mercredi 25 mai 2016

Branloire pérenne











R.C. Vaudey 

Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 






Aujourd'hui, l'expression « jouissance amoureuse » ne connote pas à proprement parler un événement poétique, un vertige, l'emportement par la beauté convulsive, mais l'ivrognerie de l'âme envahie par les pulsions secondaires pré-génitales — destructrices ou autodestructrices.

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Tout le monde a le droit de souffrir d'injouissance, mais pas d'exiger que nous vénérions les horreurs et les stupidités qu'elle produit.

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L'agitation moderne fait obstacle à la jouissance du Temps : quand elle n'a pas totalement détruit les capacités natives de la goûter, elle empêche — pour la plupart, et le plus souvent — de s'y abandonner.

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N'espérons pas que la civilisation renaisse, tant que l'homme ne se sentira pas humilié de se consacrer à autre chose qu'à la contemplation galante et au déploiement — esthétique et artistique — de la Beauté.

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Le degré de civilisation d'une société se mesure à l'importance que l'amour contemplatif — galant y a pris.

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Toute catastrophe est une catastrophe de la contemplation galante.

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Sans une certaine profondeur mystique — galante, la perception de la puérilité religieuse ou transgressive est inaccessible.

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La plupart des hommes, avec les années, s'avilissent.

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Nous comprenons chez les autres — tout en en méprisant les manifestations — cette inhumanité injouissante — cette injouissance inhumaine — que nous avons appris à analyser et à dépasser en nous, en revivant, en partie, les scènes-clés de son origine, et en retrouvant ainsi notre cœur poétique-émerveillé, qu'elles avaient étouffé : ce sont cette volonté (délibérée et forcée par nul intérêt matériel, carriériste ou social), cette exploration (terrible et merveilleuse, tout à la fois), associées à la science des situations (apprise d’autres), servies par la chance et la ténacité qui nous ont permis (jusqu’ici... ) de vivre avec lucidité une vie calme, simple, discrète, au milieu de livres intelligents, tout en goûtant les extases de l'amour contemplatif — galant.

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Le monde moderne regorge d'articles inutiles non seulement à la perfection mystique — galante de l'homme mais aussi à la perfection matérielle du monde.

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Comment peut vivre quelqu'un qui n'attend pas de miracles poétiques — contemplatifs ?

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Faire tout avec lenteur, voilà la seule dignité de l'homme — qui ne tient, on le sait, qu'à sa capacité au mysticisme galant...

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La jouissance contemplative — galante est la seule énigme qu'il n'est pas décevant de déchiffrer.

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Les idées de nos contemporains ne sont pas des idées de gauche (ou de droite), ce sont des idées de pauvres en jouissance et en poésie.

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L'amour païen, l'amour « romantique », la sexualité dépravée, satisfaite d'elle-même et hygiénique, entre noceurs revenus de tout : rien n’approche, ni de près ni de loin, la joie et les extases de l'amour contemplatif — galant.

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La soif de grandeur, de noblesse, de beauté, est un appétit de l'amour contemplatif — galant, qui s'ignore.

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Même la jouissance devient triviale si nous la considérons uniquement comme un processus physiologique, et non comme un miracle mystique — galant.

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La « Raison » du XVIIIe siècle ne fut pas un symptôme d'intellect hypertrophié, mais de sensibilité contemplative — galante atrophiée.

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Quand de telles « lumières » éclairent le monde les bas-fonds du caractère des humains — que le patriarcat, par les conséquences psychophysiologiques de l’esclavage, pendant plus de 8000 ans avait dévoyé — ont tôt fait de se manifester.

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Que le mouvement du temps veuille bien un jour libérer l'humanité de l'injouissance ! L'injouissance, cette mère du terrorisme politique, de la névrose obsessionnelle religieuse, de l'inhumanité éthique, de la stérilité esthétique, de la niaiserie philosophique.

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Dans les sociétés où la jouissance amoureuse n'est pas liée à la personne — qui n'est plus, de fait, qu'un branloire – pérenne ou transitoire – et un fétiche plus ou moins marchandisé —, le mort a saisi le vif — comme il a saisi l'amour – aussi.

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La souffrance est le combustible de l'injouissance — qui la renforce en retour.

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Sans abandon ni sentiment, il est possible de connaître des ersatz de l'amour contemplatif — galant mais pas l'amour contemplatif — galant lui-même.

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Si les hommes n'avaient pas inventé l'esclavage dans la société, et l'inégalité qui s'ensuit dans l'amour, ils ne s’entretueraient pas pour se divertir de l'ennui.

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Les transgressions des injouissants aristocrates, pervers-polymorphes et mondains, ont, dans un premier temps, commencé par animer les salons des quincailliers enrichis et ceux de la bourgeoisie des Lettres, puis les clubs de vacances des ploucs (pour le dire comme Debord) de la classe moyenne, pour finir par occuper le temps libre du lumpenprolétariat le plus démuni.

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Regardez l’internet ! C'est la dictature de l'injouissance sexuelle, poétique et sentimentale du prolétariat !

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La poésie a toute sa place dans le monde, — et il n'y a de monde qui vaille sans poésie vécue. Elle n'est — pour le moment et pour quelques très rares — le plus souvent qu'un flamboiement qui s'infiltre par leurs failles quand elle devrait être un miracle permanent ayant pulvérisé le Vieux-Monde et la gangue de misères qui l'emprisonnent.

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Les pratiques pornographiques sont l'ersatz moderne de l'expérience de la jouissance contemplative — galante... à venir... Qui sait !

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Ce qui ne ressortit pas à la contemplation — galante n'est pas intéressant.

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Aimer comme nos contemporains, c'est la recette du désespoir et de la bêtise.

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Les agitations populaires sont dénuées d'importance tant qu'elles ne transforment pas les problèmes en problèmes poétiques, galants — extatiques.

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Ceux qui dénoncent la stérilité sociale de la critique de la société de l'injouissance oublient la noble fonction qu'exerce la proclamation claire et nette de nos goûts et de nos dégoûts.

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Mettre en rage l'injouissant contemporain est le signe irréfutable qu'on a visé juste.









Le 25 mai 2016






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