dimanche 1 janvier 2017

On mange des nuages









On mange des nuages
Blancs roses gris vert pâle
Jean-Sébastien et ses hautbois
Sont frais comme le cake anglais
Et la salade de fruits
Que vous aviez anticipés

Réveillés à midi
Au cœur d'une cristallerie
Où scintillaient les opalines et les nacres
Et dont le soleil
Qui luit
A réduit à rien les brumes et les pampilles
Nous goûtons la clarté et la fraîcheur de l'esprit
Et du monde
Dans le nonchaloir de notre salon
Baigné de lumière
Et transformé par l'occasion
En un boudoir
Propice à notre philosophie

Clarté
Fraîcheur
Douceur
Élégance
Raffinements exquis
Solitude et silence
Suprêmes
Ont fait la party
Du genre que l'on aime
Cette nuit
Avec nos très rares et très uniques amis :
Et j'en oublie
Avec laquelle nous avons aussi accueilli
Ce nouvel an
Pour l'arrivée duquel
Nous avions arrangé la plus belle des réceptions
Et pour lequel
Nous nous sommes donné
Le plus délicat des soupers
Dont le velouté me fait encore rêver

Les fêtes que l'on se donne
Témoignent que nous en avons le goût
La chance et les conditions réunis
Elles témoignent donc des grâces que nous fait la vie
De sorte qu'il s'agit bien plutôt pour nous
D'en multiplier les prétextes
À l'envi
Et de les honorer toutes
Sans barguigner
Et pas seulement les fêtes galantes
Et les fêtes charnelles
Puisque toutes
Ouvrent aux fêtes de l'esprit

Ainsi cet après-midi
En mangeant des nuages
Blancs gris vert pâle rosés
Avec un thé
De ginseng et de ginkgo
Probablement de chez Dammann
En écoutant Jean-Sébastien
Je pensais à ce reproche que font aux dames
Tous les injouissants formatés par une superstition infernale
On peut citer Pascal et notre cher La Rochefoucauld
Et oublier les talibans et les moujiks
Qui chantent tous la même musique
Qui les fait être à l'origine et coupables de la « Chute »
Une légende de gardiens de chèvres palestiniens
Fondée sur absolument rien
Quand ce sont bien plutôt les hommes
 Par leur invention de l'esclavage
Et leur pratique du rapt et du viol primitifs
— Qui sont eux un peu plus documentés
Que ces histoires de démon et de serpent
Inventées par des « idéalistes » déments
Qui sont responsables
Par un mécanisme dont nous avons déjà parlé
De l'origine de la destructivité de l'Humanité
Destructivité qui depuis cette invention de l'esclavage
N'a fait que se développer

Nous y voyons
En dégustant nos pâtisseries
Un bel exemple de déni
Ou de scotomisation
Ainsi qu'une parfaite illustration
De l'art de faire porter à ses victimes
La responsabilité de ses propres crimes

Si quelques choses doivent bien nous distinguer
De cette bande d'injouissants historiques
Enfarinés dans ces superstitions stupides de chevriers
C'est tout d'abord — cette reconnaissance philosophique
Que nous accordons aux dames
D’être et d'avoir été
Les victimes originelles et non les responsables de ce drame
C'est ensuite — de faire de la gynophobie et de sa démence
L'origine de la misère du monde et de sa violence
Et enfin de savoir pour l'expérimenter que la volupté harmonique
Qui enlace les hommes et les femmes
Est la voie individuelle et historique
Qui permet d'y échapper
Et non celle qui y condamne

(Volupté que les animateurs culturels médiatiques
Quand ils se mêlent de philosophie
Et de poésie
Oublient de mentionner
« Sans même y penser »
Dans la longue liste de ce que
Selon eux
Elles doivent célébrer
Ne pouvant ainsi dépasser
Le haïku japonais
Quand nous signalions pourtant
Il y a près de quinze ans
À quel point le contemplatisme galant et idyllique
Héritier de la pensée européenne des libertins
En avait dépassé la misère érotique… )
 

Clarté
Fraîcheur
Douceur
Élégance
Raffinements exquis
Solitude et silence
Suprêmes
Feront toujours la party
Du genre que l'on aime
Avec nos très rares et très uniques amis :
Et j'en oublie
Qui nous gratifie
Dans son déroulé
De ses fulgurances
Tard
Dans la douceur de la nuit
Ou dans la lumière éclatante des après-midis
Loin des gynophobes superstitieux
Des fêtards
Des cultureux
Bref, des morts et des vieux






R.C. Vaudey 
Le 1er janvier 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017