jeudi 10 mars 2016

L’Originelle Beauté ou Le Charme du Temps des galantes équipées











Tandis qu'allongés
Dans les plumes et les parfums
Mélangés
On évoque Venise
On y est !

C'est un grand sentiment parcouru de baisers
Qui nous saisit alors
Rien qu'à nous remémorer
Ces heures délicieuses passées assis l'un contre l'autre
Sur notre banc
Dans le soleil de juillet
En silence
Mélangés
Perdus dans la beauté
Du vide parfait
 
Et ce malgré la grossièreté
Qui nous fait encore nous gondoler –
Des deux affreux enseignants français
Elle sèche
Lui laid
À San Giacomo dell'Orio
Abandonnés et sans pensées
Nous mangions aussi des glaces...

Une autre fois
Nous sommes sur le Grand Canal
Ou bien on revient de la plage et du Lido
Et là
Pour rentrer
On avance dans la grandeur et l'amour mélangés...

Le soir encore
On est assis
Sur les grandes pierres des Frari
On savoure des « cremino » …
Et tout est puissamment beau
Dans les jours et les soirs qui passent...

Pour que tout nous revienne
On est de retour
Aussi
Au pied des fabuleuses falaises lusitaniennes
Avec leurs plages infinies
Où je projette dans les cieux
Ma joie
Ma puissance
Ma grâce
Et mon frisbee…
En bénissant les dieux…
On plonge
On nage dans l'océan
On prend des vagues
Et on imagine Madère
Au loin...

En s’embrassant
Ainsi
Démesurément
Dans notre grand lit
On mesure de l'année qui s'achève
Le bien infini
Très émus de nos aventures
On s'étreint
Si fort et si bien
Qu'à la fin je pénètre de nouveau
Dans la splendeur et l'amour confondus
Le Grand Canal
Qui est cette fois tout serpentin
Étroit caressant et câlin
Puissant et fort
Comme un constrictor
Dont
Très remonté mais le cœur tout ému
J'entreprends la remontée…
Sans effort…

Nous nous aimons si fort...

La bouche ouverte
La langue probablement dehors
Les bras derrière la tête croisés
J'avance je danse ou je savoure
Les yeux fermés
Tandis que m'aspire et que m'inspire
Du monde toute la force et la beauté

Bien sûr nous voudrions voguer ainsi toujours
Ardents généreux et sans efforts
Au milieu des merveilles et des palais
Mais c'est sur une eau de feu
Qu'on se consume maintenant tous les deux
De sorte que
Nous finissons dans un brasier
Que rien ne semble pouvoir éteindre jamais
(Pas même l'eau de vit
L'eau de vie et de feu)
À la fin
Nous jetons les beaux cris
Qui saluent l'Originelle Beauté
Et où
Sans arrêt
Nous jouissons
Comme jamais

Ce n'est que bien plus tard
Le soir
Qu'enfin réveillés
Et un peu revenus
Nous pourrons goûter
La douceur la splendeur et tout l'indicible charme du Temps des galantes équipées  




Le 18 décembre 2011.




R. C. Vaudey ; Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2009-2011



(Première mise en ligne, le 11 mars 2012)