mardi 27 septembre 2016

C'est le temps des plaisirs et des tendres amours (Air sérieux et à boire)











Nicolas Lancret
Vers 1730






Dom Pérignon selon la légende a inventé le vin qui “fait voir des étoiles” ; on passe la soirée à en boire du rosé…

On écoute de Delalande les grands motets : son Te Deum (clic) — bien adapté à ce que nous célébrons (ma venue sur cette planète… ) — a des morceaux qui sont si beaux qu'ils font pleurer.

Alors que nous écoutons de Marc-Antoine Charpentier le Stabat Mater pour des religieuses (clic) et que je vous fais remarquer qu'elles avaient bien de la chance que l'on composât de telles pièces pour elles, vous me dites : “Ça… et puis le reste du temps le silence… ” vous qui n'aimez rien tant que le silence sinon la flottance muette dans les heures et les jours qui suivent la jouissance… —, puis nous nous ravisons en pensant à la volupté, et vous dites : “Oui, il en manque un bon bout”. Nous en rions.

Nous nous interrogeons sur cette haine des sens, et je nous dis que je pense que nous avons fait, à notre tour, avancer cette histoire, qui est celle du silence, de la contemplation et de la splendeur, à la magnificence de laquelle nous avons offert une forme sacrale de la jouissance et de l'amour, aussi puissante et “divine” que cette musique et que son art ou son architecture, car je sais que seule la complétude génitale dont les racines sont si profondes dans l'histoire individuelle, et les extases si viscérales et si bouleversantes apporte à l'amour physique cette puissance, cette harmonie, cette délicatesse, cette “Zärtlichkeit” et cette sublimité qui manquent aux formes pré-génitales auto-érotiques, perverses-polymorphes, et, en y réfléchissant, le plus souvent (secrètement) honteuses parce que se sachant, au fond, une simple sexualisation de la haine (de soi, de l'autre, du monde) et de la détresse infantile ; formes pré-génitales auto-érotiques qui avaient pourtant été jusque-là les seules formes de la “sexualité” à accompagner la splendeur de cette musique et de cet art.

Mais nous savons que cette misère sexuelle leur est consubstantielle : la chrétienté n'ayant été que la réalisation de l'utopie platonicienne sur la base du patriarcat monothéiste desquels on connaît la misère sexuelle – donc extatique. Ou l'inverse.

C'est l'apport du XXe siècle à l'histoire de la splendeur et de l'extase que cette exploration analytique des pulsions destructrices et auto-destructrices et de leur généalogie à l’œuvre dans l'amour et dans l'amour charnel.


Le champagne, l'art et la musique baroques (clic), un certain goût pour le retrait voluptueux du monde je pourrais dire en paraphrasant : au milieu de l'oppressante et ténébreuse bâtisse du monde, notre chartreuse contadine est le seul espace ouvert à l'air et au soleil sont les dons que les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont fait au libertinage idyllique, à l'amour contemplatif — galant du XXIe siècle; quand le seul écrivain du XVIIIe siècle “ressuscité par l'admiration de nos contemporains est Sade. Visiteurs d'un palais qui n'en admirent que les latrines.”


Et je me souviens de notre supériorité française selon Céline : “ le marivaudage, croyez-moi, est notre bien ultime aimable clef ! Amérique, Asie, Centre-Europe ont jamais eu leurs Marivaux regardez ce qu'ils pèsent, éléphantins ! balourds maniéreux !” (D’un château l’autre).


Nous décidons, contre toute logique, de produire lorsque cela nous sera possible un “vin de champagne” rosé sur nos coteaux, et de dédier cette chartreuse et ce domaine à cette musique et à ceux qui la font vivre plutôt qu'aux “philosophes”, “écrivains”, “plasticiens” et autres truqueurs et faiseurs contemporains.

Mais, pour finir heureusement, attendris et grisés nous écoutons et nous chantons,  — avec l'accent et en souriant — cet Air sérieux et à boire d'Honoré d'Ambruys sur un poème pastoral et galant qui est bien selon notre cœur.






Le doux silence de nos bois (clic)




Le doux silence de nos bois
N'est plus troublé que de la voix
Des oiseaux que l'amour assemble.


Bergère qui fait mes désirs
Voici le mois charmant des fleurs et des zéphyrs
Et la saison qui te ressemble
Ne perdons pas un moment des beaux jours
C'est le temps des plaisirs et des tendres amours ;
Ne perdons pas un moment des beaux jours


C'est le temps des plaisirs et des tendres amours ;
Songeons en voyant le printemps
Qu'il en est un dans nos beaux ans
Qu'on n'a qu'une fois en sa vie
Songeons en voyant le printemps
Qu'il en est un dans nos beaux ans
Qu'on n'a qu'une fois en sa vie
Mais c'est peu que d'y songer
Il faut belle Philis Il faut le ménager.
Cette saison nous y convie


Ne perdons pas un moment des beaux jours
C'est le temps des plaisirs et des tendres amours.
Ne perdons pas un moment des beaux jours
C'est le temps des plaisirs et des tendres amours.





Et le lendemain, dans nos beaux draps, nous nous aimons pleins de cette grandeur et de cette délicatesse-là






Le 28 septembre 2016


Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016





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