vendredi 20 mars 2015

Vaudey's private song







R.C. Vaudey. Poésies III




Le plagiat est nécessaire. La sentimentalité l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions... vous permet de saluer d'autrefois les beaux vagabonds...








Même si un jour à Knokke-le-Zoute — je deviens, comme je le redoute, chanteur pour femmes finissantes, même si je leur chante Mi corazón, avec la voix, bande-au-néant, d'un Argentin de Carcasonne, — même si on m'appelle Antonio, que je brûle mes derniers feux en échange de quelques cadeaux « Madame, madame, je fais ce que je peux... » —, même si je me soûle à l'hydromel pour mieux parler de virilité à des mémères décorées comme des arbres de Noël, je sais que dans ma soûlographie, chaque nuit, pour des éléphants roses, je leur chanterai ma chanson La vie en rose, celle du temps où je m'appelais Vaudey, R.C. :

« Être une heure, une heure seulement,
Être une heure, une heure quelquefois,
Être une heure, rien qu'une heure durant,
Beau, beau, beau
et cætera... »

Même si un jour à Macao — je deviens gouverneur de tripot, cerclé de femmes languissantes, même si, lassé d'être chanteur, j'y sois devenu maître chanteur, et que ce soient les autres qui chantent, même si on m'appelle Le Beau Serge, que je vende des bateaux d'opium, du whisky de Clermont-Ferrand, de vrais pédés, de fausses vierges, que j'aie une banque à chaque doigt et un doigt dans chaque pays et que chaque pays soit à moi, je sais quand même que chaque nuit, tout seul au fond de ma fumerie, pour un public de vieux Chinois, je rechanterai ma chanson à moi, celle du temps où je m'appelais Vaudey, R.C. :

« Être une heure, une heure seulement,
Être une heure, une heure quelquefois,
Être une heure, rien qu'une heure durant,
Beau, beau, beau
et cætera... »

Même si un jour au Paradis je deviens, comme j'en serais surpris, chanteur pour femmes à ailes blanches, même si je leur chante Alléluia !, en regrettant le temps d'en-bas où c'est pas tous les jours dimanche , même si on m'appelle Dieu le Père — celui qui est dans l'annuaire, entre Dieulefit et Dieu vous garde —, même si je me laisse pousser la barbe, même si, toujours trop bonne pomme, je me crève le cœur et le Pur-Esprit à vouloir consoler les Hommes, je sais quand même que, chaque nuit, j'entendrai, dans mon Paradis, les anges, les saintes et Lucifer me chanter ma chanson de naguère, celle du temps où je m'appelais Vaudey, R.C. :

« Être une heure, une heure seulement,
Être une heure, une heure quelquefois,
Être une heure, rien qu'une heure durant,
Beau, beau, beau
et cætera... »




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