dimanche 30 avril 2017

Société de l'injouissance et spectacle








Monsieur de B. disait :

« Quand je pense que nous risquons un renversement du Régime et, dans la suite des affrontements qui en découleraient, une situation potentiellement révolutionnaire, et que je vois que tout cela tient dans le vote d'un bande de gueux  « insoumis » et fiers de l'être, qui plus est , j'en tremble.


Et Monsieur V. lui répondait :

Calmez-vous, mon Cher. Remarquez tout d'abord qu'il ne s'agit que d'une simple dénégation : ceux qui se proclament insoumis ne le crient si fort que parce que, tout à l'inverse, ils se savent l'être : soumis. 

Imaginez-vous Louis XIV allant par les rues, proclamant partout :  « Je suis le Roi-Insoumis. » ? Non Monsieur : ne naît pas esclave qui veut. Et il laissait dire par d'autres ce qu'il pensait être : le Roi-Soleil.

Ne craignez rien : ces gens qui se croient savants et glosent tant sur la servitude volontaire qu'ils pensent, après La Boétie, être le fin mot du mécanisme secret de la domination, y voyant le pus suintant de l'âme servile des philistins et des bonnes femmes, et l'expression de leur nature, foncière ou acquise, de chien couchant –- seront, comme toujours, au dernier moment, prisonniers de leur inhibition involontaire, dont toute la force repose sur des mécanismes pavloviens et des techniques de suggestion qui ressortissent à l'hypnose, hypnose dont les différents instances et agents du Spectacle, actuellement en ébullition, sont là pour assurer la distillation permanente et in-vue qui fait du monde tel qu'il convient à vos amis de le peindre le monde « réel » dans lequel ceux qu'ils dominent évoluent ; et rassurez-vous : vos « insoumis », au dernier instant, quelque image bien choisie ou quelque formule rituelle de ce Spectacle les paralysera.

Alors, comme dans ces scènes où l'on voit le personnage principal marcher sur ses ennemis, supérieurs en force et en nombre mais tétanisés, totalement inhibés et incapables de réagir ou de lever la main sur lui, votre champion que nous avons déjà vu le même soir, et d'un même mouvement, twister (bien sûr pour mieux l'ubériser) l'organisation politique de ce pays, foulant, d'un pied, le dragon de la Droite, de l'autre celui du « Socialisme », tandis que, d'une main, il revisitait les fondements de la France insoumise tout en faisant, de l'autre, le V de la victoire, votre champion, donc, pourra bientôt finir son mouvement d’intronisation à coups d’ordonnances, et il restera à ceux dont vous avez parlé à descendre dans la rue pour s'y faire bastonner (le masochisme est un tout) ; et la coolitude du libéralisme en trottinette triomphera.


Monsieur de B., frétillant et rassuré, répondait :


« Ah ! Mon Cher V., vous connaissez ce que vous appelez ma malheureuse fixation anale. Et, oui, plus jeune, j'ai aimé forcer les unes et les autres, filles ou garçons, dans ce qui était alors leurs derniers retranchements qui les horrifiaient. Aujourd'hui, alors que l'âge a réduit mes ardeurs physiques, et que, filles ou garçons, tous s'avancent tatoués, percés, marqués au fer rouge comme des bagnards qu'ils sont , et que de plus tous s'enfilent dans le gosier et jusque dans l'estomac, et partout ailleurs de la même façon, des sex-toys gros et longs comme le bras (clic), tandis que moi ce n'est pas jouer que je veux, bref, maintenant que plus rien ne satisfait mes pulsions anales destructrices dans le viol des vierges effarouché(e)s qui ne sont plus ni l'un ni l'autre —, et alors que ma seconde nature la seule que j'aie jamais connue ou dont je me souvienne m'a toujours refusé ces extases harmoniques sublimes des jouissances génitales que vous célébrez, j'avoue que le viol des foules ce forçage (à passer sous les fourches caudines de nos projets économiques, politiques et religieux grandioses) de malheureux et de malheureuses que l'on a si habilement programmés et inhibés et, bien sûr, l'art des hardeurs politiques machiavéliens qui le pratiquent, m'offrent des plaisirs du même ordre certes de vieillard ou de mort-vivant, ainsi que vous le dites mais que je trouve infiniment plus raffinés que ceux, simplistes, que m'avaient inspirés et ma malheureuse enfance et la lecture de cet autre bagnard, par ailleurs tout aussi borné que les autres, de Sade.


Et Madame la princesse de Bavière ordonnait :


Finissez, Monsieur, avec vos considérations sur le sadisme de la plèbe d'en haut et le masochisme, dénié ou pas, de la plèbe d'en-bas : l’évocation même de la démocratie — cette instrumentalisation des masses contre ce que nous sommes et ce que nous aimons —, vous le savez, m'indispose

Un Américain, qui assistait par hasard à la scène et qui avait lu son Manifeste tout en connaissant les misères qu'il avait faites à un maspérisateur lusitanien, se tournant vers monsieur V., lui chuchota:

De grâce, Monsieur, donnez-nous vite un écrit sur cette Inhibition involontaire, avant que Dany Robert n'en fasse encore une fois la découverte le premier. », ce qui faisait sourire monsieur V.




Le 30 avril 2017





.