mercredi 5 août 2020

Le temps des plaisirs et des tendres amours















Chère amie,


Le terme de Libertin-Idyllique vient de Vaneigem et de son livre Le mouvement du Libre-Esprit. À la page 217, il cite le pamphlet de Calvin : « Contre la secte fantastique et furieuse des Libertins qui se nomment Spirituels, avec une épistre de la même manière contre un certain Cordelier, suppôt de la secte, lequel est prisonnier à Rouen ».


Le chapitre qui consiste en extraits qu'il consacre à ce pamphlet se termine par cette citation de Calvin : « Ces malheureux profanent le mariage, mêlant les hommes avec les femmes comme bêtes brutes selon que leur concupiscence les mène. Et comment, sous le nom de mariage spirituel, il colore cette pollution brutale : appelant mouvement spirituel l'impétuosité furieuse qui pousse et enflamme un homme comme un taureau et une femme comme une chienne chaude... »


À cet endroit, Vaneigem a mis une note en bas de page, pour bien marquer son mépris de Calvin et disant ceci : « C'est la traduction calviniste de la passion amoureuse, où les amants, pareils aux enfants, rêvent de se créer un monde d'innocence sans faute ni contrainte. ».


Du coup, il m'a paru que cette passion amoureuse — à la recherche de laquelle j'étais —, où les amants pareils aux enfants se créent un monde d'innocence sans faute ni contrainte, ne saurait être le fait que de Libertins-Idylliques, où j'ai repris la graphie qu'avait utilisée Calvin et que je venais de découvrir en lisant — c'était à sa sortie, à l'automne 1986, dans l'édition Ramsay — le livre de Vaneigem.


Bien qu'ils aient été associés à leurs prédécesseurs du Moyen-Âge, les Turlupins, et comme eux, à l'époque et depuis, accusés des pires turpitudes, c'est-à-dire accusés d'être des roués et de pratiquer le libertinage le plus vil qui soit, j'ai penché à l'époque, et je penche toujours aujourd'hui pour la thèse de Vaneigem, qui voulait voir en eux des Hommes ayant retrouvé, dans l'amour charnel, tout à la fois le sacré et l'innocence et la tendre ardeur originelles. Et qui auraient donc ainsi été des mystiques galants avant l'heure. Probablement y a-t-il eu des deux.


Il en va de même avec le terme de galant, comme le note Viala, qui a commencé par désigner des femmes et des hommes à la recherche d'une nouvelle civilité, pour désigner ensuite des partisans d'un libertinage roué, que fustigeait déjà Lucien de Samosate dans ses célèbres pamphlets.


Quoique j’aie cité souvent Debord parmi ceux qui, adolescent, m’ont formé — avec Lin-tsi, Nietzsche, Reich, et d’autres —, Vaneigem, et particulièrement son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations — dont, à vingt ans, nous nous relisions les formules lapidaires-incendiaires avec un plaisir gourmand, ébahis devant leur virtuosité —, m’a lui aussi beaucoup marqué.

Et que dire de ceci, tiré également de Le mouvement du Libre-Esprit :


« Il n'est pas jusqu'aux historiens modernes qui n’abordent avec condescendance ceux qui ont su gérer l'exubérance d'une nature qu'il n'était nécessaire ni de violer ni d'exploiter. Loin de chercher dans l'aurignacien ou le magdalénien les traces d'une civilisation spécifique, ils s'escriment le plus souvent de découvrir l'ébauche balbutiante de notre ère. »

Et aussi :

« Il faudra bien un jour dégager des fresques pariétales et des objets, — avec la fréquence de leurs symboles féminins, la fusion de leurs principes mâles et femelles, la grâce de leurs représentations animales et humaines —, l'esquisse d'un milieu favorable à la vie. »


Enfin, n’oubliez-pas, maintenant que le doux silence de nos bois n'est plus troublé que de la voix des oiseaux que l'amour assemble, ne perdons pas un moment des beaux jours : c'est le temps des plaisirs et des tendres amours (ici, à 24'29)



À vous,


R.C. Vaudey