mercredi 31 mai 2017

Poésies III (3 juillet 2012)






R.C. Vaudey. Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 





Il n’est pas difficile de définir l'amour. Ce qu'on peut en dire, c’est que dans l'âme c'est une passion, dans le cœur c'est une tendresse, et dans le corps une ardeur puissante et délicate de s’unir à ce que l'on aime au travers du mystère de l’extase harmonique.

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Nous ne pouvons ignorer un amour pur et exempt du mélange de nos autres passions, mais seulement le cacher au fond du cœur.

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On peut trouver des femmes qui ont entendu parler de libertinage idyllique; mais il est rare d'en trouver qui l’aient jamais connu.

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Il n'y a qu'une sorte d'amour sensualiste, et il n’y en a même pas de différentes copies.


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La jouissance prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui accole, et où elle n'a non plus de part que le Doge à ce qui se fait à Venise.

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Ce que, le plus souvent, les Hommes ont nommé amour n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts, et qu'un échange de bons offices; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner.

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Le caractère n’est pas, comme on le croit encore parfois, le développement des qualités individuelles premières, sensibles et poétiques, mais bien leur décomposition et leur refonte entière. C’est un second édifice, bâti avec les décombres du premier dont on retrouve parfois les débris, avec un plaisir mêlé de surprise. C’est celui qu’occasionne l’expression naïve d’un sentiment naturel qui échappe à un être que l’on croyait avoir été totalement cuirassé par la souffrance et l’adversité. C’est comme un fragment d’ancienne architecture dorique ou corinthienne, dans un blockhaus.


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Les plaisirs harmoniques enseignent aux hommes à se familiariser avec les femmes ; et réciproquement.

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Nos contemporains ont si peu de sens qu’ils se trouveraient ridicules d’aimer l’amour, la poésie.

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L’amour exige des soins. Il faut être souple, amusant, n’offenser jamais, plaire sans effets, ne se mêler que du plaisir et déserter les affaires, cacher son secret, savoir s’égayer au lit et à la  table, et jouer des mots et des idées sans quitter sa chaise : après tout cela, on peut croire plaire.
Combien de joies et de jeux ne pourrait-on partager, si on osait aller à l’amour avec la même énergie que l’on va chaque matin à la guerre « économique ».
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Quelques folles et quelques fous se sont dit dans une orgie : il n’y a que nous qui soyons le vrai de la vie charnelle des Hommes ; et on les croit.

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Les Libertins-Idylliques ont le pas sur les libertins, comme ayant l’honneur de représenter les Hommes poétiquement riches.

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Les Libertins-Idylliques seraient presque seuls à parler de l’amour charnel, sans les libertins qui s’en piquent.

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Celui ou celle qui s’habille le matin avant huit heures pour entendre plaider à l’audience, ou pour voir des œuvres étalées au musée, ou pour se trouver aux répétitions d’une pièce prête à paraître, ou qui se pique de travailler, est un être auquel il manque la jouissance, la contemplation et l’amour.
                                                                                      
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L’amour, ordinairement, va de la médiocrité à l’horreur et de l’horreur à la médiocrité.

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L’amour est la relation où le plus humble et le plus commun des Hommes est une personne.

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L’amour est une hypothèse que le cœur, lorsqu’il est solitaire — et noble —, déploie autour d’une belle rencontre.

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Peut-être qu’après tout, la meilleure justification des Libertins-Idylliques est l’évident besoin d’ « amateurs » de l’art de vivre, de jouir et d’aimer.






Le 3 juillet 2012.




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