des mœurs envahit la société, et étend son ombre dans la Société de l’Injouissance, les forces
spectaculaires du présent se manifestent aussi à l'intérieur de ce parti de la
révolution des mœurs –- parti au sens éminemment historique du terme -– parce
qu'il a dû effectivement prendre en charge la totalité du monde existant, y
compris donc ses insuffisances, son ignorance, et ses aliénations. Il hérite de
toute la misère en y comptant la misère intellectuelle, sexuelle, sensuelle,
amoureuse, émotionnelle, poétique que le vieux monde a produite; car finalement
la misère est sa vraie cause quoiqu'il lui ait fallu soutenir une telle cause
avec grandeur.
Avant-garde sensualiste 1 (Juillet/décembre 2003)
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